‹ Annales agricoles de Roville (volume 3)Chapitre 37 sur 72 · MOISSON · texte numérisé non relu

MOISSON

autant d^^eliers que Ton a d^hommes chargés de faire les moyettes , et en faisaot servir chacun d'eux par quatre ou cinq femmes ^ qui- ne s^occupent qùer d^apporter les javelles près de la moyette^ le travail marche aussi plus lestement. >

Pour établir une moyette^ on pose d^abprd à> lerre une javelle , dans un lieu élevé du bilion ^ on replie cette javelle sur elle-même , eo soulevant les épis d'une main que Ton passe par*n dessous, pendant que Ton appuie l'autre bras sur le milieu de la javelle, et Ton ramène ainsi les épis sur Teitrémité opposée de la javelle ^ ou presse fortement la paille sur le plis' , afin de forcer la javelle à rester dans cette position. On ^ place ensuite circulairement des javelles autour, de celle-ci, en fa isan^ reposer &^t die les épis,: en sorte qu'ils se trouvent tous au centre du cercle , qui a ainsi un diamètre égal à deux fois» la longueur de la paille : on voit que par cette disposition, aucun épis ne pose sur la terre. On ajoute de nouvelles javelles sur celles-ci, et à. | mesure que Ton élève la moyette, on a soin; de ranger circulairement avec beaucoup de re-^ gularité le pied des javelles ^ en frappant légèrement delà main la face extérieure dé la moyette, afin qu^aucuns brins de paille ne dépassent les autres, mais qu'ils forment une surface cir-^ culaire unie. On monte ainsi verticalement la

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$ttr&ce qui (otme le pourtour de la moyette^ jusqu^à la hauteur de trois ou qtiatre pieds. Gomme tous Itô épis se trouvent aa centre ^ cette partie s^âève plus rapidement que le pourtour , en sorte que la moyette présente en dessus une forme bombée Ott un peu conique; cette circonstance est très - importante , parce que tous les brins de paille ayant une pente vers Tintérieur de la moyette ^ la petite quantité d'eau qui pourrait pér nétrer dans une forte averse à quelques pouces de la surface, ne peut s^insinuer dans Tinté-^ rieur i) mais tend toujours à s^écoulet au dehors* Lorsque la moyette est arrivée à la hauteur de trois ou quatre pieds , on Croise successivement davantage les épis les uns sur les autres dans le centré, ce qui diminue progressivement le dia<^ mètre de la moyette^ le centre s^élève alors beaucoup plus rapidement, et Ton continue jusqu^à la hauteur à laquelle Fouvrier peut fat-r cilement manœuvrer \ le dessus de la moyette forme alors un cône plus aigu qu^auparavant , et que Ton couvre d'aune gerbe que Ton prépare à cet effet , en plaçant un fort lien près du pied de la gerbe; on renverse cette gerbe sur la pointe du cône, les épis tournée vers le bas, en la disposant avec soin , de manière que toute la sur^ ,£ice du cône soit également couverte. Lorsque la moyette est dans cet état, elle n^à riea à

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craindre- des plus fortes pluies; cependant il est prudent de visiter les moyettes, après tfn vialeiit orage, parce que si Tune d^elles n^a pas été faite avec assez de soin, il est possible qu^une pelite quantité d^eau y ait pçnétré^ dans ce cas on enlève la gerbe qui forme le chapeau , et on la dresse à côté , aiin qu'elle se sèche par reffet du vent et du soleil >, ainsi que la partie de la moyette qu'elle recouvrait. On a soin de replacer le chapeau le soir ou à Fapproche de la pluie»

Les céréales, pour être ainsi mises en raoyeltes , n^ont pas besoin d'être aussi sèches que pour être engrangées, et Ton peut toujours dresser leis moyettes immédiatement après le faudl--lage, même lorsque les grains sont coupés avant leur parfaite maturité , ei l'on peut les laisser ainsi pendant quinze jours ou uamoisj lamatu* rite s'y achève complètement , et le grain y prend une excellente qualité^ Cependant si la pailleétait mouillée au moment où l'on faucille, ou. si les javelles avaient reçu de la pluie, oa de^ vrait attendre qu'elles fussent ressuyées avant de former les moyettes 5 mais on peut toujours le faire beauco.up avant que le grain soit suffisamment sec pour pouvoir être lié en gerbeset rentré dans les granges ou mis en > meules.. Ensuite il n'y a plus aucune, urgence pour rentrer le grain, et le cultivateur peut attœdre

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pmc cela , que le teÎDps et ses autres tràyanx lui permettent de le faire sans inconvénient

