DE LA BONNE ESTOCADE
encore tient-il taide sur ses jambes, sans tomber, quoique frappé à mort. Ce qu'il faut, c'est le toacherau bon endroit et, en second lieu, le toucher bien.
Au bon endroit, c'est-à-dire, en los rubios (dans les s blonds *) en la crux, à la croix, au point oà la colonne vertébrale et le paleron se rejoignent. I^ crux forme une protubérance au-dessus du garrot. L'épée, en y pénétrant, sectionne la moelle épiniére.
Le tauieau est mort. Mais ai l'épée touche juste au bon endroit, elle peut avoir été enfoncée jusqu'à la garde, profondément. Hleest alors une estocade honda, profonde ; sobrada si l'épée entre des deux tiers de sa lot^ueur ; média, moyenne, si la moitié seule pénètre ; corta, courte, si le diestro n'en enfonce qu'un tiers seulement. Ce sont des coups portés dans le bon sens et comme il faut. Une estocade portée trop en avant de la croix est dite delantera, et trasera si elle est donnée en arrière. Si l'épée dévie à gauche, elle est contraria. Si elle sort par le côté (très mauvaise) elle est atravesada. Une estocade tendida àgax&e que l'épée est trop horizontale et, suivant la peau, ne pénètre pas; si elle entre par l'épaule, elle est baja, ou basse; si elle entre en bas, verticalement, pasada; si l'épée tombe, l'estocade est caida.
Lorsque le diestro a plongé son épée en entier au point voulu et qu'il l'a retirée sans l'avoir lâchée, il a fait une estocade mtte y seca (mets et retire).
DE LA BONNE Celle-là doit trouver la moelle épinière ; l'animal ESTOCADE est tué net. Mais on peut régulièrement mettre à mort l'animal de plusieurs façons :
Soit que l'épée tranche la moelle, en pénétrant à l'intersection des deux vertèbres. Le taureau tombe alors foudroyé.
Soit que l'épée, entrée obliquement dans la poitrine, traverse le cœur. Le taureau reste debout un instant, oscille sur ses jambes et s'affaisse bientôt rapidement sans perdre son sang.
Soit que l'épée perfore les poumons, ce qui n'est pas beau, car l'animal vomit le sang à flots par les naseaux et par la bouche. Il meurt asphyxié.
Soit que i'épée, entrant trop haut, coupe les tendons des jambes, auquel cas l'animal est descordado, déséquilibré et tombe à genoux. Il faut alois l'achever, comme nous le verrons faire plus loin, d'un coup de puntiUa.
Plus l'estocade est pr«te du garrot et plus elle est peipendiculaire, meilleure elle est. Une estocade mauvaise est le goUetaxo qui, pénétrant très bas. perfore la gorge. Elle est fréquemment occasionnée par un manque de sang-froid fâcheux chez l'espada, et trop de précipitation.
Le diestro a un temps limité pour tuer le taureau, mais le temps varie bien entendu, d'après la nature de l'animal et son état de combativité. Le président est seul juge du temps à accorder à l'espada. Il arrive quelquefois que, énervé par les avis reçus, par la fougue encore trop vive de son adversaire qui ne peut pas présenter la tête comme il faut pour recevoir l'estocade, le diestro perd le calme qui lui est nécessaire. Aussi doit-il redouter de doimei plusieurs estocades mauvaises à la suite l'une de l'autre. Nous avons vu, pour notre part, une espada, pourtant excellente, et d'un jeu très classique, tellement affolée par la mauvaise condîtioD du taureau qu'il lui fallait tuer, et par l'attitude du public mécontent de la lenteur de l'homme, qu'elle osa — ce qui lui valut d'ailleurs de sévères reproches — mettre à mort le fauve en le tuant de côté, d'un coup d'épée dans le cœur.
LE DE8CABKLLAR L'estocade dotmée dans les r^les, le taureau est mort. Mais il peut encore rester debout quelques instants encore, faire quelques pas, s'accoter aun tablas ou, cherchant sa querenda, tourner en rond sur lui-même avant de s'écrouler. Tant que le taureau est debout, il appartient
LE PUNTILLERO 305
au diestro qui vient de le matar (tuer avec l'estoque). Celui-ci/ poui éviter que l'inutile agonie se prolonge, doit essayer de faire tomber l'animal, soit en renfonçant l'épée plus à fond, au moyen de passes de cape, soit enfin en faisant faire au taureau plusieurs voltes successives qui l' épuisent.
Si le diestro peut reprendre son épée et que le fauve reste encore debout, il doit procéder au descabeUar, c'est-à-dire que d'une passe de muleta, il le force à humilier, ou si le taureau refuse d'obéir à la muleta, il le fait humilier tout de même, soit en le piquant de l'épée au naseau, soit en lui posant le pied sur le mufle. L'animal ayant enfin humihé, le diestro lui donne un coup d'estoque au-dessus des cornes, à l'endroit nommé cerviguiUo, et la mort s'ensuit, instantanée, foudroyante. Au lieu de donner un coup sec, le diestro peut aussi faire le descabeUo a fidso, c'est-à-dire poser la pointe de son épée à l'endroît voulu, et pousser seulement.
