‹ Annales agricoles de Roville (volume 2)Chapitre 39 sur 88 · SECTION VIII · texte numérisé non relu

SECTION VIII

BÉCOLTB DU HOUBLON.

Somums. — - Signes de la maturité. ~< Nécesssitë d^an atelier nombreux pour 1^ cueillette. — Travail à la journée ou à la tâche. — Organisation de Tatelier. ~< Description de la tenaille à arracher les perches. — Marche du travail, surveillance et réception du houblon cueilli. — Soins nécessaires dans la cueillette. — Détails dVxécution.

La maturité du houblim a lieu communément, dans le nord de la Franoe, dans la première quinzaine de septembre. Elle se reconnaît à un très-léger changement de nuance dans la couleur des cônes, qui passent à une teinte verte moins foncée qu'auparavant, mais surtout à Todeur qui se développe dans les c6nes à cette époque. Si Ton froisse un cône, ou même si on le manie entre les doigts, il manifeste longtemps avant la maturité, Todeur aromatique particulière au houblon ; mais lorsqu'ils sont mûrs, il suffit d'approcher le nez d'une grappe de cônes sans les toucher, pour qu'on, s'aperçoive qu'il s'en exhale de l'odeur. Dans quelques variétés, les écailles qui forment les cônes s'entr'ouvrent un peu à cette époque. On remarque souvent aussi alors que quelques écailles éparses sur les cônes, perdent leur couleur verte pour prendre une teinte blanchâtre. Les signes de la maturité sont au reste assez difficiles à saisir pour les personnes qui n'ont pas beaucoup d'hahitude à observer cette récolte ; et il est fort important de les connaître, afin de saisir l'instant favorable pour la cueillette qui est une opération longue et fort difficile à exécuter par de mauvais temps. Ceux qui voudront se livrer à la culture du houblon^

CVLTVBB DU HOUBLON. 5131»

devrcHut doac diriger sp^alemént leurs observations vers ce point; Bans les . grandes cultures, il YtÉl mieiily sile Uêêp» est beau j. devancer éd quelques jours la maÊxoHéf afin de réserver {^a de chances de terminer Topératidn pac un temps £ivorable. Le houblon récôké un peu avanitift; maturité. n'(^ s^a.p^s moins beau en couleiir, ce que considèrent prindpalenientle plus grand nombre des adtetears ; mais il sera réellem^it moins .riche èa subi^ahee résinmisa aromatique. Lorsqu'on a au contraire dépassé le ienB» de la matorité^ beaucoup de cônes sont bruns dpl^ès la dessicatiçu, au lieu d'avoir la teinte jaune verdâtre qui dis» tingu^ dans le comm^ree les belles qualités de houblon». Lorsque le temps est beau sans être trop chaud, on a une latitude de huit ou àix. jours pendant lesquels on peut taatmuer la. cueillette,, en obtenant constamment des pronluîts^ 40 bonne qutaljlé ; mais lorque la cueillette dure qidnze jours et même plus, ce qu'il est difficile d'éviter dans le» mauvais temps, les dernières portions de la iécolte>sont ordinairement de qualité inférieure. On peut jttger parla combiead-il importe que l'on puisse disposer à vdk^nté diune grande masde de main-d'œuvfe au moment précis où. on le désire, car il:ar;rive souvent que Ton ne peut etteîllîr que pendant quelques heures dans chaque journée. Oif ne doit pas tenter la culture du houblon dans les lieux où ron n'a pas ainsi soits la main une pc^ulation sûf&samnai^ nombreuse. ■ :• • : ^ ■

Les fenoneSy tes hommes âgés ouinfindes, et les jemfes gêna depuis l'âge de sept ou huit ans, sont prindqralenbral employés à la cueillette du houblon. Bans la plupart des* localités, ce travail se paie à la tâche, c'est-inUise que diaipie personne ou chaque ÊuDoille reçoit un prix déterminé pour une mesure fisée de cônes, livrée sur le lieu même au pfopriétaîre. Dans quelques endroits cependant, ou paie les travailleuses à la journée, afin d'obtenir qpie la^ oueiltetto'

