‹ Animaux de sport, lévries-taureaux-coqsChapitre 10 sur 118 · EN FRANCE AU XVI* SIÈCLE · texte numérisé non relu

EN FRANCE AU XVI* SIÈCLE

neis ou Batnes. abbesse de Saint-Âlbans, ta description, fameuse chez nos voisins, qu'elle a donnée, en 1485, dans The book of St. Albans, et dont les vers obscurs ont été traduits, non sans peine, par le comte de Gramont, ainsi qu'il suit :

Un lévrier doit avoir :

Une tète de serpent.

Un cou de cy^e.

Un pied de chat.

Une queue de rat,

Des hanches à lutter contre un attelage de bsufi.

Le dos comme une poutre.

A un an, il doit apprendre  manger;

A deux ana, menez-le aux champs;

A trois ans, c'est un bon compa^on;

A quatre ans, il n'a pas son pareil;

A cinq ans, il est dans toute aa force;

A six ans, aucun travail ne rarréte;

A sept ans, c'est un étalon plein d'ardeur:

A huit ans, laissez-le i la cuisine ' ;

A neuf ans, sa peau seule a quelque valeur :

Menez-le chez le tanneur. Le meilleur chien courant du monde

A neuf ans ne vaut plus rien...

Contemporaine de la description de Gace de la Signe, et moins poétique assurément, mais non moins circonstanciée, est celle que nous ofire un intéressant ouvr^;e du xiv^ siècle : le Livre dit Roy Modus et de la Royne Racio, dont il n'existe, à part les éditions anciennes, aujourd'hui introuvables, qu'une édition moderne donnée en 1839 par Klzéar Blaze, qui, encore que mauvaise, n'est pas beaucoup moins rate que les autres :

« Lévrier doit être moyen, ni trop grand ni trop petit, et lors est-il pour toutes bétes ; car, s'il était trop grand, il ne vaudrait rien pour les menues bêtes, et, s'il était trop petit, il ne vaudrait rien pour les grandes bêtes. Toutefois, qtii les veut maintenir, il est

I. Littéralement : a Ce n'est plui qu'un lûk-MdU {Itche-cailler) *.

8 LE COUnSING

bon qu'il en ait et des uns et des autres, des grands et des petits et des moyens.

lévrier doit avoir longue tête, bon œil et bonnes dents. Les yeux doivent être noîrs comme d'un épervier. Les oreilles petites et hautes, et sera bastre en guise de serpent. Le vit gros, le nez grand et ouvert, et l'harpe bien ouverte comme en guise de lion. Hautes épaules comme chevreuil ; les jambes assez grosses et non point trop hautes; les pieds droits et ronds comme d'un chat; et gros ongles... »

« On voit coucher dessus le lit du roi de France les lévriers pour ce qu'il les aime et tient chers », dit encore le même ouvrée ; et il par^t assez, en efEet, que nos rois aimèrent les lévriers à la passion. Selon Commines, Louis XI en faisait rechercher jusqu'en Espagne et les Comptes de sa a Chambre s mentionnent « un treillis fait de lattes cousues ensemble pour mettre sur les lits, pour les défendre des chiens n. En 1519, François I«' recevait n quelques bêtes sauvages, comme deux élans... avec certains chiens lévriers, tant de Russie que du pays de Dace » (des barzoïs peut-être), A la cour des Valois, les nombreux tableaux et miniatures de la Renaissance où ils figurent témoignent s'ils furent en faveur. Henri IV écrivait en 1576 :

< Monsieur de La Salle, j'entends que vous avez de beaux lévriers et. pour ce que je n'ai que des levrières, je suis en peine de retrouver des lévriers. >

Louis Xni s'en servait, je crois, pour chasser dans les Tuileries. Et Chapelle dît encore, dans son Epitaphe d'un chien :

Lévriers allongée sont propres pour la chasse, Mais, près des dames, non. Levrons en raccourci. Nichés auprès du feu, tiennent bien moins de place...

