SUR LES BESTIAUX
deux; car la consommation en fourrages aura été égale dans les deux cas, et un mouton de 100 livres coûtera autanj; à nourrir que deux moutons de 5o livres ; mais la valeur réelle des animaux sera bien différente, si le quintal du poids des animaux en vie produit en proportion plus ou moins grande, les parties du corps des animaux auxquelles ils doivent leur valeur pour les usagés de la boucherie. Il serait donc extrêmement utile à ragriculture que ce genre d'amélioration dans Péducation de nos bestiaux fût encouragé par le mode de perception des droits d'octroi ; la fixation de ces droits par quintal du poids des animaux en vie, atteindrait bien ce but, puisque les bouchers auraient ainsi un intérêt direct à' payer à un plus haut prix les animaux dans lesquels la viande nette se trouverait en plus grande proportion , tandis que le mode actuel de perception ne favorise dans les races indigènes , qu^une qualité entièrement indifférente, à Ta-mélioration réelle des espèces , et place la pro*duction intérieure , dans la situation la plus dé* favorable à Tégard des produits étrangers. Ces considérations me paraissent d^une très— haute importance pour les progrès ultérieurs de Péconomie du bétail en France, et il me semble que la loi devrait imposer aux villes Tobligation 5* UYB. 9
I So BU DROTt n>.NTl\lC«
àc fixer ^ diaprés le poids des animaux en vic^ Its tarifs de leurs droits d'octroi»
§ XL Du droitx d^entrée sur les grains*
On peut appliquer à Pintroductîon des grains de la plupart des contrées qui avoisinent nos frontières, les observations que j'ai présentées en parlant àc Pintroductîon des bestiaux étrangers : en effet , si plusieurs parties dé TAUemagne , la Belgique , etc., peuvent nous fournir des grains à plus bas prix que nous lie pourrions leur en vendre^ il est impossible d'assigner à cette circonstance d^autre cause que la supériorité de leurs procédés agricoles 5 et en supposant que Pagriculture fût aussi avancée en France que dans ces pays, il y aurait peu d'inconvénient à supprimer toutes les restrictions à l'entrée ou à la sortie , puisque si l'agriculture française pouvait supporter avec avantage la concurrence, la libre circulation tournerait alternativement au profit d'une nation ou de Fautre, selon que les chances des saisons auraient favorisé ou contrarié la production dans chaque pays. Ainsi, lorsque notre agriculture aura atteint un degré de perfection qui nous fera marcher de pair, sous ce rapport, avec les nations voi-
stm ISS 6RÂm$. i3i
sbes ^ il me semble qu'il serait utile de renoncer entièrement à la législation restrictive sur la circulation des grains, relativement aux provenances de ces nations ; cependant ces changemens dans^ la législation ne devraient jamais être opérés que graduellement et par des dispositions annoncées long— temps à Pavanée; sans cela^ on ruinerait une multitude de fermiers dont les baux sont calculés sur la législation actuelle. Mais il est d'autres payis avec lesquels il sera probablement impossible que Pagriculture française puisse de long-temps soutenir la concurrence : ce sont les contrées peu peuplées, qui, quoique situées à de très-grandes distances, peuvent approvisionner de céréales nos marchés ; et en particulier les côtes de la Baltique , de la Mer Noire , les pays arrosés par les fleuves qui y versent leurs eaux, plusieurs parties de FAmérique septentrionale, etc. Dans les contrées où des sols très-^fertiles n^ont presque aucune valeur, où Ton peut par conséquent , presque sans aucun sacrifice sur le loyer ou la rente du sol , abandonner pendant une longue suite d^années le terrain qui a fourni une ou deux récoltes de céréales ^ et transporter la culture dans un autre terrain pour en obtenir encore de riches récoltes , par un seul labour et presque sans dépenses , où l'emploi si coûteux des engrais et les soins minutieux de la bonne
l3a BU DROIT B'feNTIUÎfi
agriculture ne sont pas nécessaires pour pro-^. curer aux plantes la plus vigoureuse végétation^ là y une population extrêmement restreinte peut produire des céréales en immense quantité et à un prix qui rendrait toute concurrence impossible pour les nations peuplées et civilisées^ et lorsque le transport peut s'effectuer par eau et à très-bas prix^ il devient indispensable pour elles de limiter du moins par des droits d^entrée, une importation qui anéantirait une grande partie de la production intérieure.
