COMPTE DE CHEVAUX
SoHMAiAE. ^- Taille et race des chevaux employés dans la ferme. — Mode de nourriture. — Dépenses des chevaux à Roville, de 1827 à 1856. — Pcoduit des chevaux en travail et en fumier pendant la même période. — Produit moyen d^'un cheval par année en heures de travail.
On ne connaît en général que très- vaguement la dépense qu'entraînent les atteLiges , parce qu^elle se compose d'élé-
ments fort divers. J'ai donc cru qu'il serait utile de présenter le dépouillement du compte de ehaoaux à RoviUe, et j^ai fait opérer ce dépouiUement pour les dix dernières années , c'est-à-dire, de 1827 à 1836. Le service de la ferme exige environ 14 chevaux, en j comprenant un charroi que je suis forcé de faire exécuter régulièrement chaque semaine , sur Nancy, pour le service de la &brique d'instruments, et qui emploie moyennement deux chevaux pendant deux jours. Il fiiut faire remarquer aussi que presque tous les grains de la ferme se v^ident «u mardié d^Epinal, distant d'environ 10 lieues de poste.
Les chevaux employés à la ferme sont d'assez grande taille , généralement de la race comtoise ou ardennaise. Le prix d'achat varie communément entre 500 et 550 fr. La ration , sans être aussi forte que celle que donnent les rouliers , est beaucoup supérieure à celle que consomment les chevaux des cultivateurs de notre pays. L'avoine n'est pas le grain qu'ils reçoivent le plus fréquemment ; mais toutes les fois que les prix de l'orge , des féverolles , des pois ou du sarrasin sont inférieurs ou même égaux à celui de l'avoine, je donne la préférence à ces grains, qui sont plus nutritifs que Tavoine, non seulement à égalité de mesure , mais aussi à égalité de poids. L'expérience m^a démontré que ces grains conviennent tout autant que l'avoine à la nourriture des chevaux , pourvu qu'on ne donne pas sans mélange ceux qui sont très-nutritifs sous un petit volume. Tous les grains sont donnés égrugés. La ration de grains se détermine au poid», et eUe est actuellement d'environ 4 1/2 kilog. par cheval. La bonne avoine pesant généralement 1/2 kilog. par litre, cette ration représente environ 9 litres d'avoine. Cette quantité a un peu varié à diverses époques , mais sans s'éloigner beaucoup de ce chiffre. Une bonne partie des grains que consomment les chevaux sont achetés au dehors et portés en compte pour le prix qu'ils ont coûté.
COMPTE BBXDU. 75
Ceux qui ont été produits par la ferme sont évalués au prix où l'on pourrait les vendre à l'époque de la consommation. La consonmiation en grain diffère donc sous ce rapport de celle des fourrages secs qui , comme je l'ai dit à l'article du compte de prés , figurent dans la comptabilité à un taux d'évaluation uniforme.
En hiver ^ la ration de foin est d'environ 10 kilog4 par jour dont le prix est fixé uniformément à 36 francs les 1 000 kilog. , et les chevaux reçoivent en outre une ration de carottes qui varie de 10 à 15 kilogrammes , et elles sont évaluées à 75 cent, par tandelin pesant environ 30 kil. ; en été, c'est-à-rdire , ordinairement du commencement de mai jusqu'à la fin de septembre, les chevaux ne consomment, outre le grain , que de la luzerne ou du trèfle en vert , et ils en reçoivent à dis«pétiott. On ne pèse pas la nourriture verte, parce que, selon l'état des plantes et de l'atmosphère , le poids de la ration est variable souvent dans le rapport de plus de 2 & 1 , pour présenter une quantité égale de substance nutritive. La dépense en fourrage vert est évaluée par journée de nourriture d'un cheval , qui est fixée à 35 centimes. Ce taux est inférieur à la valeur de la ration correspondante de fourrage sec ; mais je suis persuadé que les comptes de trèfle et de luzerne profitent plus de la consommation en vert que de la conversion de leurs produits en foin, à cause des frais de la récolte et des chances de la dessication.
La dépense du harnachement n'est pas comprise au nombre de celles des attelages , parce que , d'après l'ordre adopté dans la comptabilité , les harnais sont compris dans le compte de mobilier de la ferme.
