‹ Animaux de sport, lévries-taureaux-coqsChapitre 84 sur 118 · QUELQUES OPINIONS · texte numérisé non relu

QUELQUES OPINIONS

de reculer ; îl tombe au milieu des dis de triomphe, sans pousser un dernier gémissement, et meurt sans agonie. Un char pompeusement décoré s'avance : ou y place le cadavre du vaincu, doux spectacle pour le peuple ravi t Quatre chevaux aussi rapides que sauvages mordent leurs freins, en triant cette lourde masse qu'on aperçoit à peine au milieu de la foule... »

£dgard Quinet ne fut certes pas suspect d'obscurantisme. Aussi bien est-ce avec un vif enthousiasme que les zélateurs les plus passionnés des corridas, vont chercher, pour les citer, dans ses Vacances en Espagne les lignes que voici :

Il ... Ce matin, je ne comprenais pas que les yeux des femmes espagnoles pussent s'arrêter sur cette arène ; en ce moment, il me semble qu'il n'est pas une héroïne de Calderon, de Lope de V^a, de Rojas, qui n'ait assisté, au moins une fois, à tme corrida de novillos.

» C'est dans cet amusement qu'elles ont trempé de bonne heure leur âme tragique. La Chimène du Cid n'a-t-elle pas une goutte de sang de taureau dans le cœur ? Qui voudrait le jurer après avoir lu les romances ? On croit que cette férocité va mal avec l'amour l oui, avec l'amour de Florian, mais non avec celui de Calderon. Il n'est pas un amant passionné qui ne préférât cent fois voir la femme qu'il aime assister à ce carnage, plutôt qu'à ces petites pièces bou^eoises demi-fades, demi-obscènes, où nos grandes dames vont perdre non la pitié, mais la pudeur et la hauteur de l'âme.

» Ce spectacle, si fortement enraciné dans les mœurs, n'est pas un amusement, c'est une institution. Elle tient au fond même de l'esprit de ce peuple. Elle fortifie, elle endurcit, elle ne corrompt pas. Qui sait si les plus fortes qualités du peuple espagnol ne sont pas entretenues par l'émulation des toros : le sat^-f roid, la ténacité, rhér<MSme, le mépris de la mort ? Dans les légendes du Nord,

3i6 LES COURSES DE TAUREAUX

Si^fried, pour être invincible, se baigne dans le sang du monstre.

» Ni le souffle du Midi, ni ta galanterie des Manies, ni le régime monacal n'ont pu amollii l'Espagne, depuis qu'elle reçoit l'éducation du centaure. De combien de jeux dissolus ces jeax robustes ne l'ont-ils pas préservée ? Ifi taureau a toujours combattu avec elle. Ornez son front d'une devise d'argent et d'or ; U a vaincu Mahomet, Philippe II, Napoléon.

■ Si j'étais Espagnol, je me garderais bien de porter, au nom des subtilités nouvelles, la moindre atteinte à ces jeux héroïques ; je voudrais, au contraire, leur rendre tout leur lustre.

» Supprimez, comme quelques personnes vous le conseillent, les courses de taureaux, vous voilà aussitôt envahis' par le théâtre étranger, le vaudeville, les propos à double sens, les fadeurs et les obscénités bourgeoises. Sans compter que le véritable art trouve infiniment mieux son compte dans le coup d'épée de Montes que dans tout cela ; vous vous énervez et vous ne vous civilisez pas. Je n'entends jamais les étrangers inviter l'Espagne à se défaire de ses corridas sans peoser à la fable du Uon qui raccourcit ses oi^les... »

De Jean-Jacques Rousseau — de Jean-Jacques! — lui-même, cette approbation :

a ... I,es courses de taureaux ont beaucoup contribué à maintenir la valeur du peuple espagnol... (Considérations sur le gouvernement polonais.) »

De Théophile Gautier :

« L'on a dit et répété, de toutes parts, que le goût des courses de taureaux se perdait en Espace et que la civilisation les ferait bientôt disparf^tre ; si la civilisation fait cela, ce sera tant pis pour elle, car une course de taureaux est un des plus beaux spectacles que l'homme puisse imï^ner... »

Par Jacques BOULENGER et Emilb HENRIOT

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