PRÉS MARCIGNY (SAONE ET LOIRE
EXTRAIT
tftmE LETTRE DE M. DE LATOÙR, AifciKi itàvE Di {.'institut D1 hoyille.
Mai 1837.
C'est le il novembre 1839 que moa père ^mè
laissa à bail 30 becUffes de tenne, dont 8 ineutteSy et 36 bectaTes de |Nrairies natiiiriies. D'après restimaliiNi d'un expert, le loyer de la totalité fiil fixé di 3000 fr. Los terres étaient soumises an régime do métayi^ , et Fasao» lement étaft hieimal : Jacbère, Ué on ad^e. i/â bec* tare e&yiron portttt des pcmmies de tene A la place de la jacbère. Cbaqiie amiée, f on oisanençait 6 bectares en Mé et 6 en aeîf^ : le produit SMiyen par bectare était de 9 becAolitrea «i Ué , et 0 en seigle. Quoique la ja* dièrè revînt tons les deux jos, le sol était mbetë d'Orne multitude de mauvaises berbes , mais surtout de boufue moBe (holcuê molliê) y plante vivace très-semUaUe au cUea-. dent par ses racines; de l'ivraie multiflore (Mricm mul^ tiflonm) , plante ammelle d'antairt plus difficile A détruire
454 I>0]IAINB.
par la jacbère qu'elle ne germe qu'yen automne. CeDe» qui croissaient en plus- grande abonlance après celles-ci qui étaient regardées comme les plus dangereuses, étaient la camonûfle (anthemk vufgarù et cotuki) , la pcrsicaiie' (/lolygonum persicaria) , la trainasse (polygonum avicutare) , la gesse sans feuilles [latbytus apJmca) y le raifort {rc^kanm raphanistrum) et la fougère dans quelques parties. En outre les herbes de prés avaient une grande propension à se multiplier dans ce sol qui parait leur convenir particu* lièrement ; ce qui a fait dire à une de nos célébrités agri^ coles : Le CkaroUais est te terrain chssique de l'herbe»
Parmi les 8 hectares incultes, 5 étaient couverts de bruyères y et tréis d'un terrain léger avec trois^pouces de terre, s'étaient refusés jusque là à toute espèce de végétation.
Les prés et pâturages étaient de qualité moyenne pour le CharoUais , et en partie soumis à ime irrigation assez mal entendue.
y oilà , Monsieur , Fétat fidèle de mon exploitation quand l'etitrai en jouissance.
' La terre à laqudle j'avais affiiire avaii jine eouçbe vé-r gétale de deux à 8 pouces de profondeur, mais généralement de S pouces , et .consistait en un loam argileux entièrement dénué de ealcaire, blanc ^ Tétat sec, grisâtre à Fétat hfamide et se battant fortement j^ar le$ pluies. Si Fon -avait Finçmdence de labourepr lorsque la ferre était trop humide, c'était un sol qoi ne pouvait plus s'ameublir de Famiée. La même dbose arrivait , si le liS)ôùrage prenait la phde, c'est-à-dire , s'il arrivait une pluie avant que la surbce fût desséchée par le spt^. Les laboun&d'Mtomneque Fon blâme dans ces terrains, m'ont parfaitement réussi , quand ils étaient donnés par un temps très-sec.
* Le sous*sol était partout: celui que l^on jegarde comme
Dfi YARfeNNE l'aRCONCE. A6B
le^jpliis mauvais ; ime^ argile fortement ferrugineuse. Cette composition qui le cendait imperméable à Feau , jointe à la faiUe épaisseur de la couche végétale qui, eUe-méme, d'après sa «onstitutiou , retenait fortement Thumidité^contribuaità rendre ces terres très-malsaines.. Dès mon entrée en jouissance, je compris que J'avais deux buts principaux à atteindre 9 dont dépendait l'amélioration future du sol : la destruction des herbes, et rapprofondissement de la couche V^étale. La production des engrais ne m'inquiétait guère; je devais régler le nombre de mon bétail, non d'après la quantité de fourrages, vu l'étendue de mes prés, mais d'après le. nombre que mes étables pouvaient en contenir» Je possédais en outre une tourbière abondante, et je comptais déjà beaucoup sur Femploi de la chaux.
