‹ Animaux de sport, lévries-taureaux-coqsChapitre 52 sur 118 · A ROME AU XVP SIÈCLE · texte numérisé non relu

A ROME AU XVP SIÈCLE

fameuses, mais alors c'étaient les nobles, les barons qui entraient dans la lice ; beaucoup se faisaient tuer et leurs funérailles étaient un prolongement espéré de la fête ; au xvi* siècle, on commençait par lâcher sur les places les jeunes taureaux que la foule s'amusait à harceler, puis finsilement à tuer, puis avaient lieu les courses plus sérieuses, pour lesquelles les villes vassales étaient tenues d'envoyer des jouteurs. »

Elles avaient lieu sur la place Navone, entourée de palissades et garnie d'estrades à cet effet.

En 1519, quatre taureaux furent tués, mais deux hommes périrent, et un grand nombre fut grièvement blessé. Le trésorier Sérapica, jeté à bas de son cheval, faillit être éventré '.

Erasme assista à une de ces courses données sous les yeux de Jules II devant le Vatican '. H vit un des assistants sauter dans l'arène, tenant dans la main gauche une cape enroulée, et agitant dans la droite une épée.

Tout de même qu'à Madrid Charles-Quint, le fameux César Boigia descendit lui aussi dans l'arène. Voici ce que dit M. Yriarte de l'une des prouesses accomplies par le duc de Valentinoîs, lors des fêtes dormées à Rome à l'occasion du mariage de sa sœur, Lucrèce Borgia, avec Alphonse d'Esté, duc de Ferrare, en l'an 1502 : tlfi t janvier on célébra sur la place de Saint-Pierre un combat de taureau, représentation acclimatée à Rome depuis les Allouais et ce n'était plus rare de voir de telles fêtes représentées sur la place Navone. César Borgia descendit dans l'arène, accompE^é de quelques espagnols, qui probablement devaient être des hommes du métier prêts à le sauver de l'atteinte terrible du taureau. Le Valentinois était à cheval et après avoir salué le public il s'avança seul contre l'animal et le combattit à la lance, puis il voulut se

I. Cf. RoDOCUlxccBi. Semé au temps de Juki II et ie Lion X (Cbap. m, j* partie). I. Cf. P. M HoLMAC. Vo/agt fBratme en Itati*.

montrer dans le même combat à pied, au milieu d'une cnadiilla de dix esp^;nols. Apiès avoir, avec une maestria superbe fait montre de sa valeur, il abandonna la partie aux toreros de profession '. »

D'autre part et pour en finir avec les courses romaines de taureaux, détachons ces deux passages traduits du Diarium de Burkart : « I^ 24 février 1500, fête de la Saint-Jean, sur la place Saint-Pieire, on ferma les issues, on combattit doq ou six taureaux ; César Borgia, duc de Valentinoîs, à dieval, leur lança des flèches et les animaux en moururent. » Et ceci : « Le dimanche. a janvier 1501, sur la place Saint-Pierre qui fut entourée de tous côtés par des portes de bois, on tua huit taureaux et un bufBe; le leudemîiin on tua quatre taureaux et un bufBe ^ »

Revenons en Espagne. Philippe IV imita son aïeul Charles- Quint et témoigna d'un goût très vif pour l'art de la tauromachie, mais ce fut sous le règne de Charles II (1665-1700) que la passion nationale des courses atteignit au plus haut d^ré et que ces s^tectades resplendirent, dans leur première forme, du plus vif éclat. Nous disons dans leur première forme, car l'histoire de la tauromachie a fourni deux étapes très distinctes.

Dans la première, qu'on pourrait appeler la période féodale, la course n'est que le combat d'un cavaUer et d'un taureau, et ce cavalier est un noble, un grand seigneur, un grand nom d'Espagne. Il combat le taureau à cheval, avec sa lance, cherche à tuer son adversaire et ne se préoccupe, dans ce combat singulier, que de sa propre victoire, pour laquelle tous les moyens lui sont bons.

Dans la seconde, qui est la période classique, le cavaUer fait place au combattant à pied, le noble au rotoiier, l'amateur au professionnel. Des règles fixes se précisent, le jeu devient un art extrêmement minutieux, qui est toute une liturgie et dont la rigoureuse

[. YkiuTe. César Borfia. t. II (RothichUd, tSa^).

