‹ Annales agricoles de Roville (volume 2)Chapitre 71 sur 88 · EXTRAIT D'UNE LETTRE DE M. DE GIRVAL · texte numérisé non relu

EXTRAIT D'UNE LETTRE DE M. DE GIRVAL

ANQEN ELEVE DJEE l'iNSTITUT DE ROVILLE.

Mars 1837.

...... }e me suis cbargé de l'exploitation d'un domaine

qui est situé à Boussenois, où mes parents habitent. Ce domaine était amodié à un fermier dont les forces étaient auHlessous de son entreprise, et qui payait un fermage de fr.* 3,600. Les terres étaient dans . un état, de ruine lorsque je les ai prises. Mon, père ay^gut. réuni à, ce domaine les terres, qui composaient la réserve qu'il cultivait luim^ue , mon exploitation est devenue plus importante. ^ LeS; bâtiments d'exploitation sont situés à quelques minutes de dist^cf de rhabitation de ma famille. Cependant, malgré les liens.de Taffection la plus sincère qui en unissait tous les membres, et malgré la proximité, j'ai senti ipiQ la surveillance active et de tous les instants que les détails d'une exploitation de ce genre exigent , demandait ma présence ^u milieu de tojut,mon monde; et je me suis établi dans la ferme au l®*^ février 1836 , époque die mon entrée en possession. ,. -

Mais quoique n'habitant pas sous le même toit, je donne aux

sentiments affectueux de la vie de famille tous les moments dont je puis disposer; et je vous assure, Monsieur , que je trouve dans ma vie active , dans mes journées remplies d'occupations, une jouissance que les plaisirs du monde ne m'eussent pas offerte. Aussi je suis loûi de regretter la carrière que j'd abandonnée ; elle eût pu devenir brillante ; mais connaissant peu l'ambition , la vie des champs me sujfJSt*

Une seule chose pourrait me manquer: je veux parler d'une bonne et douce femme qui partagerait avec moi mon bonheur et mes travaux : et je sens trop combien est sage le conseil que vous avez l'habitude de donner à vos élèves, de se marier en formant un établissement de culture, pour ne pas y songer sérieusement, aussitôt que je serai en mesure de pouvoir le faire.

Ma ferme se compose de 200 hectares de terres labourables et de 8 hectares de prés. Les terres se divisent comme àRoville, en deux parties bien distinctes: tmre9 du bas et terres des montagnes*

Les terres du bas, soumises à l'assolement triennal, sont pour la plupart assez fertiles; mais comme cette portion du territoire est très-accidentée , et coupée , dans tous les sens par une multitude de petits vallons , il s'en suit que les fonds qui s^enrichîssent des terres amenées par les eaux, sont bien supérieurs au'x autres parties sur lesquelles on trouve fréquemment la roche calcaire k six on huit pouces de profondeur. De là il résulte que très-sôiïvent dans le même champ, nous avons une partie très-bonne, trèspropre à toute espèce de récolte , et où les trèfles donnent des produits extraordinaires, tandis que les portions voisines sont trop brûlantes pour cette légumineuse. Cette différence de terrain a peu d'influence sur les céréales; seulement dans les bonnes parties , le produit est plus abondant que dans les autres.