D^autres motifs viennent encore se réunir ici à la question économique ^ lorsqu^il s^agit de la production d^une matière qui forme la base de Ja subsistance de la population, et pour laquelle on ne peut s^exposer ^ux risques que pourrait faire courir une interruption d^ns les importations : ces motifs sont «trop généralement connus, pour que je doive m'y , arrêter ici. Je ferai seulement remarquer que s^il est une branche de production qui mérite d^être encouragée^ en la considérant purement sous le rapport de la richesse générale d'un pays, c'est certainement la production des grains , à laquelle on ne peut comparer aucune autre , sous le rapport de l'importance des valeurs qu'elle crée chaque année. On peut évaluer à environ loo millions d'hectolitres de froment., la consommation an—
SUR Lis" GRAINS. l33
nuelle de la France, et par conséquent la production moyenne; en attribuant à rhèctolître k prix moyen de i5 fr., cette production présente une valeur d'w/i milliard cinq cents mil^ lions} et si l'on porté à la moitié de cette somme la valeur de tous les autres grains, comme orge, avoine, mafe, etc., on trouvera que la production annuelle des grains en France offre une valeur de plus de deux milliards, ^uel genre d^industrie, quelle espèce -de production cTserait placer son chifiEre à côté de celui-ci f Et si Ton réfléchit que cette valeur n'est encore qu'une partie des produits de Vagriculture restreinte dans les limites où j'ai cru devoir circonscrire cet art , et que l'on avait peut-être trouvées bien étroites , on pourra se former une idée de la part pour laquelle l'industrie agricole contribue à la richesse générale d'une nation..
La législation française actuelle sur Fimpor— tation et l'exportation des grains , n'a guère été lobjet d'une critique que de la part de quei-^ ^es personnes qui l'ont accusée , dans ces . derniers temps , de l'espèce de disette qui afflige une partie de nos départemens. Il me semble qu'il est impossible de porter une accusation plus mal fondée i en effet, au temps, de l'excessive abondance qui nous a aussi dé^ aolés pendant sept années consécutires , la prohl-
1^4 ^^ DROIT d'entrée sur LES'GRAIKS.
bîtion de Timpartatioa a certainement eu pour effet de s^ppposer à une dépréciation encore plus considérable, et par conséquent de soutenir la production intérieure au-dessus du niveau où elle serait nécessairement tombée si les prix s'étaient avilis encore davantage. Mais comment concevoir que la disette a été amenée pa r cet excédant dans la production intérieure? corn— ment ne pas demeurer convaincu au contraire, que cette faveur accordée à la production a dû accroître constamment la masse des subsistances , et retarder du moins Tinstant de la pénurie , si elle n^a pu complètement en prévenir le retour ? £n effet, on sait bien que la masse des grains importée, quoiqu'elle puisse exercer une forte influence sur les prix , ne présente jamais qu'une ressource presque insignifiante pour Tensemble de la population répartie sur un territoire comme celui de la France^ c'est toujours sur la production intérieure, qu'il faut compter pour sa subsistance^ et cette production a incontestablement été augmentée par la prohibition à l'entrée dans les temps d'abondance. Depuis que les prix se sont élevés , l'importation a été ouverte là où des besoins réels se faisaien^t sentir ^ et dans t<)us les départemens qui peuvent profiter de l'impor— tatio», il u'est pas possible quil survienne une disette, toutes les fois que les nations étrau-
r>V BHOIT D^EIHTIIK£ SUR LES SUCRES. l35
gères qui peuvent les approvîstotiner , seront en mesure de le faire diaprés leur propre approvisionnement Il y a donc de Tinjustice à accuser de la pénurie actuelle^ une législation qui tend, il est vrai, à tenir les prix plus élevés aux époques d^abondance , mais qui ^ par cela même j prévient les disettes autant qu il est pos-* sible de le faire, en provoquant un accroissement dans la production intérieure»^ Cette législation est un mécanisme que Ton a déjà vu fonctionner dans» des circonstances très-diverses , et dont Texpérience a démontré 1 edicaeité» S^il y avait quelques modifications de détail à y apporter, ce ne serait, je crois, que dans la coniiMoaison des marchés régulateurs, afin d^obtenir phis de certitude que Vimportation sera promptement autorisée sur tous les poiats où le he-« soin s^ea ferait sentir^
§ XII. Hhù droit d'entrée sur les sucres^
