LE TAUREAU
LE TAUREAU l^ principal, l'essentiel personnage, le grand DE COURSE premier rôle de la course est assurément le taureau. C'est donc pat lui que nous débuterons, en le prenant dès son plus jeune âge pour le suivre dans sa croissance, son développement et les conditions particulières qui le rendent digne d'être couru, jusqu'à ce que les portes du toril se soient refermées sur lui.
Le taureau de course est un animai tout à fait particulier à l'Espagne. Il n'a rien de commun avec les honnêtes taureaux employés en France pour la reproduction ou les travaux de culture, non plus même qu'avec les petits tameaux de Camargue qui servent aux amusants exercices de gymnastique, connus dans nos provinces du Midi sous le nom de ferrades et de courses landaises.
Le taureau esp^nol n'est en aucun point un animal domestique. C'est une redoutable, une formidable bête de combat, vaillante, puissante, noble autant qu'astucieuse et vindicative, toujours brave, jamais déloyale ni tr^tre, et peu intelligente.
L'ÉLEVAGE Les conditions dans lesquelles on l'a élevé n'ont rien enlevé à son énergie et à sa fougue.
On ne lui demande que d'être fort et de rester sauvage. L'élevage des taureaux de combat est un art en lui-même déjà très minutieux, tiés coûteux aussi et réservé seulement k de riches et
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glands propriétaires, à cause de l'entretien particulier que nécessite la ganaderia (l'entreprise d'élevage), des soins difficiles que demandent les taureaux, leur croisement, leurs pâturages, à cause aussi des vastes espaces de terrain où les animaux doivent pouvoir courir et s'ébrouer en toute liberté. C'est une perte considérable de terres pour l'agriculture, et les ennemis de la tauromachie n'ont jamais manqué d'invoquer cet argument. Elever des taureaux est donc beaucoup plus un amusement luxueux qu'une spéculation profitable. Toutefois, actuellement, certains ganaderos réputés comme Don Eduardo Miura, en tirent des bénéfices fort appréciables. Ils vendent pour la charrue et la boucherie les taureaux qui ont donné des résultats insuffisants dans les tientas — et de plus, les « toros de muerte » sont largement payés par les imprésarios. L'hiver, pendant la morte-saison des courses, les imprésarios préparent la saison prochaine. Ils vont dans les ganaderias, examinent les taureaux, retiennent pour les corridas futures les bêtes qui lui ont plu et ils les payent (en moyenne deux mille francs le taureau) sur-le-champ. Ils précisent la date de livraison des bêtes achetées.
Ives présidents des corridas vont également visiter dans leurs ganaderias les taureaux achetés. Un vétérinaire les accompagne et tout taureau défectueux, vicieux d'âge ou de santé, ne présentant pas les conditions requises, est impitoyablement refusé. Si la course est très proche et que l'on ne puisse A temps remplacer le taureau ainsi mis de côté, la course n'aura plutôt pas Ueu — et sera suspendue par voie d'affiches. Le même vétérinaire, le matin de la course, repassera l'inspection des taureaux et également des chevaux.
Le majorai, lorsque les taureaux quittent la ganaderia, pour se rendre à la plazza où ils sont destinés, les accompagne. Il ne les abandonne pas. Dans le corral, il les nourrit de sa main et les bêtes qu'il a élevées le connaissent. On cite des traits admirables de
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certains taureaux terribles devant leurs ennemis, dans l'arène, et qui, graciés pour leur courage, sont rendus à îeurs vaqueros qui les ramènent en les tenant à la main, aussi dociles que des chiens.
Le majorai assiste donc à la course, où il a un siège spédal — et où il représente la ganaderia d'où vient le taureau.
LES OANADERIAS H existe plus de trois cents ganaderias en Esp^ne. Nous en donnerons plus loin un petit historique. Celles d'Andalousie, des gaoaderos Miura, Murube, Veragua sont les plus justement réputées.
Les taureaux reproducteurs sont choisis avec un soin parfait ainsi que les vaches. Les étalons ne doivent pas avoir plus de huit ans. Ce sont quelquefois des taureaux fameux qui ont été courus et à qui on a fait grâce de la vie.
Le taureau vit en moyenne quinze ans. On ne le court qu'à quatre ans, au moins, six au plus. C'est entre quatre et huit ans que l'animal est dans toute sa vigueur et sa beauté. Passé cet âge, il ne vaut plus rien, se fatigue trop vite, ruse trop.
