D'UNE LETTRE DE M. BERGASSE
ANCIBN iéLBVB DB l'iNSTITUT DB ROVILLE.
Mars 1837.
En 1830, lorsque je vins entreprendre cette exploitation, la surface arable, sur un total de 3 à 400 hectares, ne se composait guère que de 50 hectares : aujourd'hui mes défrichements l'ont portée à 120 hectares que je ne pourrais guère dépasser. Encore, dansun grand nombre de pièces, les arbres dont elles étaient encombrées rendaient-ils autrefois la culture presque nominale. Aussi le blé qui était le seul produit, ne rendait guères que 3 à 4 pour un, et pendant les deux derniers baux , le propriétaire avait été obligé de Mre constamment des remises à son fermier sur le prix de ferme qui, stipulé en grains, équivalait à 2000 fr. argent; les choses en seraient venues au point qu'on n'aurait plus trouvé de preneur, sans une réduction notable dans le canon de la ferme. La faute , il faut le dire , n'en était pas toute à la mauvaise culture ; le sol passablement accidenté est par lui-même d'une nature fort pauvre ; sablonneux calcaire , il oflre peu
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de richesse à la végétation : heureusement que les couches de terre étant profondes , elles se prêtent aux labours et £31vorisent le développement de plantes à racines pivotantes. En présence d'une telle localité , mon plan dut être bientôt fait ; je dus comprendre que mon unique pensée devait être de créer dans le sol une fertilité dont la nature ne l'avait pas doué. Mais pour cela il fallait ne considérer que l'ensemble de la durée de mon bail, qui est de trente années, et ne pas m'imposer VoUigation de tirer tel ouutel revenu dans les premières années. Aussi n'hésitai-je point à couvrir de sainfoin les parties delà ferme qui étaient réputées les plus productives. Si je cultivai le blé , ce ne fut presque que sus des défrichements, lorsque de bons écobuages me permettaient d'obtenir de bonnes récoltes. Au bout de deux ans , dès que je pus disposer de quelques engrais , j'essayai de la betterave, et elle me réussit assez bien pour que depuis lors , j'aie constamment visé à étendre sa culture. Aujourd'hui lorsque la saison est un peu faivorable , je récolte 200 à 250 milliers de sainfoin, et 250 à 300 de betteraves. Notre grande difficulté pour la culture de cette racine , c'est d'assurer la levée de la graine. Si nous la mettons trop bas et que peu de jours après il survienne de ces pluies torrentielles auxquelles nous sommes sujets dans ce pays où tout est extrême, alors la graine se pourrit sous la terre tassée. Si au contraire nous ne la recouvrons que d'une légère couche, il arrive parfois que ces sécheresses classiques qui sont encore un de nos iléaux , la privent de son premier élément de végétation : mais une fois que la betterave a échappé à ces deux dangers, pour peu qu'on ait soin de lui donner des sarclages en temps convenables , nous sommes à peu près certains de sa réussite. Vous seriez étonné de la végétation qu'elle conserve dans nos terres sèches, parles grandes chaleurs de notre été ; il n'est pas d'année où je ne récolte des racines, du poids de 12 à 15 kilogrammes.