JPai aussi employé avec succès cette année j un moyen de ranger les gerbes sur le terraio^ de manière à ce qu^elles souffrent le moins pos-^ sible dés. pluies qui surviennent avant qu'il ait été possible de les charrier^ ce moyen m^avait été indiqué par un élève de Tétablisseinent^ né dans le département de TAveyron ^ et qui Tavait vu pratiquer chez lui. On couche deux gerbes en ligne droite, Tune en face de Tautre^ les épis au milieu, et de manière quils se croisent un peu ^ on place ensuite deux autres gerbes de même que les premières , mais à angle droit sur la première ligne, et sur le milieu de cette ligne , de sorte que ces quatre gerbes représentent une croix dont les épis occupent le centre. On couche àloi^ deux autres gerbes sur les deux premières , puis encore deux autres sur la deuxième ligne de la croix , en montant ainsi jusqu'à trois ou quatre gerbes de hauteur, en sorte que la croix conservant toujours sa première forme ^ contient douze à seize gerbes. On conçoit que tons les épis étant au centre de la croix , et couverts les uns par les autres,. ne peuvent être mouillés par la pluie, si ce^ n'est ceux de la gerbe qui a été placée la, dernière ; mais comme celle*-ci se trouve fort élevée, elle se ressuie facilement

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par le moilidre veut. J'ai ttoûré que les gerbci oui peu a craindre des plaies dans cette p(M fiition, et qaotque le grain n'y soit pas à beaucoup près aussi en sûreté que dans* les moyettcSi^ ce procédé peut présenter une ressource précieuse , lorsqu'une averse subite empêche de cbarger les gerbes qui viennent di'être liées, ou lorsque Ton est forcé d'en laisser passer la nuit dans les champs ^ mais on doit toujours les rea** trer aussitôt que cela est possible.

Depuis fort long*temps j'ai adopté l'usage de mettre presque toujours en moyettes le colsa, immédiatement après le faucillage j mais l'année dernière surtout, j'ai pu reconnaître combien cette pratique est utile. Ces moyettes se forment de même que je l'ai indiqué pouf le froment, si ce n'est que l'on ne place pas au centre une javelle repliée; ainsi, on dispose circulairemeot sur uùe place bien sèche, des javelles de coïts-, en plaçant au centre le sommet des plantes ] Ift moyette a ainsi pour diamètre le double de la hauteur du colza. On ajoute de nouvelles javelles sur celles**ci, en les disposant de même, mais on rétrécit progressivement le diamètre de la moyette, en croisant au centre le sommet des javelles , et l'on continue ainsi jusqu'à la hauteur de cinq à six pieds , en affermissant le mieux qu'on le peut, les javelles supérieures, afin qu'elles ne

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soient pas enlevées par le vent* Il n^ ^ ^^cun inconvénient à placer ainsi , immédiatement àer* rière la faucille^ le coUa que Ton a coupé un peu sur le vcrt^ comme on doit toujows le faire^ si Ton veut éviter d'éprouver de grandes perte» par Fégrenage. Ia maturité de la graine s^achève très-bien, dans les moyettes , et comme elles sont peu serrées , parce que les tiges de colza laissent beaucoup d^intervalles entre elles , le vent y pénètre asses pour dessécher promptement leis parlies où la pluie aurait pu pénétrer. J'avais, Tannée dernière, une assee fwte récolte de colza (feo ai vendu plus de :25o hectolitres), qui a presque toute été disposée ainsi, et quoique la saison eût été réellement désolante par Tabondance et la fréquence des pluies, la graine a été rentrée en très-bon état , à la réserve d'une très-petite partie de la récolte qui était restée çn javelle à la manière ordinaire, et qui a été presque entièrement perduci

Les moyettes de colza peuvent ordinairement être battues huit ou dix jours après qu'elles ont été faites, cestrà-dire, lorsque Ton reconnaît que toutes les plantes sont complètement mûres ^ les grains noirs et les siliques bien sèches dans l'intérieur du tas. Mais alors on perdrait une très-grande quantité de graine, si l'on voulait démonter la moyeUe comme on le fait pour les

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Céréales^ parce que les siliques de colza s^ouvrant avec une grande facilité, et ies branches des plantes étant entrelacées les unes dans les autres , il serait impossible , quelque soin que Ton pûl y mettre ^ de séparer les javelles sans donner Heu à beaucoup d'égrenage. Je fais alors transporter les moyettes entières sur la bâche ou * grande toile sur laquelle s^opère le dépiquage du colza : on se sert pour cela de petites bâches, ou toiles carrées de huit pieds de c6té ^ et qui sont assujéties par deux côtés, à des perches légères de dix pieds de longueur* On étend la bâche ainsi disposée k côté dfe la moyette , et quatre hommes passant 50US la moyette deux autres bâtons de dix a douze pieds de longueur , enlèvent la moyette tout entière, et la placent sur la petite bâche; on retire alors les deux bâtons, et les quatre hommes saisissant les quatre extrémités des deux bâtons qui sont fixés à la bâche, les placent sur leurs épaules, et transportent ainsi la moyette jusqu'à la grande bâche sur' laquelle ils la déposent. Le service se fait ainsi très-lentement, et Ton perd aussi peu de grain qu'il est possible.

CULTURE DU TREFIB. aSS

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