I . BuBKABT. Diarium. tdition Thaune (Erneit Letoui:. idit., iSSj}-

observance de tout le détail infime et compliqué est la première loi. C'est la grande époque de la course de taureau classique qui commence vers le milieu du xvm« siècle et se transforme lentement, sûrement, précisément, au gré des différentes écoles de toreros et sous l'influence bienfaisante de quelques grands artistes dont nous dirons tout à l'heure la vie, les travaux et le nom.

LA PÉRIODE II ne faudrait pas croire toutefois que dans la FEODALE période féodale des courses — acceptons une fois pour toutes et pour la commodité de la conversasation, cette classification un peu générale, mais qui n'a rien d'arbitraire — aucuneloi, aucune règle ne vinssent limiter la fantaisie du torero cavalier. Nous avons eu la bonne fortune de retrouver un petit livre précieux pour la connaissance d'une course telle qu'on les donnait à Madrid à la fin du xvn^ siècle, c'est-à-dire au moment le plus éclatant de la vieille tauromachie. C'est un Mémoire curieux envoyé de Madrid, par un français qui a gardé l'anonymat, mais qui devait appartenir à la suite de l'ambassadeur de France auprès de Charles II, et qui écrivit en 1665 et 1666 quelques lettres à des amis sur ce qu'il avait vu de plus remarquable en Espagne. La première de ces lettres, datée du 8 juillet 1665, est consacrée tout entière à la « description des fêtes de taureaux qui se font à Madrid ».

« On en fait de deux sortes, dit notre voyageur inconnu ; les unes que l'on appelle les testes royales, où les principaux seigneurs de la cour d'Espagne sont les combattants, qui sont réservées pour les réjouissances les plus célèbres; les autres sont celles que la ville fait pour le public, que nous voyons recommencer trois fois l'année à certains jours de l'été. Les royales sont plus magnifiques que celles de la ville, quoique la cour ne laisse pas d'assister à celles-ci, dans toute sa splendeur. »

La plazza mayor, où se donnaient les courses, était formée d'un vaste quadrilatère, allongé, construit en briques. La loge royale se

trouvait dans la partie longue dont la façade était exposée au Nord. En face, dans la partie des gradins ^posés au Midi, les ambassadeurs et les Conseils, à droite et à gauche du roi.

Au-dessous du premier éta^e occupé par les pavillons du roi, des Conseils et des ambassadeurs, s'étageait l'amphithéâtre destiné au peuple. Les gardes du roi demeuraient tout le temps de la course debout et dans un grand luxe d'tmiformes, sur une esplanade ménagée au-devant de la l<^e du prince. L'arène s'entourait a d'une barrit à hauteur d'homme afin d'empêcher l'emportement des taureaux. »

Le jour de la course, deux ou trois heures avant l'heure fixée pour l'entrée du roi, les personnes de qualité se réunissaient dans l'arène et s'y promenaient en carrosse. Les ambassadeurs avaient accoutumé de faire, dans un appareil semblable, trois fois le tour de la piste, avec toute leur suite, c en quoi ils donnent beaucoup de lustre à la fête ». L'ambassadeur de France, en particulier, excdlait dans ce genre de représentation. Fuis à quatre ou cinq heures, la place était évacuée, et le roi faisait son entrée.

«Toute cette vaste cour ayant pris son rang, six alguazils ou huissiers de la ville entrent dans la place, tenant de longues baguettes ou verges blanches à la main ; ils sont montés sur des chevaux fins richement harnachés à la morisque, ayant les poitrails garnis de quantité de grelots et les crins tressés avec des rubans pendant jusqu'à terre, chacun d'une couleur différente. >

Ils vont ensuite se placer sous la Ic^e royale pour recevoir les ordres du roi qui préside. Trente-six charrettes chargées de tonneaux arrosent le sable de l'arène que les soldats font évacuer et la course commence.

