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LES ALGUAZILS

LES MUSICIEMS Ce sont encore d'autres auxiliaires nécessaires des conidas, musique militaire, orphéons, sociétés privées ou municipales surtout composées de tambours et de trompettes [clarines). Elles accompagnent, sans que l'on s'en puisse dii^>enser, de marches, de pas redoublés les différentes phases de la course. Des sonneries particulières annoncent, sur l'ordre dn président, les changements de terdo, piques, banderilles, épée, et enfin la mort.

A Pampelune, pour faire mieux, trois musiques miUtaires jouent en même temps, sur un mode fortement scandé, des airs différents.

LES ALGUAZILS Nous avons réservé pour la fin les Alguazih. Ces honnêtes représentants de l'autorité n'ont pas cessé, depuis Charles II, de faire la joie du public des courses, et ne cessent jamais de s'attirer les quoUbets les plus baroques et les plaisanteries les plus cocasses.

Montés sur de beaux chevaux, ils portent des costumes noirs, avec de grands cols blancs, des bottes noires, le grand chapeau de feutre, le costume classique du seigneur Philippe II, avec l'épée et une cravache enrubannée.

Oiargés de transmettre les ordres du président, ils demeurent au pied de la loge de celui-ci pendant la course.

Un tube acoustique reliant le pasillo et la présidence, les met en relation constante avec le président, dont ils portent les ordres au diestro directeur de l'aiène, et les a avis n à ceux qui tardent trop à se débarrasser de leur taureau.

C'est eux qui sont chapes, avant le paseo, de procéder à l'évacuation de la piste encombrée par le public — c'est le Despejo — lorsqu' arrive le moment de l'ouverture de la course; puis ils vont quérir les cuadrillas, dans le couloir extérieur qui sert de coulisse aux arènes, et la précèdent lots du paseo.

Après quoi, lorsque chacun regagne son poste de combat, ils se

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piéseatent devant le président qui leut jette la clef du toril qu'ils doivent reœvoir — en principe — dans leur chapeau. Au galop, l'un d'eux se dirige vêts le toril, fait le simulacre de remettre la clef et revient au plus vite se mettre à l'abri, gagnant une des portes de la barrière qui se referme sur lui, tandis que la populace le hue et l'accable de ses véhémentes bouffonneries sur sa couardise ; tandis aussi que le taureau, malicieusement lâché trop tôt, bondit dans l'arène avant même que l'alguazil en soit sorti, en prévision de quoi, parant au plus pressé, ce dernier file sans regarder plus longtemps derrière lui, dès qu'il a remis la clef du toril à qui de droit.

TOUS ne prétendons pa3 donner ici l'hiatoiie de tous les toreros. n faudrait, pour célébrer décemment les vies de ces modernes n hommes iUostres >, tout un apparetl critique et documentaire qui nous fait défaut, et un volume pax espada ne serait pas toujours suffisant.

ITous voulons seulement rappeler les noms des plus fameux d'entre eux et rattacher à leur mémoire le souvenir de leur valeur et de leur audace.

FRANCISCO Le pramier parmi les toreros classiques, ce jeune R OMERO inOTmie ordinaire de Ronda, petite ville d'Andalousie, et berceau de l'art du Toreo créa, comme nous l'avons déjà exposé, la méthode tauromacbique. Du combat inégal et hasardeux de l'homme et de la bête, il fit un duel précis et mieux équilibré. A la force il joignit la grâce et l'intelligence ; il inventa la suerte de l'estocade à recibir et régularisa le jeu des peones.

C'est à Ronda, en 1726, qu'il exécuta cette suerte pour la première fois. Son fils Juan et son petdt-fîls Pedro lustrèrent, pour leur part, son nom déjà fameux ; la première des cuadrillas régU' lièies, comprenant des picadores, des banderilleros et des capeadores. It mourut fort vieux, et de deux années plus que centenaire.

Pedro, aussi v^oureux qu'agile, taa dans sa carrière 5.600 taureaux, le dernier à Ronda en 1834. H avait quatre-vingts ans et ne mourut que quatre ans plus tard.

