‹ Annales agricoles de Roville (volume 3)Chapitre 68 sur 72 · NEUVIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

NEUVIÈME LEÇON

Première Question. M. Datrîd. Lorsque la fructification du mais est accomplie, doit-on retrancher les fleurs mâles , qui fournissent pour le bétail un grand volume d'une nourriture aussi substantielle que celle d'aucune autre plante verte, et dont on se sert avec épargne en là mêlant avec d'autres fourrages?

Réponse. On peut faire cette soustraction sans inconvénient, et, dans beaucoup de circonstances , cette opération présente , pour l'entretien des bestiaux , une ressource précieuse, mais qui entraîne une assez gi'ande dépense de main-d'œuvre. Je ne crois pas au reste que cette soustraction présente aucun avantage pour la récolte du mais, comme quelques personnes le croient*

%W Q. , David. Quelles sont les plantes dont

on peut sans inconvéaient retirer la gradae à Taide de la machine à battre f

R. Toutes les céréales; les pois, fèves, haricots , le ray-grass , le sarrazin , le colza , la cameline , et sans doute aussi plusieurs autres que je n'ai pas eu Toccasion de faire battre à la machine.

3® Q. M. Paléologue* Si Ton emploie pour semence des pommes de terre qui n'ont pas atteint leur maturité, végéteront-elles?

R. Oui ; à quelque époque de leur végétation qu'elles aient été plantées.

4® Q. M. i\r.... Les pommes de terre qui n'ont pas atteint leur parfaite maturité, se conserventelles aussi-bien que celles qui sont récoltées bien mûres ?

R. Les pommes de terre qui n'^ont pas atteint leur complète maturité peuvent se conserver, mais elles exigent plus de soins.

5*^ Q. M. Paléologue. Un auteur dît que l'orge a une tendance à ameublir le sol dans lequel elle croît.

jR. Je n'ai jamais remarqué ce fait , et je crois que si le sol est en général plus meuble après l'orge qu'après les autres céréales, cela vient de ce que cette plante exige des cultures préparatoires plus soignées et plus nombreuses.

6® Q. M. Cratéro. Dans quelques pays on

nourrit les cochons avec la farine de millet. Cette nourriture est-ellè bonne pour d'autres bestiaux?

M. La farine de millet est une excellente nourriture pour tous les bestiaux j le prix élevé de ce grain pourrait seul le rendre peu économique.

7® Q. M. Foerster. Après avoir tiré quelques récoltes dW pré naturel rompu que Ton veut remettre dans son ancien état, ne vaut -il pas mieux semer les graines de pré seules que dans une céréale, et le printemps n'est-il pas préférable à l'automne P

JR. En semant seule la jeune prairie on sacrifierait une récolte de céréales qui doit être fort lucrative si le terrain est encore dans Fétat de fertilité convenable pour pouvoir en espérer un bon pré ; je ne vois pas que l'avantage qui pourrait en résulter pour la prairie, pût compenser ce sacrifice. Il est certain même que dans beaucoup de cas la prairie gagnera à être semée dans une céréale qui garantira les jeunes plantes des effets de la sécheresse.

8® Q. M. B. MichaëL A quel âge doit- on mettre le bétail à l'engrais ?

JR. En général l'engraissement ne se fait avec succès que lorsque les animaux ont acquis toute leur croissance; et il peut se faire avec avantage jusqu'à ce que les forces commencent à diminuer par l'effet de la vieillesse.

476 QUESTIONS ,JLGmC0LES^

9* Q. M^ Launois. N'est-il avantageux dVni-' ployer la méthode de Klapmayer pour faire du foin que lorsque la saison est pluvieuse f

R. Cela dépend principalement du genre de bétail auquel on destine le ËDurrage ; pour de» hasuSs à Tèngrab ^ il parait prouvé que le foin de trèfle préparé à la Klapmajer est décidément préférable ; mais potir les chevaun^ je crois qu'it vaut mieux le faire sécher à la nanière ordinaire lorsque la saison le pjermetr

10* Q. M. David. Est-il vraï,emnia>eïe dît uw auteur, qu'aucune plàntç cultivée ne donne des^ produits plus avantageux que la luzerne, et que cette dernière fournit quatre fois plus» de fourrage dans la même étendue quer te meilleur préT

ii. Il y a de rexagération dàns^ cette proportion^ si Ton met en comparaison une luzernière et un pré, chacun de qualité moyenne, on pourrait peut-être évaluer le produit †la luzerne à moitié en su» de cehii du pré^-

11® Q. M- David* A-t-on comfaté par des expériences exactes quelle est la différence entr^ le produit des céréales d'automne et celui des céréales de printemps?