On ne combat qu'un seul taureau à la fois. ■ Il y a une loge à un des bouts de la place, pour les y enfermer les uns après les autres ; cette loge a communication avec une cour où l'on conduit le jour précédent plusieurs taureaux parmi des bœufs, qui est ime céré-

:. d'après Goya {voir p. 14Q).

morne qu'on appelle encierro. » Les cavaliers « torreadores » sont des gentilshominea particaliers qui s'exposent à ce péril... on dit qu'il y en a quelquefois de galants panni eux, qui courent ce danger pour se mettre bien avec leurs m^tresses, ou pour complaire par cette bravoure : mais qu'aujourd'hui cette générosité est fort déchue de ce qu elle a été autrefois... »

Autrefois, dans les courses royales, ces seigneurs entraient au nombre de cinq ou six, avec ime suite de cent laquais chacun et quinze ou vingt chevaux de main et mulets chargés de lances {rejoues) . Dans les courses de la ville, les toréadors paraissent seulement avec deux estafiers portant des faisceaiuc de ces mêmes lances « qui sont de bois de sapin fort sec afin qu'elles se rompent facilement suivant l'ordre du combat, longues environ de 4 ou 5 pieds; ce qui ne laisse pas de faire encore un assez bon effet 1, Les cavaliers alors n'ont plus que trois ou quatre chevaux très beaux « dont ils changent de temps en temps par magnificence ou par nécessité quand les taureaux leur en ont blessé quelqu'un b.

S'il arrive que les chevaux sont tués, c'est la ville qui a le soin d'en fournir d'autres; pour les costumes des combattants, ils sont vêtus de noir, portent la cape, l'épée large et courte et la dague, et leurs chapeaux s'ornent de plumes de couleur. Ils ont aussi de hautes bottines blanches et des éperons d'or, « à la morisque, qui n'ont qu'une pointe ».

Dans le redondel ne restent que les cavaliers toréadors, les alguazils et une vingtaine d'aides à pieds, les peones.

Leur entrée faite, les toréadors saluent le roi et les dames, demandent l'autorisatioa de «Hnbattre, et sur im signe du roi, les trompettes annoncent l'ouverture du toril, dont un alguazil a la clef.

D'abord, les peones les plus habiles plantent de petits dards dans les épaules du taureau. Ensuite les cavaUers, empoi^ant le rejon par le bout, comme l'on fait d'un poignard, « font tout ce

qu'ils peuvent pour animer le taureau pendant que leurs laquais hii tendent aussi leuis casaques et les remuent afin de l'excitei. s

Quand le taureau s'élance sur un des cavaliers, celui-ci doit attendre son attaque, puis pousse son cheval en passant un peu à côté du taureau, à main gauche, lui enfonce la lance un peu au-dessus des cornes et la rompt — ou plutôt le taureau s'enferre de lui-même sur le lejon. '

Si le taureau est bien frappé, il tombe et meurt sur-le^amp. Cest en quoi consiste toute l'adresse du toréador. Dans ce cas les trompettes sonnent, les applaudissements éclatent, et tandis que le cavalier victorieux fait le tour de l'arène en saluant, les spectateurs (notre voy^eur affirme que la plazza peut en contenir 40.000, ce qui nous paraît beaucoup) Estent leurs mouchoirs et les baisent, « ce qui est en ce beau pays un signe d'amitié... »

Si le taureau n'est pas tué sur le coup, on l'expédie vivement à seule fin d'en voir un nouveau.

Les peones s'approchent traîtreusement de lui par derrière et, à coup de sabre, ou d'une longue lance terminée en croissant que l'on nomme media-luna, l'abattent en lui coupant le jarret, à moins que l'attaquant tous ensemble, ils ne le percent de coups et le tuent rapidement.

■ La plupart meurent de cette sorte, car comme les cavahers ne peuvent plus les toucher quand ils ont le jarret coupé, ils abandonnent ceuz-la aux piétons parce qu'il n'y aurait plus d'honneur pour eux à les attaquer en cet état ». Cependant qu'on achève le taureau, les cavaliers vont saluer leurs amis, s pour ne demeurer pas décontenancés, qui est une bienséance qu'ils doivent garder s.

Lorsque le taureau, trop vigoureux, a lassé tout le monde, ce qui se conçoit aisément, étant dorme le jeu très simple et très peu varié des toréadors, on tâche sur lui de forts molosses qui le prennent à la gorçe, aux oreilles, à la queue, — ce qui, affirme notre écrivain, « est à mon gré le meilleur de la feste, car comme il s'en trouve fort

embarrassé, il fait tous ses efforts pour les écarter, les faisant sauter en l'air, d'une manière qui donne toujours beaucoup de plaisir n. Alors les peooes profitent de son embarras pour l'achever.

Quand il est mort, des valets spéciaux le font sortir de la lice en attelant à son cadavre trois mules harnachées. Un nouveau combat commence et ainsi de suite, avec douze ou quinze taureaux.

On voit par ce récit que ces courses n'avaient rien de bien raffiné, et qu'elles ne ressemblent que de loin au jeu varié de la tauromachie moderne.

