‹ Annales agricoles de Roville (volume 3)Chapitre 10 sur 72 · DES BAUX · texte numérisé non relu

DES BAUX

Lorsqu^ûn examinera cet objet avec quelque attention ^ je ne doute nullement que Fon ne sente tous les avantages quie Fagriculture retirerait d^une législation qui affranchirait dç fout droit proportionnel les baux à ferme d^ùne certaine durée, par exemple de quinze ans et au-dessus 5 et si l'on ne croyait " pas devoir affranchir également les baux d\ine moindre durée , il faudrait du moins que le droit proportionnel fût extrêmement modéré. Une disposition semblable présenterait un puissant encouragement pour les baux à longs termes; si des primes d^ enregistrement n'étaient pas. une chose si nouvelle dans notre législation, je proposerais, afin de rendre cet encouragement encore plus efficace , d*accorder &ts primes proportionnelles aux férmrers qui présenteraient à l'enregistrement àts baux de trente ans et audelà. Quelques centaines de mille francs distrfbués atnsî chaque année, mettraient certainement dans la balance de la richesse publique , un poids d*une bien autr^ importance que tes prunes que Fbn- accorde chaque année aux bâtimens arméà pour la pêche de la baleine. Quant aux dispositions de nos lois actuelles qui infîrgent à tout fermier une amende graduée sur la durée du bail quHl contracte, je ne sais pas s'il serait possible de citer, en légisïatîon, un exemple où Ton produire autaut de mal pour xxix aus^i mince intérêt*.

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s VIL De Viwpôt sur les boissons.

Il m'est impossible d'aborder ce sujet sans faire précéder ce que j'ai à en dire , par quelques considérations sur les rapports qui existent entre la culture de la vigne, et l'agriculture proprement dite 5 car ces rapports doivent, dans mon opinion , entrer pour beaucoup dans la solution ^e la question relative aux impôts qui frappent les produits de la vigne j et je suis forcé d'entrer d'abord dans une discussion presque grammaticale sur la signification que l'on ^doit attacher au mol agriculture y car en l'employant dans un sens trop étendu, je croîs qu'on a souvent confondu des idées et des choses qu'il importe infiniment de distinguer dans l'intérêt 4^ l'agri* culture.

Lorsque l'art de la .culture n'avait encore reçu que peu de développement, il n'est pas surprenant que l'on ait confondu sous une même dénomination, les divers modes selon lesquels l'homme civilisé* exploite à son profit les produits du sol , et les modifie selon ses besoins \ mais à mesure que les procédés que l'on emploie dans les diverses branches de cet art, deviennent plus parfaits, et exigent plus d'é—

tude, d'application et de travail, il est impossible que Ton ne sente pas la nécessité de classer sous des dénominations différentes, des branches d^industrie qui, par le cours ordinaire de la civilisation, et par l'effet des progrès de h division du travail, deviennent Foccupatioa d'autant de classes d'hommes distinctes. Je n'ai pas besoin de faire remarquer que cette marche est commune à toutes les branches de connaissances; humaines : dans les sciences morales, politiques, physiques et naturelles, dans la littérature, dans les arts et dans l'industrie, tout se classe, se divise et se sous-divise, dans le rapport même des progrès de l'esprit humain, et des perfectionnemens ou de l'extension que reçoit chaque branche dé connaissance. Ainsi, si je pense que la culture de la vigne^ des jardins^ des forêts^ doit être regardée comme entièrement distincte de V agriculture , ce n'est pas seulement parce que ce der^iier mot signifie littéralement culture des champs, et qu'une vigne n'est pas un champ, pas plus qu'un jardin ou une forêt 5 mais c'est surtout parce que l'agriculture s'exerce sur des terrains qui lui sont spécialement consacrés, par des procédés fort différens de ceux qu'emploient les autres genres de culture , qu'elle exige des connaissances entièrement distinctes, qu'elle occupe une classe

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d'hommes à part, et qui doivent y appliquer des connaissances toutes spéciales. L'agriculture a pour premier objet la production des grains qui forment la base de la nourriture de Thomme,et Téducâtion des animaux qui trouvent leur subsistance dans les produits de la terre 5 elle crée également les produits végétaux qui viennent s'intercaler sur les mêmes terrains , avec les récoltes det céréales , ou les plantes destinées à la nourriture des animaux, comme les plantes textiles, tinctoriales, oléagineuses, etc, ainsi que plusieurs produits alimentaires. Tout cela forme un ensemble bien lié et bien compacte^ si je puis m'exprîmer ainsi, parce que tous ces produits si divers se lient entr'eux par des rapports nécesjsaîres , qu^ils s^aident dans leur production mutuelle , et qu'ils sont en un mot créés par une même industrie. L'agriculture ainsi restreinte , présente encore un champs bien vaste dans ses développemeris 5 et sous le rapport de son importance dans la richesse publique ^ comme de son utilité pour les besoins de Thumanité ^ elle marche la première parmi toutes les industries : le pain qui , dans nos usages , forme au-delà des trois quarts de la nourriture de l'homme , une multitude d'autres substances végétales alimentaires , la viande de boucherie , les cUirs , la laine , le chanvre et le lin qui entrent dans nos vêtemens ^

