EXTRAIT D^UNE LETTRE DE M. E. DUCROCQ
AlfCUZf Blivi DB l'institut DBEOVILLB,
Man 1837.
• . . Cinq mois s'ëtaient à peine ëcoulës depuis mon dd^ part de Royille , lorsque par acte passe le 30 juillet 1834 -, je devins cesâonnaire pur et simple du bail à ferme consenti à MBi.... de la terre de la R.... dont je devais entrer en jouissance pour six ans, le 29 septembre suivant.
La terre delaR.... , située sur les limitesr du bocage et de la plaine , et à portée d'une route qui conduit au chef* lieu du département , consiste en bois taillis réservés par le propriétaire > mais dont le fermier paie l'impôt; buit corps de ferme de moyenne grandeur; im moulin affermé par les cédants à prix certain d'argent, pour toute la durée du bail 9 et une réserve babitée et exploitée par les divers Ibr* miers généraux qui se sont succédé jusqu'à ce jour, et dont j'ai pris la place. Cette réserve est la seule partie de la terre dont je veux voi}s ^tretenir , parce que c'ert 14 toute m^
440 DOMAIHB
qdière d'activité, le seul IhéAtre de mes opérations agricoles.
Les hâtiments d^expldtatlon scmt assez spacieux , mais disposés avec peu d'inteUigence ; et l'on voit qu'ils ont été constrpi^ à jppifapifif l^ips, et jbmus plan fixf. aiiéCé d'avance.
Les termr» tentes 4'lloe^tentte, entourent les bâtiments de toutes parts, et sont eUes-mémes entourées d'un murd'un côté, et de l'autre par dfii liaifis vives sôus lesquelles on aperçoit encore quelques traces de vieux murs. Ces terres étaient autrefois en bois qui ont été défiricbés; leur division en endos ne remonte pasau«ddA d'une traitaine d'années. La manière dont elle a été opérée annonce encore id la p]0 tH!:ofiindf ignoraone dusoljût derart. Eny comprenant 16 hectares situés ç^ plaiiie, et qi^e j'ai extraits d'un oorps de ferme dépendant de la ferme générale , la réserve sur laqueDef optoe consiste présentement en terres arables 49,M hediirejf; jprés 23,02 hect.; luzerne 6,41 hect.; pâtis 15,67 bect, total 94,19, dont le loyer . entre dans le vm4^ 4t ?i^|emie g/biéitsiB pour 4,277 £r« SO œnt»; ce fffi ^t^tpeuprâ^ 4$;fr,49 c^nt, jp#r b«et«Mn^
jL^ tfRfs mlAe^ $ dfint ]m Wftaœ»! teut-^-^it disparates i^MffSiêm cpiaiHd^bien dî^ems, «t qu'on ne s'est aéwr moinifif n^diuiil mht lorsqu'on les a endoses, cmr IJ4«M s H^Snl^iires argUo-ioalcairês dont le simis-soI marmm i^pniesnr w itan^ nakaii». Ces terres, poires i l'inil^ fOit 499W0itol iBitilité, mais d'une euUnredil&dle, tant fifur l'itt^pl^té 4» ImiP profondeur , çae par la posilum tanfM bmcontale^ tantôt ir^rticale 4» la rocbe , qui dans ca ism^ fm ifojppom fiion mikfmnt A la maidi# régu- Utae des Instruments, niais en cause souvient k rupture. Cas terres, fors de mop entrée, étaient ipifeslées de man* «aises hMibes , sarmiiesqudks se dâstingnauent |a moutard» fmiafiifti^Jf la patience {nmecû mifiMi}, les dbai^OBS»
DE LA KOOSSliBE. 441
et par dessus toutes uoe luzerne [medieago jpo^morjxfta} que le soc en fer de lance des charmes du pays n'avait pu détruire, mais qui n'a pu résister A cdi|i des cbairucus de RoviUe. Il n'en a pas été ainsi 4les autres plantes» dont l;a destniction dans Içw céréales m'a beaucoup coûté, dépendant en Jni|i demiw, alors que ces terres étaient crevassées y j'en fis hbtmmp ipatques jbectares dont les rumei;^ avaient entiâremcpt pris possesi^on. La terre était teflem^t dure et si intiixiâKteiit «nie au sousisol , qu'ea fuyant devant le 90c qui )a détadiait pliitiOt du banc calcaire qu'il i^e la tWKJiait 9 «Ue formait des mottes énonnes que le versoir dressait twt debout. Un observatteur , placé 4 quelque distance et aiir Iee6té des plancb^, eût aperçu ces dernîdires moilîé bjançbes et mpHié noîncfi. l»^ terre ex.posée de tous c6^s auxchaleurs excessives de juin 9 juîllelt etd'uQye parfis du meus d'août ^ sécba tellranent que le^ rumn péimnttovf* Je nie propose de roeommencer cette je^^péfience qui, si ell^ se confinnait, me donnerait I0 moyepi. de ine déjïarrasfl^ de c^te plante ei difficile |i détruire 9 et d abondante dans c^ teire» qjfji foipnent les d/& 4f» terres aral^le»,