Aussi bien, avant sa maturité, passe-t-il par plusieurs stages. A un an il est dit anojo ; «trero à trois, trois et demi ; il est qttaireno vers la quatrième année. Après quatre, c'est un ioro.
LES CORNES Dès le premier mois de son existence les cornes lui poussent sous forme de cornets embcdtés les uns dans les autres. Elles croissent d'abord de façon à former un angle droit avec le front, puis, vers la deuxième année, penchent la pointe en avant.
On nomme pointe ou piton, la partie supérieure de la corne ; fala la partie qui va de la pointe au sillon ; sillon, le point d'attache de la corne au front. Les cornes, qui sont formées de poils agglutinés, indiquent l'âge du taureau. Quand l'animal a trois ans on voit se fendre sur la longueur de la corne, une sorte de feuille qui tombe et
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laisse subsister au ras du front un bourrelet en forme d'anneau. Un an après, une nouvelle ezfolîation a lieu qui laisse subsister encore un bourrelet et ainsi de suite. Ifi nombre des bourrelets, ajouté à trois, donne l'âge de la bête. Ainsi un animal de quatre ans a un bourrelet, un de cinq en a deux et ainsi de suite.
Four que le taureau soit bien encorné, il faut qu'il ne soit :
Ni cornalon, cornes trop longues.
Ni comiaberto, cornes bien placées à leur naissance mais dont les pointes s'ouvrent trop largement.
Ni comicorto, cornes trop courtes.
Ni comiopaso, cornes dont les pointes sont tournées vers l'intérieur en forme de lyre.
Ni corniapretado, cornes trop rapprochées.
Ni mogones, cornes écaillées.
Les cornes doivent être larges, longues, coniques et très effilées, légèrement courbes aux extrémités. Ce sont des armes redoutables dont le taureau se sert avec une précision terrible. Il peut d'un coup de pointe, comme on le ferait avec une balle, percer en l'air un linge flottant.
LES DENTS I^ dents du fauve indiquent pareillement son âge. Quand il atteint neuf mois, les dents lui percent, laiges et blanches sur le devant de la mâchoire. A quinze mois les côtés se dégarnissent ; à trois ans les incisives changent. Il a alors toutes ses dents fortes et blanches. A six ans elles commencent à jaunir.
LA ROBE On distingue aussi les taureaux par la couleur de leur robe. La couleur la plus commune est le noir, surtout en Andalousie. Voici les nuances de poil qui se rencontrent le plus fréquemment :
Cardeno, à robe noire, parsemée de poila blancs sans qu'ils formeot tache; il existe des carde»os elaros ou obscitros, selon que le poil blanc est plus ou nioinH abondant.
Castagno, chitajn.
Colorado, rouge ou baie, comme les chevaux, surtout dav lei ganaderïas de Blea et de Colmenar.
Jabonero, taureau  poil blanc, sale, jaunâtre, principalement dans les ganaderïas de Veragua et de Villagodio.
Retinto, entre le châtain et le baie.
Jardo, taureau à robe marquée de nombreuses taches blanches baies, de différentes grandeurs et assez rapprochées.
Ojo de perdri\, taureaus dont les yeux sont cerclés de rouge.
L'HERRADERO Lorsque le jeune veau a un an, on le fait passer avec les autres veaux dans un premier corral (enclos) pour les séparer des vaches, leurs mères, puis dans un second corral pour l'isoler. Les vaqueras (vachers) sous la direction du majorai (gardien en chef de la ganaderia) le jettent à terre par une simple torsion de son cou et des cornes. Si on fait l'opération quand le veau a trois ans, il faut être au moins trois ; l'animal est déjà fort et im homme ne suffirait pas pour l'abattre. Une fois à terre, on le maintient solidement, on lui imprime sur la cuisse ou sur la croupe, au moyen d'un fer rougi au feu, le chiffre du propriétaire, la marque de la torada et, s'il y a lieu, un numéro. Puis on lui coupe l'extrémité de l'oreille, on applique un peu de boue sut la blessure et tandis qu'on laisse l'animal regagner ta manada (troupeau), le ganadero (propriétaire de la ganaderia) ou le majorai inscrit l'animal sur un registre, avec son nom, son numéro, son ^e, sa robe et le nom de ses parents.
Four certaines ganaderias, la marque au fer rouge est remplacée par une entaille faite au fanon de l'animal peu après sa naissance.
La cérémonie de Vherradero donne lieu à des réjouissances particulières et auxquelles le ganadero ne manque pas de convier ses