èU cultvm du HODKunr*

iott fidte «vêo 1^ de sdiiis. J'u adopté la mëOiiNie dô travail* la tâdw qoi est toliKnm moins eoûteiuë ; et Fax* périenee m'a montfé qu'à l'ude d'une ftitfveOlatioe Umk oiganMe^ on pent luriTer à mie exécution iaat msA parlUte qn'en employant des joânialien. Un des arantages da travail à la tàdiepoor cette opération, conrisle en ee que beancoup de mèras de famille^ ou des personnes qui ont diea elles de l'^ceupation pour qnelqnes heures de lâ Joar« née, viennent tmvaiSer à la houUonnière pendant lenns heures de lokk'^ et quefonpôut y admettre des enfimts dont il serait fort difficile de r^er le salaire à la Joumëe, mais qui ne sont payés à k tâche qn'^ proportion de ce qatûâ font. O travail est donc organisé en telle sorte que èhacû estMhie d'flrrircf ou départira Theûre qui lui coâvient, et qne fon n'a dé Cdntraintd à etetcet sur personne , pow le tùittêt de ttay^aier ou Fempédier de causer^ et que les £imilles entières s^ réunissent et s'y groupent comme il leur convient, pour prendre âft commmi un compte de tor-^ Mtk»^ tmili d'aprôip laquelle se paie le salaire. Le traToil devient ainsi une véritable ftte à laquelle personne ne manque; et Je suA^convaincn que je réui^ ainsi une popuktion double de cdle que je pourrais avoir, si Je payaisft la jififfmée« La corbeiBé dont je Ms nsagé contient environ trds HvtM et demie de cônes verts, ce qui produit enviraa une Bvre de honUon sec. Le prix de la cueillette à varié à Roville depuis un sou jusqu'à six liards par corbeille, aeléii rabondance de la récolte et la grossetir des côiiecf , dtos. «Éâqne année ; Cor ces circonstances influent beânconp snr la quantité de coriieilles qu'une ouvrière peut ciiefflk dan» sa jonmée*

Le travnfl commence à 6 on 9 heures du matin, lortqpie la rosée est dissipée. Il s'organise de la manièse suivante pour4es houblenniôres garnies de pentes^ : Un ouvrier nn buste, payé à h journée, ek chargé de fournir a«x ciieii-

GUI^TOM DfT 9IH7BtOK» 237

haies les peEçihes , que l'on n'abat qu'à mesure qn^oa va les dëpQuiller. A cet efi&t, Vouvrier poupe d'eberd prtede terre les tiges de boublon qui s'enlacent autour de la perche i et il se sert» pour la tirer bors de tme» d'une tenaille formée d'une tige en bois fort, de 3 pouces de diamètre et de 6 pieds de longueur, h laquelle est fixée par nn <Hdlet à 15 pouces d'une de ses extrémités , une bande de fer de 12 pouces de longueur sur 17 ligues de largeur et 19 lignes d'épaisseur. Le cdlet de la }uakde partage ainsi la tige en deux longueurs inégales; et la bande partant du collet « revient du c6té de la branche la plus longue, en formant avec elle un angle aigu , en sorte que l'extrémité de la bande se trouve éloignée de dnq pouces de la tige. Cette bande présente une de ses fiices étroites à la perche ; et cette Ace porte des dentelures , afin de Tempécher de glisser sur la perche que Ton engage entre elle et la tige. L'ouvrier tenant k la main l'extrémité de la branche la plus longue , saisit le plus près de terre qu'il le peut > dans la tenaille , la perche de houblon dont il vient de couper les tiges; et soulevant Finstrument avec force, il trouve un point d'ap* pui sur la terre , dans l'extrémité de la branche courte de la tige, en sorte que l'instrument foriçe un levier puissant* Lorqoe la pen^e a été soulevée par ce moyen , l'ouvrier la saisissant des deux mains , la dégage entièrement de terre et Vincline du côté pu les cueiUeuses l'attendent. Deux d'entre elles sont munies de crosses pu brins de bois de4 à 5 pieds de longueur, et ter^iinés à une de leurs extrémités par un petit enfourchement. Ces deux ouvrières se plaçant au-dessous de la partie supérieure de la perche, l'une à droite et l'auti^ à gauche, au moment de sa descente, arrêtent la chute de la perche* en la recevant dans Tenfourchement de leurs crosses > et ai la soutenant ainsi des deux c6tés. Abaissant alors les crosses, elles les ûcbmi légèrement en terre dans la même position dUyiqne, en sorte que la perche rejpwant