Toutefois, quelque simpliste iqu'en soit l'exécution, ces courses étaient déjà soumises à la loi du » Torear » dont notre précieux guide nous a laissé quelques principes.

Le toréador doit d'abord blesser le taureau et l'empêcher avant tout d' atteindre sa monture. Il doit aussi rompre sa lance en portant le coup et prendre soin de ne pas la laisser tomber à terre. Si son chapeau tombe, il n'a le droit de combattre qu'avec son êpée, que l'élégance lui prescrit de ne tirer que lorsqu'il se trouve tout prés du fauve. Si enfin te cheval refuse d'avancer, le cavalier met pied à terre et n'use que de l'épée. Le cavalier désarçonné peut remonter en selle, mais dans ce cas les plus braves marchent sur le taureau à pied, si celui-ci est proche. S'il s'enfuit, l'homme remonte en selle et court sur son ennemi. Dans tous les cas, si le cavalier se trouve dans l'obligation de combattre à pied, pour une des raisons que nous venons de dire, les autres toteadors mettent également pied à terre et l'assistent.

Il arrive parfois que l'homme est blessé.

Au temps passé, ce jeu était encore plus dangereux, « qui a été cause qu'il y a eu des papes qui l'ont défendu sous peine d'excommunication Ji.Mais noussavons que la première loi de l'artduii Torear» est « qu'aucun accident funeste ne doit point la faire cesser, à moins qu'il ne plaise au roi de s'en aller. »

I Un des plus grands plai^rs que la plupart du monde y prend.

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c'est de voir on taureau furieux poursuivre un aiguazil. ■ — Déjà ! — Nous verrons un peu plus loin que ce plaisir est encore tiès vif aujourd'hui, parmi les affidonados populaires dont la grande joie est de se moqtier de ces honnêtes gens de police lesquds, pour être vêtus comme des seigneurs du temps de I<ouis XIII, n'en sont guère plus valeureux pour cela.

Une passe (on plutôt une suertt), pour employer le langue technique, assez en faveur, est celle de la tamada. L'homme chai^ d'un long épieu va se poster à quelque distance du toril, met un genou en terre, ûche sur le sol le talon de sa lance dont il présente la pointe au taureau qui vient s'enferrer dessus, « en sorte que cette lance lui traverse quelquefois depuis la tête jusqu'à la queue, et il ne laisse pas avec cela de courir assez toi^temps. H ne se peut rien voir de pFus grotesque. sCe dernier mot fait assez comprradre toute la différence qu'il y a entre l'art grossier de ces premiers tatixomaches et celui si raffiné des Montes, des Lagartîjo, des Gaerrita, des Puentes et des Bombita.

1/6 jeu nuancé, souple et piéds de ces derniers donne des émotions assurément diverses, depuis l'effroi jusqu'au ravissement, mais de toutes, le ridicule est exclu.

Finissons-en donc avec les courses telles qu'on les donnait au xvn^ siècle. Ajoutons seulement sur l'origine des courses de taureaux en Bspf^e, ces quelques lignes de l'anonyme spectateur dont nous avons si copieusement rapporté les propos. « Il y a beaucoup de Castillans qui prétendent que ce sont leurs pères qui ont défié les premiers la fureur des taureaux pour jouter avec eux et qui en ont fait un divertissement, peut-être à cause qu'il est remarqué dans l'Histoire générale de ce pays que la première fête de taureaux se fit en Castille, l'an iioo, dans le temps qu'elle commençait à secouer le joug des Maures. Mais plusieurs pensent que les Goths en sont les premiers auteurs et d'autres disent que les Espagn<ds ont reçu des Romains cette sorte de spectade, qui a vraiment beau-

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coup de rapports à ceux du cirque ou des amphithéâtres andeiis de Rome. Je vois pourtant qUe l'opinion la plus commime est que les Maures qui conquirent ï'Esp^ne sur les Goths l'y ont introduit... ■

L'ÉPOQUE L'art véritable du Toreo date du miUeu du CLASSIQUE xvrn* siècle L'honneur d'en avoir précisé les règles et renouvelé le jeu revient à Francisco Romero, de Ronda.