Le coup est sûr. L'animal s'écroule aussitôt. Mais il faut que le diestro use du descabello avec prudence. Car le taureau encore debout peut fort bien, dans un dernier effort, bondir sur l'homme et lui faire payer cher les coups reçus, en l'entraînant avec lui dans la mort.
LE PONTILLERO Le diestro n'a recours au descabdlar que si le taureau ne tombe pas. Mais dans le cas où le fauve écroulé ne serait pas mort encore, un peon, le puntillero ou cachetero arrive, et approchant le vaincu par derrière, lui porte au cerviguillo un coup décisif qui achève l'animal, au moyen d'une sorte de poignard nommé cacheté ou puntiUa, courte lame cylindrique ou poinçon triat^ulaire, emmanché fortement dans une poignée de bois. Cela s'appelle atronar le taureau. Le taureau est mort. Le diestro s'éloigne, et de la montera, salue et remercie les spectateurs qui l'acclament — ou le huent, selon ses mérites.
3o6 LES COURSES DE TAUREAUX
LE TRIOMPHE S'il a WeD tué, on lui accorde l'oidlle de sa
victime. Et, des gradins, dgazes, chapeaux, gourdes pour boiie, éventails, coussins, oranges lui sont jetés pai les spectateurs déchidnés. On dit que parfois les femmes lui envoient leur corset. Le geste est charmant — encore que symbohqne. Nons avons eu le plaisir de constater de nous-même et de nos propies yeux que la légende ne ment pas, dans la traditionnelle Esp^ne. Un élégant corset fort garni de dentelles et de menus rubans volt^ea, non loin de la place que nous occupions, pour témoigner an jeune diestro mexicain Gaona d'une admiration non dissimulée. Par malheur, nous croyons bien que ce fut une main d'homme qui l'envoya. Il n'importe, c'était un corset tout de même...
L'ARRASTRE Lorsque le taureau laisse enfin retomber sa noUe tête sur le sable rougi de l'arène, les portes s'ouvrent et les fringantes mules, caparaçonnées et pomponnées, dn paseo, apparaissent de nouveau. BUes viennent, conduites par les moaos, enlever les cadavres des chevaux et du taureau, qui encombrent le redondel.
Si le taureau fut vaillant, on enlève les chevaux avant lui ; s'il fut mou et mérita les banderilles de feu, on l'entraîne d'abord au matadero, où, dépecé, on tire de son cadavre encore chaud des quartiers de viande destinés aux boucheries populaires.
Les attelages emportent au galop les dépouilles des morts et leur font faire le tour du redondel, tandis que les cbulos ratissent vivement l'arène, saupoudrant de sable les flaques de sang, et la remettant en état pour l'entrée du taureau suivant.
Nous croirions être incomplets — nous le sominca d'ailleurs, car on ne saurait se vanter d'avoir tout dit, lorsque l'on traite de l'art tauromachique — mais nous le serions particulièrement, si nous bornions nos explications aux seules courses espagnoles. Il existe d'autres espèces de courses, des divertissements très nombreux, plutôt que des courses, où le taureau joue un rôle important, les courses landaises, les courses provençales, les courses libres, les ferrades, les nomUadas, les becerradas — autant de jeux différents et qui ne sont pas toujours absolument dénués d'intérêt.
Comme, à leur sujet, des développements trop loi^ nous feraient sortir de beaucoup des limites que nous fixe le cadre même de cette étude, nous ne ferons que toucher un mot des unes et des autres de ces courses à-côté... Mais avant que de quitter l'Espagne, il convient de nous arrêter un moment à deux sortes d'exercices qui, pour différer sensiblement des corridas de muerte, n'en dérivent ou n'en procèdent pas moins. Nous voulons parler des novilladas et des becerradas. Toutes deux se pratiquent fort couramment en Espagne.
LES BECERRADAS On ttomme ainsi des courses où sont courus de jeunes veaux, les becerros. Ce sont des animaux de dix-huit mois environ, dont les cornes sont déjà poussées mais qui ne sont pas encore recourbées. De sorte que, pour frapper, ils doivent donner un coup de tête de côté.
joS LBS COURSES DE TAUREAUX
Les toieros qui les combattent sont des amateurs le plus souvent, mais qui doivent être entourés de professionnels, lesquels dir^ent la course.
n n'y a jamais de picadors dans les becerradas. On pose les banderilles et on met à mort l'animal. Ce sont des amateurs qui exécutent ces différentes sitertes.
LES NOVILLADAS Les noviUaias sont des courses de jeunes taureaux appelés noviUos. Le règlement en est le même que pour les corridas de muerte.
Elles ont lieu pendant toute l'année, dans les mêmes plazzas qui servent aux grandes courses.
Les novillos sont des taureaux de trois à quatre ans. Comme de véritables taureaux ils reçoivent la pique, les banderilles et sont mis à mort. Quelquefois le jeu de la pique n'a pas lieu.
