DE DOUANE
jeter la confusion dans cette question, il est né- (iessaire de considérer en particulier, comme je Vai fait, les cfiFets de Timportation et de Tex— porUtion , ou de Péchange d^objets dont la destruction est plus ou moins rapide, achetés ou Tendus par une nation , contre une -valeur d^une durée presque indéfinie, comme le numéraire* Lorsqu^il est bien reconnu qu^une nation accroît la masse de ses richesses lorsqu'elle produit et exporte, en échangeant ses productions peu durables contre du numéraire , tandis qu'elle les diminue lorsqu'elle importe en payant en écus, et consomme les objets de ses importations , on conçoit facilement qu'entre les importations et les exportations considérées en masse, il s'établit une balance que l'on appelait autrefois balance du commerce ^ et quoique celte expression soit regardée de nos jours par beaucoup de personnes , comme insignifiante et presq\ie ridicule, elle ne présente pas moins une idée très-juste, et qui fournit pour chaque nation une mesure exacte de l'accroissemement ou de ia diminution de ses richesses par Teffet de ses relations commerciales avec l'étranger 5 car cette balance doit bien se solder soit en numéraire , soit en obligations de fournir du numéraire à une époque déterminée. S'il est vrai , par exemple, que la balance du commerce soit, pour
io8 Dss BRorrs
une nation de 3q millions à son désàrantage^ c^est-à-^dire que ses importations dépassent da cette somme, celle de ses exportations, cela revient au même que si, n^ayant rien exporté ^Ue avait seulement importé et payé en écus , des marchandises pour une valeur de 20 millions* On voit bien que dans tout ceci, je considère les échanges entre les nations, dans la supposition que la valeur des objets donnés est égale à celle des objets reçus , et sans aucun égard à Taugmentation de valeur qui donne lieu aux héné&ces du commerce^ c^est une question à part dont la complication ne pourrait que jeter Tobs* curité sur celle que j'ai cherché à éclaircir ici ^ et Ton ne trouverait dans Pexamen de cette autre question , rien qui pût afiFaiblir les bases sur lesquelles sont établis les principes que j'^aî posés. En cflFet , quel que soit le bénéfice qu'a pu faire Tarmateur de Bordeaux , en revendant à ses concitoyens la cargaison de sucre qu'ail a importée , \x valeur totale de cette cargaison n^st pas moins, sortie du royaume en écus , et la valeur totatedu sucre ne sera pas moins anéantie dans 1^ cours d'unj& année environ^ Cest ainsi: qu\itt commerce qui enrichît] quelques individus , peut (bi* bien être^ ruineux pour leur nation.
Quant à la seconde partie du raisonnement ^ je riçns de rapporter, savoir qu'il faut biea
être nous-mêmes achetems à Tëgard des autres nations ^ pour les mettre en état de nous ache-» ter à leur tour nos produits ^ il y a sans doute des cas où ce principe peut recevoir son application, et où une nation n^achète chez iious que parce que nous achetons chez elle ^ mais dans diverses circonstances où ce principe était invoqué dans l'intérêt privé des importateurs ^ j'avoue qu^il me semblait entendre Jean dire à Pierre .* Tu mets tes écus en réserve pour f enricliir^ tu n'es qu'un sot, mon ami : va, comme moi, chaque semaine, les échanger chez le marchand de vin ; tu l'enrichiras , et il finira par avoir besoin d'un habit : tu es tailleur , et il s'^adressera peut-être à toi pour te l'acheter} tu retrouveras ainsi tes écus avec un gros bénéfice f
Je dois encore' citer uii argument auquel un des plus habiles défenseurs de la doctrine que je combats ici , M. Say a donné de grands développemens , qui revient fréquemment sous sa plume, et qui est sans cesse répété par les hommes qui cherchent à démontrer qu'il est indifférent pour la richesse d'une nation , qu'elle crée chez elle ou qu'elle importe les objets qu'elle consomme. Voici la substance de cet argument : On ne peut cusheter des produit^ qîCayee des produits i ainsi lor^
%14 su DKÛltS