' Le Àciieu encb^étrénlèat rfe^ £iffi$réii(é!r êi<^cèlf de îerre ita'empflbbera ptdbàblemeùi iocjddïb dé pèlMèi^ l! ébait^' tiet' flissofekiiélit tféfg terres Ai batsf, ce ^d, à pâiléi^ frâSiM éheiteeiit , M note chagrine pas bctattemip , FateMléiiiéiii frféi&t^ iûSi étant, je crois, feift bon, ^tiaâd oii à !a poflftiBiSié dd fitire ^oâsomilier uM grawfe ^(iiaùtîté é^ fowfagé»;: et mèé fnretf I \Mt y tf llênseûieiit p^opresT âf utf étnrak^ dé^ iif 1 Azetiid etdtl lialnfdiiy tûe feomiront, j'ê^â^, «li^Sélà dtfnéoé^ iaire. Le» pièces destinées âf k cdturef dieSs j^rAMei^ éàffiftéielles 9 Sortent de la roiaâoi!i trïemfiileet y rëMretont ^[ùiâid elles seront dëfrichëes (1). Xé sors anssi de FaésoIeùïen< M feitea destinées à la ctdtiïre des tetteratvés^ et d«^ earotfe)^ ; f ai soin de les cboisirte ptas rsrpptoc&éeï poBdblé deâ bA-* fiments d^exploitation. Je compte les eni^niencei' toiri \éà ans en racines, tant ({aé je ne remarqtie)!^ pas de (fimini^-^ lion dans leurs produits ; ce mode dé faire rend bieir i^ssàtâ eonsidéraùes les frais de sarélage ; mon père ^ni Ttf a)do^é depms pltfsienrs années , en obtient df'etéeAents résnitatflry Burtont ponr les carottes qui tonjbnts M nsndent daVstntage^ à la seconde et troisième année qii'à la première.

L'e:Kpi^nenee a montré dans noi^ pays d'une manière ineionv f^tabhr, qne presque toujours lé blé venant aprèi$ ïè^ ponuteti^ de terre donne un misérable produit; an^ faf pris le parti d'imiter quelques ju£eieuï cultivateurs de moflf Voisinage, qui placent les pomnién dé terre dans Ja sole des^ eéréâles de printemps , et les font suivre Tannée âuivatntd tf*tfne pfante oléagineuse d'été ou dé vesces* Quant k moi , je compte remplacer ces dernières plantes pair une orge , avec bqnefle je sèmerai des luzernes ou sainfobsig.

(1) H résaHè de là bien réeUement an usolemeiit siterne à I0119 Uritae et non pas rassolement triennal : ■enleinent* deux cërëale^ y reviendront quelquefois successivement de même que dans rassoie-*, ment triennal »pe qui, sous certaines conditions^ nW pas une pratique que Ton puisse blâmer. {JXotc de M* de Dombasie.)

Lm plantes oléagineuses d'hiver ne sont pas cultivées Hen en grand dansnoç pays, cependant en leur donnant les soins convenables , - elles y viennent fort bien. Je compte les semer sur la jachère, dans les parties qui me paraîtront les plus meubles, à l'époque où cette semaille doit se feire; ^avantage que je trouverai à cette culture en réglera l'étendue. Tai semé Tannée dernière des colzas sur la jachère ; une partie mangée par les pucerons a été remplacée par du froment qui se trouve à sa place naturelle ; la portion restante sera suivie par un blé que l'on récoltera avec les orges ou avoine , et dans lequel je sèmerai un trèfle qui viendra avec la Jachère. Quand les colzas ou navettes auront été placés dans celles des terres qui ne pourraient recevoir de trèfles » je ferai succéder au froment qui les suivra des jarrosses qui viennent très-bien dans ces sortes de terres, même après une succession de deux céréales.

Les terres de montagne, situées sur de grands plateaux qui dominent le vill^e , ont été principalement destinées jusqu'ici au pâturage des moutons ; de temps en temps on en défriche une partie, on y sème une avoine, et ensuite le terrain est abandonné à la nature pour se recouvrir de gazon. Jusqu'à présent, la valeur de ces terres a été méconnue ; mais j'ai la certitude qu avant peu , on leur reconnaîtra une importance autrement grande que celle quelles ont eue jusqu'à ce jour. Il entre dans la composition de ce sol, très-profond, un peu de sable calcaire mélangé de terre argileuse qui donne au tout une consistance moyenne. L'année dernière, voulant essayer comment les prairies artifidelles se trouv^aient dans ce terrain , j'ai Êdt fumer et ameublir convenablement un espace de trente ares , sur lequel j^ai semé de la gniine de luzerne. J'ai été étonné, audelà de tout espoir , en voyant la vigueur avec laquelle ces jeunes plantes ont végété ; semée au mois de juin , cette luleme avait en octobre plus de quinze pouces de hauteur, et des racines remarquables par leur forcQ et leur longueur.