238 CULTtJBS DU BOUBLOK.

sur la terre par son extréaiité inférieure, est soutenue solidement à l'autre bout à trois ou quatre pieds au-dessus du sol. Toute cette opération s'exécute en peu d'instants; et c'est dans cette position que les cueilleuses se placent autour de la perche dont toutes les parties se trouvent à leur portée. Il est nécessaire qu'un surveillant parcoure continuellement l'ateHer , afin de s'assurer que toutes les brfhdes cueQ* lent «convenablement les cônes de houblon, et qu'il visite chaque perche aussitôt qu'elle est dépouillée , pour voir si les cueilleuses n'ont pas laissé de cônes , comme elles sont disposées à le &ire pour passer de suite à une perche neuve qui leur offiira un travail plus lucratif. L'ouvrier qui donne les perches ne doit le faire que lorsque le surveillant luia déclaré que la bande a accompli la besogne de la perche précédente. Daas les ateliers nombreux, où l'on dépouille une cmquantaine de perches à la fois sur un développement assez étendu, le surveillant remet aux bandes, à mesuré qu'il a inspecté les perches dépouillées , des bons préparés à l'avance , et contre la remise desquels leà ouvriers , car il en faut deux dans ce cas, leur -donnent de nouvelles perches. . Les «ônes de houblon doivent être cueiDis soigneusement un  un , et non par grappes. On laisse à chaque cône une queue ou pédicule d'un demi-pouce de longueur environ. Lorsque les cudlleuses arrachent les cônes en en saisissant plusieurs à la; fois afin d'aller plus vite, il ne leur reste pas de queue , et ordinairement quelques écailles du cône sont restées alors avec la queue sur la plante, ce qui Constitue une perte assez considérable sur le produit de la récolte. On doit éviter avec soin de mêler aucune feuille ou parcelle de, feuille dans les corbeilles de cônes. La surveillance à cet égard dépend des agents chargés de recevoir lés' corbeilles. Deux hommes sont nécessaires pour cela, si l'atelier est considérable \ l'un reçoit, examine et mesure la corbeille , et l'autre la marque au compte de la bande qui l'a fournie.

fiULttU DU HOIIBKX)^. â39

Ces deux agiiits se placent un peu en avant du centre de Tatefier, et sont munis d'une toile d'environ six pieds en fcarré , d'une corbeille de mesure ^ et de deux ou trois Tans d'osier 9 craime on les emploie dans les granges. On étend h toile sur la terre, on place dessus un des yan8,;etla corbeille jdans ce dernier. Lorsqu'une ouvrière apporte une corbeille ou panier, dont cbacune doit se pourvoir pour la cueillette, on la lui Mi vider lentem^t dans la corbeille de mesure, et Ton examine, à mesure que le houblon tombe,, s'il contient des feuilles ou des grappes. Si Ton y voit qu!une feuille ou deux, on les enlève aussitôt ; mais si le nombre en est considérable, on vide la corbeille sur un autre van dans lequel la cuàlleuse négligente doit néttojer proj^ement le houblon, avant qu'on l'admette à la corbeille de mesure. Comme elle perd ainsi plus de temps qu'elle n'en eût employé à cueillir avec soin , elle travaillera mieux une autre^fois ; mais s'il se trouve des incorrigibles , le surveillant les renvoie de Tatelier sur la dénonciation du receveur. Lorsqu'une corbeille est mesurée^, on la jette dans une bâche y grand sac de toile de 5 pieds de hauteur, qui <x>ntient environ trente corbeilles,' et que l'on place la' gueule ouverte et soutenue par deux pieux légers, à côté du bureau volant de la réception.