^u'on importe un objet quelconque^ ori Vd^ change contre une ^valeur égale crééeàVinté-^ rieur et dont la production a encouragé Vin^ dustrie nationale^ autant que V aurait fait celle de Vobjet importé. « Il faut toujours remonter » là, ajoute M. Say (i)"^ c'est toujours (sauf les j^ dépouilles obtenues par la force) de ses pro- ^ près fonds qu'une nation tire tout ce qu'elle !> consomme , même ce qu elle fait venir de » Tétranger. » Qu'une nation tire de ses propres fonds y selon l'expression de M* Say , ce qu'elle achète au dehors ainsi que ce qu'elle crée, cela n'est pas douteux^ de même qu'il est exactement vrai que l'on ne peut acheter des produits qu'avec des produits : cela accordé, il faudrait , pour que Ja conséquence que l'on veut tirer de ces principes fût fondée , qu'une nation ne pût acheter chaque année des pro— duits étrangers , qu'avec des produits créés chex elle dans le même espace de temps; car si elle en emploie à ces achats une plus grande quanti té , elle ne peut prendre cet excédant que sur des produits créés précédemment et qu'elle possédait encore^ c'ést-à-dire sur ses capitaux f puisque
(i) Traité d'économie politique , i8a6, tome i*', pafif«^
]>ft DOUANE. Itl
U* Say lui-même a montré de là manière la plus lumineuse , comment les capitaux que possède une nation ne sont que des produits accumulés. Dans un espace de temps donné ^ une nation a consommé plus quelle na produit^ si elle a été forcée d'acheter les objets de sa consommation en les échangeant contre des pro-^ duits créés antérieurement, et accumulés sous forme de capitaux.
Les nations sont sous ce rapport, entièrement dans le même cas que les individus-, ceux-ci ne peuvent non plus acheter des produits qu'avec leurs propres produits, c'est-à-dire, avec les produits de leurs capitaux, de leurs terres, de leur industrie, ou avec leurs capitaux eux-mêmes qui sont originairement des produits* Mais si un individu emploie, dans Pespace de chaque année, à acheter des objets de consommation, une valeur plus considérable que celle de ses produits de Tannée , il ne peut prendre cet excédant que sur ^t'S» capitaux, et il s^appauvrit, ou il contracte des dettes et engage les produite qu'il obtiendra dans l'avenir. Cest précisément ce que nous indique la balance du coin-mer ce y relativement à une nation : elle nous dit si la portion des produits créés dans l'inté-» îieùr pour l'exportation, et réellement exporta pendant un temps déterminé , e3t égale , supé-^
rifcure bu inférieure à la masse de produits ini^ portés en échange^ Si elle est inférieure, il est clair que la nation a payé a^pec ses capitaux^ une, partie des impottationsi IL est fcependanf possible que la nation né se soit pas appauvrie pendant cette année ^ et même qu^elle se soit enrichie t cela arrivera dans le cas où Texcé-^ dant de ses productions intérieures sur ses con-^ Sommations, aura été plus que suffisant poui^ compenser la perte qu^elle a faite par son com-^ merce extérieur* Si, par exemple^ en faisant abstraction de tous les objets importés ou ex-^ portés^ cette nation a produit pour une valeur de 100 millions, et consommé seulement pour 80 millions, il lui restera un excédant de 20 millions qui sera ajouté à ses capitaux ; mais si nous supposons , d^un autre côté, que dans son commerce extérieur^ elle ait importé et consoïnmé des valeurs pour 20 millions, et qu'elle n^ait \endu et exporté que pour i5 millions^ cette différence de 5 millions sera payée sur Texcédant de sa production intérieure, et au lieu de se trouver à la fin de Tannée , riche de !2o millions de capitaux de plus , elle n'eu possédera réellement que quinze : en sorte que^ dans tous lesr cas , c^est toujours sur ses capitaux qu'une nationf paie nécessairement Pexcédant de ses importa^ tions sur ses exportations^
1^ WOàKL, %l%