Au moment où le système colonial que les Dations de l'Europe avaient fondé en Amérique, s'écroule de toute part , où il n offre plus que quelques débris dont il est impossible de ne pas prévoir la prochaîne disparition, une indushie flouvelle donne à l'Europe l'espoir de r^mplaeet-^
l36 DU DROIT d'entrée
par un produit indigène , la plus riche prodac* tion de nos colonies^ Mais en même temps, des intérêts de divers genres se présentent en concurrence : le commerce demande avec instances qu^on lui permette de fournir à Tapprôvisionnement de la France^ les produits, soit des colonies étrangères , soit des autres parties de FAmé— rique , soit enfin de Tlnde. Ces prétentions sont vivement appuyées par les hommes dont les opinions se rattachent à la nouvelle école d^économie politique : c^est au nom de la liberté du commerce, que Ton réclame la faculté d^aller acheter des sucres là où^Fon peut les obtenir au prix le plus bas^ et aussitôt que ce mot de liberté est prononcé , il produit sur tous les cioeurs généreux un effet tellement magique , qu'il semble que la discussion ne soit plus permise^ Cependant , pour une nation , la première condition de la liberté, c'est Tindépendance 5 et Tindépendance , c^est la prospérité et la richesse ^ car la puissance est à ce prix. C'est donc sous le rapport de la richesse nationale , qu'il faut examiner ce sujet. Je laisserai entièrement de côté la question coloniale, qui est étrangère au plan que je me suis tracé dans cet écrit , et je vais présenter quelques considérations sur les résultats probables de l'établissement en France du nouveau genre d'industrie qui a pour objet
soa LES SUCEES. i37
U fabrication du sucre ^ je commencerai par in«*' diquer Tinfluence qti^l doit naturellement exercer sur la prospérité et les progrès de notre agriculture : le point de vue agricole de la fabrication du sucre de betterave ^ o£Ere un si haut degré d^importance , qu^il me semble que les considérations qui sY rattachent^ méritent d^occuper une grande place dans les moti& qui doivent amener la solution de la question du commerce des sucres.
Pour les hommes qui connaissent Pétat actuel de Fagriculture en France , il est avéré qa^un des plus graves obstacles qui se présentent à tout cultivateur qui veut améliorer son système d'exploitation , réside dans la difficulté de trouver un emploi lucratif aux récoltes sarclées dont l'introduction est nécessaire pour supprimer l'emploi de la jachère. C'est une vérité qui a été développée par un noble Pair, M. de Morel-- Vindéy avec trop de talent et d'étendue de connaissances pour que j'aie besoin d'y insister ici. L'exécution des meilleurs assolemens vient souvent échouer devant cet obstacle : on peut bien produire des récoltes sarclées ^ c'est-à-dire des pommes de terre ^ des betteraves , etc. ^ mais que faire de ces produits P Nous sommes forcés de convenir que l'art de l'éducation des bestiaux n'eist pas encore assez avancé en France ^ pour qu'il soit
l38 BTS DROIT d'entrée
possrblé^ dans une multitude de cîrconstancps ^ •d'employer ces produits à leur subsistance, avec" un profit qui dédommage le cultivateur des frais qu'ils* ont entraînés. Dans ces circonstances, riea ne pouvait favoriser davantage Fadoption des assolemens alternes , que la découverte d'un emploi profitable d-une des plantes qui peuvent le plus facilement entrer dans ces assolemens, et qui convient à presque tous les sols et à presque tous les climats de la France. Il s*est trouvé encore que, dans les procédés de la fabrication du sucre , les deux tiers au moins de la matière nutritive que contiennent les betteraves, sont, sous forme de résidus, applicables à la nourriiure de nos bestiaux les plus précieux ^ en sorte que le propriétaire qui améliore ses assolemens, en y introduisant la betterave destinée à cette fabricatioD , est irrésistiblement forcé d^augmenter le nombre de son bétail., d^accroître la masse de ses fumiers , et de porter ainsi sur ses terres , une source de fertilité qui accroît ses récoltes de toute espèce. Si nous ajoutons à cela, que les spéculations de ce genre portent nécessairement vers Tagriculture, une masse considérable de capitaux >qut, en France^ prennent si difficilement cette direction , nous concevrons iacllement Tétonnant essor qu'a prrs l'industrie agricole , dans le voisinage des fabriques de sucre qui se
. SUR LES SUCRES. iSg
sont formées jusqu^à ce jour, et nous ne serons nullenaent surpris de raccroissement rapide dû prix de Tente ou de loyer des propriétés foncières j que Ton observe dans ces cantons.