Pour détruire la houque moUe , j'employai les moyens que vous nous avez; donnés j)our détruire le chiendent : les labours fréquents donnés en temps sec avec une bonne charrue. Les résultats prompts et complets que j'en ai obtenus ont singulièrement étonné mes voisins qui re« gardaient la destruction de cette plante comme impossible au moyen de la charrue. Dès lors, l'araire de Royille commença à être en feveur. La fougère a succombé sous les mômes procédés, cependant plus difficilement que la houque, parce que la charrue ne pouvait pas atteindre toutes les racines. J'ai eu. soin de Êdjce casser le peu de tiges qui en repoussaient, à mesure qu'elles se présentaient, et aujourd'hui, elle a totalement disparu. Toutes les plantes vivaces ont de même été forcées d'abandonner la place devant l'araire, à l'exception des chardons que j'ai reconnus ne pouvoir résister à une récolte de trèfle.
J'ai éprouvé beaucoup plus de difficultés de la part des plantes annuelles. Le sol contient une si grande quantité de semences, que, malgré mes soins, il en reparaît presque autant chaque année que la précédente; de sorte
456 POMAINB
qu'il est difficile de prévoir r^KMjue à laquelle le sol en sera débarrassé;
Dès ma 1"^ année d'exploitation, Je tins mes bœufs de tnift à l'étable pendant Tété. J'avais une beUe pièce de trèfle que mon père avait eu fattçntion de me semer; la paîtte seule me manquait, je la remplaçai par de la bruyère à laquelle je mêlai un peu de chaux en pondre à la sortk de rétable, et j'obtins un fumier que je crois préfi^ble pour mon sol à celui de paille. La nourritmv à Fétable m'a donné lieu de faire une observation qui eoûtredit ce qui a été écrit jusqu'alors sur la métëorisation. On recommande de faucher par un temps sec et après la. levée <fe la rosée. Je suivis d'abord cette mardie autant que pes^ sible , et maigre cela , dé fréquents cas de météc^sadon se présentèrent. J'observai que lorsque j'étais forcé, de fiiudier le trèfle ou la luzerne mouillés , j'avais bien mems tl'ae^ cidents, et depuis lors , je ne fiiuche qu'à la rosée , et je m'en trouve fort bien. Le fourrage dans ee eas s'é^ chaufiTe beaucoup moins et reste plus Idq^tesqps ftais. Mon observation a été confirmée par plusieurs fidts du même genre arrivés dans nos environs, et doilt je n'ai eu connaissance que postérieuremrat.
D'après votre conseil, je commençai par mêler de K tourbe au fiimier , à la sortie de l'étable ; mais après quel^ ques charretées , je m'aperçus que les JBrais seraient trop considérables , vu la distance ; et je me contentai d'en faire des composts sur place , en mêlant à h tourbe 1/10 de chaux en poudre. Les effets que j'en obtins flirent très-sensibles; mais j'ignore encore si je dois les attribuer aux composts ou simplement à la chaux. Je ne doute guère cependant que la tourbe n^ soit pour beaucoup. Je me propose, l'hiver prochain, d'en employer sans mélangé, comparativement avec les composts*
La chaux n'était pas employée dans le pays; mais d'à-
DB YARBims l'arcohcb. 451[
près riaspeclion du sol tel l'effet que quelques persounes xue dtreot avoir observé datts remploi de débris de bâtimeortSy Je l'appliquai de suite et de confiance» Lesrësidttts surpassèrent de beaucoup mes espérances. Une mauvaise terre à seigle ch«alée en i^M et pr^iarée par une jadière, me rendit 97 hectiditres de Ué par hectare, et plus dncore de paille A propoition j car les 3/4 du champ avaitiot versé. Je dxâs vous dire que lorsque Je parlai à mon premier domestique, qui était l'anden métayer, de mettre du blé dans cette terre, il me répondit que je ferais comme je l'entendrais , mais que ce serait de la semence perdue. En 1836, j'obtins d'une autre pièce enciNre plus mauvaise, 20 hectofitres de blé à l'hectare, malgré que rhiv^r eût généralement tout détruit dans le pays. J'^ £ut i^r cette pièce une observation qui m'a fort étonné « et que je n'ai tu mentioniiée nulle part. Les terres de notre contrée qui ont le {dus souffert de f hiver 1835-^ 1 #36^sont celtes 4 basecéleaire,doiit plusieurs n'ont pas rendu la semence^ Eh bien , rappfication de la diaux dans ce terrain qui en était dépourvu , a complètement sauvé la récolte, ce que fai vu clairement par deux moitiés de biUons qui n'en avaient pas reçu , et qui ne conservaient que quelques épis. D'a^^ès cela, il fiiut nécessairement que la chaux que l'on met dans un terrain agisse différemment que celle qui s'y trouve naturellement. Ce feit me semblé contredire la théorie et la science, et nous apprendre à nous défier de Tune et de l'antre.