BB bousskuois. 4SS

Le hasard a toqIu qu'il se trouvât dans ce semte qneiqiies graines de rayes ordinaires ; elles ont acquis une pesanteur de trâig au quatre liwes au moins. Quant aux céréales , depuis longtemps tout le monde savait qu'en fumant ces tarfes^ on ol>tient de bons produits ; mais comme dans nia liDcafité, l'éteniiue de la propriété n^est pas en rapport avec la vnlenr du capital d*explmtation , il s'cq suit que les cultivateuri ont presque toujours réservé le peu de fimaier qu^ fent pour les terres du bas. ; SI un de ces mécomptes si cenmuns dans notre carrière j ne vi^t pas détruire la brillante espérance que me donnent mes preimères tentatives , J'es* père bien dans quelques années amener notre montagne à un état de fertilité comparable à celui de nos terres du bas, et elle aura toujours cet avantage inappréciable d'être beaucoup plus bcile à cultiver , la terre y étant nmns ftMe.

remploie pour la culture de mon exfdottatioQi neuf dker vaux et six boBufi , avec lesquels je fiûs quatre chiorues. Toutes les fois qu'il s'agit de rompre les diaunMS ^ Je^rarii obligé de mettre trois animaux par attelage. Peur las â« et 3" labours , deux chevaux suffiwnt.

Mon personnel se compose de 12 personnes, savoir : la ménagère, un premier domestique, quatre garçons, trois jeunes' gens et une ille destinés à conduire , 4|aand es laboure avec des attelages de plus de deux bètes , et enfin , un berger et sa lemme non nourris à la maison. Je suis sur le point de me procurer un deuxième berger , mon troupeau avenant trop considàable pour être conduit par un seul homme»

Parmi les instruments que j'àî amenés de KovillO) il en est dont j'ai tiré nû parti qui a répondu à tout ce que j^en attendais; d'autres n'ont pas tout-à-Ëdt rempli le but que je me proposais. LWtirpateur à pieék hombéê est celui qui m^a rendu les plus grands services ; je m*en sers surtout après le premier labour, pour l'ameu-

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Uisseiiieiit dds terres en jachère, en l'employant alternatÎTement arec la herse et la àhamie. C'est surtout dam les diamps infestés de cMendeirt qu'fl fidt des meripeffles; œtte plante , dans nos terre» qui s'ameublissent assex fiicikinenty fiMine avee ses nomhteiMtes racines, en enyeloppant tout ce qui les environne , beaucoup de mottes. Les pieds boHibés de l'instrument rejettent au dehors' toutes le» mottes que renfermait le sol ; je laisse le» ehoee» e» cet état pendanft phisieurs jours, nfinque le soleil dessèdie à fondtout ce qui sefroUTe à la sur-» fivee du champ. On ident ensuile avec la herse qui divise eoBsplètement tontes ces mottes. Alors un coup de charrue donné en temps sec, suivi- encore quelques temps après #nn coup d'extirpateur , laisse le champ aussi dégarni de chiendent que s'il n^y en avait jamais eu. La hone ft éheval, dent mon père se sert cependant depuis longtemps , ne convient pas trop ici ; beaucoup de nos terres queiiyie peu fortes, sont très-collantes; elles se tassent et se serrent très-fecilement, de sorte que les pieds da cheval et les couteain: de l'instrument pressent teUement la terre, la prmière Ibis qu'on te ùit fonelionner, qu'il est presque impossible de le feire pénétrer, qu»id on j veut retenir. Nom avons cependant quelques terrains sa- Honneia otk^ k houe à cheval agit d'une manière aussi parfiiite qoe je l'd vu fiure à Rovllle (1).

