‹ Annales agricoles de Roville (volume 3)Chapitre 15 sur 72 · DES DROITS · texte numérisé non relu

DES DROITS

qui:€a est la représentation fidelle^ puisque c'est l'objet contre lequel il recevra, outre X intérêt stipulé , la même somme , au jour et au lieu qui Y sont fixés. Voilà P/erre capitaliste ^ pendant que Jean est peut-être à Fhôpital.

Pourquoi en serait-il autrement pour les nations que pour les individus? Il existe des différences énormes entre la durée de divers objets dont la réunion forme la niasse des richesses d'un peuple. Je suppose que dans la république de Genève il se construit annuellement des bâtimens pour la valeur d'un million de fr.; en assignant à ces bâtimens upe durée moyenne de x:inquante ans, cette dépense d'un million chaque année, produit une valeur toujours existante de 5o millions. Si, chez, le même peuple on fabrique aussi par année, ^our la valeur d'un million d'étoffes de laine consommées dans le pays ; pour des vêtemens dont la durée moyenne est de deux années, cet autre million ne concourt à la masse générale des richesses, que pour une valeur constante de i^ millions, c'est-à-dire pour une somme 25 fois moindre que le million appliqué à des bâtimens , parce que le produit de celui-ci a ^5 fois plus de durée que celui de l'autre. De tous Içs objets qui composent celte masse générale de la richesse d'un peuple, les. métaus^ précieux

txAi les p\ÛB durables , non-seulément à causé dé leur inaltérabilité physique, mais aussi parce ^ue leur valeur est très-peu diminuée, par un changemeht d^ëmploi ttu de forme; Lé fer est plus dur que For et Fargent^ cependant sa va-^ leur est bien loin d^étre aussi durable ^ parce qae la dépense nécessaire pour son emploi^ bû la façon ^ entre pôut une proportion très*-con— ^idérable, dans le prix des objets qui en soûf fabriqués; Si les ferremens d^une machine bU d^un bâtiment ont une valeur de 2 fr; par kilog; lorsqu'ils y sont employés , ils ne vaudront plus guère que 4^ <^^^t; comme vieux fer, lorsqu'ils seront hors de service, où qu'oiî voudra pouif une tause quelconque ^ les employer à une autre destination ^ dé sorte que , si 1 dn atti'ibue une durée moyenne de 5o ans aux divers objets oit le fer s'applique dans les arts, plus des trois quarts de la valeur de ces objets sbnt anéantis deux fois par siècle^

' Le platiné est lé plus înaltérabie de tous Itej métaux 5 il l'emporte sur l'or lui-même^ àoûs k rapport de la durée J)hysique, et il est plus inattaquable ^ue l'or et l'argent, par tous lès agens naturels et chimiques 5 il est aussi beati-^ fcoup plus rare que For^ et il semblerait, pat' ces motifs , qu'il devrait avoir une valeur beaucoup plus élevée \ cependant sa valeur tiï b«a«*

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€oup inférieure même à celle de l'argent La principale cause de cette différence est que le platine perd une grande partie de sa valeur^ chaque fois que Ton est forcé de l'appliquer à un nouvèr emploi ^ parce que les procédés nécessaires pour le mettre en œuvre, sont fort difficiles, et fort coûteux, en sorte qu'à côté d'une durée physique presque indéfinie, il ne possède tellement qu'une valeur peu durable.

Mais \b. façon d'une pièce de 20 fr. entre pour une si petite proportion dans sa valeur ^ que le métal peut traverser des' siècles et être employé à divers usages , presque sans rien perdre de ce quil valait au premier jour. Indépendamment de diverses autres causes bien connues de la haute valeur que l'on a attribuée dans tous les temps aux métaux précieux dans les échanges commerciaux, celte durée presque indéfinie de leur valeur , en fait certainement un des objets dont la possession contribue le plus à la richesse des nations 5 et celle qui donne son or en échange d'un objet dont la valeur doit bientôt disparaître, joue certainement le rôle de Jean y et doit réparer celte perle par un échange en sens inverse, si elle ne veut marcher rapidement vers la misère*

Un négociant de Bordeaux fait venir une car-^^ gaison de sucre de la Havane , de la valeur de

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ïôOyOOo fn qu'il paîe en écusj cette taletrtr est bien sortie du royaume , en une matière qui Taudra encore tout autant, lorsque Tobjet qui est entré en échange sera complètettient anéanti. Dire que dans ce cas la France ne s'est pas ap-^ pauvrîe , serait certainement le plus ^étrange paradoxe.