2"* En terres rouges brûlantes quoique peu caleakes, oi> Vim trouve un^pelit gravier qui ressemble à la sanguine des fchaip^itiers 9 et dont le sousHSfol{dus rouge encore avait été jus^'i présent copsidéné 4Bomiue tout à £aiit infertile par le$ jCi^ltiyateiirs 4i| pays : {cf9S gens ont b<HTteur de toute espèce de sws^sol). C'est dans ces terres , pri^ndéflient reipuées , quff j'^ r'^Uié pn 1836 de belles betier^v^s* €e^ terref fc^na^t m ^isiupième des terres arables.
3* En terres siliço-argileuses, profondes, riches, ^ieubIeS| 0û efi^fis^ la ^ugëfe et la ronœ. l'ai rencçmtré dans ces terr^s^ grpmf pieiro^ de diverses couleurs , qui ramewé^ jiJaswfacve, ^ sopit délitées, Jugez de quelle amélioratiim vm Uffxe pareille ^t ^^speptible ! Ge^ terres ^t^ent infestées
àeraphanuê, demmexei d'agrostii $tolomfera. Des labours pratiqués en temps sec , m'ont débarrassé des agrostis ; mais il n'en a pas été ainsi des rumex , des fougères , des ronces et des rapbanus, que Je fiis obligé de faire fiiucher entre le 2^ et le 3« labour. Ces terres , qui ont donné des produits merveilleux de racines et de froment, comprennent un dixiènke des terres arables.
J^ En terres molles , froides , fiirineuses au toucher , qui deviennent pulvérulentes lorsqu'elles sont soumises à l'ac* tion répétée des labours pendant l'été , et que la moindre pluie bat et rend imperméables à F air ; terres flasques et sans énergie , sans nerf, qui n^ont pas même la force de s'approprier le iiimier, de le réduire en terreau, infestées dé raphanus et d'avoine à chapelet ; dont le sous-sol est une terre jaunâtre, analogue à celle qui forme le sous-sol des terres schisteuses. Ces terres amendées avec les raclures d'une cour où le bétail couchait depuis un temps infini-, répandues en grande quantité sur leur surface bien ameu^ blie et mélangées superficiellement au moyen de l'extirpateur , ont donné de belles récoltes de sarrasin et de froment, mais de maitvaises récoltes de racines. Ces terres forment le diidème des terres arables.
Toutes ces terres de diverses natures sont généralement bien exposées , assez inclinées ; mais généralement aussi elles souffrent du voisinage des veines de diverses sources. Tout l'hiver elles transsudent Peau par tous les pores , ce qui les rend non seulement humides et peu précoces , mais encore très-vapables ; vous devez bien penser dV près cela qu'ellesks'henherbent toutes d'une manière surprenante.
Sur les 23, 02 hectares de prés , 9, 61 hectares ne figvH rent que pour le coup-d'œil ; on m'avait verbalement permis de les défricher ; mais on s'est rétracté par des moti& en apparence plai^ible^. Les 13, 41 hect. restants sont
DE LA KOUSSIÈRE. 443
d'un rendement qui ne laisse rien à désirer, tant pour la quantité que pour la qualité, 'depuis qu'ils ont été par moi convenablement assainis et soumis à l'irrigation. Ils sont divisés en trois gra!ndes pièces.
Malgré cette grande quantité de prés, j'ai cru devoir encore établir une luzemière de 6, 41 bectares/qui est aujourd'hui fort belle; parce que, d'après mes observations , rien n'égale ce fourrage pour l'engraissement, et qu^ étant très -précoce, il est au printemps d'un utile secours.