(i) Je psnM qw lorsque M. de Ginral sera phu familiariflë ayec les moyens de Tsincre les difficultés qui se présentent dans là coltare de ses teqre» » U tronTera que Taction de la houe k cheval peutt s^appliquer même à oelles dont il parle ici. Cest du moins ce q^ a été reconnu dans beaucoup de cas analogues. Dans les sols de cette nature , si Ton veut employer la houe à cheval pendant que la terre est encore trop humide^ on éprouve les inconvénients dont parle Fauteur de la lettre. Si Ton attend que le sol soit dtstédié et forme i sa surface une. croate dure , Tinstrument ne peut

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Dans toutes nos terres arroses qui fissent ma le versmr, Famre fidt un labour exeeUeot, «t exige rédi^nent moins de tirage que nos charrues, eq labourant même plus profcMdément. Nous obtenonsun résultat contraire dans les terres collantes , qui cependant sont bien uMHnsfortes.que ies préeédnates. Le versoir et le sep de raraice offirant beaucoup plus de suifice au firot* tementy s'emplissent et se garnissent de terre d'une ma* nièro incroyable. Une fois en cet état, ce qui arrive même par un beau temps, le versoir ne remplit plus son objet i la charrue salit dessons et, malgré tous les efforts, il est impossible do la ùixQ pénétrer dans le soL

J%d labouré pour mes blés beaucoup plus profondément que mes prédécesseurs; je ne puis encore rien dire du résultat que j^^i obtiendrai ; cependant ai^ourd-hui tous mes diamps ensemencés en céréales d'hiver sont plus beaux qu'ils ne Pont été depuis longt^eaps; mais avant de me prononcer d'une maniôre positive , je dois attendre la moisson.

Le troupeau de mérinos dont j'ai fait l'acquisition à Roville, se trouve fort bien de son séjour à Boussenois où le pâturage est excellent, et il est aujourd'hui dans un grand état de prospérité. Les laines de ce troupeau réunissent la plus grande finesse à une longueur de mèche , bien rare dans les races pures , qui les rend également bonnes pour le

plus y pénétrer : mais on peut presque toujours trouyer entre ces deux instants , un état mojren de sécheresse qu**!! faut saisir avec activité. Lorsque cette première culture a été exécutée dans des circonstances favorables , les suivantes ne présentent pas de diffîcultés , et le sol ne se durcit plus par les sécheresses. Cependant il est certain que lorsque la pluie se prolonge pendant longtemps , à IVpoque où l'on doit exécuter la première culture , il vaut mieux remplacer dans cette espèce de sol le travail de la houe à cheval par celui de la houe à main. {Note d$ M» de Dombasle, )

peigneouiKittrlacaitte,cequieaMldéjàbeauoonp rechercher les animaux par les ^veurs du pays. Moo troupeau est composé aigourd'hui de 350 bétes adultes et 1 SO agneaux; quand OM» ressources en fourrage seront augmoilées , je o<»np(e en porter le nombre à 500*

Je me suis appliqué d'une manière toute particulière à assainir les champs qui en avaient le plus besoin. Les résultats que Ton obtient dé cette .opération sont si positift, quand elle est bienfiiite, qu'une .fois en chemin , on n'est plus tenté de s'arrêter. le crois que c'est le genre d'amélioration au moyen duquel on rentre leplus tôt dansles déboursés que Ton est obligé de fiûre ; car souvent avec peu de frais , comparativement à la valeur du terrain , leschaikips qui donnaient les plus misérables produits , deviennent les meilleurs. C'est un bit dont nulle part on ne peut mieux se convaincre qu'en parcourant la plaine de Roville ; et Texpérience nte confiinie cette vérité sur les terres que je citftive.

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