Je pourrais ajouter ici que c^est certainement par la culture des betteraves destinées à la fabrication du sucre, que s^établira avec le plus de facilité en France, Pusage des instrumens perfectionnés si éminemment utiles pour obtenir la perfection et Péconomie , dans les procédés de semaille et de binage \ déjà je puis attester qu^il existe en France plus de semoirs et de boues à cbeval en activité dans les cultures des sucreries, que dans tout le reste de FagricuUure nationale. On ue sera pas surpris de ce fait si Ton pense que ces entreprises sont toujours dirigées par des bommes éclairés, auxquels les moyens pécuniaires ne manquent pas, et que leur intérêt excite à cbercber partout la connaissance des pratiques les plus parfaites et les plus économiques , dans toute la série de leurs opérations. De leurs mains, les instrumens perfectionnés et toutes les autres bonnes pratiques agricoles, passeront promptement dans la culture de leurs voisins. En général, lorsque Ton observe avec attention les circonstances relatives à ce nouveau genre dln-* dustrie, on remarque que presque partout, le propriétaire qui songe à introduire dans ses
l^Ù DU DROIT D'sr^TBiE
domaines des améliorations agricoles , porté aussitôt tes projets vers rétablissement d'une sucrerie; et dans toutes les exploitations jointes aujourd'hui à des sucreries ^ Famélioration des procédés agricoles a été la conséquence immédiate de cette destination dWe partie des produits. Il en sera nécessairement de même partout où s'établiront des sucreries 5 et l'idée d^améliorations agricoles , est tellement liée à ce genre d'industrie, qu'il est certainement démonti^é aux yeux de tout homme qui a pu se former des idées précises sur ce sujet, qu'aucune circonstance ne peut exercer une influence plus puissante sur les progrès ultérieurs de notre agriculture, que le prompt développement de l'industrie de la fabrication du siîcre indigène.
En réclamant la suppression du monopole du tabac , on a bien souvent fait valoir les avantages que l'agriculture pourrait trouver dans la libre culture de cette plante. Je ne suis certes pas disposé à contester ces avantages , mais qu'il me soit permis d'établir en peu de mots ici un parallèle entre la culture du tabac et celle de la betterave destinée à la fabrication du sucre. Le tabac ne peut se cultiver que sur des sols d'une haute fertilité, qui, sans lui, seront toujours couverts de riches récoltes, et qui ne connaissent pas h jachère ; comme il exige une énori&e quantité
sua LES SUCRES. «41
d^engrais^sans en produire, sa culture suppose un ëtat déjà très-rprospère de industrie agricole. La betterave au contraire se contente de presque tous les sols qui sont destinés . à la culture des céréales et des prairies artificielles ] elle entre partout dans la succession régulière àe ces ré^ coites, elle trouve une place dans les meilleurs assolemens que Ton peut adopter dans toutes nos exploitations rurales \ elle y remplace la jachère^ et par la quantité de fumier qu'elle produit , elle enrichit autant les xassolemens dans lesquels on l'introduit , que le tabac appauvrit ceux dans lesquels il entre. La culture du tabac e§t un don réservé à nos provinces les plus riches, et où les procédés agricoles ont déjà atteint un haut degré de perfection. La culture de la betterave est destinée à porter la fertilité et la richesse agricole , dans nos départemens les plus arriérés 5 c'est là qu'elle se fixera certainement avec le plus d'avantage , parce que c'est là qu'elle trouvera les conditions économiques les plus favorables, c'est-à-dire des terres à bas prix, et des bras sans emploi^ et elle n'a pas besoin de trouver , comme cela est nécessaire pour le tabac^ une agriculture déjà riche en production d'^igrais : elle les apporte avec elle. Lorsque les conditions que je viens d'indiquer se trouveront réuni^ au bas{>rix du combustible^ circonstance
\^1 DU DROIT D^ENTtlîEE
éconoitiîquc fort importante pour une fabrique de sucre, on peut être assuré que cVst dans ces localités que se fixera, avec le temjps, la fabrication du sucre de betterave. Ainsi , les dépar— temens de la Nièvre, de TAUier, de la Haute- Saône , et nos autres départemens du centre , voisins des mines de houille et où Pindustrie agricole est si arriérée , seront infailliblement enrichis par cette industrie.