M, Armand Dayot nous décrit son costume en ces termes : « Use ctmiposait d'une longue résille de velours rouge, qui pendait sur le dos. C'était là, d'ailleurs, une des parties essentielles de la coiffure de cette époque. Le col de la chemise serrait étroitement la go^e et montait tiés haut. Le buste était pris dans un justaucorps de satin noir un peu long, qui s'agrafait dans le dos et était assujetti à la taille par une courroie ornée d'une large plaque de métal brillant. Les extrémités des manches du justaucorps disparaissaient presque toujours sous le retroussis de celles de la chemise. Les culottes, extrêmement collantes, se teiminaient par de gros nœuds de ruban de soie placés au-dessous du genou. Les bas étaient blancs, et sur les souliers faits d'us cuir souple et verni, brillaient des boucles d'argent... »

Lorsqu'en 1830, Ferdinand VII créa l'école tauromachique de Séville, ce fut Pedro Romero qu'U en nomma directeur, et il lui donna comme adjoint Jeronimo José Candido.

Sur le fronton de l'école, on lisait cette inscription : « Ferdinand VTI pio, feliz, restaurador, para la ensenanza persevarada de laEscuela de Tauromachie. »

Les élèves de l'école étudiaient l'anatomie des taureaux morts, les dépeçaient au matadero, commençaient à travailler sur des taureaux de bois, puis étudiaient les taureaux vivants et n'étaient mis en présence de véritables toros de muerte qu'après s'être exercés sur des novillos et des toros embotaths.

L'école ne dura pas. Elle fut fermée en 1834. L'école de Ronda, représentée par les Romero, et leurs disciples Bargaitzegui, Manuel Galvez, fut remplacée par celle des toreros Sevillans, dont au début, de 1760 à 1800, Jeronimo José Candido, CostiUares et Pefe Hillo fuient les représentants les plus illustres.

JERONIHO En 1760, il inventa la suerte de Volapii, qui per- JOSE CAHDIOO mettait plus de fantaisie et de nuances dans l'art de mettre à mort, que le dif&dle recibir.

JOSE DELOADO Plus connu sous le nom de Pepe HiUo, laissa Y G A L V E Z ig pieniîej manuel de tauromachie qui fasse autorité : < D'el arte de corir a caballo y a pie. » II leçut dans son existence plus de vingt-cinq blessures et fut tué, le II mai 1801, à Madrid, dans une corrida, comme il était au quite. Tombé sur le dos il fut éventré par le taureau, et relevé les entrailles pendantes, et dix côtes enfoncées. I,a course ne fut pas interrompue et ce fut Pedro Romero qui tua à sa place.

Goya, dans sa Tauromachie si célèbre, a tracé par tnns fois la mort de Pepe HiUo.

CURRO OUILLEN {Francisco Herrera Rodriguez) fut un des plus glorieux toreros du xix^ siècle. Voici son portrait, tel que le traça Antonio El Mejicano ; k Ciirro GuiUen a vingt ans à peine. Il est grand, mince de la taille, large des épaules. Il a des mains et des pieds de femme. Sa figure est celle d'une jeune fille. Ses yeux noirs et un peu trop enfoncés luisent étrangement. Ses mouvements sont souples et gracieux, et sa tenue est naturellement correcte en face de la bête ; bien qu'il soit encore jeune, on devine aisément que dès sa plus tendre enfance il a été initié à l'art difficile de la tauromachie. N'est-il pas en effet fils de Francisco Heireta GuiUen et petit-fils de Francisco Herrera, deux des plus célèbres élèves de l'école Sevillane ? Puisse-t-il, pour la gloire de l'Espagne, ne pas s'abandonner complètement aux caresses de ses trop nombreuses mïdtresses et éviter les chEdnes de fleurs que tressent pour lui les mains les plus aristocratiques et les plus blanches de l'Espagne... <• Curro GuiUen était en effet renommé pour ses bonnes fortunes. Il tuait si bien... Un joui, ne dit-on pas

aî« IBS COURSBS PS TAUREAUX

que quoique blessé, il mit à mort hait taureaur en huit estocades ? Il mourut dans l'aiène de Ronda, d'un coup de corne dans la tête. Un q>ectateiir lui parlait ; son banderilleio, Juan I^eon, eut à peine le temps de lui crier : Prends garde... il fut pris par le bicho. Il avait quarante-trois ans.