Les toreros qui les combattent sont des novilleros, futurs espadas de cartel, qui n'ont pas encore reçu l'alternative. Dans les petites villes, dans des vill^es où il n'existe pas d'arènes, on organise une sorte de redondel sur la place publique, entre des tablas de fortune, formées de barriques, de chaises et de chariots.
COURSES Nous avons vu, au cours des pages qui précè- PORTPQAISES (jgj,(. qu'une suerte autrefois en honneur en Espagne était la lanzada, pratiquée par un cavalier armé du rejon ou des rejoncillos. sorte de lance ou de javelot avec lequel le cabaUero tentait de tuer le taureau. Les courses royales, telles qu'on les faisait autrefois en Espagne, donnaient lieu à ces exercices. Aujourd'hui passés de mode, ils se sont transformés, et c'est en Portugal que le rejonear est le plus usité. C'est même le propre des courses portugaises, ce par quoi elles diffèrent des courses espagnoles.
Le cabaUero en plaza est monté sur un cheval dressé à ce jeu, fin
COURSE LANDAISE 309
de bouche et qui doit obéir aux moindies indications de son cavalier. Celui-ci s'avance vers le taureau, armé du rejon, tel que □OU5 l'avons décrit : une lance en bois sec, qu'il s'agit de casser dans le cou de l'animal, au morillo. Arrivé à juridiccion, le cavalier plante le rejon dans le cou du taureau humiliant, et prend sa sortie sur la gauche.
I^ fegaiores contribuent également à donner aux courses portugaises un attrait particulier.
Ce sont des toreros qui luttent avec le taureau, et cherchant à le renverser ; encore le taureau est-il emboulé, afin d'éviter de mauvais coups. Ce sont les derniers athlètes. Ils rf^pellent, de loin, les premiers combattants de taureaux, ceux que l'on nommait, en Grèce, les Tsupo^ocftaTcrioti. et tels que nous en oat conservé des iim^es, les bas-rehefs dont nous parlions dans notre premier chapitre.
COURSE On la pratique beaucoup en France, dans les I^andes, LANDAISE (somme le nom l'indique. Ce en quoi elle diffère des courses espagnoles, c'est que jamais le taureau n'y est mis à mort. On se contente d'exécuter avec lui un certain nombre de tours adroits et souples, qui procèdent plus de la gymnastique que de la véritable tauromachie. Point n'est besoin, au reste, de taureaux : une simple vache peut très bien suffire.
Mais la vache landaise est plus vive et plus mobile que le taureau e^agnol. Il s'agit donc, pour les écarteurs, — ce sont les toreros landais — de citer l'animal, de l'attendre à juridiccion, et par des feintes assez voisines du qmehro esp^nol, d'esquiver son coup de cornes, au moment précis.
Pour varier le jeu et multiplier les difficultés de cet exercice en général assez innocent, on peut feinter à la /î^ : plusieurs écarteurs se mettent en ligne droite, à quelque distance l'un de l'autre, et se dérobent ainsi successivement à la cogida de l'animal.
Si celui-ci est particulièrement adroit, ou, à force d'avcnr été couru, trop malio, on aura pris le soin de l'attachei par les cornes avec une corne que tient un écarteur spécial, qui empêchera la vache on le taureau de mettre en péril les jouis du maladrut qui l'aura mal abordé.
LE SAUT Cest le plus joli de la course landaise. On l'exécnte à la garrocha, comme en Espagne. Ifi sauteur cite le taureau, court sur lui, et avant d'arriver à juridicdon, fiche sa lance en terre, s'enlève à la force des poignets et retombe derrière l'animal. Il n'est pas indispensable de sauter à la garrocha. On peut sauter sans l'aide d'aucun instrument, soit que l'homme prenne son élan et franchisse le taureau dans toute sa longueur, d'un bond ; soit qu'il saute en travers du taureau, par-dessus les cornes ou pardessus le cou ; soit encore qu'il le fasse humiher et saute en lui posant le pied entre les cornes ; soit enfin que plusieurs sautetus franchissent l'animal en même temps.
COURSE Ceci est une des plus grandes distractions de la PROVENÇALE Camaigue. A la fois course espï^ole et course landaise, la course provençale comprend le saut, les f eintes.Mes banderilles, la cape.
On se sert pour ces courses de petits taureaux camargtiais, vifs et prestes, animaux assez dangereux mais domesticables.
Nous n'entrerons pas dans le détail des k passes n qui se peuvent employer dans ces courses. Nous les avons déjà rencontrées et expliquées. Le seul exercice nouveau est le simulacre de la mort du taureau. Le diestro qui s'emploie ici, l'espada espagnole, porte au taureau bien égalisé un coup — non pas d'épée, mais d'une banderille spéciale, creuse en son milieu ; le harpon ayant pénétré dans le col du taureau, le diestro retire vivement sa banderille du creux de laquelle s'échappe un flot de rubans.