De toutes les nations du monde ^ rAngleterre est probablement la première où Pou ait corn-» pris ce mécanisme de balance du commerce f et où la législation ait pris les moyens de fa-- Toriser la production intérieure et Pexportationi par des restrictions à Feutrée ou à la sortie^ par des droite de douane^ par des primes, par des prohibitions. Pendant long-temps, la Grande* Bretagne a eu à traiter avec des nations" où ces principes n^étaient pas compris , ou Tétaient si mal , que les traita de commerce que Ton souscrivait avec elle, semblaient des marchés stipu«-> lés entre Thomme le plus habile dans les a{£ai-^ res, et un mineur sans expérience. Par ces moyens , cette nation a porté sa richesse et sa prospérité industrielle, à un point dont nous avons tous été les témoins. La position insulaire de ce peuple lui a infiniment facilité les moyens de gouverner à son gré les importations et les exportations \ mais la principale cause qui lui a^» fait atteindre le but, ce sont ses institutions qui^ permettant toujours une discussion libre et publique de tous les intérêts nationaux , éclairaient sans cesse, la route, et forçaient constamment Tadministration d^ marcher^ et lorsqu'on a dit que TAngleterre devait uniquement sa prospérité à ses institutions, et qu^elle était arrivée à ce haut degré de richesse^ malgré son système restrictif et 5^ UVE. 8
il/ DIS BKOITS
non à cause de ce système, on esttembédaijs la plus étrange contradiction 5 car on a supposé^que les institutions de la Grande-Bretagne avaient été les causes de sa prospérité , précisément en lui faisant prendre la route qui devait Fen éloigner. Il û'est pas un seul homme d'état, en Angleterre, qui ait jamais douté que la base fondamentale de la richesse et de la prospérité du pays , ne fât ce célèbre Acte de Navigation qui a régularisé le régime de protection dans la législation de ce peuple.
' Cependant, c'est de l'Angleterre, et au moment ihême du plus grand développement de cette ^prospérité, qii'esf parti le premier crï^^anathème contre les prohibitions et les restrictions cominerciales. C'est Jdam Smith qui s'est chargé de la tâche de faire comprendre à toutes les nations qu^elles se ruineraient elles-mêmes, si elles ne laissaient pas à la Grande-Bretagne seule, l'usage des moyens qui renrichissàierit 4'une manière si admirable.
' Cette doctrine a trouvé des échos dans plusieurs écrivains anglais, et cela n'iest certes pas surprenant 5 car il *est trop évident qu'au moment où lés nations étrangères commençaient à se prémunir contre un système qui soutirait toutes leurs richesses au profit d'une seule nation, et a se défeûdte par leâ 'mêmes armes, il ne restait à TAngleterre qu'un seul moyen de continuer
DB DOUANE. u5
son monopole lucratif , e^était de persuader aux autres nations qu^elle s'était enrickié par un sys- , tème ruineux ^ et que les autres peuples devaient bien se garder de Timiter» Mais ce principe nouveau d'économie politique a trouvé aussi en France de nombreux échos ^ de toutes parts on a entendu proclamer cet axiome favori de Técole : Laissez faire et laissez passer ^ et peu s'en faut qu^aujourd'hui cette doctrine ne soit, sans con--* testation, considérée comme devant former la règle d'une administration éclairée.
Ici ^ il faut dire que la facilité et l'espèce de faveur avec laquelle cette doctrine a été admise chez nous, tient à une des circonstances les plus honorables pour la France et pour notre sièclej je veux dire , à cette disposition qui porte si vivement les esprits vers tout ce qui peut favoriser là liberté générale, et réunir tout le genre humain par les liei^s d'une bienveillance réciproque. Cette disposition est certainement le plus bel apanage de notre époque et de notre nation; mais il faut se garder d^en faire une cause de ruine, pour cette France naturellement si généreuse ; il faut faire abstraction du sentiment ^ pour juger raisonnablement la doctrine. Lorsque Ton verra les principes comme ils sont, on fera, avec connaissance de cause, la part des intérêts nationaux , et la part de cette bienveillance universelle ,
Il6 BES DROITS
dont le sentiment porte d^une manière si remar^ quable^ l'opinion publique en France, vers l'abnégation des intérêts matériek, dans les relations X dés nations en tr'elles.