Lorsque le duc d'Anjou monta sur le trône d'Espagne, en 1700, sous le nom de Philippe V, il était fort naturel que ce petit-fils de Louis Xrv, nourri dès sa naissance dans une cour aussi policée que celle de Versailles, et formé au milieu des mœurs délicates du Grand Siècle, ne témo^ât que d'un goût fort médiocre pour la tauromachie. Les nobles cessèrent alors de prendre part aux jeux de l'arène, non pas d'une façon absolue et définitive, car on en voit encore quelques-uns combattre le taureau dans le cours du dernier siècle : en 1857, une course, préàdée par la duchesse de Uedina- Celi, fut courue par des grands noms d'Espagne, et à Madrid, en 1Ô63, on vit paraître dans l'arène le duc de San Lorenzo et le marquis de Villaseca, qui ne crurent pas déchoir en ce faisant.

Mais ce que nons avons appelé l'époque féodale est tenniné.

Le toreo va entrer dans une voie nouvelle. Ce qui n'était qu'un jeu va devenir un art, et un métier ce qui n'était qu'une distraction.

Désormais le torero est un professionnel, qui est payé, qu'on engage spécialement, et qoi fait partie, comme le comédien ou le chanteur, d'un milieu spécial, d'une caste à part.

La course entre dans le domaine de la spéculation. C'est une entreprise commerciale comme le théâtre, elle a ses imprésarios, ses figurants et son public.

Francisco Romero fit faire à la tauromachie un progrès décisif

t6o LES COURSES DE TAUREAUX

par l'invention de la muUta et du Irastear ' (travail fait avec ta muleta pour préparer le taureau à la mort). Il fut le premier torero qui aborda le taureau l'épée à la main et le tua sans autre moyen de défense qu'im petit drapeau d'étoffe rouge.

Ecœuré de voir « assassiner :•, c'est le mot, les taureaux qu'on abattait alors en leur tranchant les jarrets par derrière, à coups de media-Utna, il résolut de supprimer des courses cette barbare coutume, et de la remplacer par une série de passes particulières et propres à mettre l'animal en état d'être jeté à terre d'une seule estocade. Il y réusait, après une étude approfondie du taureau, de ses habitudes et de sa physiologie. Ce fut à Ronda, sa ville natale, qu'il exécuta en premier la suerte fameuse du recibir, qui consiste à recevoir le taureau, et, sans bouger, le jeter à terre en le laissant s'enferrer lui-même sur l'épée tendue.

I/ui disparu, ses fils Juan et Pedro obtinrent à leur tour, entre 1740 et 1748, de grands succès et perfectionnèrent l'art inventé par leur père. Juan oi^anisa le premier la cuadriUa régulière avec les picadores et les banderilleros. Pedro tua pour sa part, dans toute sa carrière, 5.650 taureaux. Il apporta des modifications importantes au toreo et développa l'école de Ronda, ainsi que l'on nomme la première école de tauromachie classique, à laquelle succéda, vers la fin du xvm» siècle, l'école de Séville, dont le grand mérite est d'avoir inventé une suerte nouvelle, la suerte de volapie qui, en faisant courir le torero sur le taureau pour le tuer, permet, contrairement à la suerte de recibir, une variété beaucoup plus grande dans les passes.

Ce fut Géronimo José Candido qui, en 1760, le premier exécuta cette suerte avec succès.

Aux partisans de l'école de Ronda, Romero, Galvez, Bargai-

I. Noui dooneioD* >u fur et k meiace que non* le* rencontieron* *d coun de ce livre, l'explicatlDa dei termet teehniqnet. dont l'emploi eit eonitant ea tinronachic. et la traduction aiici délicate.

L'ÉPOQUE CLASSIQUE i6i

tzegui, succédèrent donc les partisans de l'école de SéviUe, Pepe Hillo, Costillares, José Candido.

Grâce à l'école officielle de tauromacliie fondée à SéviUe par Ferdinand VU, et une nouvelle école fondée par ordre royal, à SéviUe aussi, le 8 mars 1830, les courses de taureaux prirent un développement nouveau et très édatant, avec l'illustre Montes, Don Raphaël Pères Gusman, Frascuelo et Desperdidos '.

De 1749 à 1874, en cent vingt-dnq ans il y eut en Espagne 3.750 courses au cours desquelles 22.500 taureaux furent mis à mort, et où il n'y eut à déplorer que la mort seulement de 8 hommes, dont 3 Espadas, i banâeiiUero, i picador et 3 amateurs.