Les eflfets prodigieux que je reconnus dés lors dans la chaux, me firent juger qu'il n'était pas prudent de mettre du blé dans un tairain ainsi préparé , parce que la récolte pourrait fii^aemmeal verser, et qull serait plus profitable d'y &ire précéder le froment par une autre récolte. En 1836, je semai du colza sur 3 hectares chaulés comme les années précédentes. Je ne reconnus pas de différence dans
468 DOHAIlfC
les {Murties qm rayaient été de bome heure , oa ûnmédiatement avant la semaUIe.. Dès que Ton put apercevoir la pknle , je remarquai que les parties que je n'avais pas diaulées dans le dessein de me réserver un point de comparaison, paraissaienl moins vigoureuses ; ai^ourd'hui il y a une différence de près de moitié; la pièce est généralement de la plus grande beauté , et ùâï Tadmiration de tout le voisinage* Je crois que je puis compter sur un produit de 30 à 35 hectolitres à Ibectare. Qudques particuliers, à mon exemple, commencent à employer la chaux , et quoiqu'ils l'appliquent en général fort mal , elle agit très-énergiquement dès la l^^^ année. • .
J'aurais bien d'autres fiiits , Monsieur, à vous citer relativement à ce puissant stimulant; mais je pense que d'après ceux-ci vous serez convaincu que les espérances que je fonde sur son emploi ne sont pas chimériques. J'espère que vous approuverez ma manière de l'appliquer. Après l'avoir déposée en petits tas, je la couvre de t^re , je la répands dès qu'elle est fusée , je herse , j'extirpe . et je herse de nouveau ; ensuite je donne autant que possible plusieurs labours en augmentant chaque fois la profondeur. D'après les divers essais que j*aifaits, j'ai vu qu'il était convenable de l'employer à fortes doses (100 à 120 hectolitres à l'hectare). J'ai même lieu de croire qu'une plus forte dose encore ne serait pas nuisible. J'applique toujours en même temps une légère fomure àrai- , son de 10 à 12000 kilogrammes par hectare.
L'usage du plâtre est loin de m'avoir aussi bien réussi. Voilà trois ans que je l'ai employé sur mes trèfles et luzernes; presque partout, ses effets ont été absolument nuls ; cependant j'ai obtenu chaque année d'assez beaux produits. J'ai reconnu l'inefScacité du plâtre en laissant dans la pièce que je plâtrais, des portions où je n'en répandais pas , en ayant soin que le vent ne portât pas même la poussière sur ces parties. Je dois cependant vous dire qu'à l'au-
DE YARSNNE L'aRGONCE. 459
tourne dernier , je fis plusieurs expériences de plâtre sur ime . pièce de cinq hectares dé jeune trèfle. A Tune des extrémités du ctiamp Teffet fut nul, (c'était la partie la pins humide)., tandis qu'à l'autre ,jl fîit très-sensihle et se reconnaît encore par&itement aujourd'hui. J'ai une pièce de luzerne qui n'est «^parée de cette dernière partie que par un chemin , dan^ laquelle le plâtrage n'a été suivi d'aucun résultat ; cependant ee^ deux terrains paraissent absolument sèmblahles.
Mestrèflesu'ont encore occupé que peu de terrains chaulés; mais les. &it^ suivants me prouvent que le chaulage sera aussi favorable aux réc(dtes de ce genre qu'aux autres. Au printemps de 1835 , dans une pièce de froment sur laquelle j'avaisBemé du trèfle , je répandis de la chaux sur trois quarrés différents. En automne , ces quarrés présentaient une végétation extrêmement vigoureuse , tandis que les alentouiss étaient presque dénués de plantes ; une couleur jaune répaur due sur les feuilles de celles qui existaient, attestait leur ^souffrance. L'année dernière , je semai mon trèfle dans une terre qui avait reçu dans une partie des débris de bâtiments, dans une antre des compests de chaux et de tourbe , et enfin dans une troisième du fumier çei^ement. La semaille fut £sdte un peu tard , une longue sécheresse suivit ; malgré cela le trèfle est superbe dans les deux premières parties, et miser rableet très-clair dans la troisième. Cette année, je l'ai semé dans une terre chaulée ; il s'annonce très-bien.
Je vous parlais plus haut d'une terre inculte de 3 hectares , ayant 3 pouces de terre végétale plus légère que celle des autres terres, sur un sous-sol d'argile ferrugineuse semblable à celui du reste de l'exploitation. J'hésitai d'abord , si je devais labourer profondément ; mais dans l'état où était la terre , je ne pouvais lui confier aucune récolte. Je me bar sardai doqc à prendre le plus de profondeur possible, parce que, vu la dureté du sous-sol, la charrue ne pouvait pénétrer beaucoup* Je donnai dans l'année 4 labours qui me procu-