MONTES Francisco Montes, le César des toreros, naquit à Chiclana (près de Cadix] en 1804. Son père rêvait pour lui d'une carrière administrative et paisible, mais Francisco Montes, ayant subi des revers de fortune, préféra d'autres destinées. Jeronimo José Candido l'affectionnait, et ayant découvert en lui des dispositions heureuses, il le fit recevoir à l'école de Séville, d'où le jeune homme sortit pour débuter à Oiidana, puis à Madrid où il connut des triomphes éclatants. Sa carrière fut courte et ne dura que quatorze années, mais ces quatorze années suffirent à établir sa réputation mondiale,

Théophile! Gautier le vit en 1640. Nous ne pouvons que citer les admirables pages que l'auteur de Fortunio consacre à l'illustre espada.

fl Nous n'avions de regards que pour Montés, dont le nom est populaire dans toutes les Espt^nes, et dont les prouesses font le sujet de mille récits merveilleux. Montés est né à Chiclana, dans les environs de Cadix. C'est un homme de quarante ans, d'une taille un peu au-dessus de la moyenne, l'air sérieux, la démardte mesurée, le teint d'une pâleur olivâtre, et n'ayant de remarquable que la mobiUté de ses yeux, qui seuls semblent vivre dans son masque impassible ; il par^t plus souple que robuste, et doit ses succès plutôt à son sang-froid, à la justesse de son coup d'œil, à sa connaissance approfondie de l'art qu'à sa force musculaire. Dès les premiers pas que fait un taureau sur la place, Montés sait s'il a la vue courte ou loi^e, s'il est clair ou obscur, c'est-à-dire s'il attaque franchement ou s'il a recours à la ruse, s'il est de muchas

fiemas ou aplomado, léger ou pesant, s'il fennera les yeux m donnant la cogida, où s'il les tiendra ouverts. Giâce à ces observations, faites avec la rapidité de la pensée, il est toujours en mesure pour la défense. Cependant comme il pousse jusqu'aux dernières limites la témérité froide, il a reçu dans sa carrière bon nombre de coups de corne, comme l'atteste la cicatrice qui lui sillonne la joue, et plusieurs fois il a été emporté de la place grièvement blessé.

» H était ce jour-là revêtu d'un costume de soie vert-pomme brodé d'aigent, d'une élégance et d'un luxe extrêmes, car Montés est riche, et s'il continue à descendre dans l'arène, c'est par amour de l'art et besoin d'émotion, sa fortune se montant à 50.000 duros, somme considérable si l'on songe aux dépenses de costumes que les matadors sont obligés de faire, un habit complet coûtant de 1.500 à 2.DOO francs, et aux voyages perpétuels qu'ils font d'une ville à l'autre, accompagnés de leurs quadrilles.

» Montés ne se contente pas, comme d'autres épées, de tuer le taureau, lorsque le signal de sa mort est donné. Il surveille la place, dirige le combat, vient au secours des ficadores ou des chtdos en péril. Plus d'un torero doit la vie à son intervention. Un taureau, ne se laissant pas distraire par les capes qu'cm agitait devant lui, fouillait le ventre d'un cheval qu'il avait renversé, et tâchait d'en foin autant au cavalier abrité sous le cadavre de sa monture. Montés prit la bête farouche par la queue, et lui fit faire trois ou quatre tours de valse i son grand déplaisir et aux applaudissements frénétiques du peuple entier, ce qui donna le temps de relever le picador. Quelquefois, il se plante tout debout devant le taureau, les bras croisés, l'œil fixe, et le monstre s'arrête subitement, subjugué par ce regard clair, aigu et froid comme une lame d'épée. Alors ce sont des cris, des hurlements, des vociférations, des trépignements, des explosions de bravos dont on ne peut se faire une idée ; le délire s'empare de toutes les têtes, un vertige général

agite sur tes bancs les quinze mille spectateurs, ivres d'agiiardienie, de soleil et de sang ; les moucboits s'agitent, les chapeaux volent en l'air, et Montés, seul calme dans cette foule, savoure en silence sa joie profonde et contenue, et salue l^èrement comme un homme capable de bien d'autres prouesses. Pour de pareils applaudissements, je conçois qu'on risque sa vie à chaque minute : ils ne sont pas trdp payés, O chanteurs au gosier d'or, danseuses au pied de fée, comédiens de tous genres, empereurs et poètes, qui vous imaginez avoir ezdté l'enthousiasme, vous n'avez pas entendu applaudir Montés I Quelquefois les spectateurs le supplient de daigner exécuter un de ces tours d'adresse dont il sort toujours vainqueur. Une jolie fille lui crie en lui jetant un baiser : ■ Allons, senor Montés, allons Faquirro (c'est son prénom), vous qui êtes si galant, faites quelque petite chose, une cosita, pour une dame. » Et Montés saute par-dessus le taureau en loi appuyant le pied sur la tête, ou bien il lui secoue sa cape devant le nez, et par un mouvement brusque, s'en enveloppe de façon à former une draperie élégante, aux plis irréprochables ; puis il fait un saut de côté et laisse ta t)ête lancée trop fort pour se retenir.