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On remarquera que ce tableau est continué jusqu'au compte de 1836, tandis que les comptes de récoltes que j'ai présentés s'arrêtent à 1835. Cela vient de ce que dans le dernier bilan dressé au moment où je me livre à ce travail, celui de 1836, les con^ptes de chevaux et autres de cette nature sont réglés jusqu'au jour du bilan , tandis que pour les comptes de récoltes , on clôt seulement à chaque bilan les comptes des récoltes feites l'année précédente. Ce n'est donc qu'au i*^^ juillet prochain (1837) que l'on connaîtra les résultats des récoltes de 1836.
La première colonne indique l'année de la clôture de l'exercice d<mt les résultats sont présentés. Ainsi , la première année est celle de l'exercice ouvert le 1®' juillet 1826, et clos, le 30 juin 1827.
On trouve, dans la deuxième colonne , le nombre moyen de chevaux existant 'pendant le cours de cet exercice. On a calculé par jours, à cet effet, les entrées et les sorties, depuis la date où elles ont eu lieu jusqu'à la fin de l'exercice. C'est d'après le résultat de ce calcul , que l'on trouve dans cette colonne des fractions que Ton ne pouvait négliger. Ainsi, si l'on ne veut pas considérer ces fractions comme se rapportant à une tête de cheval , on les regar < dera comme . exprimant une portion de l'année pendant laquelle cette tête a été entretenue , cer qui au surplus revient au même.
La troisième colonne présente la diminution de valeur des chevaux pendant l'année. On a composé ce chi£Gre de la manière suivante : on a pris pour base Testimation des chevaux existant à l'Inventaire de Tannée précédente. Cette estimation se iait à chaque inventaire, individuellement pour chaque cheval , en lui attribuant le prix auquel on suppose qu'il serait porté , si on l'exposait alors à une vente publique ; et la somme de ces évaluations partielles forme le chiffre d'après lequel le compte des chevaux dans l'exer-
cice précèdent est crédité par le débit du même compte dans Texercice nouveau. Dans le dépouillement, on a ajouté à la somme qui %urait ainâ à rinyentaire jnéeédent le prix des chevaux achetés pendant le cours de Tannée , et Ton en a soustrait le prix des chevaux vendus, ainsi. Quq celui des cuirs des chevaux morts pendant le cours de Vexercice. On a formé aingi la valeur que Ton eût dû retrouver à l'inventaire suivant, s'^il n'était pas survenu de diminution dans cette valeur par la mort de quelques dievaux et par les progrès de Tâge chez les autres. La différence que Ton a trouvée avec le montant de l'inventaire suivant , a été portée , pour chaque année , dans la colonne dont il est question. Pendant le cours de ces dix années , il est mort neuf chevaux, dont cinq pendant le promis exercice, celui qui s'est clos en 1827. On comprend bien, au reste , que dans le mode de comptabilité adopté, il n'est passé aucune écriture au compte de chevaux pour les pertes de ce genre. On doit seulement en tenir note sur un registre à part. Quant au compte de chevaux , il perdra k valeur du cheval mort , par cela seul que cette valeur ne pourra plus être portée à l'inventaire suivant, puisque le cheval ne se trouvera pas présent. Aucune autre marche ne pourrait présenter autant d'exactitude et de régularité.
Les quatre colonnes suivantes indiquent la consommation des chevaux pendant Tannée , en aliments de diverses natures. J'ai présenté, au commencement de cet article, quelques observations qui serviront à l'intelligence de ces colonnes.
Dans la huitième colonne , on a porté le prix du travail employé pour le pansement, Talimentation et les autres soins donnés aux chevaux, mais sans y comprendre le travail des hommes dans la conduite des attelages, ce travail étant porté directement, dans ]a comptabilité, au débit des comptes de récoltes ou autres pour lesquels il a été exécuté.
Les neuviëine et dixième colonnes comprennent les frais de farrure et de remèdes. Je dois faire remarquer qu'il n'est rien eonoqitë {NMir les soins du vétérinaire, parce qu'ils sont donnés par celui qui professe cet art à l'Institut. Il eût été toutefms plus exact de porter chaque année une portion de son traitement au débit des diverses espèces d'animaux. On remarquera aussi qu'il n'est rien porté ici pour intérêt du capital employé en valeur de chevaux, parce que, d'après Tordre dé la comptabilité , les intérêts de tout le capital d'exploitation figurent en masse sur*un compte particulier. La pratique fait bientôt comprendre combien il serait difficile et embarrassant d'agir autrement pour les emplois divers du capital d'une exploitation rurale , dont chacun est susceptible de varier fréquemment en quotité dans le cours de l'année. L'intérêt, au surplus > ne pourrait être calculé ici qu'au taux ordinaire , puisque le compte supporte directement la diminution du capital qui lui est consacré.