Je conserve 15^ 67 bect. en pâtis , parce que je ne puis encore faire autrement, comme vous allez voir.
L'élève du bétail de toutes sortes, son engraissement, sont les principales branches de l'industrie agricole de nos contrées ; mais chaque cultivateur en a une à laquelle il s'adonne plus particulièrement, et sur laquelle souvent se trouve basé le loyer «des terres. Ainsi, l'un élève des veaux qu'il vend à trente mois; celui qui les achète les vend à quatre ans ; celui qui les achète à quatre ans, les revend à six et sept ans à celui qui doit les engraisser. Chaque fermier possède aussi quelques juments poulinières dont les fruits sont vendus à six et neuf mois, à deux ou à quatre ans , lorsque ces fruits sont de la race asine, car on élève ici beaucoup de mulets; à trente mois ou à trois ans, lorsque ces fruits sont des chevaux. Les poulaines servent ordinairement à l'entretien du cheptel, et ne sortent guère du pays. Cependant , elles sont encore l'objet d^une spéculation : lorsqu'elles ont une certaine tournure, elles sont accaparées par des nourrisseurs qui les vendent grasses aux marchands de chevaux du Midi. Chaque fermier possède aussi des brebis dont les fruits mâles sont vendus à 9 mois, à deux ans, ou, enfin , à trois ans , pour être engraissés. Toutes ces industries particulières sont l'objet d'un commerce variée
444 DOMAINB
qiâ établit eatre les cultivateurs des relations Irès-favôi#lef «ux progrès, mais maltieureuseiiieiit la culture il'fsî pour eux que chose très-secondaire et toujours 9Ubordonnée aux exi^anees du ebeptel.
Oe toutes lejs spéculations auxquelles le bétail donne %e^y je 9iiis conyainctt que l'élève est la plus profitable Û9m OUI positon 9 paroe que je suis trop éloigné des marcbé^ où les béte$ grasses trouvent une très-grande quan- ^té d'iu^$teurs. Or, pour élever, il &ut absolument des pâtis; car, on ne peut, sans des inconvénients de divers 0We«» entrefemr kg jeuoes animâtes: de la race du bé* taU à cornes dmos dee étables ou même dans des ûoarsx fis j prennent des formes et des dispositiims qui les font rejeter des adieteiuv. C'est pourquoi , je conserverai prob9J)jlemeBt enepre quelques te^es en pâtis, jusqu^^ ee que rétiRblissemeot de nouvdDies luzemières me permette 4'exEipIoyer à eot usage la partie des prés qui donne peu de foia«
Mon bétail de r enjte se «mipose .de 13 vacbes , 1^ veaux d^yn M çA 2 taur^ nussi d'un an , 12 veaux de deux 99» que je vends à trente mois ; 6 juments poulinières, $ j0imfis mules que je vais vaidre sous peu , et ce qu'on appelle eimmuttémait dans notre canton un hto'as, composé de trois cbevaux, cinq baudets et quatre ânesses.
Mon bétail 4e trait se compose de dix bœu& et de quaU^ XHWNitiEt de la rai^e bretonne.
ffi en outrç six bœu& à Fenginis, et cinquante mouto99 wm à l'engrais , ipielques porcs de la race cra^ naj^ rt iwqvne.
Uainten^t q^ vous connaissesE la {»r«HF^^' ^^ ^^^' 4iie, la qualité des terres, le oonmaerce du pays et mon çbiCf»t<4 , îl J9(ie reste A votisparl^ du système de culture auquel j'ai cm devoir m'arrêter , après deu& années d'ex^ périej^ce, {.ea soie^i sont de neul hectares via rotation est ainsi établie t
DE LA ROUSSIÉRB. .4i5
Sarrasia fvoné.
Pommes ée terre et Betteraves famées.
( Froment.
( Orge de printemps.
( Jarrousse, Pois roux.
l Minette.
. \ €oIza fumé.
5"^ Froment
Les quatre hectaret en sus sont en dehors de Fasselement, et sont ensemenoés siriVant les besoins , en choux, nayets, chanyre, porte-graines, carottes, etc.