»La manière de tuer de Montés est remarquable par ta précision, la sûreté et l'aisance de ses coups ; avec lui, toute idée de darder s'évanouit ; il a tant de sai^-froid, il est si m^tre de lui-même, il pandt si certain de sa réussite, que le combat ne semble plus qu'un jeu ; peut-être même l'émotion y perd-elle. H est impossible de craindre pour sa vie ; il frappera le taureau où il voudra, quand il voudra, comme il voudra, n

Montés s'était volontairement retiré de la scène taurine ; cédant au désir de la Reine Isabelle II, il voulut reparaître dans l'arène. Le 21 juillet 1850, il y descendit à nouveau, mais se laissa encorner par un taureau des plus ^iles ; il eut la cuisse traversée et resta quelque temps entre la vie et la mort, puis il se remit et mourut à Oûdana, plus tard, des fièvres.

CDCHARÉS Né en 1800, à Madrid, neveu de Curro Guillen, Francisco Aijona Cuchares travailla d'abord à l'école de SéviUe, débuta comme banderillero de Juan I,eon, fut disputé comme tel par les meilleurs espadas de son temps, et finit par organiser une cuadxilla à la tête de laquelle il obtint les plus grands succès. Sa carrière fut longue. Il mourut en 1866, à la Havane, comme il venait d'y débarquer, sur l'invitattoo des Espagnols qui l'avaient fait venir.

Il faut citer encore les noms de plusieurs toreros également célèbres à cette époque : Pedro Sanchez, Juan Martin, Don Raphaël Ferez Guzman, cousin de l'impératrice Eugénie, Francisco Ezpeleto, José Redondo ou ElChiclano, excellent élève de Montés, Manuel Dîaz I^vi, qui se mettait à genoux devant le taureau, les bras croisés avant de l'estoquer, et qui, malgré ces témérités, mourut tranquillement dans son lit...

MANUEL DOMINGUE2 Né eu 1816, OTpheUn de bonne heure, ouvrier chapeUer, puis élève de Pedro Romero, à l'école de Séville, banderillero de Antonio Ruiz, mediaspada de Luiz Rodriguez, il triompha en Amérique, à Montevideo. Après avoir pris part aux troubles qui ravagèrent l'Un^uay, il fut des quatre grandes courses qui furent données à Rio-de-Janeiro en 1S40, lors du couronnement de don Pedio II. On le retrouve un peu plus tard à Buenos-Aires. En 1854, revenu en E^agne, il fut applaudi à Séville, à Madrid et en Porti^al.

DESPERDICIOS Se rendit célèbre par la façon audacieuse dont il donnait leur sortie à ses taureaux : une sortie si étroite qu'ils enlevaient toujours un peu de ses broderies d'un coup de cornes en passant auprès de lui.

QORDlTO Malgré son obésité, ne craignît pas, à SaragoBse, de lenouveler l'audacteose tentative de Martiacho, que Goya a buiinée dans une magnifique eau-forte : il tua le taoceau, les pieds entravés et assis sur une chaise.

Plus récemment, I^agartijo et Fraacuelo illustrèrent U Tauromachie de leurs deux noms nouveauY,mais dignes de point en point des maîtres anciens.

LAGARTIJO Naquit à Cordoue en 1847. A onze ans. il débutait comme banderillero dans une becarada, et à dix-huit ans, il entra dans une cuadiiila régulière et reçut enfin l'alternative à Madrid en 1865. Du premier coup il s'affirma, et ma^ré l'hostilité que lui témoignèrent les matadors alors en renom, Cuchares, Manuel Dominguez, £1 Tato, il réussit brillamment. H eut toutefois en Fascuelo un rival sérieux — et cette rivalité ne dura pas moins de vingt-deux ans. Chacun avait ses partisans. Mais Lagartijo plaisait davanti^e à Madrid. II banderillait de front et « al cambio » avec une précision surprenante. Son travail avec la muleta était élégant et classique : avec la cape, il était sobre, sévère et précis et tua d'une façon admirable par ses volapies effrayants en se précipitant sur le taureau, à une passe de main, en évitant la corne par un « cambio de la ceinture a.

Retiré en 1893, après vingt-huit années de combat, il mourut à Cordoue en 1900.

