DU TRÈFLE
ciiement ramassée au printemps. Quelques culti* vateurs habiles m'ont assuré qu il vaudrait mieux répandre le fumier à la fin de Fhiver ou en mars, plutôt qu'à l'entrée de Fhiver. Ils allèguent qu'avec le fumier on apporte ordinairement des semences de mauvaises herbes, indépendamment de celles qui se trouvent déjà dans le sol; ces semences^ réchauffées par le fumier, végètent avant le trèfle , au lieu qu'en pratiquant une fumure plus tardive, les mauvaises graines n'ont pas le temps de prendre le dessus et finissent par être étouffées par la légumineuse.
Ceux qui croient que le trèfle a besoin d'être ainsi recouvert pour être mis à l'abri des gelées de l'hiver, ne se rendront certainement pas à mon avis \ cependant leur crainte n'est point fon** dée , car il est d'observation que les hivers assez rigoureux pour nuire aux trèfles , épargnent aussi peu ceux qui sont couverts que ceux qui ne le sont pas.
Depuis que par une grande dépense d'engrais, et par un grand nombre de cultures, je suis parvenu à donner à mes champs un haut degré de fertilité , j'ai décidément renoncé à fumer le trèfle par-dessus, i** parce que j'ai observé que les eaux des pluies et des neiges entraînaient hor# du champ les parties les plus précieuses de l'en*grai? ainsi employé; :a^ parce que j'ai besoin de
mon fumier pour mes autres récoltes^ 3^. parce qu^après un trèfle fumé de cette manière^ j'ai toujours vu mes blés verser; 4^ enfin, parce que je ne me suis jamais aperçu que le trèfle pérît par la gelée»
Une terre riche, bien préparée et dans laquelle les racine]^ du trèfle pénètrent facilement et se fortifient avant Thiver , est encore le meilleur préservatif coûtre la rigueur des gelées» Quant à la beauté, mes trèfles, que je sènie, du reste , dans la première céréale après krécoHe sarclée, ne le cèdent en rien aux trèfles fumés de mes voisins qui suivent V assolement triennal ())• U est vrai , sans doute, que Ton peut semer avantageusement le trèfle dans la seconde céréale, lorsque cependant elle a été fumée, précaution que ne manquent pas de prendre pour améliorer leur assolement , quelques cultivateurs éclairés de ma connaissance , mais qui cependant ^suivent Fassolement triennal.
Il est très-difficile d'évaluer , diaprés les, ré-
(i) La méthode de fumer les trèfles pardessus est assez généralement usitée dans Tassolement triennal ; mais celle qu^indique ici M. Schwertz , est beaucoup préférable , et le fumier est employé d'une manière bien plus avantageuse i lorsqu^'on l'applique à la récolte sarclée qui précède immédiatement la céréale dans laquelle on sème le trèfle. {Nott de M. de Dombasle).
BU TRÈFLE. 3oi
poQses que Ton obtient de la plupart des cultivateurs , le produit et la valeur d'une récolte de trèfle., Aucun d^eux n'a Tidée de compter les voitures de fourrage vert qu'il en obtient, et encore moins de les peser 5 et d'un autre côté il arrive rarement que les deux coupes soient converties en foin. Suivant M. Direxsen , on considère , tlans son canton , comme une bonne récolte , lorsque les deux ou trois coupes de trèfle donnent t{00 voitures , à un cheval , de fourrage vert par bunder (3oo voitures par hectare). Le docteur Vandenhergh assure qu'il obtenait dans «es polder , une voiture à un cheval , de trèfle vert , par perche carrée (600 voitures par hectare). MM. Man et J^on Fonderie assurent qu'une prairie artificielle de trèfle commun^ lorsqu'elle est bien aménagée, donne de bons jproduits pendant deux ou trois ans : mais ces Messieurs ne parlent que d'après ce qui se passe sous leurs yeux. Dans toutes les autres localités que j'ai visitées dans mes voyages, ainsi que dans mes environs, le trèfle ne dure qu'une année (1), et
(i) Dans un bon système de culture , on ne doit jamais laisser subsister le trèfle plus d'une année •, et s'il arrive à un cultivateur pressé par le besoin de fourrage , de le conserver plus long-temps, il a presque toujours lieu de s'en repentir , parce que le sol reste infesté pour long-temps
3a2 CUITUAÊ
lorsqu^on le laisse subsister pkis long-temps ^ on récolte plus de mauvaises herbes que de trèfle. Il eût été, du reste^ avantageux que ces Messieurs nous eussent fait connaître Tassolement dans lequel le trèfle ocdupe le sol pendant deux années; quant à moî^ j'avoue que parmi tous les as- Bolemens qui sont à ma connaissance ^ ainsi que parmi ceux que ceÈ Messieurs m'ont fait con- Haitre, je n'en vois aucun de cet espèce-
Le trèfle, dans les Pays-Bas, ainsi qu'ailleurs, donne ordinairement deux bonnes coupes; cependant, au moyen de la nourriture à i'étable, on en tire trois ou quatre coupes , selon qu'on le fauche plus tôt ou plus tard* Lorsqu'on n'a pas un extrême besoin de fourrage vert, on enterre la troisième coupe. Dans les années où le trèfle ne donne pas bien, les cultivateurs intelligens n^épargnent pas même la seconde coupe qu'ils enterrent et sur laquelle ils sèment des navets ou repiquent du colza. Si le trèfle est trop haut pour pouvoir être enterré, on le fauche d'abord, puis on le jette dans la raie ouverte par la charrue. D'un autre côté , si l'on ne veut pas semer des navets ou du colza, cette coupe
■ ■ ■' r ■■■ I ,11 II ^
de mauvaises herbes ^ et le hlé qui subsiste à un trèfle de deux ans est presque toujours médiocre.