On distinguait, en efiEet, plusieurs sortes de lévriers. 1° Les plus grands et les plus robustes chassaient le cerf {« si com li cers fuit

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devant le lévrier n, Roncisvats, xn* siècle) , et aussi le sanglier et le loup. On les tiiaît surtout de Bretagne, au moyen âge, et, au xvm^ siècle (selon le Dictionnaire de chasse et de pèche (1769) attribué à Delisle de Sales), d'Ecosse, d'Irlande, de Tartarie et des pays du Nord ; c'étaient donc les ancêtres des deerhounds, des wolfbounds, des barzoïs * ; on les appelait « lévriers d'attache ». 20 Les « levions m étaient, au témoignage de Chapelle déjà cité, des chiens de dames, des chiens d'agrément, sans doute les mêmes que ces n petits lévriers d'Angleterre ' », aïeux de nos whippets, à qui, d'après le Dictionnaire de chasse et de pêche, on donnait des lapins à courir. 30 Enfin les lévriers proprement dits, dont le gibier par excellence était le lièvre. Habert nous apprend qu'en son temps (1599), les plus renommés venaient d'Irlande, d'Ecosse, d'Angleterre, mais aussi de Picardie et de Champagne. On leur faisait prendre des renards à l'occasion, et parfois ils jouaient leur tôle dans la chasse au faucon : Rabelais a dît, en effet : « avec un tiercelet d'autour, demi-douzaine d'hespanols (ép^neuls) et deux lévriers, vous voilà roi des perdrix et lièvres pour tout cet hiver », et Jodelle :

Je dirai qu'en ce vol il faut

Des lévriers pour le héron prendre.

Mais, encore un coup, le lévrier de nos pays a été créé et mis au monde, comme son nom l'indique, pour n levreter un lièvre à la patte pelue » (Ronsard), et on ne saura jamais à quelle beauté peuvent atteindre des créatures mortelles si on n'a pas vu deux splendides greyhounds fondre sur le « pelaut au pied vite u qui détale à l'horizon, et tourner en suivant les crochets du bouquin.

1. LcMjueli, di*OD9-le tout de luile, ne devaient guère reiienibler \ ceux qu'on prime anjonrd'hai diani dos exposition! françaiiet.

I. lies grandi livrien vienneut du Levant; ceux de taille midiocre d'Italie tranaporté* en Angleierre lont deveani levroas, c'eat-l-dire lévriers encore plus petite >, dit Buffen, médiocrement renseigné, (Voir le chapitre eon*acré aux whlppett.)

HABERT (I5QQ) i> sieur Habert était de cet avis, qui a célébré les charmes de la Chasse au Lièvre avecques les Lévriers. Ce curieux poème, paru eu 1599, est, je suppose, le seul traité de coursing en vers qui existe. Malheureusement, on n'en connaît qu'un seul exemplaire de l'édition originale, conservé à la Bibliothèque Nationale ; on l'a réimprimé, il est vrai, en 1849, mais à soixante-deux exemplaires seulement ; et c'est dommage, car, si l'auteur en est passionné, il est également compétent et ses vers sont savoureux, comme on va voir.

D'abord, déclare Habert, celui qui veut bien « levreter » ne doit pas s'aider de chiens d'arrêt pour lever le lièvre, attendu que battre patiemment les guérets à la recherche du pelant apporte beaucoup de soûlas. Mais encore faut-il que le temps soit à cela favorable :

De même, quand la terre est gelée,

. . . L«s Lévriers courants se dessollent les pieds Et s'en revont boitteux et tout estropiez.

En sorte qu'on doit choisir quelque belle journée de printemps ou d'automne... Mais « c'est assez discouru des temps et des saisons u ; et l'auteur nous enseigne qu'il ne faut pas laisser les jeunes lévriers téter leur mère plus d'une quinzaine de jours ; après quoi on les nourrira de lait de chèvre durant quatre meus, et telle est la recette pour avoir un beau chien.