On trouve dans la onzième colonne le total de tous les frais d'entretien , c'est-à-dire , des chiffres portés dans les colonnes précédentes , à partir de la troisième , puisque la diminution de valeur à Tinventaire forme une partie importante des dépenses d'entretien des animaux. Il est évident qu'en divisant le chiffre porté dans cette colonne pour chaque année , par le nombre moyen de chevaux entretenus pendant Tannée , comme il se trouve dans la deuxième colonne , on aura la dépense d'entretien d^un cheval pour cette année. On a indiqué ce résultat dans la douzième colonne.
Enfin , dans deux lignes de moyennes générales placées au bas du tableau , on a indiqué , pour chaque nature de dépenses en particulier , d'abord la moyenne d'une année pour tous les chevaux de la ferme , et ensuite la moyenne par année par tête de cheval. D'après le résultat général ,
chaque cheval a entrainé pendant ces dix années une dépense moyenne de 461 fr. 5 cent. , qui se subdivise comme l'indiquent les chiffres portés dans les colonnes précédentes. Les chevaux n'ofirent que deux espèces de produits , le travail et le fumier. Le tableau suivant en présente le montant pour la même période.
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On a reproduit dans la deuxième cdbnne de ce tableau le nombre moyen de chevaux par année , comme le présentait le tableau des dépenses.
La ^oinème colonne présente le nombre total d'heures de travail que Ton a obtenu des chevaux dans le courant de chaque exercice , et la quatrième colonne indique la valeur de ce travail , estimé à raison de 20 centimes l'heure , taux adopté uniformément dans la comptabilité pendant tout le cours, de cette période. On tient note chaque soir du nomkre d'heures employées effectivement à diaque genre de teavail ; et en additionnâuit les colonnes à la fin du mois j, on connait le nombre d'heures dont la valeur doit être portée, au crédit des chevaux y ainsi que la proportion dans laquelle cette valeur doit être distribuée au d&At des divers comptes pour lesquels le travail a été exécuté* . Les cinquième et sixième colonnes présentent la. valeur des engrais obteaus des chevaux, en les distinguapt en fumier !et engrais liquide ou purin. Ce dernier s'estime & raison de 3 francs par tonneau de 6 hectolitres, environ. Quant au fumier , la règle adoptée généralement pour tous les animaux de la ferme , consiste à créditer chaque genre de bétail de 2 francs 50 cent, par voiture de fumier, de 6 à 700 k. 9 pour la valeur que les excréments du bétail sont présumés sgouter à la paille de litière, en la convertissant en fumier. La paille n'est donc pas comptée du tout en dépense pour le bétail , et sa valeur est portée directement au débit du compte de fumier. La valeur de ce dernier, estimé à 5 francs la voiture, se compose donc pour moitié de la valeur de la paille , et pour l'autre, de la valeur des. excréments.
On sera frappé sans doute, en parcourant la colonne du fumier, des grandes différences que présentent les évaluations rapprochées du nombre de chevaux pour chaque année. Xe présente les. chiffres tels qu'ils se trouvent sur
8â coHpn uifpu.