Les pommes de terre sont consommées par les vaches et les pores; les betteraves, par lesbœu& à l'engrais et les moutons que f engraisse pendant Fhiver , et qui consomment en outre de la jaxTousse battue , mais non ventée ; ceux que j'engraisse au printemps consomment la minette: Vcrici , au surplus , comment je gouverne tout cela : au mois de mai , je mets aux champs mes vaches , mes veaux, mes juments poulinières et mes bœufs de harnais que f achète maigres pour revendre en bon état un mois après? tout cela demeure dans les pâtis jusqu'à la fin d'août, époque à laquelle mes regains sont rentrés, et à laquelle aussi j'achète la quantité de bœufs ^ue je suppose pou* voir engraisser, d'après la quantité de foins et de regains récoltés , et l'espoir que je fonde sur les racines* en terre. Ces bœufs et les veaux de trente mois effleurent tous les prés^ le reste du bétail ne passe qu'après eux. Je vends mes veaux vers la fin de septembre, alors qu'ils sont en bon état. Les bœu& séjournent dans la prairie jusques à la Toussaint, époque à laquelle tout le bétail rentre à l'étable ; mais pendant ITiîver, les veaux et les juments poulinières vonttous les jours dans les pâtis , et les moutons à Tengriais vont dans la prairie:
446 domaInb
Les produitfl'en grains de toutes sortes se sont étevës pendant ces deux années à 1133 hectolitres, (parmi lesquels figurent 507,50 hectolitres froment}, et 66 hectolitres colza, en tout 1^99. Vous voyez que ce n'est pas mal. Je dois attribuer ce résultat aux labours profonds qui , dans les terres calcaires , ont ramené à la surface une marne grasse qui a rendu à ces terres la vigueur et l'énergie que des récoltes successives de céréales leur avaient iait perdre. Dans les autres terres , on peut dire qu'ils ont produit des résultats qui ont étonné tout le monde et moi aussi , d'après ce qu'on m'avait rapporté de leur rendement antérieur* Au surplus voici un &it qui est connu de tous les cultivateurs qui m'entourent. Je vous ai dit que les cédants avaient affermé pour tout le temps du bail les huit corps de ferme dépendants de la ferme générale ; ces gens là me payant bien , je n'ai donc sur eux aucun pouvoir , et comme ils m'avaient dans le temps para très-méfiants , je crus devoir me résigner vis-à-vis d'eux à la force dHnertie. En effet la première année, lorsqu'ils venaient me payer , j'affectais vis-à-vis d'eux une indifférence complète, je ne leur parlais pas plus de leurs récoltes, que des miennes ; au bout de ce temps et après ma première récolte, jugez de ma surprise, lorsque je vis venir l'un d'eux me prier de lui prêter une de mes charrues, pour défoncer, me disait-il, un champ qui depuis un ttmps infini ne lui donnait rien ou presque rien , et me demander en outre des conseils à cet égard. Prenez, lui dis-je, une charrue et un de mes employés pour la conduire ; vous m'enverrez l'un des vôtres à aa place. — Mais qu'en dites- vous ? — Je dis que vous ferez tout ce qu'il vous plaira ; je ne veux en rien engager ma responsabilité morale; seulement je vous prie de n'atteler que quatre bêtes , parce que vous pourriez casser ma charrue. Je sus depuis que malgré ma recommandation , on en avait mis siX| et qu'on avait labouré le champ aussi profondément qu'il était possible de le faire avec la charrue. La terre
DE LA HOUSSlteE. 447
qui touche à la sienne donnait ordinairement de meilleures récoltes que celle-ci, et elle appartient à un voisin qui la labourait le même jour et blâmait fort ce défoncement ; son champ reçut trois labours et une fumure pareille à celle que donna au sien mon fermier, qui fut tellement satisfiiit de son pre* mier labour qu'il n'en donna pas d'autres. Tous les deux, semèrent le même jour sous raies , en petits ados ou sillons. Toutrhiver les deux champs n'ofifrirent aucune dissemblance notable ; mais au printemps le blé du fermier s'éleva deux pieds au-dessus de celui du voisin, et il rendit, toute proportion gardée , quatre fois plus. Je tiens tous ces détails du Yoisin qui tout émerveillé , vint me démoder le prix de vos charrues. Les gens de ce pays sont ainsi faits , ils commencent toujours par condamner ce qu'ils ne connaissent pas ; maiS| il faut bien le dire à leur louange, aussitôt qu'ils voient que c'est bien, ils l'adoptent, lorsque leurs moyens le leur permettent; ils sont en outre actifs, laborieux, rangés, connaissant bien le bétail ; aussi possèdent-ils tous quelques pièces de terre qu'ils cultivent d une manière spéciale.