FRASCPELO Né en 1843, aux environs de Grenade, reçut l'alternative en 1867, à Madrid, des mainsdeCucbares. Rigide, solide sur ses jambes, doué d'une grande force, Frascuelo, excellant dans les largos et dans la pose des banderilles a/ qmebro, tuait en de magnifiques estocades. Il ne réussit jamais admirable-

ment le rA^'frtr.n prit sa retraite en 1869 et mourut neuf ans après. Son rivât et ami Lagartijo présida ses funérailles.

CURRITO Fils de Cuchares, ne brilla pas d'un éclat aussi pur que les précédents, mais ce fut le type du vieux torero poli, courtds, sérieux et correct. Né à Séville en 1845, il débuta à Madrid en 1867. U excellait dans l'estocade à recibir.

Bien doué par la nature, souple et agile, fort, l'œil juste, il fut un torero accompli mais il eut à subir la redoutable concurrence de Frascuelo et Lagartijo. Ses dernières années ne forent pas bonnes. Il se retira à Séville, en 1892, et il y est mort en 1907.

CARA-AMCHA Né à Algésiras, en 1848, banderillero dans la cuadrilla de Gordito, prit l'épée en 1873, et reçut l'alternative de Manuel Dominguei, à Séville. Inégal, mais consdendeuz et assez sympathique, on le vit à Paris en 1889 et 1890. Il se retira en 1894, à Séville, avec beaucoup de blessures.

EL GALLO Rival du précédent, naquit à Séville en 1S50. Soo père avait été banderillero dans la cuadrille de Lagartijo. Il débuta lui-même dans la cuadrilla de Gordito, tua dos novillos, reçut l'alternative en 1877 à Séville, et à Madrid en 1880. Figure de second ordre à cause de ses trop célèbres contemporains, il fut un matador inférieur, et vit rentrer beaucoup de taureaux au cortal — mais il connaissait bien l'art du toreo, et triomphait dans le cambio de rodilias. Il mourut à Barcelone, en 1897.

AMOEL-PASTOR Très sympathique au public, bien qu'assez

médiocre matador.ilreçntl'altemative en 1876.

Bon et adroit capeador, élégant avec la muleta, indécis lorsqu'il

s'agit de donner le coup d'épéa, soavsit blessé, il mourut à peine

âgé de dnquante ans, en 1900, et laissa de grands regrets. L'h<»nme était charmant ; on le vit à Paris en i88g.

M AZZ ANTIH I passa de l'administration des chemins de fer de la gare de Santa Olalla, dont il était chef, à la plus haute situation de l'art du toreo, à force d'énergie, d'ambition et de patteoce. Ayant à soutenir, avec des ressources médiocres, une lourde famille, et après avfnr essayé du théâtre, où il échoua, il pmsa à la tauromadiie. Il débuta médiocrement dans des capeas, des noviUadas. En 1880, les deux noviUos qu'il eut à tuer, à Madrid, rentrèrent vivants au coiral. Cinq ans pins tard, Mazzantini était célèbre. Admirable dans les suerte à volapie. Il ne reçut l'alternative qu'en 1884, à SéviUe, des mains de Prascuelo, le jour de Pâques. Rapidement devenu populaire, très recherché des dames, pajfé très cher par les imprésarios, il obtint de grands succès en Amérique où il alla plusieurs fois. Blessé à plusieurs reprises, Mazzantini ne sut pas garder l'admiration unanime, ses dernières années furent moins satisfaisantes. Retiré depuis 1905, il est actuellement à Madrid, où il est conseiller municipal.

ESPARTERO de Séville, y débuta en rSSs, à dix-neuf ans, comme

novillero. Il obtint d'assez beaux succès avant

de recevoir l'alternative à Madrid où on l'attendait avec curiosité.

n 7 parut et y fut apprécié pour son jeu de muleta très petite; il travaillait dans les cornes du taureau. Toutefois, on estima l'alternative prématurée, il retourna à Séville où il donna de brillantes corridas.

Matador incomplet, il était d'une bravoure étonnante et ne connaissait pas le danger. Le 27 mai 1894, à Madrid, Espartero eut à combattre un redoutable taureau de Miùra, Perdigon, dont on peut voir la tête dans un café de la ville. Ce taureau prit cinq piques, renversa quatre cavaliers et tua trois chevaux. El Espar-

tero, vêtu d'or et de vert, l'aborda tranquillement, la muleta en main; comme il allait donner le coup d'épée, il fut saisi par le fauve et jeté en l'air, très haut ; il retomba à plat et, ne se sentant pas blessé, il se releva, revint au taureau, lui fît sept passes de muleta du plus bel effet, puis se plaçant tout prés de Perdigon, l'estoqua magnifiquement, maïs fut pris dans l'embroque, jeté en l'air, à nouveau encorné et piétiné par son adversaire, qui, mortellement frappé, alla mourir plus loin, par-dessus lui.