les livres de compteB; mais je dois dive ici qa'on ne peut aooorder une confiance entière à leur exaclitiide ; et de tous les articles portés dans les tadileaux. relatîfr aux chevaux, cdtti-ci est le senl dont les éyalualions laisseï^ à désirer sous le raqpport de la certitude. En voici la cause : par Ift disposition du local, le fumier des chevaux doit être eomùmda dans le même tas avec celui d'autres e^ôces d'm* maux logés dans le même corps de bâtiments, c'esl-è4îre, des bœufs de trait ou de travail , ou des moutons que Yaa j loge ansn quelqpiefbis. Toute cette masse figure sur le compte des chevaux; mais on en distrait chaque année, au crédit des autres espèces d'animaux, la quantité et fumier que Ton présume avoir été produite par eux. Celle évaluation est fort arbkraire , et il peut fiieilement s'y glisser de grandes inexactitudes. B*un autre côté , on con^ 4mt séuvent sur ce tas de fumier de la boue ou d'autres débris de diverses natures qui forment quelquefois mi volume fort considérable qui se trouve ajouté au nombre de voitures au moment où Ton enlève le tas. On conçoit tout ce qu'il y a d'drbitmire dans les évsduations cpie Ï4m peut faire pour tenir compte de ces diverses circonstances ; et je ne puis que répéter ici ce que j'ai (fit affleurs , savoir que l'article du fiimier est, de tous les ol^ets qm entrent dans là comptabilité de la forme , celui dans lequel il m^est le plus difficile d'introduire une exactitude 9t^ tisfaisante. Gela tient en partie à la disposition des bâtiments de ferme, et en partie aussi à la nature même du sujet. Quoiqu'il en soit , je pense qu'en prenant la m<^enne de ces dix années pour l'évaluation du fumier produit par les chevaux, on aura une donnée approximative qm s'éloigne fort peu de la vérité.
La 1* colonne présente le produit total des chevaux pour chaque année, tant en travail qu'en engrais, et l'on a reproduit dans la 8* colonne le total des dépenses
COMPTE RBNDU. 83
d'après le tableau prëeédent. Les deaz dernières oolonnes indjqaent, en profit ou en perte, la difliërenoe entre les danses et les produits. Il en résulte que les pertes ont dépassé les produits, pendant ces dix années , d'une somme de 2348 fr« Oft centimes; et l'on troure par un calcul &cile , qu'il eût &llu porter la valeur de l'heure de travail à hb peu moins de 31 centimes (0, 2097) , an lieu de âO, pour qpie les cimiptes se balançassent sans perte ni profit. Ce cliiffipe est donc celui de la dépense moyenne qu'a entraînée diaque beure de travail d'un cheval pendant ces dix années.
Dans les deux lignes qui terminent ce tableau, on a placé , de même que dans le tableau précédent , d^abord la moyenne des produits des chevaux par année , et ensuite la moyenne par tôte de cheval pour une année. Nous trouvons parmi ces derniers résultats , que chaque cheval a founû en moyenne 1 944 heures de travail effectif par année. Si Ton voulait réduire ce chiffre en journées de travail , il fiiudrait le diviser à peu près par 8,50, durée moyenne approximative des journées de travail dans les diverses saisons de l'année. On trouverait donc que chaque cheval a fourni en moyenne, en npmbre rond , 229 journées de travail par année. Le nombre des jours non fériés étant de 310, on pourra Hre surpris de ce déficit de 81 journées de travail par an. C'est une non-valeur qui résulte des cas de maladie, des aumanx, de l'impossibilité de les £adre travailler pendant de très-mauvais temps, et des pertes de temps accidentelles qui sont occasionnées par diverses causes, et que l'on ne peut pas toujours prévenir. Je dirai à ce sujet qu'il est très-peu d'exploititions rurales où le trsvail des attelages soît employé «ved autant d'activité el d'assidi^é qu'à RotiUe ; d'abord les valets de labour ionî chacun soigne et conduit une paire de chevaux , ne sont jamais employés à aucun autre genre de travsâ , si ce n'est lors-
qu'A 7 a impossibilité de faire sortir les chevaux de réeurie^ et alors on fait très-peu de cas du travail des hommes détournés ainsi de leurs occupations habituelles, en sorte qu'on est naturellement disposé à laisser séjourner le moins possible les chevaux sur la litière. D'ailleurs , lorsqu'on inscrit chaque sdr la quantité de travail emplpyé dans la journée, l'attention se porte sans cesse sur la perte qui résulte de tout chèmagfe. Le travail de la machine à battre occupe quatre chevaux pendant tous les mauvaift temps de l'hiver, et les autres sont employés à des charrois de marne, de terre, etc, toutes les fois que le temps le pennet ; et l'on n'^st presque jamais arrêté à cet égard par l'état des chemins de l'exploitation , qui sont aigourd'hui fort boas. Des charrois »sur Nancy ou Épinal, fournissent aussi presque toujours un emploi utile aux attelages , lorsque les travaux de culture ne pourraient les occuper. Il reste donc les pertes de temps à peu près inévitables, et l'on voit qu'elles se portent encore fort haut^, lorsqu'on «calcule rigoureusement l'emploi du temps.