R. Il est avéré par Texpérience de tous les cfultîvateurs, que le produit des céréales de printemps est en général moins fconsidérabl'e , et surtout beaucoup plus casuel que celui des ce-

^riSTIONS ACMÇOLES. 477

«aies d'automne : il serait fart difficile de déterminer la proportion précise dé cette différence ^ mais je pense qu'on se troinperait peu en calrculant sur une diminution d'un tiers ou un quart entre les espèces semblables , sur une moyenne de quinze ou vingt ans.

12* Q. M. Dai^id. Lorsque le mais est sur îe point d'entrer en fleur, doit-on arracher les rejetons qiii poussent auprès de ses feuilles inférieures, pour en nourrir le bétail f

Jî. Cette opération se pratique dans tous les pays ou la culture du maïs est faite avec soin.

i3*' Q. M. Dai^id. La luzerne donnée exclusivement aux vaches, diminue-t-elle la bonté de leur lait , et par conséquent là bonté du beurre et du fromage que ce lait doit fournir, comme le dît un auteur f

R. Je ne connais aucune observation qui puisse

justifier cette assertion 5 j'ai toujours vu , au con-^

traire, que la luzerne, soit en vert soit en sec,

' forme une excellente nourriture pour les vaches

laitières.

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478 QUESTIONS AGRICOIiES*

DIXIÈl^E LEÇON.

pREMiiiEE Question. M. Dand. Que doit faire un cultivateur qui a des blés qu'ail craint de voir verser f doit-il les effaner ou faire passer dessus les moutons en hiver , ou de bdnne heure au printemps pour les faire pâturer P

Réponse. Le pâturage des moutons au printemps sur les blés qui paraissent trop vigoureux ^ présente dans presque tous les cas, le moyen le plus profitable de Tempêcher de verser. Cependant, dans un sol excessivement riche, on ne peut regarder ce moyen comme entièrement assuré; et dans ce cas, il pourrait être utile pour la récolte du grain , de faucher le froment avant que les épis paraissent; mais cette pratique ne peut être conseillée que lorsque le sol contient une grande surabondance de fertilité, et lorsque la saison est très-pluvieuse.

2® Q. M. Dat^id. Quels sont les avantages réeb de la semaille en lignes des céréales?

R. Le principal avantage de la semaille en lignes est de faciliter les binages, qui deviennent moins coûteux et plus efficaces.

3^ Q. M. Bouchez. £st-ril vrai que Tergot du

seigle se manifeste plus fréquemment sur les terres nouvellement défrichées que sur les autres^ et les grains ergotes ont-ils les mêmes inconvéniens pour les animaux que pour les hommes?

JR. L^opinion que l'ergot se manifeste principalement sur les sols nouvellement défricha , parait fondée sur des expériences positives, dans les pays où cette maladie est là plus commune* Il n^y a pas de doute que le seigle ergoté ne soit un véritable poison pour les animaux de même que pour Thomme.

4* Q. M. Bouchez. Avez-vous remarqué que le froment résistât plus long-temps à une submersion que toute autre céréale? M. Y^artàii^ qu'à une inondation de la Seine , le seigle périt après huit jours de submersion , l'avoine et Tescourgeon après douze , et que le froment ré^ sista à trente-deux jours.

R. Il est incontestable que le seigle et l'escourgeon résistent infiniment moins que le froment^ non-seulement à la submersion, mais à la trop grande humidité du sol pendant l'hiver. Quant à l'avoine , elle se sème si rarement en automne, que je n'ai pas d'expérience à ce sujet.

5® Q. M. Paléologué. Peut -on semer de l'orge d'automne sur un trèfle rompu?

JR. Oui^ mais alors il faudrait donner plusieurs labours, et par conséquent sacrifier la seconde

48o QUESTIONS AGRICOLES.

coupe de trèfle. Par ce motif îl est généralement préférable d'y mettre du froment qui n'exige qu'un seul labour. Il est cependant des sols où la terre serait suffisamment meuble après le labour qui rompt le trèfle, pour qu'on puisse y semer de l'orge avec succès.