La culture du tabac ne peut enrichir que la petite ou tout au plus la moyenne culture, car seules elles peuvent s'y livrer. Je suis loin de méconnaître Fimportance de la petite culture^ et personne n^est plus disposé que moi à sentir la puissante influence qu'elle exerce sur la richesse agricole du pays; je reconnais tout ce qu'elle offre de précieux pour le bonheur et la moralité de la population , et je regarde comme la plus heureuse circonstance de notre situation agricole et sociale les immenses développemens que la petite culture a pris en France depuis quarante ans. Mais il est impossible de se dissimuler que ce n'est pas elle qui a besoin, en ce moment, d'assistance et d'efforts en sa faveur; elle s'accroît, s'améliore et s'enrichit chaque jour avec une étonnante rapidité, tandis que la grande culture, si elle ne reste pas stationnaire chez nous, se perfectionne à pas si
SUR LES SUCRfiS. l43
lents iy qu'on peut à peine les çipercevoîr. JTai indiqué ailleurs les causes de cette difFérence^ et il serait tropv long de m'y arrêter ici -, mais je demanderai si, dans ces circonstances, on ne doit pas attacher une haute importance à tout ce qui peut tendre spécialement à Tamélioratipa de la grande culture ? Rien n'est plus propre à atteindre ce but que la fabrication du sucre attachée aux grandes exploitations agricoles.
Si nous cherchons à apprécier Pimportance relative des cultures du tabac et de la betterave^ nous trouverons qu'à Tépoque de la culture libre du tabac, elle occupait en France environ 14^000 hectares 5 il paraît qu'aujourd'hui elle en occupe seulement 8 ou 1 0,000. Lorsque la France produira le sucre nécessaire à sa consommation actuelle, c'est-à-dire, environ 35,ooo,ooo kilog., les betteraves qui le produiront occuperont à peu près 35,ooo hectares de terre; car on peut compter qu'en moyenne chaque hectare produit environ 1,000 kilog. de sucre. On peut donc évaluer l'étendue de terre qui sera utilisée par ce genre d'industrie, au quadruple environ de la surface territoriale qui est employée à la culture du tabac. IJn évaluant la surface moyenne du territoire d'une commune à 1 ,oqo] hectares , et en supposant qu'un dixième de cette surface «rail Cpûsaçrée annùçllement à la culture de
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la betteraTÇ ^ on voit que cette industrie , bornée à }a consommation du pays, porterait dans 35o communes , un système agricole qui ^ par Taccroissement de fertilité qui en est le résultat infaillible, y doublerait la production de tous les autres genres de récolte, et répandrait de toute part autour de lui , l'exemple des bons procédés d'agriculture. On conclura, je pense, de ce parallèle, que s'il est très-fâcheux que des restrictions viennent entraver la libre culture du tabac , l'industrie agricole peut trouver dans celle de la betterave , pour la fabrication du sucre , une compensation qui lui ouvrira des ressources bien plus importantes encore , et qui exercera sur sa prospérité une influence beaucoup plus puissante. Je dois faire remarquer que la fabrication du sucre indigène ne peut diminuer aucune autre espèce de production r les travaux des fabriques ayant nécessairement lieu pendant l'hiver, la main-d'œuvre qui y sera employée ne fera presque jamais qu'utiliser un temps perduipour Fin* dustrie de la classe laborieuse des campagnes; les jachères , au Jieu d'être vouées à la stérilité ^ fourniront la matière première; le charbon de* terre qui sera consommé dans les fabriques, formera une addition à la quantité qui est an-* nuellement extraite de nos mines; en un mot^ lorsque la Franee produira le sucre nécessaire
SUR LES SUCRES. i45
