L'ESTOCADE
sorties nouvelles, lorsqtie lui-même sortira de suerte. Il empêchera aussi le taureau de revenir sur son adversaire — et au besoin, il le replacera utilement pour d'autres passes.
L'ESTOCADE l^ travail de la muleta a donc servi à cuadrer le taureau encore trop fougueux. Lorsqu'il est devenu à peu près tranquille, bien alourdi sur ses quatre pieds égalisés, bien d'aplomb, le diestro juge l'instant venu de lui porter le dernier coup.
Nous avons dit comment le premier, à Ronda, en 1726, l'illustre Francisco Romero tua le taureau d'un coup d'épée ; nous ne reviendrons pas sur ce sujet. Mais avant d'entreprendre la description des différentes manières qu'il y a de mettre le taureau à mort, nous croyons devoir insister particulièrement sur une observation importante.
Beaucoup de personnes, récentes dans leur amour des courses, s'imaginent qu'une estocade, pour être bonne, doit envoyer rouler à terre, comme un animal foudroyé, le taureau frappé. Il n'en est rien ; un taureau très bien tué ne tombe pas toujours du premier coup. Il résiste au coup mortel, il tourne sur lui-même, il fait quelques pas, puis lentement s'écroule comme une masse.
II est même très rare que l'estocade soit foudroyante. C'est le plus souvent un effet du hasard. Néanmoins aujourd'hui Vicente Pastor, un des meilleurs toreros de ce temps, a la spécialité de tuer très souvent sur le coup le toro qu'il frappe et de le faire s'écrouler dans les plis de sa muleta.
Ceci dit, et laissant de côté pour l'instant les différentes sortes d'estocades et les qualités qu'elles doivent présenter, passons aux différentes façons que les toreros ont de les donner.
n en est deux, surtout, qui sont de grand effet, deux dont les autres dérivent d'ailleurs: V estocade a recibir et l'estocade a volapie.
L'ESTOCADE C'est celle qu'inaugura, en 1726, à Ronda, Romero. A RECIBIR Adenamar a raconté cet e:^loit.
Les Palormo et Et Africano imitèrent Romero entre 1748 et 1776.
Puis d'autres vinrent, Pedro Palormo, Costillares, Jeronimo José Candido, qui inventèrent autre chose.
Ce coup est moins employé aujourd'hui, parce qu'il est extrêmement difficile et hardi.
Ia taureau est d'aplomb, l'homme se place à quelques pas devant lui le corps droit, profilé juste dans l'axe de la corne droite de l'animal, les pieds en équerre. La muleta dans sa main gauche indinée devant lui, il cite le fauve humiUant en lui indiquant sa sortie à droite. De la main droite, il tient l'épée de telle sorte qu'elle forme une seule ligne avec l'avant-bras élevé assez haut, le coode écarté, il cite en frappant du pied on en agitant l'extrémité de la muleta et, de l'osil, il vise le point qu'il doit toudier de son épêe. Le taureau fonce et c'est lui qui s'enfonce dans le fer tendu. C'est ce qu'on appelle recibir, recevoir. On s'imagine aisément le danger couru par l'homme, s'il manque son coup. Il faut donc pour estoquer à recibir que le taureau soit franc, qu'il charge bien et droit. Jamais, si le recibir n'a pas réussi tme première fois, on ne doit le recommencer une seconde fois avec le même taureau.
A VOLAPIE L'estocade à recibir est excellente avec les taureaus hoyantes, revoltosos et que se dnen. Pour les autres elle est difficile. Et s'il arrive que le taureau soit fat^é, ou trop parado, impossible. Aussi bien Joaquin Rodriguez Costillares inventa à la fin du xvm^ siècle une autre suerte, propre à dépêcher les taureaux avec qui ne réussissait pas toujours le redbir : l'estocade à volapte, qui a cet avantage sur la précédente qu'avec elle, on peut tuer tous les taureaux. Dans le recibir, c'est le taureau qui
■,:,CoOc^lc
AL BNCUENTRO 299
fond sur l'homme et s'embroche. Dans le volapie, c'est l'homme au contraire qui court sur le taureau et le transperce. Cette manière demande toutefois de la prudence. Il faut surtout que le taureau soit bien d'aplomb, bien arrêté, et qu'il présente convenablement la tête. I/C diestio, au moment opportun, se place devant le taureau, marche vivement sur lui, lui met la muleta sous le nez, et tandis que l'animal humilie, il lui plonge l'épée dans la moelle épinière, puis file le loi^ du taureau, par la sortie qu'il s'est ménagée.
Voici ce que dit de la suerte à volapie, dans son manuel, Fepe Hillo:
« Le diestro se met en position pour donner la mort, et aussitôt que le taureau, trompé par le mouvement de la muleta, baisse la tête et découvre les épaules, il court vers lui, enfonce son épée, et saute sur un pied... Coup très brillant mais qu'on ne doit mettre en pratique que quand les taureaux ont perdu de leur a^Uté et refusent de se précipiter sur l'espada. »
I,' estocade à volapie doit être évitée si le taureau se trouve au milieu de l'arène, ou en querenda. Si on ne peut faire autrement que de l'essayer, on fera bien de ne le faire qu'avec un capeador prêt au quite.
A ON TIEMPO II arrive que l'homme partant pour le volapie, le taureau, voyant bouger son adversaire, se précipite sur lui, alors qu'il a refusé de partir à la citation du diestro. Celui-ci le reçoit avec la muleta en lui indiquant sa sortie, et frappe de l'épée comme précédemment. Naturellement le coup d'œil doit être d'autant plus juste et assuré, pour que le coup réussisse, qu'il est plus rapide.
AL ENCOEHTRO Cest à peu près la même suerte, mais ici l'homme dte le premier et part à la rencontre du taureau juste au même instant où celui-ci s'élance.
AGDANTAMDO L'homme se préparant pourleiedbir, le taureau part avant d'avoir été cité. Le diestro alors plante l'estoque, et au lieu d'indiquer sa sortie au taureau avec sa muleta, il sort lui-même de suerte en faisant un écart. C'est im recibir incomplet.
Il existe encore d'autres suertes d'estoque, beaucoup moins belles mais qui ont leur utilité. Ce sont les :
ESTOCADES Elles s'emploient lorsque tes taureaux, mal DE RECOURS préparés, ou trop fougueux ou vicieux, ne permettent pas qu'on les approche de près.
AU PAS DES Le taureau étant arrêté, l'homme court sur lui BANDERILLES ^^ rapidement, et l'estoque en passant.
A LA CARRERA A la course, peu fréquent. Le torero frappe le taureau levantado, en le croisant obliquement.
A LA MEDIA VUKLTA Suerte analogue à celle qui porte le même nom et qui sert pour la pose des banderilles. Le matador placé derrière le taureau le cite et frappe au moment où il se retourne.
LES DIFFÉRENTES Nous venous de voir les différentes SORTES D'ESTOCADES manières, les plus importantes et les plus usitées, de donner l'estocade.
Mais donner l'estocade n'est pas tout. Encore faut-il qu'elle soil bien donnée, et que le taureau soit tué proprement.
Où et comment le taureau doit-il être frappé ?
Tuer le taureau du premier coup d'épée est une affaire de chance, d'abord. On peut avoir tué le fauve très bien, même s'il a fallu plusieurs estocades, question de hasard : ou l'épée rencontre un os ; ou bien le taureau est plus v^oureux qu'un autre ; ou bien
Dombita III : Le Triomphe (tu