Ces chiffres démontrent assez à quelle passion profonde se heurtèrent ceux qui ont tenté de ruiner l'art admirable du toreo, caf depuis Alphonse le Ss^e, qui assimila les toreros salariés aux prostituées et les rendît incapables de témoigner en justice, malgré la bulle du Pape Pie V qui les excommunia, malgré les mandements de l'évêque d'Aire (1634-1641) qui met pareillement au ban de l'égUse ceux qui organisent les courses et ceux qui y pretment part, malgré Philippe V et Charles III qui leur sont hostiles, les courses de taureaux n'ont pas cessé d'être pour l'Bsp^nol, le jeu le plus noble, le sport le plus passionnant et le plaisir le plus riche d'émotions. Ceux qui ont tenté de s'opposer à ce goût populaire ont vite appris ce qa'U en coûte de toucher aux traditions profondes d'une race attadiée à son passé : Pan y Toros {du pain et des taureaux) a toujours été — ira los montes — le cri naturel de toutes les séditions populaires.

Fepe Hillo, dans son Manuel de tauromachie, écrit ceci :

a Ifi spectacle des taureaux fait la joie des enfants et la jubilation des vieillards; loin d'ici les esprits faibles qui ont ώ traiter de barbares ces nobles exercices I Leurs raisons sont filles de la peur et

I. On trouTari, plu* loin, une Uita dei toieios lei plaa cilèbrei.

i6a LES COURSES DE TAUREAUX

de l'eavîe ; qu'on aille voir une couise de taureaux et l'expérience même sera la meilleure réfutation du système de ces timides moralistes. Que signifie l'ai^ument qu'on m'oppose, en prétendant que, de temps en temps, on voit périr quelque toreros ! Existe-t-il un seul exercice qui soit exempt de quelque danger ? I^ jeu dn mail, par exemple, et celui des barres, ne causent-ils pas aussi quelques acddents ? Le goût de la natation et celui de l'équitation n'ont-ils pas coûté la vie à un plus grand nombre de perso&nes que les taureaux n'en ont tué et n'en tueront jamais ? Enfin, notre art est arrivé aujourd'hui à un tel degré de certitude, que nous traitons les taureaux avec autant de mépris que si c'était un mouton, suivant l'expression dont se servit un seigneur marocain, la première fois qu'il vit une course à Cadix, u

Ferdinand VII qui avait voulu faire disparaître les courses fut bien forcé de les protéger et de les encourager publiquement, lorsque, après la chute de Joseph Bonaparte, il remonta sur le trône ; Joseph Bonaparte avait été fin politique en les assurant de sa pro> tection, et ce ne fut pas une des raisons les moins profonde de la haine qu'excita Godoï que son animadversion déclarée pour un exercice si fortement national.

A l'époque de Ferdinand VII, les courses de taureaux présentaient encore certaines particularités propres aux coutumes tauromachiques de l'ancien temps. X<e3 spectacles en prenaient un aq>ect singulier, et les grandes fêtes qui donnaient lieu aux bdles courses royales de Madrid tiraient de cette observation des vieux rites an éclat prodigieux. Nous avons retrouvé la relation d'un Bspi^nol qui décrit les courses de taureaux qui furent données à l'occasion des fêtes de ta Jura de la princesse des Asturies, en 1833, à Madrid. On verra que la course royale et la course de la ville ressemblaient encore, à cette date, par maint détail, aux courses auxquelles assista, à la fin du xvn^ siècle, le voyE^;eur français dont nous avons rapporté les lettres plus haut.

Dès le mois d'avril 1833 commencèrent les piéparatifs des fêtes royales qui devaient accompagner l'ouverture des Cortès. La Plazza Mayor, dont l'angle oriental se trouvait ouvert depuis 1819, par la chute de deux vieilles maisons qui la bordaient, fut réparée. KUe formait un vaste parallélogramme de 404 pieds de longueur sur 302 de la^e. Le sol fut labonré et nivelé. Les gradins s'élevalent rapidement. On en peignait les plandies à mesure qu'elles étaient placées et clouées. On travaillait même le dimanche, ce qui ne s'est jamais vu en Esp^;ne. Enfin, le 19 juin, tout était prêt. Les fêtes commençaient le l^idemain. Elles devaient durer une semaine entière. 40000 curieux venus des provinces débarquaient dans Madrid. Le 20 juin, les réjouissances commencèrent... Mais laissons plutôt la parole à Don Juan Martînez, qui y assistait et en a laissé un pittoresque et vivant récit.

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