CHAPITRE QUATRIÈME SYMPTOMATOLOGIE
Appareils digestif et circulatoire Système nerveux
Formes cliniques
Appareil digestif. — C'est surtout l’appareil digestif qui est intéressé dans l’ankylostomatose; dans les formes légères même, il est touché ; à ce point de vue, notre observation en est une preuve.
Presque toujours une douleur pongitive est perçue à l’épigastre ; à la pression, cette douleur est plus accusée. Elle peut coexister avec des flatulences et des douleurs réparties sur tout le parcours de l'intestin, des vomissements provenant d’un estomac en état de réplétion ou de vacuité (Lutz), un léger degré de stomatite avec hypersécrétion salivaire (Looss).
Au début de la maladie, l'appétit augmente quantitativement, tandis que dans les dernières périodes :1l est diminué ou fait complètement défaut ; mais ce n’est pas tout, car, si l’on observe des ‘‘porteurs de vers” on note maintes fois chez eux un penchant à absorber toutes sortes d'aliments acides (fruits verts, maïs vert (Lutz), sel (Stiles). Cette perversion du goût peut aller jusqu’à lallotriophagie ou la géophagie, cette dernière se rencontrant dans les races autres que la nôtre, sur-
Lie
tout chez les enfants et chez les adultes qui, par habitude ou tradition, ne sont primitivement déjà géophages.
L'intestin fonctionne irrégulièrement ; au début, on observe fréquemment une constipation opiniâtre et plus tard de la diarrhée. Si primitivement les selles offrent une coloration normale, elles ne tardent pas à prendre une coloration brun rouge ou rouge brun. Cette coloration est due au pigment sanguin provenant des petites hémorragies intestinales produites par la morsure des vers.
On a vérifié expérimentalement ce fait chez les chiens infectés par l’ankylostomum caninum : vingtquatre heures avant leur mort, leurs exéreta étaient presque noirs.
Stiles mdique un moyen très simple pour déterminer si des selles renferment ou non du sang. Sur du papier filtre blanc, il dépose pendant vingt minutes les matières fécales à examiner; s’il y a obtention d’une tache brun rouge autour des matières fécales, c'est que celles-ci contiennent du sang (Blotting paper test).
Rarement on observe des selles glaireuses comme dans l’entérite muco-membraneuse ; les pertes de sang pur paraissent plutôt dues à des hémorroïdes ou à des tumeurs ulcérées siégeant sur le trajet de l'appareil digestif.
Souvent, notamment dans les infections graves, on trouve des cristaux octaédriques de Charcot-Leyden ou Charcot-Robin et des lamelles de cholestérine (Firket) ; mais ces cristaux ne sont nullement caractéristiques de l’ankylostomatose, beaucoup d’autres infections parasitaires les provoquent.
Appareil cardio-vasculaire. Cœur. — Le rythme et la pulsation cardiaques ne sont, au début, que très peu modifiés, ce n’est qu’à l’occasion d’un effort exagéré que les altérations fonctionnelles sont perçues. Plus tard, sans cause apparente, lors même du repos le plus complet, des douleurs diffuses apparaissent dans la région précordiale.
Si le sujet ankylostomatosique est un prédisposé des affections du cœur, au bout de peu de temps il ne pourra plus se livrer âu moindre travail, car bientôt l’hypertrophie et la dilatation du cœur gauche apparaîtront. Lutz considère l'existence des souffles cardiaques qui en résultent comme l'indice d’une dégénérescence parenchymateuse cardiaque.
Naturellement, le pouls se fera l’écho de tous les troubles cardio-vasculaires.
Codina-Castellvi dit avoir toujours constaté l’hypotension artérielle dans l’anémie ankylostomatosique.
Sang. — Jamais le sang ne subit de modification dans son volume, donc aucun souffle anémique ne pourra être entendu (Hayem) ; mais, par contre, il peut présenter une diminution des trois quarts du nombre de ses hématies ; sa teneur en hémoglobine peut baisser de 19 % ; les leucocytes éosinophiles peuvent augmenter jusqu’à atteindre un pourcentage de 72. En un mot, le sang peut paraître changé en eau (Looss).
La peau est le miroir de ces modifications profondes ; elle devient blanche, cireuse, jaunâtre ou terreuse (maladie jaune des anciens auteurs, figure de papier màché); les muqueuses visibles, de même que les ongles, si les circonstances s’y prêtent, sont d’un blanc pur.
Lorsque le malade fait une colère, la peau et les muqueuses ne se colorent plus. Au toucher, l’épiderme donne une sensation de fraîcheur ; la température, après avoir dépassé la normale (38°5) pendant la phase d’incubation, devient hyponormale.
Les blessures se guérissent lentement (Stiles).
Dans les cas graves, on observe des hémorragies sous-cutanées liées en particulier à des troubles de la vision (Grassi, Nuel et Leplat, Leichtenstern, Fischer) ou de l’ouie (hyperacousie).
En rapport avec les troubles de la circulation apparait de l’œdème des paupières, du visage, des extrémités infériêures, puis un œdème généralisé avec ascite abondante; d’après Macfarlane, ce serait là un symptôme d’une gravité exceptionnelle.
Appareil respiratoire. — Souvent on note de l’anhélation respiratoire qui, d’après l’expérience personnelle de Stiles, devient très pénible. C’est un symptôme qui existait chez notre malade ; en effet, il lui était pénible de courir lorsqu'il chassait l'éléphant.
Quelquefois, mais toujours dans les cas d’infection ankylostomatosique massive par pénétration par voie cutanée d’un grand nombre de larves, on a signalé des hémoptysies. À
Système nerveux. — Divers troubles du côté du système nerveux ont été observés : céphalée, syncope, besoin impérieux de sommeil, manque d’énergie faisant passer les malades pour des paresseux.
D’après Sandwith, le réflexe patellaire est souvent diminué ou manque totalement. Stiles décrit comme symptôme constant la fixité du regard lorsque le malade