On inscrit en même temps la corbeille reçue ^ sur un ta- Ueau., au compte de la bande qui la cueillie. Ce tableau grossier se coippose d'une demi-feuille de papier ordinaire que Ton a rayé à l'avance, comme si on voulait, y écrire.: Au commencement de chaque ligne, on inscrit le nom du chef d'unie bande, et à la suite on trace sur la môme ligne un petit trait vertical pour chaque corbeille. A la fin de la journée, on porte en. chiffres ^ à la fin de chaque ligne, le nombre total des traits qu'elle contient, et à l'aide d'une additioA de tous ces.nombres , on a le chiffire.total de la cueillette de la journée, pendant que chaque nombre par-.

MO eovnmm m

liel fert * étàblk à la maifon, sur un tMma gëiMl, le comiftBéB la bande à laquelle oeCte ligue eat consacrée.

n anÎTe aonvent que roavrière qui apporte «ne cmbeille A merarer, n'a pM aasec de houblon pour eon^plëter la me« âme; et l'on jetterait beanconp de pertorbation dans la morahe de Taffidre, n on laislaitcea ootbeillai en lonffiranoe, ou qm l'on retardât de les marquer , Jusqn'A ce qae les cueilleoses fassent allées cherdier du houblon pour compléter la mesure. Au lieu de cela , on marque la o»'beiUe et on la vide dans la bidie comme A elle eM été pleine; mais à côté du trait qui la désigne sur le tableau, on trace un point qui indique que la cuefUeuse dent apporter^ à son prodiain Tojage, une quantité que l'on juge équitalente au défiât Les cœilleuseB sont prévenues que pour chaque point qm ne sera pas effiicé aur leur compte, on leur iera la diminution d'un quart de corbeille. Elles s'accoutument bientèt ainsi à appcNter chaque fois dansleurs tabliers, un supplément de houblon destiné à couvrir le manquant, s'il s'en trouve à la mesure de leurs corbeilles.

Le travail organisé c(Mnme je viens de le décrite, nuntlie. très-régulièrement et sans embairas. Ailleurs, on paie au comptant chaque corbeille que Ton reçoit , an moyen d'un sac de monnaie que l'cm a apporté à la houblonnière; mais cette marche présente des inconvénients de plus d'un genre, et le contrôle s'exarce bien plus efficacement, à l'aide de la méthode à laquelle l'e:ii9ériettce m'a amené. Les ouvrières ne sont payéesqu'à hifin de la cueillette, sauf des à-compte que ron peut donner en connaissance de cause à celles qui le réclament. Je dirai toutefois que l'on ne peut adopter cette nuurche que dans le cas où la confiance est bien établie entre la population du lieu et les agents chargés de marquer las corbeilles et de dresser le tableau général. Ghes moi, il est sans exemple qu'une contestation se soit

CVLTOIB DO HOI^BLON'. 24i

élevée sut le nombre des corbeilles , ou que des cueilleu$es aient manifesté le plus léger soupçon d'une inexactitude dans leur compte. Cela est dû principalement à ce que celui qui nuurque les corbeilles ne manque jamais d'indiquer à chaque cueilleuse qui en £sdt marquer une ^ le nombre total de traits que porte déjà sa ligne. Chaque bande sait ainsi à tous les instants et à la ^n du jour où en est son compte de la journée.

Dans les fils de fer , le travail s'organise à peu près de même que dans les perches ; on abaisse jusqu'à 3 ou 4 pieds de terre , en écartant les pieds des chevalets , les fils de fer que l'on va «cueillir ; et Ton distribue les bandes sur d^ix ou trois lignes contiguês que l'on suit ainsi d'une extrémité- jusqu'à l'autre. Chaque bande prend ainsi une certaine longueiir de fil de fer sur laquelle les agents exercent leur surveillance de même que sur les perches. A mesure ^'une ligne est cueillie 5 on abat lès fils de fer jusque sur terre, afin que la circulation ne doit pas gênée pour Id trans{M)rt des corb^Ues et des bàehes pleines. On transporte ces dernières à dos jusque hors de la hooblonnière, et là on les charge soit sur de petits chariots à bras , soit sur de girands chariots y si on doit les tradq^rter à dé glandes distances.

242 COLTCEK DIT W&CVLBff.

Page 1