ii si consommation ^ que l'on peut évaluer à la somme de 4o ou 5o millions de francs ^ ce sera bien une augmentation réelle de richesses ^ un >K^Toissement de revenu national , sans qu^aucua autre genre d^industrie puisse en éprouver de diminution , ou en recevoir aucune atteinte pré^ judiciable» L'^évidence de cette Vérité m'aurait empêché de l'indiquer ici , si des économistes modernes^ en forçant les conséquences de ce principe très-vrai en lui-même, que l'on ne peut acheter des produits qu'avec des produits , n'en avaient conclu que la France ne serait pas plus riche si elle produisait chez elle le sucre qu'elle consomme qu'en l'achetant à l'étranger. Pour que cette conséquence fût vraie, il faudrait que l'on nous montrât que lorsque nous produirons le sucre chez nous , nous produirons en moins ^ pour une valeur égale, une autre denrée que nous exportons aujourd'hui pour payer nôtre approvisionnement en sucre 5 mais il n'y a pas la moindre* raison qui puisse appuyer cette assertion. Transportons— nous pour un instant à cette époque, peut-être beaucoup plus rjapprochée de nous que nous ne le croyons, où les débris de nos colonies s'étant échappés de nos mains, nous dépendrons de l'Inde pour notre consommation de sucre , si nous ne le produisons pas chez nous. Quel motif plausible ou - 5^ UVR. 10
àifi DU DROIT D^ENTR^
mâne spécieux pourrait^-on alléguer , pour préien<dre que nous exporterons des produits pour un seul écu de plus^ dans le cas où nous ferons dans rinde notre approvisionnement de sucre ^ que dans celui où nous le produirons sur notre territoîref Fera-t-on avec Tlnde un traité de commerce pour la forcer d^acheter nos produits en échange de ses sucres f On nous dira sans doute quels produits nous vendrons à ces contrées qui vendent à tout le monde sans acheter rien de personne*
Dans les plus beaux jours de notre industrie coloniale , on se félicitait vivement de cette nécessité où la métropole avait placé des contrées lointaines, de lui acheter ses produits , en échange de ceux qu^elle lui fournissait : un immense mouvement avait lieu dans trois ou quatre de nos villes maritimes; les douanes enregistraient avec soin et exactitude, la masse Aes exportations et celle des importations. Mais lorsque la fabrication indigène sera ét2J:)lie ,, les ouvriers de nos sucreries consommeront-ils moins que ne le faisaient les nègres de nos colonies ? Nos fabriques d^étoffes gagnaient-elles plus à fournir le jpantalon de toile qui forme Punique vête— tement de ces derniers , qu^à habiller les blancs qui trouveront dans leà salaires que leur procurera la fabrication française , le moyen de satist 1 ■
sua LES SUCRES. i47
faire à une multitude de besoins et de jouis*sances f Un accroissement de population dans la classe ouvrière^ suite nécessaire de celte augmentation dans ses moyens d^existence, ne corn-pensera-t-elle pas et bien au-delà^ sous le rapport de la consommation, la population noire que nous n^aurons plus à nourrir, à vêtir', et à faire périr dans les borreurs de Pesclavage? Sans doute, le mouvement de production et de consommation auquel donneront lieu les fabriques nationales , ne pourra plus être constaté par les registres des douanes^ il ne donnera plus lieu, en se concentrant sur quelques points privilégiés, à des bénéfices pour les armateurs de Bordeaux ou du Havre ^ mais combien ne sera-t-il pas plus actif et plus favorable à la prospérité générale, en se divisant sur la surface du territoire f combien ne sera — t- il pas plus assuré contre toutes les chances des événemens ? Par ia fiabrication indigène du sucre , nous transportons chez nous nos colonies , nous les incorpo*^ rons à notre territoire, avec tous les avantages que Ton a jamais pu s^en promettre dans les suppositions les plus favorables du système colonial , mais sans aucun des inconvéniens qu^entraînait cette monstrueuse combinaison.
