LE TAUREAU PENDANT LA COURSE
LES ETATS Pendant les diverses phasesdu duel de l'homine DD TAUREAU ; g^. ^^^ taureau, le taureau passe par trois états I WANTAnn
P A HA DO ' <^^^^^^' ^*" lesquels sont établies les lois de APLOHADO l'fLrttauromachique, et reposentles trois parties ' de la course, les tercios.
Si l'on ajoute que ces trois états varient avec le caractère et le tempérament du taureau, et que chaque taureau présente toujours un caractère et un tempérament différent, on se rendra aisément compte que la façon de combattre chacun d'eux varie du tout au tout et que c'est dans cette extrême variété que repose l'intérêt, jamais le même, de toutes les courses.
Aussi bien, avant la course, les espadas engc^és vont, le matin, examiner et reconnaître les taureaux qu'ils auront à combattre l'après-midi. De plus, l'entrée même du taureau dans l'arène, son attitude, sa façon plus ou moins hardie de se lancer, de charger le premier objet qui attire son attention, sont pour les matadors autant de signes symptomatiques sur sa bravoure, son énergie, ses quahtés et ses défauts. La seule vue de l'animal, pour un ceil exercé, renseigne et permet au diestro désigné pour le combat de prendre position contre lui et d'établir, eu quelque sorte, son plan de bataille. Lorsque le taureau, une fois la piste évacuée et la porte du toril ouverte, entre dans le redondel, excité par la dmsa qu'on vient de lui fixer sur l'épaule (la divisa est un flot de rubans aux couleurs
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Juanilo Apinani lautanC à la 'garrocha", d'aprèi Goya [voir p. 36p).
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de la ganaderia à laquelle appartient le taureau, et qu'un gardien du toril lui plante dans l'épaule, au moyen d'un harpon de z ou 3 centiniètres lorsqu'il passe du toril dans le couloir qui le conduit à l'arène) — excité, disons-nous, par le fer de la divisa, aveuglé et affolé, après l'obscurité et le silence du toril, par le ciel lumineux et par les clameurs du public il bondit la tête haute, de tous côtés, sans but précis, hbre, déchaîné, furieux, dans toute la possession de ses moyens, dans toute l'ardeur de sa fougue et de son courage.
On dit alors qu'il est levantado.
C'est le premier des trois états que nous signalions plus haut, et par lesquels il passera au cours de la course.
Levantado, le taureau porte la tête haute, il regarde droit devant lui, ne fixe ses yeux sur rien, court sur tout ce qu'il voit, homme, cape, chevaux, barrières, obéit à toutes les provocations, dierche un ennemi à qui répondre, et en voit partout.
Comme il est alors en pleine forme et en pleine force, coup d'oeil, vivacité, jambe nerveuse, comme il n'a encore reçu aucun « châtiment > propre à le faire réfléchir dans ses attaques, il est extrême^ ment dangereux et doit être surveillé de près par tous ceux qui se trouvent dans l'arène. Avide d'espace, il charge impétueusement et à fond, qu'il soit sorti du toril d'un bond ou qu'il soit sorti lentement, furieux ou étonné. Cet état ne saurait durer d'ailleurs. Ses rencontres avec le picador, le choc contre les chevaux, et surtout les coups de vara reçus dans le garot, sur le moriUo (partie supérieure du cou) ébranlent l'animal, l'assoient sur ses jambes, lui enlèvent de leur vivacité et de leur souplesse. On voit alors le taureau s'assagir, ne plus galoper follement d'un cavalier à l'autre, mais au contraire, s'arrêtant devant l'un d'eux, l'attaquer avec autant de courage, certes, mais avec moins de légèreté ; il comprend enfin qu'il est en face de l'ennemi et cherche à se venger utilement sur eux des coups reçus, et en même temps à se défendre des nouveaux.
Cest le second état : le taureau devient farado. Alors il ne s'élance qu'après avoir reconnu et fixé son adversaire, vu et calculé ses élans, mesuré sa force. Les picadors ayant accompli leur mission, qui était de rendre le taureau parado, quittent l'arène et cèdent leur place aux banderilleros et aux peones.
Parado, le fauve devient un adversaire redoutable pour l'homme. Son courage se double alors de réflexion et de calcul. Ses jambes sont encore bonnes, mais il ne galope plus à tort et à travers. Il poursuit ses adversaires et ne les fmppe plus qu'à coup sûr, cherche à saisir dans l'embroque (position de l'homme par rapport aux cornes) celui qui, de plus près, le harcèle et l'attaque.