le lait, le beurre, le fromage, ainsi que Thuile et le suif qui nous éclairent, plusieurs boissons spiritueuses , les animaux qui , comme moteurs , sont employés à des usages si variés dans l'état social , et une foule d'objets employés dans les arts 5 voilà les produits de Tagriculture circonscrite dans les limites que j'indique ici 3 comme branche de connaissance, elle embrasse un cercle tellement étendu , qu il n'est certes pas besoin de lui réunir d'autres industries analogues/ pour qu'elle sufl^se. à l'occupation d'un homme tout entier, et aux recherches de l'esprit le plus actif et le plus laborieux. Maïs la culture de la vigne, des jardins, des forêts, s'exerce sur des terrains entièrement distincts de ceux qui composent le domaine de l'agriculture proprement dite, et elle ne se ,lie à celle-ci par aucun rapport néc^saire : ce sont des arts entièrement distincts , dont les procédés sont, fort différens, et qui sont ou du moins peuvent toujours être exercés par des classes d'hommes séparées.

D'après la distinction que j'établis ici, la culture de la terre se divise en quatre grandes branches : Y agriculture j Yherticulture j la i;/mculture y et lat sihiculture^ On me pardonnera , je Fespère, de m' emparer de vive force de ce dernier mot^ il a bien fallu me l'approprier, puisque notre langue ne m'en • offrait pas qiu

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piït'Ie remplacer 5 quand à celui qui le précède^ on a déjà dit souvent V industrie vini^ cole* Pourquoi employer inutilement ime périphrase, et ne pas dire la vinicuhure F Après avoir établi cette division des arts qui constituent les moyens par lesquels l'homme civilisé exploite à son profit les productions végétales et animales que nourrit la surface du sol^ je dois me borner, dans le but que }^ai particulièrement en vue en écrivant cet article, à exposer les rapports par lesquels Fagriculture et la vinîculture favorisent ou contrarient leur prospérité mutuelle. Je sais que je serai forcé de m^éloi— gner beaucoup des idées généralement admises ; aussi la plus intime conviction a pu seule me déterminer à rendre publique mon opinion sur ce sujet* Quelques personnes m'accuseront peutêtre d'affliger une classe nombreuse de producteurs, dans le moment même où leur situation réclame tant d'intérêt j mais je crois que ce n'est ni en flattant les malheureux, ni en caressant leurs illusions, qu'on peut leur être véritablement utile ^ les propriétaires de vignes, quand même ils ne posséderaient pas d'autres propriétés, ne sont, en définitif, que les propriétaires d'un sol cultivé aujourd'hui en vignes, mais qui^ sauf quelques exceptions , peut être appliqué à d'autres cultures^ et dans l'intérêt véritable de

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la propSriété du sol, il me semble fort utile de faire entendre sans aucune réserve ce qui m^apparait comme la vérité, dans les rapports des divers genres de culture entr^eux.

Si Ton observe attentivement les faits et les circonstances qui accompagnent la pratique de fagriculture et de la viniculture , on sara invinciblement amené à considérer cette dernière bien moins comme une sceur , que comme une rivale redoutable de Pagriculture : que Ton recberche^ dans rétendue de FEurope, les nations^ les provinces, les cantons où Tagriculture se trouve dans Tétat le plus florissant ^ et où les terres arablés ont acquis la plus baute valeur^ croit-on que c^est par Teffet d^un pur basard , qu^il arrive que ce sont précisément les pays auxquels la culture de la vigne est refusée par leur climat f Des causes très-diverses tendent à favoriser les progrès de Tagriculture ^ mais pourquoi, à la réserve d^un très-petit nombre d^exceptions ^ ces causes n^ont-elles pu développer leur influence que là où la culture de la vigne n^a pu s^éta^ blir, où du moins que là où cette culture était^ par la nature du climat , restreinte dans d^étroites limites f En France , nous trouvons la riche agriculture presque exclusivement confinée . dan$ les départemens septentrionaux où la vigne n^est pas cultivée ^ et la prospérité agricole décroit em

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