Mais cette petite digression ne doit pas me &ire perdre de vue le but que je me suis proposé en commençant cette lettre, dont l'objet est non seulement de vous faire un exposé fidèle de mes opérations , mais encore de vous communiquer mes projets et mes espérances pour l'avenir.
Je vous disais que c'était aux labours profonds que j'attribuais la beauté de mes récoltes jusqu'à ce jour. En effet , entrant à la St.-MicheL et ne trouvant aucuns guérets prêts, je fus forcé la première année d'ensemencer sans fumier des terres qui ne donnaient presque rien et étaient infestées de mauvaises herbes ; néanmoins la récolte fut magnifique et beaucoup moins sale que d'habitude, ce qui faisait dire aux cultivateurs qui m'entourent : il a enfoui les graines si bas qu'elles ne peuvent lever. Ayant en réserve le fumier de deux années , j'ai pu mettre depuis en état une grande partie de
448 DOBf AINR
mes terres qui, assolées comme je vous l'ai dit plus haut , ûe peuvelrf que gagner en fertifitë. Pour l'avenir, je puis compter d'après mes observations sur un rendement de 160 milliers de foin y sur les f 3,41 itesbtares de prés de première qualité ; sur <3Ô milliers pour ceux de qualité inférieure, et sur 60 milliers de luzerne ^ total 3^50 milHers dé fourrages ; et en pailles de toutes sortes, sur 119 milliers seulement, et âOO milliers au moins de racines. Le tout converti en fumier ne devrait pas' s'éloigner de 1200 milliers > ce qui suffit largement pour entretenir toutes mes terres en bon état de fer* tilité.
J'ai eu lieu d'être satisfait en général des récoltes que j'ai obtenues jusqu'ici i les prés ont donné considérablement en' foins et regains ; ma luzerne pour la première année a donné" trois coupes. Les colzas ont rendu 18 hectolitres à Thectàre, les froments, 17 environ, les orges de printemps, 23, et les Cesses, 25,?5*
Malgré les plufes continuelles que nous éprouvons depuis bientôt cinq mois, mes froments sont très-beaux, ce qui étonne fort les gens de mes environs , qui ne peuvent pas s'imaginer comment l'eau peut s'écouler de mes larges planches. Leurs petits sillons sont inondés, parce qu'ils ne tirent aucune raie d'écoulement ; bien pltis , ils^ ne d^ouchent même pas leurs sillons ; aussi compterait* on sans peine les brins de f»lé qui ont survécu auf naufrage universel de leurs petits sillons. Mes blés de la dernière récolté, tfaités à la semaiile par le sulfate de soude et la chaux, n^ont pas offert la moindre tache de carie ; dans nos contrées , les cultivateurs ont perdu la moitié de leur récolte par cet accident. Je n'ai pas encore vendu: le Wé vaut ici entre 17 et 18 francs l'hectolitre. Je refiise 20 fr. ; je veux 21 fr. , parce que mon blé ne laisse rien & désirer pour la propreté et la bonne qualité.
DB LA R0U5iS|ÈRB. 449
C^HHldant tout n'est pas T03e dans notre état; j'ai voulu cette troisième année donner un vigoureux coup de collier sur quinze liectares de pâtis défrichés, et j j semai du colza. La levée avait été superbe, et les plantes paraissaient très-vigmreuses, lors(pie les limaces s y montrèrent, et tout fut dévoré en deux jours. J'avais du replant magnifique, j'en fis repiquer cinq hectares; elles commencèrent par manger les feuilles , ensuite le tronc ; je ne devais pas «écolter de colza en 1837, apparemment. Je vais essayer les choux branchus qui serviront d'abord une année pour fourrage , et seront récoltés l'année suivante pçur huile» Lorsque j'en aurai fait l'expérience, je vous en parlerai.