Il est malheureusement impossible que j^omette de répondre ici à quelques allégations d^un pu-
i48 BV DROrt D'klSTBlÊE
Jblidste pour le talent duquel, je professe festime Ja mieux sentie, et qui a rendu d^éminens services à la science de Pécononiié politique.' Les paroles de M. Say ont trop de poids pour que Ton puisse se dispenser de les examiner, lorsque Ton a le malheur de se trouver en opposition avec lui» Dans Particle ci-dessus relatif aux droits de douanes y je crois, avoir sùflGsamment protesté contre les conséquences exorbitantes que cet écrivain d^accord avec la secte actuelle des écono* mistes, croit pouvoir tirer, en général , relativement à Tinfluence des importations et des exportations sur la richesse des peuples^ de quelques principes très-vrais en eux-mêmes , mais dont on mç semble avoir abusé pour en déduire , par des ^erreurs manifestes , les doctrines les plus préjudiciables aux intérêts de la France^ mais puisque M. Saf a cru devoir appeler spécialement en cause la fabrication indigène du sucre, il faut bien aller au-devant de lui sur ce terrain. Par suite de Tévidente prédilection qui préoccupe cet écrivain pour le commerce d'importation , il traite souvent Findustrie intérieure ayec une partialité qui ne Ta pas abandonné lorsqu'il a voulu parler de la fabrication du sucre de betterave ^ voici comme il s'exprime à ce sujet : « Je ferai remarquer en passapt que , »;. c'est un bien mauvais calcul quo de vonloic
SDH ÏXS SUCRES* 14^
» obliger la tône tempérée à fournir des pro— -
> duits de la zone torride. Nos terres produisent
> péniblement, en petite quantité et en qualité
> médiocre, des matières sucrées et colorantes » qa^un autre climat donne avec profusion,^,
> Lorsque nous condamnons nos terres à nous » donner ce qu^elles produisent avec désavant tage, aux dépens de ce qu^elles produisent f plus volontiers; lorsque nous achetons par » conséquent fort cher ce que nous paierions f à fort bon marché si nous le tirions des lîeui; » où il est produit avec avantage, nous deve-« » nons nous-mêmes victimes de notre propre
> folie.» (TYaité d'Économie politique^ 1826 f tome 1*'; page zog). Le tableau, comme on le voit, n^est pas flatté. M. Say a-t-il bien pesé ses paroles, en traitant aussi durement cette pauvre fabrication F là connaissait-il bien lorsqu^il a tracé ces lignes? Arrêtons-nous un moment à Texamen de ces diverses allégations : d^abord, estM question de faire fournir à la zone tempérée des produits de la zone tor-* ride P La betterave n^est-elle pas aussi naturelle à nos climats, que la canne aux pays inter-^ tropiquaux? Parce qu^on a ignoré long-lebps fart d'extraire le sucre de la première dé ces plantes, faut-il rejeter cette découverte lorsqu'elle s'ofire à nous? L» zone tbrride avait-elle
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l5o DU DROIT d'entrée
acquis ^ par prescription , le droit éternel d'étouffer tout genre d'industrie qui aurait pour but de produire le sucre hors de ses limites ? Il me semble entendre un contre-sens, lorsque jp vois un homme tel que M. Sajr protester ainsi contre les découvertes des sciences, et chercher à circonscrire les arts et l'industrie dans leurs antiques limites. Que veut, dire ensuite cette ex-* pression, de produits de médiocre quantité F II xne semble que s'il y a une vérité démontrée aujourd'hui dans la science et dans l'industrie, c'est celle qui constate la complète identité du sucre de betterave avec celui de la canne ^ le dégustateur le plus expérimenté, le plus habile chimiste , ne peuvent établir entr'eux aucune différence. Quant à la quantité des produits sur une surface donnée , personne ne peut contester l'excessive infériorité de nos terres, sous le rapport de la fertilité, avec celles de nos colonies dani^ lesquelles on cultive la canne à sucre : là , c'est dans les sols les plus riches , que se concentre cette culture , et le climat aussi-bien que le sol y développe un luxe de végétation dont rien ne peut approcher dans nos climats froids. Eximiinons néamoins la question de la production du sucre en comparant les produits d'une étendue de terre donnée cultivée exx cannes ou en betteraves. J'ai rapproché avec beaucoup de
$UE tes SVCBJtS. tSi