(Note de M. de Dombasie).
i)tf tRini. 3o3
âe trèfle enterrée éii vert, n'en est pas moins très-prôfitable^ non pas autant jpour le froment qui suit, que pour les récoltes qui suivront le froment ^ et principalement si ce sont des pom-^ mes de terre ou du colza. Cette coupe de trèfle, enterrée en vert^ est également très-profitable à Tavoine, qui^ dans Tassolement triennal, succédera à une récolte de froment, et mes voisins Savent très-bien que Pavoine ne donne jamais de plus beaux produits que sur une terre qui a porté du trèfle deux ans auparavant.
Mais, dira-t-on , faucher du trèfle pour Tenterrer, quelle folle dépense! et cependant cette pratique est le résultat d^une observation sage et d^une spéculation éclairée.
On fauche ordinairement le trèfle que l'on veut faire consommer en vert , et lorsque Ton veut le convertir en foin, on le coupe avec le piquet flamand. L^herbe reste dans Tétat où elle a été renversée par Faction du piquet^ on ne la retourne pas, mais lorsqu'elle est un peu sèche, elle est mise en petits tas.
Comme il est fort important d'avoir une se-* mence pnre^ on a soin d'extirper dans les parties destinées à porter . graine , tous les pieds de plantain ( plantago lànceolata ) , parce que cette plante infeste les. champs de trèfle et épuise tellement le sol, que Ton peut dire avec assu-
3o4 CULTURE
rance, que le plus mauvais h\é se montrera là où le plantain est le plus abondant. Pour détruire cette plante parasite^ on se sert d'une binette à main , adaptée à un manche de trois pieds. Des enfans de dix à douze ans sont employés à manier cet instrument^ petit à la vérité, mais très-efficace, et c'est ainsi qu'à peu de frais on exécute une opération fort utile.
« M. P^on Ponderlé nous apprend que , lors- » que l'on veut récolter de la graine de trèfle j :» graine qui forme un article important de com- » merce pour les Provinces-Unies , on destine la » seconde coupe à la production de ta semence; !» mais alors la fauchaison de la première coupe !> doit être faite avant la St.-Jean , car on pense » que les premières fleurs ne donnent pas une !> bonne semence. Pour que la récolte soit plus !» pure , on fait cueillir à la main , les fleurs de » trèfle, à mesure qu'elles mûrissent, et on les » bat dès qu'elles sont suffisamment desséchées. !» Parmi toutes les méthodes suivies pour se pro- » curer de la graine de trèfle , il n'en est point !> que les cultivateurs intelligens considèrent » comme meilleure et plus sûre que celle dont » nous venons de parler. »
Dans mes environs , lorsqu'on a coupé le trèfle venu à graine, on le laisse une couple de jours en ^ndains, après quoi on le retourne; on forme
i>u TEÂns. 3o5
ensuite àt petites javelles , que Ton dresse quatre à quatre , Tune contre l'autre , en les liant vers Textrémîté supérieure avet un lien de paille. Aussitôt qu'il est suffisamment sec ^ on le rentre et on le bal immédiatement^ les têtes seules sojat séparées du chaume par ce premier battage. Ces têtes sont entassées sur le sol et battues ensuite ^ pendant la gelée; on passe les produits de ce battage au tarare pour séparer la balle du grain , et Ton recommence ces opérations , jusqu^à ce que Ton juge que toute la bonne graine est séparée des enveloppest»