L'établissement du système restrictif et prohibitif a produit un mal immense sur le bien-être [ général des nations considérées en masse; cette
( vérité est à l'abri de toute contestation j et c'est
sur l'Angleterre seule que doit en peser le reproche; car les autres nations n'ont fait, en adoptant ce système, qu'user d'un moyen de défense légitime et nécessaire. Mais malheureusement, ce désastreux système a poussé des racines qui le rendront bien difficile à extirper : presque toutes les nations voudraient aujourd'hui reculer dans cette route; mais si l'une recule un peu plus que les autres, elle sera évidemment dupe, et ses intérêts seront gravement compromis, tandis qu'il y a tout à gagner pour celle qui, ralentissant sa marche rétrograde, se laisserait devancer par les autres, dans ce retour à un système de liberté. Cette vérité explique très-clairement l'hésitation avec laquelle tous les gouvernemens marchent dans cette nouvelle direction ; et ea effet, il est bien difficile de s'entendre lorsqu'il est question de faire marcher d'un pas égal, et sur une même ligne tant d'intérêts si divers et fi compliqués.
L^Angleterre elle-même comprend très-bica que ce système prohibitif par lequel elle est parvenue à un si haut degré de richesse et de puissance, ne vaut plus rien pour elle aujourd'hui , et qu elle est peut-être de toutes les nations la plus intéressée à le combattre, parce que, re^ poussée de toutes parts par des lignes de douane et des représailles de prohibition ou de droits ^ elle a perdu tous les avantages que lui donnait ce système, lorsqu'elle savait seule s'en prévaloir 5 et parce que le monopole lui a procuré ^ dans un grand nombre de branches d'industrie, une supériorité tellement marquée, qu'avec la liberté, elle se sentirait assez de force pour écraser les industries analogues chez les autres nations. De là, la tendance libérale de l'administration de M. Canning et de M. Huskissonf mais il est facile de prévoir que PAngleterre avancera le moins qu'elle le pourra dans cette route que la nécessité seule la force dfe prendre. Par quelques concessions et par beaucoup de démonstrations, elle s'efforcera d'engager les autres nations sur ce terrain, en cédant de son côté le moins qu'elle le pourra j elle obtiendra peu , parce que le temps des traités de commerce est passé pour elle : on sait trop à quel prix on les fait avec son gouvernement. Toutes les autres nations se disputeront également entr'elles lé terrain^ car je ne
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Il8 PU 0EOIT B'ENTRIÎE
vetix pas prévoir le cas où raveuglement et l'esprit de système âëtermineraîent un gouvernement à précipiter sa marche ^ par des mesures ruineuses pour la nation dont les intérêts lui sont confiés; et Ton peut affirmer que le désastreux système de restrictions commerciales, pèse encore pouf long-*- temps bçt les nations du monde. Saha doute, il appartient à la France de se placer à la tête d'un mouvement qui , quoique nécessairement très-lent, tend à afiranchir le genre humain d^une des servitudes qui entravent le plus péniblement sa marche vers les améliorations dans Tétat général de la société; mais aussi ^ il faut se garder d'une précipitation qui compromettrait gravement les intérêts de la nation, et il faut que Ton connaisse bien toutes les conséquencesî des concessions que Ton pourra faire à la liberté des relations commerciales» C'est pour cela qu'il m'a paru utile de soumettre, à un examen particulier , quelques-unes des questions de douanes qui intéressent le plus directeipent Tagriculturet
§ EKt Du droit d'entrée sur les fers*
On a entendu depuis quelque temps les pro«< priétaires de vigneô. diriger les plaint^ les plus vives contre les droits d'entrée établie sur les fers
SUR XIS FSM. .119
étrangers^ auxquels ils attribuaient une diminu?tioD dans la consommation des produits de leur industrie^ par les nations qui peuvent nous fournir des fers. J'ai déjà dit un mot sur ce sujet, ep parlait de Pimpôt sur les boissons^ et il me semble inutile d^ revenir ici, parce qu-on a démontré avec la plus parfaite évidence que cies plaintes étaient fondées sur des suppositions entièrement fausses^ mais Tagriculture se présente ici avec un intérêt biea plus réel, dans cette question. £n effet , la cansonunation du fer entre pour une proportion si considérable dans les dépenses de la producrtion agricole, que Félévation du prix de cette matière occasionnée par les droits d'entrée , élève considérablement le prix de production de tous les objets créés par Findush-ie agricole.