soin tous les documens que f ai pu recueillir sur la production du sucre dans nos colonies , en confrontant et comparant ce qu^ont écrit sur ce sujet, M. de Caseau qui a habité pendant long-temps les Antilles anglaises , et qui les connaît parfaitement bien, M. Dutour^ colon trèsinstruit qui a écrit Particle Canne à sucre dans le Nouveau Dictionnaire d^ Histoire naturelle p M. du Trône La Couture auquel nous devons un bon, traité sur la culture de la canne et la fabrication du sucre , et même Raynal qui a recueilli des documais exacts sur ce sujet : je trouve que la production du sucre, dans les exploitations des colonies d^ Amérique, y^it entre 1,000 et 2,000 kilog. par hectare de terre emplantée en cannes ^ on cite des exemples de 4,000 kilog., mais ce sont des cas très-rares^ et il ne paraît pas que la production moyenne puisse être évaluée à plus de 1:2 à i,5oo kilog. M. Say me fournit dans la page même que je viens de copier, une donnée qui vient Confirmer cette évaluation : il rapporte d'après M. de Humboldt^ que sept lieues carrées de terrain suffisent, dans les colonies d'Amérique, pour fournir la quantité de sucre nécessaire à la consommation annuelle de la France. La lieue carrée présentant une superficie de 2,5oo hectares ^ ces sept lieues carrées formeraient une étendu^ de 1 7,5oo hectal|s'. Si ce calcul s'appliquait à la
|5a DIJ DROIT B'ENTRiCe
consommation actuelle du royaume, que Ton évalue à environ 35 millions de kilog,, il présenterait pour résultat du produit de chaque hectare, 2,000 kilog. de sucre brut* Mais il est bien plus probable que le calcul de M. de Hum^ holdt se rapporte à la quantité de sucre que consommait la' France à Tépoque où le savaot •voyageur explorait les contrées de TAmérique, et alors cette consommation ne dépassait pas 20 million^ de kilog«, en sorte que nous n^aurions pour résultat quVne production de 11 à 1,20a kilpg. de sucre par hectare de .terre cultivée en cannes*
Mkis ces résultats sont-ils donc si différens de ceux que Ton obtient dès aujourd'hui de la culture de la betterave, dans le sol froid et épuisé de notre vieux continent, et dans Tétat d'imperfection où sont encore les procédés d'un art si nouveau ? Que M. Sajr veuille bien prendre des informations dans nos fabriques, et il se convaincra qu'un produit de 1,000 kilog. de sucre par hectare de terre , est une chose tout ordinaire. En effet, les betteraves produisant dans les fabriques bien dirigées, cinq pour cent de leur poids en sucre, ce produit ^e suppose qu'une récolte de 20,000 kilog* de betterave par hectare, c^ qui n'est pas au-dessus du terme moyen des produits d'une bonne culture, dans
SUR liES 5UGBES. l53
ua sol passablement fertile. II n^est nullement rare d^obtenir des récoltes de betteraves de 5ô et même de yS mille kilo^ammes par hectare , ce qui nous rapproche beaucoup du piaximum des produits de la canne. Il y a ici une remarque importante à faire : la canne n'est ré« coltée que 18 mois après sa plantation, tandis que la betterave n'occupe le sol que pendant 6 mois au plus» Si nous avons égard à celle différence, ce qui n'est que juste, nous arrive-* rons à ce résultat bien peu prévu, que les terres de nos fermes produisent , sur une étendue et dans un espace de temps donné, une quantité de sucre plus considérable que les plantations de cannes du nouveau monde. Que reste-t-il main* tenant des allégations de M. Say ? Et cependant quelle impression défavorable pour notre nou-- Telle branche d^industrie, n'a pas dû résulter de cette opinion d'un homme célèbre, sur l'esprit de ses nombreux admirateurs!
Je passe à l'examen rapide de l'état dans lequel se trouve aujourd'hui cette fabrication en France»
Le royaume ne produit encore qu'une très-^ {>etite partie du sucre qu'il consomme \ cepen-^ dant cette quantité a pris depuis quelques années un tel accroissement, et les fabriques se multiplient & tel point qu'il est facile de prévoir que
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l54 DU DROIT d'entrés
si rien ne yient comprimer cet élan , il ne nous faudra pas une très-longue suite d^années pour nous afiranchir completement.de toute importation de ce produit. Il est très-remarqnable que c'est dans la France seule , que ce mouvement est imprimé à Findustrie : en Allemagne où cette fabrication a pris naissance, et où elle avait reçu un assez grand développement sous Pempire du blocus continental , elle a été complètement anéantie par la concurrence libre avec le sucre des deux Indes ; ainsi, si nous continuons de marcher dans la route sur laquelle nous nous avançons à grands pas, la France deviendra, selon toutes les apparences, le centre de la production du sucre en Europe^ et pour celui qui a été à portée de mesurer autant qu^il est possible de le faire aujourd'hui, Fétendue et la portée des perféctionnemens que cet a^rt peut recevoir par Texpérience et les développemens de la pratique, il demeure très -probable qu'une nation convenablement située pour ce genre d'industrie, et qui aura su se l'approprier par la priorité de date , pourra, dans la suite et peut-être pendant longtemps , non-seulement suffire à sa propre consommation , mais aussi soutenir avec succès la concurrence chez les nations voisines, avec les sucres étrangers.
Mais seraijt-il prudent de comproiïiettre cet