Son corps soit ^and et fort, le dos un peu voûté, Longue veste et long col, l'œil vif, plein de clarté, La gueule bien fendue et large la poitrine, Bien rablu, bien ouvert des deux os de l'eschine. Le ventre fort harpe, le jarret long et droit. Le pied court et serré, le corps souple et adroit.

C'est à lâcher deux lévriers ainsi construits sur un bouquin à qui

l'on a donné une bonne avance, qu'on sent « son cœur sauter de joye et de contentement » I

Or, le Lièvre est tourné, or, il sent une attainte, Or, il fait un destour; les aisles de la crainte Il attache à ses pieds et fuit mieux que devant. . . 11 quitte les guérets qui, rabotteux, luy nuisent, Prend des chemins unis qui seuls le favorisent;

maïs les prompts lévriers

S'allongent après luy, le joignent, vigoureux, Et luy soufflent le poil; lora le Lièvre peureux, Baissant l'oreille, cherche en ses pieds sa deffense... Il est d'eux poursuivy, attatnt, tourné, battu, Mis cent fois au rouet, terrassé, abattu,

mais d'adresse à luy seule

Tousjours il se demesle et tire vers son fart.,.

De masic vigueur un des Lévriers l'emporte.

L'on court tout aussi tost, on descend de cheval. Prenant le Lièvre  fin qu'il ne leur face mal : Sa chair noire leur est sur toute autre contraire. Ainsi que leur nature est encore adversaire.

Et tandis que les chiens reprennent vent, « les chasseurs contens » commentent la course, donnent prix au Lévrier

. . . Qui plus de fois a redonné d'attaintes

Et au Lièvre,

Seul, a fait plus de fois son chemin délaisser,

c'est-à-dire, comme aujourd'hui, à celui qui a détenninê le plus d'angles et de crochets. On ne doit pas faire faire à un chien plus de deux courses le même jour, continue Habert. Et telle est cette chasse, que l'on ne devrait pas défendre

Aux gens d'honneur qui vont pour courre et non pour prendre.

n ne reste plus maintenant qu'à énumérer les « propriétés ■ du lièvre, lesquelles sont nombreuses :

PremièremeDt sa chair, bien cuitte et bien roaUe, Guérit le flux de ventre et la diHenterie.

Son foye, au four seiche, appaise la langueur D'un trop débile foye augmentant la vigueur.

Sa cervelle bouillie aux gencives est bonne Quand la douleur des dents les enfants espoinconne. Son fiel avecques succre est propre pour les jeux Qui sont chargez de taye et d'humeur chassieux. Son sang frot fricassé, mis sur dartre ou sur rongne, A la bien nettoyer en peu d'heure besongne.

Sa fiante portée empesche l'action ■ Non de Vénus, mais bien de la concepticm.

Mise dans le conduit, l'amarry trop humide Elle seiche, et des mois retient le cours fluide. De sa jointure on tire encore un petit os Qui de guérir le mal de colique a le los.

DÉCADEHCE Tel est ce poème épique. Je pense qu'il marque DP COOR8INQ l'apogée du coursing dans notre pays. Par la suite, le succès en déclina. II semble, en effet, qu'après Louis XIII les Bourbons n'eurent pas le même goût pour les lévriers que leurs prédécesseurs. « Quand il vous plaira, dit M. de Sotenville, je vous donnerai le divertissement de courre un lièvre * (Molière, Georges Dandin), mais il s'agit là de chasse à cors et à cris et non pas de coursing. La Fontaine a parlé des bonds de Maître Janot,

J'entends de ceui qu'il fait lorsque, prêt d'être atteint. Il s'éloigne des chiens, les renvoie aux calendes...

La Bruyère mentionne encore le n lévrier qui prend un lièvre corps à corps », dont il faut rapprocher ce mot de M"* de Sévigné : 1 Je vous aime pour bien des raisons, mais surtout parce

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