Aujourd'hui, le prix Àes fers est assez généralement en France , à peu près triple des prix de cetf e matière en Angleterre 5 et comme la valeur du fer brut entre pour plus de moitié dan^ la valeur des ouvrages de maréchalerie qu'exigent la construction et la réparation des instrumens d'agriculture , il en résulte qu'en supposant que le prix du fer ne fût pas plus élevé en France qu'il l'est en Angleterre j la dépense an^ nuelle de chaque cultivateur, serait diminuée da tiers au moins du montant de ce qu'il paie au maréchal pour les ouvrages de ce genre. Il
ji
€20 PU DBOIT D^ENTllÉB
faut faire remarquer ici que cette économie s^aècroitraît à mesure que Tagrîculture s'exercerait avec des procédés* plus parfaits^ car si la dé^ pense en ouvrage de -maréchalerie est peu considérable dans les cantons où l'agriculture est très-arriérée , et où par conséquent les produits bruts sont très - faibles , elle s'accroît dans une grande proportion pour les cultivateur^ , qui, employant des procédés plus parfaits, ont besoin d'instrumens plus nombreux et moins grossiers ^ en sorte que Félévatîon du prix des fers présente un des plus grands obstacles à Tamélioration des procédés agricoles j et le bas prix de . cette matière est probablement une des circonsiances qui ont le plus puissamment contribué^ cri Angleterre , au perfectionnement successif des instrument aratoires j qui a permis aux cultivateurs de cette nation d^apporter dans tous leurs îravaux , un si haut degré de perfection et d'économie.
L^abaissement du prix du fer est donc une des circonstances qui doivent apporter à Tagricullure le plus de soulagement , et encourager avec le plus d'efficacité, l'amélioration des procédés de l'art 5 mais il serait téméraire d^en conclure que les cultivateurs éclairés doivent désirer, sbit la suppression totale du droit d'entrée, qui abaisserait infiniment le prix de la matière, soit une
SUR IIIS FERS. lai
réâuction de ces droits, si ^lle devait coinpro^ mettre Tindustrie de la fal>rîcatioa du fer en France : en effet , il ne sufEt pas pour les cultivateurs d^obtenir pour un moment le fer à bas prix ^ il faut que leur approvisionnement de cette matière soit* assuré, et à des prix uniformes ^ car un renchérissement subit pourrait produire des maux incalculables. Cest uniquement de la production du fer dans Tintérieur, et dans le voisinage de la consommation et des be«soins, que Ton peut attendre cette fixité dans les prix. Heureusement , d'après les développemens que nous voyons prendre depuis quelques années à Findustrie delà fabrication, du fer en France y on peut regarder comme à peu près assurée une diminution graduelle dans les prix ^ qui sera le résultat nécessaire de la concur-^ rence, et qui, selon toutes les probabilités^ ne doit pas beaucoup tarder à nous placer, sous ce rapport, au niveau de FAngleterre. De toutes parts, s^élèvent de grands établissemens où Toa introduit les procédés au moyen desquels les fabricans anglais sont parvenus à obtenir les fers à si bas prix; et il me semble qu'en ce moment il ne s'agit que de laisser faire Findustrie, pour que nous n'ayons bientôt plus rien à envier à nos voisins, sous le rapport du bas prix d'un produit que l'on pourrait nommer la matière
lara du droit d'£Nte]£e
première par excellence. Il est certain qu'au— jourd^hui, les bôiéfices des maîtres de forges sont en général très-élevés^ et <}uW grand nombre d^entr^eux arrivent promptement à de grandes fortunes; mais c'est précisément cette circonstance qui hâtera Tépoque de rabaissement des prix, parce que c'est elle qui détermine remploi d'immenses capitaux à la formation d'établissemens qui ne peuvent être créés qu'avec la perspective de grands profits; car le succès d'une entreprise* de ce genre , n'est presque jamais complèteiûent assuré d'avance, dans un art •aussi nouveau chez nous que l'est la fabrication ^u fer par les procédés introduits d'Angleterre. Comme il est certain, cependant, qu'il se rencontrera plusieurs points du royaume où cette "fabrication pourra s'établir dans des conditions «aussi favorables qu'en Angleterre, nous pou^ ^ons êtrej assurés d'arriver au but, et lorsque 'le développement du système de canalisatioFp facilitera sur tous les points du territoire, français, le transport du minerai, du charbon de terre et du pix)duit des forges, il n'est pas dou^ teux que nous ne jouissions comme nos voisins d'outre-njer, de tous les avantages du bas prix des fers. Dans mon opiiiion, c'est de ce déve*loppement successif, mais assuré, que les culti-^ valeurs français doivent attendre patiemment une
SUm us FEES. ia3
baisse dans les prix, qui assurera à Tart qu^ib
r professent, des eucouragemens incalculables.
