D'UNE LETTRE DE M. LAROCHE
ANCIEN éhèyK DB l'institut DB RayiLLB.
Mai 1837.
. . .La ferme (pie nous exploitons (1] depnis deux ans, est située à 7 petites lieues de Paris. Elle se compose de 640 arpents de 40 ares , ou 250 hectares environ, pour lesquels nous payons 13,000 fr. de fermage, qui joints à 1,500 fr. d'impositions qui sont également à notre charge,'font un peu moins de 60 fr. lliectare. Notre bail est de 27 ans. Les terres de nature assez variée sont généralement froides, conmie dans toute cette partie de la Brie. La majeure portion se compose de terres blanche?; quelques-unes sont d'une argile assez tenace; mais elles ont heureusement plus de pente que les autres. Le resté se compose de terres qui tiennent le miUeu
(1) M. Laroche s'est associé , pour Fexploitation de celte ferme , àM • Gervaisy aussi élève de rétablissement de Bovine.
(Note de M* de Dombask»)
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entre les deux natures de terre dont je viens de parler, sans avoir les inconvénients des unes et des autres* Elles sont les plus estimées, quoique les moins profondes; mais toutes les récoltes j réussissent indistinctement. Elles reposent à 5 , 6 et 8 pouces , sur une couche de pierrailles perméable qui les rend très-saines. Sous toutes les terres de la ferme» à une profondeur qui varie entre 6 pouces , 1 pied, 18 pouces et même 2 pieds, règne un banc de marne dont la nature est variée comme la couche arable; c'est-à-dire que sous les terres fortes , cette marne est grasse, onctueuse, douce au toucher , très-calcaire ; et sous les terres blanches et autres , elle est rude , sèche, sablonneuse et mêlée de petites pierres blanchâtres. Dans le pays cette marne se nomme eraym; elle agit plus promptement que Feutre, mais elle dure moins longtemps. Les terres fortes reposent immédiatement siu: le banc de marne, ou sur un banc d'aide légèrement calcaire; mais les terres blanches sont toutes séparées de la marne par une couche intermédiaire de pierres dont les plus fortes n'excèdent pas la grosseur du poing. Toutes les fois que la couche arable est assez mince pour que la charrue puisse glisser sur ce banc de pierres, la terre est très-perméable ; mais là où le contraire a lieu , c'est-à-dire dans les terres les plus profondes, la partie de la couche que la charrue n'atteint pas, empêche par sa compacité, la filtration des eaux pluviales, ou du moins la rend beaucoup plus lente. Cette observation semble indiquer, que le défoncement de ces terres jusqu'à la couche pierreuse , serait très-profitable par la plus grande perméabilité qu'il leur procurerait.
Avant de vous parler. Monsieur, de ce que nous avons tait , je veux d'abord vous dire ce qu'on a ^t avant nous , ce qu'était la terre quand nous l'Uvons prise. La ferme avait été cultivée successivement pendant les six dernières années, par deux personnes qui avaient mis peu de suite à cette exploitation , et qui ne Tavaient pas améliorée.
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Avant cette période , l'exploitation était taïue par un fermier qui l'a fiût valoir pendant 36 années consécutives. Ce brave homme j qui auparavant disait très-bien ses affaires dans une ferme de Picardie , moitié moins grande que la nètre , n'a £adt que végéter pendant 36 ans sur .celle*ci , parce qu'ayant pris un emploi trop fort pour lui , il était toujours à court d'argent. En outre , sa première ferme était une terre de première qualité , sur laquelle tout venait pour ainsi dire sans fumier ; il a cru pouvoir en agir de même avec celle-ci , de sorte qu'après avoir fait, les premières années , de très-belles récoltes , comme il ne fumait pas ou fort peu , la terre a fini par s'appauvrir insensiblement. Un fait me parait incontestable , c'est qu'autrefois cette terre était fertile (;.rancien fermier, son fils, tous les anciens du pays , tant ouvriers que cultivateurs, sont unanimes âur ce point ; mais comme on a toujours beaucoup exigé d'elle sans presque rien lui rendre, elle s'est épuisée; ceci se conçoit. Pour vous donner une idée de la manière dont on traitait cette terre , je vous dirai que l'année de notre entrée en jouissance, sur 130 arpents de blé que le fermier sortant nous laissait, il en avait fumé seulement 32 et parqué 40 : il nous a Êdlu compléter avec de la poudrette , ce que nos prédécesseurs n'ont jamais Êdt. En prenant une telle ferme, il fSadlait nécessairement changer ce système , pour la ramener à son premier état de fertilité. Il fallait ou quadrupler la quantité de bestiaux , ou acheter du fumier. Pour avoir sur la ferme cent vaches ou l'équivalent en moutons , de vastes bâtiments étaient indispensables , et les nôtres sont assez restreints : en outre une telle acquisition demandait une sonmie de 25 à 30,000 fi:, toujours exposée à des chances de perte. D'ailleurs , au prix où sont les fourrages et les pailles à une distance si rapprochée de Paris, fl ne nous a pas fallu longtemps pour nous assurer qu^une vache par exemple , qui nous rapportait en moyenne, par
jour, 50 oa 60 centime^ au plus (5 à 6 litres de kit à 10 cent.} , nous coûtait 1 fr. à i f. 20 cent, de nourriture selon la saison. C*était du famier bien cher. Nous avons donc eu recours au second moyen ^ c'est-à-dire que nous ayons passé un marché à Paris , avec une administration de Toitures publiques, poturle fumier de 100 cheraux, au prix de â fr. par cheval, par mois. Ces cent chevau:x nous produisent tous les deux jouiis 12,000 livres pesant de fiunier. Notre mardié vient d^expirer, mais nous n'avons pas hésité à le renouveler pour six ans. Le nombre de chevaux vient d'être porté à 120. Dans cette af&ire la dépense la plus forte est le transport du fumier, parce qu'octant à prés de 7 lieues de Paris , il nous faut deux jours pour aller et revenir. Mais comme par ce système nous pouvons vendre la plus grande partie de nos pailles et de nos fimrrages , la voiture qui va chercher le fumier sert également au charroi de toutes nos denrées. Le compte de fumier se trouve ainsi soulagé de presque la moitié des frais de transport.
Avec une pareille source d'engrais , vous pensez bien que nous n'avons en bestiaux que le strict nécessaire. Douze chevaux de labour, 5 chevaux l'été et 6 l'hiver pour le service du fumier et l'écoulement de toutes nos récoltes, 2 vadies et 250 à 300 moutons composent tout notre bétail. Le fumier fait à la ferme, joint à celui que nous achetons , ne se monte pas à moins de 1,500,000 kil. au bout de Tannée. Avec une teUe masse d'engrais, nous pouvons fumer cette année 150 arpents mieux qu'on ne fume dans le pays. L'année de notre eatrée enferme, nous avons trouvé 32 arpents de fumés. Notre première année d'exploitation nous en avons ftimé le double, et la â"" le quadruple , c'est-à-dire 120 arpents , sans compter une trentaine d'arpents de parc.
Quoique nous ne soyons pas encore définitivement fiiés