Bspartero se contracta, joignant les genoux au mentoo, pois comme électrisé s'étira, tout le monde accourut, on l'éleva en le tenant horizontalement pour éviter l'écoulement du sat^ et avant que le groupe eut quitté l'arène, il souleva nerveusement le bras droit, puis le laissa tomber inerte, tourna la tête du côté où était tombé le taureau, puis une secousse, un tremblement, la rigidité..., il était mort.

QPERRITA né à Cordoue, en 1862. Banderillero à seize ans, il entra dans la cuadrilla de Bocauegra, s'y fit remarquer puis engager par Bl Gallo, qui le fit figurer à Madrid. Sobresaliente de espada en 1882, il dut s'interrompre de courir pendant un an, ayant été blessé, puis reparut et tua pour la première fois, le dernier jour des fêtes de Cordoue ; puis il tua à Madrid peu après. Ce ne fut qu'en 1885 qu'il reçut l'alternative, après un long, patient et brillant apprentissage.

Ce début attendu depuis longtemps par les aficionados fut très remarquable. Guerrita, rapidement célèbre en Espagne comme en Amérique, jusqu'en 1890, connut d'^réables triomphes. Mais à ce moment sa rupture avec Lagartijo enleva beaucoup de sympathies au matador. Guerrita vit se former contre lui une cabale qui lui opposa Bl Espartero. En 1892, la paix revenue entre Lî^artijo et Guerrita, ce dernier obtint quelques succès nouveaux. La mort d'Espartero, en 1894, devait lui donner l'occa-

sion d'un succès plus complet. La saison bien commencée se termina mal, et Guerrita ne voulut plus combattre à Madrid oô le public lui était hostile.

En 1895, il accomplit ce record étonnant de combattre en un seul jour dans trois villes différentes : à sept heures du matin à Saint-Fernando ; à onze heures et demie à Jerez ; à cinq heures et demie à SévlUe. Il fut admirable partout

Blessé à Jerez en 1S96, on l'accusa de feindre une blessure plus grave que celle qu'il avait reçue. Tout fut pour ses ennemis une raison nouvelle pour le critiquer : sa brouille avec Mazzantini, ses mauvais picadors qui eurent la malechance de tuer plusieurs taureaux. Guerrita, las de lutter, se retira en 1899 ; ses adieux à sa corrida furent émouvants. Le public perdit en lui — et par sa faute — un des meilleurs toreros de l'heure actuelle.

« Guerrita est certainement le plus grand torero qui ait jamais existé, nous dit un aficionado qui l'a connu ; £1 Chiclanero tuait mieux, Cayetano était plus artiste avec la muleta, Lagartijo a été plus fin, Frascuelo plus terrible avec l'épée, Gordito meilleur avec les banderilles « al cambio », el Gallo unique avec le cambio de rodillas, Cara-Ancha plus élégant avec la cape, mais personne n'a été aussi complet que lui, il a dominé dans toutes les « suertes ».

A quelqu'un qui lui demandait qui lui succéderait, Guerrita, s'estimant à sa propre valeur, répondit : « Après moi, personne, et après personne, Fuentes. »

LEB CONTEMPORAINS Parmi ceux-là, nous ne pouvons que citer les noms illustres de Fuentes, qui fut, ces temps derniers, le digne successeur des grands classiques de la muleta. Il était meilleur capeador qu'espada, extrêmement élégant, inégalable pour la pose des banderilles al cambio. L'excellent Bombita n'eut contre lui que la malchance de venir en même temps que Mazzantini, qu'Espaitero et que Guerrita. Bmn-

bita est le fils aîné d'une nombreuse famille, où l'art de la tauromachie est fort en honneur. Son frère cadet, Ricardo Bombita Chico, est le premier torero de l'heure actuelle. Elégant, hardi, parfait directeur de cuadrilla, il partage la faveur du public espagnol avec Machaquito, excellent matador ; avec Vicente Pastor, qui, par son calme, rappelle Frascuelo, et GalHto, fils d'El GaUo, fort élégant aussi, mais inégal. Avec de tels hommes, quoi qu'en disent les vieux amateurs — laudaiores temporis acti, suivant Horace, — la Tauromachie n'est pas morte !

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