Les banderilles plantées dans son échine ; la poursuite de ses adversaires ; les valets qui lui font opérer par leurs écarts et leurs voltes, de brusques réactions ; le tournoiement devant ses yeux effarés des capes multicolores ; ses efforts pour atteindre l'homme sous leur souple flottement, le massif sous le fictif (on nomme massif, ce qui présente quelque résistance aux coups de cornes, l'homme, le cheval ; fictif le leurre, la cape flottant sur le vide), les brusques arrêts en pleine course, les volte-faces, les pirouettes qu'il est obligé de faire en poursuivant son fugace ennemi ont enfin éreinté le taureau. II porte la tête plus basse, souffle très bruyamment ; îl est plus lourd, plus tassé sur ses jambes devenues moins flexibles, plus vacillantes ; il se tient d'aplomb sur elles ; îl est aflomado.
Aplomado, le taureau est mûr pour le duel subtil avec le diestro, pour le travail de la muleta et la suerte finale, la mort.
Las de lutter contre des adversaires insaisissables, il adopte un endroit du cirque où il se fixe, et là, attend bien en face son ennemi. Il est alors en querencia. Nous expUquerons ce terme et cette situation au par^raphe suivant.
Il a perdu une partie de son pouvoir et de ses facultés, il n'a plus de jambes, il ne court plus que difficilement, et si l'homme est près de lui. Il ne cesse pas pour cela d'être moins dangereux, il l'est peut-
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être davantage ; parce qu'il l'est posément, avec lenteur, avec discernement, en un mot.
LES QqERENClAS I^ querettcia est on endroit de l'arène que choisit le taureau pour s'y cantonner, lorsqu'il commence à être las de la lutte, et arrive à ce moment décisif de l'action où il mesure et combine ses attaques et ses défenses avec plus de sagacité.
Le taureau querendé est particulièrement dangereux. Aussi bien le diestro doit-il tâcher de l'en faire sortir, de l'amener dans une autre partie du redondel, et en tous cas, prendre ses mesures en conséquence, car le taureau qui a choisi une querenda cherdie à y revenir, et, dans ce but, coupe à tout instant le terrain du torero.
Pour éviter que dans le retour du taureau à la querenda, il ne soit pris et culbuté par l'animal, l'homme doit agir avec drconspection et se tenir sur ses gardes.
Il y a deux sortes de querenda : l'une, dite naturelle, est aux environs de la porte du toril, où le fauve a une propension très compréhensible à vouloir revenir.
L'autre est une querenda acddentelle. Cest, par exemple, celle que choisit le taureau près d'un cheval tué par lui, ou Hen à un endroit quelconque de la piste où un taureau précédent a été mis à mort, là où le sable de l'arène a été nouvellement ratissé ou humecté de sang, où le sol est plus meuble et plus reposant pour ses pieds fatigués.
Lorsque le taureau veut revenir à sa querenda pour reprendre haleine, se reposer, les toreros doivent s'efforcer de lui couper le chemin et de l'en détourner par des passes de capes.
Le diestro doit, dès l'abord, reconnaître les querendas préférées d'un taureau, faute de quoi il risquerait qudque fatale et dai^ereuse cogida.
DES DIFFÉRENTES Les ttctts états par lesquels passe le tau- ESPECES DE ^au au COUTS de la course (ItMtOado. TAUREAUX. j ,, ,, ,j ,,*. ^ ^ ^ parada, apiomado) sont des états tout a
fait indépendants de la qualité du taureau.
Vigoureux ou faible, courageux ou non, il passe forcément par ces différents degrés de fat^^e, dans un temps plus ou moins long, suivant sa capacité de résistance ; à l'un il suffit de trois coups de pique pour le faire devenir parada ; à l'autre cinq ou six chevaux éventrés et autant de coups de garrocha n'enlèvent rien ou presque rien de sa combativité. Cest au président de la course qu'il appartient de jt^r des états physiques où passe le taureau et qui décident des phases du duel de l'homme et de la bête.
Mais les taureaux présentent aussi un ensemble de qualités morales, si l'on peut dire, qui les font ranger dans différentes catégories, suivant leur mérite, leur vaillance, leur tempérament. Il importe que les toreros fassent ces distinctions qui sont indispeni^ables pour la façon de combattre en particulier diacun d'entre eux.
On peut d'abord distinguer les taureaux simples et les taureaux composés.
Simples. — Les taureaux simples sont les plus faciles à combattre, les mdlleurs aussi, ceux qui foumissent les plus belles courses. On les dit aussi francs ou clairs.
Leurs attaques sont franches, ils se laissent détourner facilement par tout ennemi qui se présente à eux, suivent immédiatement toutes les feintes de leur adversaire. Avec eux, le travail de la cape et de la muleta rend à merveille, le diestro peut y déployer tout son art et dérouler les passes les plus raffinées de son répertoire, car les taureaux obéissent totalement à l'homme qui se joue d'eux, et jusqu'au bout ils livrent le combat franchement sans hésitation et sans Tiises.
Composés. ■~ I,es taureaux composés sont à la fois et plus dan-