.6* Q. M. Paléologue. Un auteur dit que dans les terres marneuses on doit semer deux à trois semaines après le dernier labour. Faites — vous celte dîflFérence? et quel en est le but?

R^ Les terres marneuses s'ameublissent trèsbien par l'exposition à l'air et l'influence des météores; de sorte que la semaille est faite véritablement dans des circonstances plus favorables trois semaines ou un mois après le laboui* qu'immédiatement après, si ce labour a laissé le sol en grosses mottes.

7** Q. M. TruffeU Un auteur dît qu'on emploie fréquemment le sable comme amendement sur les terres fortes, et qu'on en obtient de grands succès. Croyez-vous cette méthode bonne F

jR. J'ai vu faire plusieurs essais infructueux de l'emploi du sable pour diminuer la ténacité des terres argileuses \ les labours , au lieu de le mêler intimement avec le sol, le font descendre au-dessous de la couche cultivée où il n'est plus d'aucune utilité. En général, il est très-difficile d'incorporer le sable avec une terre argileuse

QUSSÏIQNS AGUIÇOIJëS. ^Sl

ientee ^ et celui qui se trouve naturellement dans les argiles^ ne paraît ,p^, y être à l!état de simple mélange, mais dans un état de combinaison qu'il n'est pas en notre pouvoir d'imiter. La chaux ou la inarne calcaire agissent bien plus énergiquement que le sable pour diminuer la ténacité* des argiles, et la dépense est beaucoup moins considérable, parce qu'il n'en faut pas une trèsgrande quantité pour produire cet efFet.

8® Q. M. Trajet. Un auteur dit qu'un cochon niaîgre a été engraissé par des carottes dans dix jours : il en a mangé 196 livres. Sa chair fut blanche et ferme;.

R. Les carottes engraissent très-bien les porcs, mais il faut toujours un certain temps pour cette opération, et l'engraissement ne sera jamais aussi prompt avec des carottes qu'avec du grain; ainsi il y a sans doute erreur dans l'espace de temps indiqué ici. L'idée d'engraisser un porc avec 196 liyres de carottes, est une pure chimère : il faut au moins dix fois cette quantité, même pour un porc de petite taille.

9« Q. M. Trujfet. J'ai remarqué dans quelques pays que l'on marnait les jeunes trèfles dans le courant de )anvier et février, et quelques personnes prétendent que c'est une fort boûne méthode.

R. Cette pratique doit être fort bonne lors- 5* UVR. ^ 3i

482 QtJISfiONà AftRTCOtK*.

que ron n'emploie pas une g^nde 'qtfaûdW 3c marne qui poarraît élôuffet Te jèiifae' trèfle; la marne, ainsi employée, à le temps dé se déliter parfaitement, et s'incorpore mieux- avec le sol, lorsqu^on le rompt après la seconde cofupe du trèfle.

10* Q. M. Pahéologue. Par combien de carottes et de betteraves peut*on remplacer lo litres d'orge qu'on donne par jour à un cheval f

jR. Je ne puis pas citer sur ce point des expériences parfaitement concluantes ; mais d'après ma pratique, je crois qu'il faudrait au moins 4o livres de carottes pour remplacer lo litres d'orge. Quant aux betteraves, je n'en ai jamais donné aux chevaux.

Il* Q. M. Paléologue. Est-il bïèn fondé que le colza fumé de bonne heure , donné un 'produit plus abondant, mais que la récolte de blé qui le suit est diminuée F

É. Cette opinion est fondée en raisonnement , parce que si Ton n'applique le fumier qu'atf moment de la semaille du colza ou peu de temps auparavant, une partie de ce fumier n'a pas le temps de se décomposer pour exercer son action sur cette récolte^ et se retrouvera dans le sol pour la récolte du blé qui suit. ^

12* Q. M. Paléologue. Le fumier agit-^il la

QUESTIONS ÀfAICOLISS. 4^^

première année aussi«>-bien dans une terre forte et argileuse, que dans une terre légère?

R. Le fumier^ agit beaucoup plus promptement dans une terre légère que dans une terré forte, mais par la même raison son action est moins durable.

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