Mais, dit-on, Tarmateur n'a pas payé Sa cargaison en écus ^ il en a acquitté le prix en papier sur Paris ^ ou peut-être même sur Londres^ et comme ce papier ne représente que la marchandise contre laquelle il a été échangé , il n'est réellement rien sorti du royaume...;. Je ne puis voir ici qu'une pure illusion, et rien n'est plus erronné à mdn avis et plus dangereux par les conséquences que l'on en a déduites ^ que cette opînion d'après laquelle dès valeurs en papier représentent la marchandise contre laquelle elles ont été échangées. Vous me dites que ces traites par lesquelles j'ai acquitté le prix de la cargaison de sucre que vous m'avez vendue^ ne sont autre chose que le signe représentatif de ces barriques de sucre; mais^ lisez donc ces traites 5 n'indiquent-elles pas une somme en numéraire , qui doit être payée par tel^ dans telle ville et à tel jour? Ces traites passeront successivement entre les main$ de dix ou quinze individus ^ quelle est ^ pour chacun

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dVux, la valeur de ce papier^ et que reprë-* sente-t-il à leurs yeux ? N'est-ce pas uniquement la somme en écus dont elles portent Fénoncé f Et que leur importe que, dans Torigine, ces traites aient été créées pour être données en échange conti^ un^ somme semblable, ou contre des barriques de sucre? Le sucre n'est plus rien pour eux , et chacun d'eux ne voit et ne doit vofr dans chaque traite, qu'une somme déterminée en écus , ou si l'on veut , qu'un certain nombre de livres et d'onces d'argent à tel litre, qui doit être échangé à une époque fixe, contre ce bout de papier. Ces effets représentent donc bien réellement une somme en num^ raire , et non une marchandise : ils représentent la valeur en écus qui devait être donnée en échange de la marchandise. Et en définitif , il est entièrement indifférent pour la France que la cargaison de sucre ait été payée effectivement en écus emportés par le même navire qui a introduit la marchandise , ou qu'elle soit acquittée en traites sur Londres , car si l'acheteur de Bordeaux a donné ce papier, c'est qu'il possédait sur la place de Londres, la somme en écus qu'il re-présente, et cette somme quoiqu'existant matériellement à Londres, n'en était pas moins une propriété firançaise, une richesse pour la France^ puisqu'elle était possédée par un propriétaire

français. Que le négociant tire de sa caisse une «omme de 200^000 fr. pour Fenvoyer à la H?.- \aae, ou qu^il donne à toucher une somme semblable qu'il possède à Londres , ou qu'il sait qu'il y possédera à telle époque, le résultat en est entièrement le même pour la richesse nationale.

De toutes les valeurs ou objets qui peuvent faire la matière des échanges, les métaux précieux ou le numéraire , sont U seule qui puisse par l'accumulation , former ce qu'on appelle communément des capitaux , et qui jouisse de la propriété de pouvoir être représentée par du papier circulant y parce que c'est le seul, objet qui présente assez de fixité dans sa valeur, en divers lieux et à diverses époques , non-seulement pour que deux hommes consentent à en Kvrer ou recevoir une quantité déterminée à une époque fixe, en échange d^une quantité quelconque de marchandises de quelque nature que ce soit, mais aussi pour que cette valeur soit la même aux veux de tous ceux qui pourront donner ou recevoir ce papier. Cette propriété du numéraire a dû', indépendamment d^autres causes dont iF est inutile de parler ici, lui d^onner, dîans toutes Tes transactions commerciales , une importance qui le met hor» de pair avec toutes les autres siarchandisesv.

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Il résulte de cette propriété, qu'une natiom est riche , non-seulement du numéraire qui exbtç eflFectiycimeat chez elle, mais aussi de celui qui est représenté par le papier sur Tétranger qui est en la possessioa de ses habitans ^ car si cç papier n'est pas des écus, il est Tobjet qui donne la disposition des écus, et celui qui le possède, est le véritable propriétaire de la somme qu'il représente, On conçoit facilement en effet, qu'une nation riche de grands capitaux produits par une accumulation successive, peut bien n'avoir chea; eUe qu'uqe petite quantité de numéraire , comme cela se voit assez souvent ^ mais elle peut posséder en papier sur. l'étranger, la propriété réelle d'une masse de numéraire qui circule chez les autres nations , et qu'elle pourra faire venir , aussitôt que ses besoins l'exigeront; de même qu'il est possible qu'une nation ne puisse disposer , pour sa circulation intérieure , que d'une masse de numéraire qui ne lui appartient pas, mais dont elle paie toujours bien cher la jouissance, payçe que les capitalistes des autres na-r tîons qui tiennent en portefeuille le papier qui le représente , savent bien profiter de la nécessité pour lui en faire payer un escompte excessif, tandis que le taux de l'intérêt est toujours trèsbas chez le peuple qui, riche en papier, peut facilement faire venir , au premier besoin , tout le

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