Je dois vous dire qu'ici l'engraissement produit petit bénéfice, mais excellent fumier; cependant M. Jacques Biyault, mon voisin, obtient d^assez beaux résultats sur les moutons en les gardant 10 mois; il achète en septembre et vend après la tonte; l'hiver , il nourrit avec les trmsièmes coupes de luzerne , et au printemps il engraisse avecle^ trèfles incarnats lorsqu'ils ont trois à quatre pouces : il les engraisse ainsi par&itement, et gagne environ douze à treize francs par tète , différence du prix de vente et d^acbaty en comptant le produit de la laine.
Je suis tous les jours plus satis&it des charrues de Roville ; on s'est moqué d'abord des labours profonds qu^elles eiLécutent et des larges planches , dans ce, pays où l'on ne. lait qu'écorcber la terre pour la mettre en billons élmts dits tiU^iu} mais l'opinion des cultivateurs mes voisîna a binn changé sur ce sujet.
Ue» eKtirp^tonry ne m'ont servi que pour enterrer mon Ué ïïpifts mes sarrasins. Je suis on ne peut plus satisfait du tmwe< Ma liQuei çhfval s'est brisée .- j'ai voulu mettre deux boeuft( ils l'ont cassée de leur premier coup de joiif t je l'ai fiiit arranger. Cet instrument demanderait
<50 BoiiÀtm
plus de solidité; toutes les terres ne sont pas aussi fa* elles 'de culture que celles de la plaine de Royilie.
I*ai fait monter une machine à battre dont je me suis fort bien trouvé pour le battage de mes blés ; mais Fappareit de ventilation laisse beaucoup à désirer : je vous aurais la plus grande obligation , si vous pouviez mVnvoyer un croquis de votre machine , avec une échelle.
Je ne dois pas passer sous silence un article bien important , c'est celui du personnel. Le mien consiste en trois pan»eur8 , six laboureurs , un berger , im jardinier et deux servantes. Ce dernier article seulement a éprouvé divers changements dans les commencements ; enfin je suis très heureusement tombé aujourd'hui; j*ai à la tète de ma maison une vieille fille cpii passera probablement sa vie avec moi^ parce qu^elle prend fort bien les intérêts de la maison. Elle a sous ses ordres une fille de peine pour traire les vaches , soigner les cochons et laver le linge : cet article ne laisse aujourd'hui rien à désirer à un homme tolérant. Les panseurs sont lès mêmes depuis trois ans ; c'est assez dire : quant aux laboureurs , ils n'ont pas changé non plus : ce sont des jeunes gens très-sages qui ne m'ont jamais donné le moindre désagrément ; ils me sont trèsattachés, et j^attribue en grande partie ce résultat à la position que j*ai prise à leur égard. Je n'aime pas les rapports, et les rapporteurs sont mal venus avec moi. Dans les commencements quelques querelles ayant eu lieu entre eux , je leur signifiai de s'entendre le mieux qu'ils le pourraient ; qu'autrement je mettrais les mécontents à la porte, et je fi^is en leur disant que j'aimais mieux (ju'ils s'entendissent bien ensemble, dussent- ils s'entendre tons contre moi et- mes intérêts , que de ne pas s'accommoder entre eux. Je tàdie de voir par moi-même ; quand j'ai lieu d'être mécontent , je suis extrêmement sévère. Cette sévérité exercée dans les premiers temps sur quelques journaliers, a produit un tffet
DE LA ROUSSIÈRB. 451
«xtraofdinairé. Aujourd'hui, que j^y sois ou non, l'on s'occupe bien , parce qu'ils sont habitués à me voir près d'eux à l'improviste ; mais j'ai rarement des reproches à leur faire. Le berger est un jeune garçon de 16 ans ; toute son occupation est de promener les moutons, les panseurs étant chargés de leur nourriture à l'écurie.
Je vois autour de moi des gens qui changent sans cesse leur personnel et qui sont toujours mal servis. Une fois au £aiit des travaux et habitués aux usages d'une ferme, les employés rendent de bien plus grands services ; aussi j'ai pour principe qu'il &ut savoir faire quelque sacrifice pour conserver les mêmes serviteurs , et je m^efforce de &ire en sorte qu'ils se trouvent satis&its à mon service.
Je sais bien qu'il me manque quelque chose, et je crains que cela ne me manque encore longtemps ; c'est une épouse qui réunisse les qualités qu'on dmt désirer dans la vie rurale , et je sens chaque jour davantage combien était prudent le conseil que vous me donniez À cet égard.
DE VARENNE L'ARCONCE,