CHAPITRE I
LE COURSING II est bon qu'on sache, au moment où l'on
EH GAULE AU vient de réimporter d'Angleterre en France cet
■ admirable sport qu'est le coursing, que les
courses de lévriers ont toujours été pratiquées
dans notre pays.
1,'historien grec Amen composait au n« siècle son Traité de la chasse qui est un vrai manuel de coursing '. Il y explique tout d'abord que, si Xénophon avait connu les lévriers gaulois, il n'aurait pas dit que, lorsqu'un chien prend un lièvre à la course, il ne faut voir là que l'effet du hasard, car, à celui qui possède des lévriers de Gaule, il n'est point besoin de pi^es ni de collets : aucun lièvre ne lui échappera. Suit la description de ces oùfptfiayot, comme il les appelle (en latin vertragi), et l'on va voir qu'ils ressemblent fort à nos greyhounds.
Ils doivent avoir, dit Arrien, les oreilles longues et souples, en sorte qu'elles retombent comme brisées ; mais les oreilles dressées ne sont pas mauvaises, pourvu qu'elles ne soient pas courtes et
I. Auua. Train Jt U Cia$u, trad. M pobL par J«<qiiei Boulflnger at Jean Flattird
Champion, èdit.).
dures. (A ce propos, il est bon de lemarquer que Stouehenge a noté qu'un bon greybound nommé Heather-Jack, appartenant au D' Brown, avait laissé toute une postérité dont les oieilles étaient sans cassure comme celles des whippets : Miss Hanna, qui fut célèbre dans les coursings, avait, elle aussi, de ces oreilles de renard.) Le cou, continue Arrieu, doit être rond, flexible et long ; la poitrine plutôt la^e qu'étroite ; les omt^lates bien distinctes et, de même que les cuisses, aussi indépendantes que possible l'une de l'autre ; les jambes rondes, droites, fermes; les côtes solides; le dos large, fort, non pas viandeux, mais faisceau de muscles ; les flancs creux ; la queue velue, molle et recourbée, son extrémité couverte d'un poil plus épais ; le jarret long et solide. Que le chien soit long de la tête à la queue : c'est là un signe de vélocité et de race. Sa tête sera légère et bien ajustée. Peu importe que le pioûl en soit camus ou aquilin, pourvu qu'elle ne soit pas lourde et que le nez finisse, non en masse, mais en pointe. Quant aux yeux, ils doivent être grands, à fleur de tête, purs, lumineux, éblouissants; les meilleurs sont ceux qui jettent des éclairs comme ceux des léopards, des lions ou des lynx ; viennent ensuite les yeux noirs, à condition qu'ils soient bien ouverts, que leurs regards frappent ; puis les yeux vairons.
Ayant ainsi décrit les vertragi, Ârrien ofîre quelques bons avis sur la manière de les entraîner : ainsi il recommande de leur doiuer de l'exercice tous les jours, de les faire jouer, de les frictionner, etc., et c'est encore ainsi que nous mettons en condition nos greyhounds après dix-huit siècles. Enfin l'historien grec conseille de ne pas lâcher plus de deux lévriers à la fois sur le même hèvre et d'accorder à celui-d une avance suffisante : « alors, ajoute-t-il, on jouit d'un spectacle qui récompense de tous les soins qu'il a fallu prendre des chiens »... Tous ceux que passionne encore aujourd'hui l'admirable vue de deux lévriers en plein effort seront certainement ici du même avis que l'auteur du plus ancien traité de coursing qui, je pense, ait jamais été écrit.