j Quelques personnes qui ne recuknt devant
auame conséquence , lorsqu^il s^agit de Tappli-
[ catîon de ce qu^elles regardent comme un prin-» cipe, ont dit : 4^ Il est bien vrai que si nous il* » rions notre fer de l'étranger, il pourrait survenir
> telle circonstance où les prix s'élèveraient ex- » trêmement, et où nous paierions les fers peut*
> être quatre ou cinq . fois plus cber qu'aujour- » d'hui^ mais aussi, dès ce moment et dans tous » les temps ordinaires, les prit s^abaisseraiènt
> certainement de moitié au moins; et, comme » les circonstances qui amèneraient le renchéris- » sèment seraient r?ires et de courte durée, fl y » aurait plus que compensation ; car pour appré- . » cier les résultats, il faut considérer le terme !» moyen des prix pendant une longue suite » d'années; et si par Teffet d'une guerre mariti- 3> me, la France ne pouvait plus tirer de fer de » TAngleterre et de la Suède, elle en tirerait
» d ailleurs , par exemple de TEspàgnet « '
J'avoue qu^il m^est impossible de songer $ahs e&oi, aux funestes effets qui résulteraient pour Tagriculture^ d'une élévation considérable et su-r lite du prix des fers , au moment même où le ion marché de cette matière aurait fait contracter
ihbitvide . d'en multiplier Pusâge; et pour hA,
124 ^^ DROIT D'ENTRâ&
neuf dixièmes des cultivateurs français^ je trouve ] qu'il serait très^peu rassurant d^entrevoir la possibilité d'être forcé de faire venir par terre, leurs socs de charrue de la Catalogne* Aussi, en ne considérant ici que l'intérêt de Tagriculture, et en laissant de côté Timmense importance de Tindustrie de nos forges pour la richesse publique , }e pense que c'est uniquement des effets de la concurrence intérieure, que nous devons attendre rabaissement du prix des fers.
§ X. Du droit d^ entrée sur les hestiauœ.
Ce droit est un de ceux qui ont provoqué le moins de plaintes, et pal* ce motif, )'en parlerai très-brièvement , et }e me bornerai à quelques considérations générales. Un droit d'entrée sur les bestiaux étrangers est nécessaire pour encourager en France la production animale : cette vérité me semble démontrée par l'expérience^ mais on est forcé de convenir aussi qu'elle accuse bien cruellement notre agriculture. Presque tous les pays qui nous fournissent des bestiaux , sont placés dans des situations analogues et souvent moins favorables que la nôtre, spus le rapport de la production agricole \ dans plusieurs d'entr'eux, les impôts sont plus onéreux qu'en France
SUA X]£S BESTUXJX. laS
pour ragrîculture , et cependant ils peuvent produire à plus bas prix que nous. Rien q^atteste mieux que cette vérité , notre position arriérée^ dans la carrière des améliorations agricoles ; car si plusieurs parties de rAllemagne, le toyaume des Pays-Bas^ la Suisse, le Danemarck, etc., nous fournissent, malgré des droite élevés, des bœufs , des moutons et des chevaux, à nous qui possédons un territoire si vaste et si fertile, il est impossible d'en découvrir aucune autre, cause si ce n'est la supériorité dans leurs procédés de productions. U est humiliant , d'être forcé d'enregistrer un fait semblable, mais il ne faut pas reculer devant la vérité ^ car c'est seulement dans la connaissance de notre position réelle, que nous pouvons puiser l'énergie nécessaire pour reprendre , parmi les nations agricoles , le rang que nous n'aurions, jamais dû perdre. Quelques personnes se sont plaintes du droit d'entrée, parce qu'il forme souvent un obstacle à l'iinportation des types^amélîorateurs de nos races ; maïs cette opinion à trop souvent pris sa source dans l'erreur qui porte à croire qu'il faut, pour améliorer, une race , la croiser avec unç autre. Les races sont fortes et belles , là où elles sont bien npi|r-« ries, c'est-à-dire, là où l'agriculture est avancée; elles ^nt chétives dans les localités où l'on n^ Mit pas leur procurer une subsistwice suffisante^