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Quant à mes assolements , jusqu'à présent Je^ms si peu d'uniformité dans la fertilité de mon sol , qu'il ne m'eût pas paru conforme aux vrais principes de me Cadre à cet égard une règle générale. Comme je vous le disais tout-Â*rheure, mon idée fixe étant quant à présent de créer chez moi une puissance de végétation qui n'y existe pas, la marche que je suis pour me.guider dans mes assolements a dû s'en ressentir. G' est-à-dire que bien que les céréales soient le compte qui jusqu'à présent m'a donné le profit le plus considéra^ ble , lorsqu'elles se trouvent convenablement placées , je ramène le sainfoin et la betterave aussi souvent que me lé permettent l'état du sol et les engrais dont je puis disposer 9 c'est-à-dire qu'après un sainfoin qui aura duré 3 à 4 ans^ je mettrai blé, betteraves fumées , blé, betteraves fumées, blé, puis avoine avec sainfoin. Ainsi, comme vous voyez, sur neuf ans, trois seulement pour la nourriture de l'honmie et six pour celle des animaux. Peut-être vous demanderez comment je puis me procurer la quantité de fumier suffis santé pour un assolement où il est si peu ménagé ; mais je vous- répondrai que la moitié et même quelquefois les deux tiers de la surface du sol étant occupée par les sainfoins , la partie à fumer se trouve réduite à des proportions qu'il ne m'est pas difficile d'atteindre ; d'ailleurs , j'ai cet avan* tage.que sur les parties non cultivables , je trouve de grandes quantités d'herbes propres à être employées comme litière j et que l'hiver , je puis les foire cueillir à prix &it ,• à des conditions assez modérées. >
Je vous ai parlé , Monsieur , de mes fourrages et de mes engrais. Vous devez bien penser que pour consommer les uns et produire les autres , je ne néglige pas la partie des bestiaux, que je crois être la pierre de touche en agriculture. Par des raisons qu'il serait trop long d'énumérer , je donne la préférence aux chevaux pour mes travaux. J'en ai 9 à 10^ parmi lesquels figuient encore quelques-uns de ceux que
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vcNis ixi'aws VU adieter à Rovilie, et qui m'onC Mt un fort koo serace. J'ai essayé des porcs de toutes les maaièrea possibles: soit ^e j'aie voulu les efigraisser y soit que j'aie en des truies pour vendre le& petits au lait^. c'est un compte qui ne m'a jamais donné que de la perte. Je Vais décidément le flopprimer cette année.
Pour nous autres agriculteurs méridionaux, le bétail par eieeUenee ce sont les bétes à laine ; peut-être moins à raison des grands bénéfices qu'elles donnent^ que parce qa'sh près avoir consommé l'hiver nos fourrages à l'étable , elles vivent pendant Tété sur des friches arides qui foiment peutttre les trois quarts de la surface de nos départements ; utilisant ainsi une sorte de pâturage dont aucune autre espèce de |)étail ne saurait tirer parti. C'est une mdustrie que j'ai le projet d'exploiter assez en grand. Lorsque je pris possession de ma ferme , mon prédécesseur ne me remit que 60 bétes de la plus chétive espèce, valant à peiné 10 francs l'une; aujourd'hui , j'en ai 14 à 1500 , parmi lesquelleR 300 brd)i» de raœ-ùMttmune , mais cependant assez fortes pour m'avoir floàté de â3 à 30 francs. J'ai croisé ces brebis avec des méirinosde forte taille provenant du Rousallon , et j'espère ar-^ river à me foire une race qui réunisse quelques-uns des avanti^es dus à la finesse de la laine , à ceux que l'on doit atten^ -aie d'une plus grande production en viande.
Du reste , je dois vous feire observer que pour moi l'édu* ifcaiion des bétes à laine est non seulement un des pro-^ duits^ de mon exploitation, mais encore une branche d'induatrie ; c'est-à-dire que je ne limite pas le nombre de mes troupeaux à la quantité de vivres que je peux trouver sur ma ferme ou lui £iire produire, ce qui dan» l'état actuel M serait guères que 400 bétes pour l'été, et 1000 à 1200 ipoor les 4 mois d'hiver ; mais lorsque je trouve dans mes environs à louer des parcours , de manière à ce qu^H ne m'en coûte pas plus de 20 à 25 centimes par tooh d
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par tête, je n*hésite pas à les afTermeT et à augmenter mon troupeau en conséquence. En ce moment je suis en traité pour un parcours qui me permettrait «l'en porter le nombre jusqu'à 2500 bétes.
Conformément à Topinion généralement reçue dans ce pajs-ci, où Ton regarde que les labours profonds sont le meilleur moyen de garantir les plantes de leur plus grand ennemi , la sécheresse , je suis dans Tusage de donner à mes Clôtures le plus de profondeur qu'il m'est possible : toutes les terres destinées à mes sainfoins et à mes betteraves sont labourées avec votre grande charrue attelée de cinq chevaux 9 qui fournit une profondeur de 10 à 11 pouces.
DE BOUSSENOIS,