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et mille faits démontrent que les faces d^un canton s^améliorent avec une étonnante rapidité ^ et changent presque instantanément dé caractère ^ par le seul effet de Tinfaroduction de la culture des prairies artifieielles j tandis que Pon a complètement échoué^ toutes, les fois que Ton a voulu ^ sans apporter des changemens daxis Péconomie agricole ^ introduire dans un pays ^ des races plus belles et plus fortes que celles qui y edsfaient» Avec les améliorations; de la culture ^ r introduction de types de races étrangères , peut être utile dans un très-petit nombre de cas^ mais n'est jamais nécessaire pour arriver promp^ tement à de très-beaux résultats ^ du moins lorsqu'il n'est question que. d'agrandir et d'embellir les formes. Sans ces améliorations , Yin^ troduction de races étrangères est toujours une dépense et une peine complètement perdue 5 ainsi je peçise que l'on peut se borner à établir, comme on l'a fait jusqu'à présent , des exceptions particulières à la perception des droit» d'entrée sûr les bestiaux ^ dans les cas où il serait reconnu qu'il peut être réellement utile tf introduire certains types améliorateurs. - L')analogie du sujet me détermine 4 dire ici quelques mots sur 1^ droits ^ablis à l'entrée $[]iF les bestiaux dan^ les grandes villes. Sou-^ wttt^ déjà t'ôa a r^kmé filtre Jlisage gêné-
sua LES BESmAVX. 1^7
Ta\ de fixer ce3 droits par tête de bétail , et i\ est facile de concevoir que ce mode de per— . ceptioa est extrêmement nuisible à la production nationale. En effet, les droits de douanes sur les bestiaux étant fixés aussi par tête, il en résulte nécessairement qu^il n'entre dans le ro^ yaume que les animaux des plus grandes races des pays qui nous approvisionnent , et encore de préférence, les plus grands individus de ces races : un bœuf de 4 quintaux ne fi:anchira ja-* maîs la frontière, puisqu'il serait assujétî aux. marnes droits qu^un bœuf de lo à 12 quintaux. Jusqu'ici cela ne présente aucun inconvénient pour Findustrie nationale^ mais si les droits d'octroi sont également fixés par tête, ces animaux étrangers obtiendront, sur les marchés^ une préférence décidée sur les ahimaùx du pays. On place ainsi en concurrence, la généralité des l^estiaux d'un pays où les races sont souvent faibles et petites, avec Télite des bestiaux produits dans des contrées où les races sont géné^ ralement plus volumineuses , parce que Tagricul-i ture y est plus avancée, et la subsistance du bétail plus abondante. Il est évident que, par ces dispositions, on jette sur les bestiaux da pays , une défaveur très-nuisible à la produc-* tion.
Bans les villes où ks bouchers sont contraints
Digitizeti
laS^ BU DBOrr B^ENTBIÎE.
de conduire leurs hestiaux à des abattoirs pif-blics , il serait très-facile d^imposer pour le droit d^entrée^ le quintal de viande, au lieu de la tête de botof ou de mouton ^ mais il me semble quUl serait encore préférable de fixer le droit dV^ctroi. d'après le poids des bestiaux en vie^ par ce moyen , on accorderait upe prime aux races de bestiaux dans lesquels le poids de viande nette , entre pour une plus grande proportion dans le poids total de FanimaL C'est un point auquel ont fait malheureusement très-peu d^attention jusqu'ici les éleveurs français, et qui est, à juste titre^ considéré comme d une très-haute importance eà. Angleterre, depuis que Fart de Téducation du bétail y a atteint un haut degté de perfection. Le$ races de bœufs , de moutons et de porcs , présenttent des différences très-considérables sous ce rapport, et tandis que dans les meilleurs races de moutons anglais, loo livres de Panimal en vie rendent 7 5 livres de viande nette et même davantage, plusieurs de nosT races françaises ne rendent que 5o ou 60 par Yo du poids de Fanimal vivant Cette considération est beaucoup plus importante pour Téleveur, pour Tengraisseur , et pour la production et la richesse générale, que le poids absolu de chaque animal. Il est assez indifférent, en effet, que Ton obtienne Un quintal de viande en un seul mouton ou eu