DE LA MACHINE A BATTRE
Nouvelles observations , par M. PE Dombasie.
A-Ians U 2* livraison de ces Annales, j'ai parlé de la machine à battre que j'avais fait construire depuis peu , et j'en ai publié une des-cription avec des dessins. Aujourd'hui , après sept années d'expérience de cette machine, dont je suis tous les jours plus satisfait, je crois de-** voir revenir sur ce sujet , en indiquant les résultats de mes observations, et eo présentant quelques calculs sur l'emploi de la machine à battre , comparée aux autres moyens de séparer le grain de la paille. Il me semble même utile de m'étendre un peu sur ce sujet , parce que les
% idées d'un grand nombre de propriétaires et de cultivateurs se dirigent en ce moment vers l'adoption de la machine à battre , et comme tous
% les essais qu'on en a faits n'ont pa$i été suivis de succès , il me paraît fort important de déter* miner avec autant de précision que le sujet le comporte , les circonstances dans lesquelles l'emploi de cette machine peut être avantageux , et
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les conditions de son utilité. Indépendamment de mes propres observations , j'ai recueilli à cet égard un grand nombre de faits , par mes relations avec beaucoup de personnes qui en ont essayé Fusage avec plus ou moins de succès, et je crois être à portée d'indiquer les causes qui se sont quelquefois opposées à la réussite.
Je diviserai ces causes en deux classes : les unes sont relatives à la construction de la macbiire, et les autres aux soins nécessaires pour la A'riger : dans les premières je ne comprendrai pas la construction vicieuse d'une machine établie par un ouvrier inexpérimenté , quoique ce cas se soit présenté très-fréquemment^ et je suppo* serai que Fon s^est adressé à un constructeur qui connaissait ces machines par une expérience suffisante. Une des causes qui ont le plus fréquemment produit, dans ce cas , des machines d'une utilité trèségirivocpie, se trouve dans la timidité produite chez les propriétaires^ par l'incertitude même du succès : n'étant pas assuré de réussir, on a craint de hasarder une trop forte dépense, et après quelques hésitations, on s'est arrêté à ce qu'on appelle communément une machine économique^ c?èsf-à-dîrc, d'abord à une ^machine de petite diniension, et ensuite à celfe pour laquelle, â dimensions égales , Touvrier a demandé \e prix te moins éïevé: Ces deux considérati'cHis exîgeirf
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que nous les examinions à part avec quelques détails; car les propriétaires des biens ruraux et les cultivateurs ayant, en général, beaucoup moins d'expérience que les manufacturiers sur Femploi des machines , il est important de les prémunir contre des idées erronées que ces derniers apprécient toujours très-bien.
Le prix d^une machine du genre de celle-<:i se compose de plusieurs élémens , savoir : la valeur du bois, du fer et du cuivre qui entrent dans sa construction^ le prix de la main<-d^œuvre pour la confectionner, et enfin, souvent aussi le bénéfice que se réserve Tentrepreneur ou fabricant Ces divers objets peuvent éprouver de la diminution ou de Faugmentation , d'après plusieurs considérations. Je suppose qu^en employant du bois bien sec , de bonne qualité , et des dimensions convenables pour la construction d'une machine, ce bois seul ait une valeur de 200 fr., il sera possible d'exécuter le même ouvrage, dans le même lieu , avec du bois qui ne coûtera réellement quç 100 fr. ; il suffit pour cela que Ton prenne des échantillons plus faibles , du bois moins sain et surtout du bois vert \ car les personnes qui ont eu l'occasion de faire des approvisionnemens en bois de construction , savent bien quels déchets occasione la conservation de ce bois pendant trois ou quatre ans, et elles comprendront facilement pour*
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quoi du bois bien sec se vend constamment 4o ou 5o pour Vo plus cher que le bois vert. Si ensuite nous supposons que Ton emploie ^ pour mettre en œuvre Kbois de première qualité , des ouvriers habiles qui gagnent deux ou trois francs par jour, tandis que Tautre machine sera exécutée par des hommes travaillant gros-^ sîèrement , et dont la journée ne vaudra qu^un franc ou un franc cinquante centimes ^ on con<cevra facilement comment il est possible que la partie de la charpente ou menuiserie coûte à un fabricant à peu près le double de ce qu^elle coûtera à un autre, pour deux machines de même construction et de dimensions semblables. Mais, d^un coté ^ on aura une machine solide exécutée avec précision et de longue durée, tandis que de Vautre on obtiendra une construction mal assemblée , qui exigera à chaque instant des réparations, et qu'il faudra peut-*être renouveler dans quelques années.
Il en sera de même pour les parties en fer. Si Taxe d'un cylindre a besoin d^être pris dans une barre de dix-huit lignes carrées de fer de première qualité , pour avoir une solidité à Tépreuve de tous les accidens, on peut bien , par économie , n^employer qu^une barre de quatorze lignes , ce qui ne donnera guère ^que la moitié du poids que la pièce aurait eu dans le premier
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cas, et si Ton emploie du fer de qualité infé-* rieure, le prix de la pièce ne ser^ pas de moitié. Si on la fait exécuter par un habile forgeron , si Ton fait tourner les tourillons, comme cela est nécessaire pour que la machine fonctionne bien, l'a façon de cette pièce coûtera aussi beaucoup plus cher que si on Ta fait dresser grossièrement par un maréchal de village. Enfin, il est plusieurs pièces en fer qui contribuent essentiellement i la solidité d'une machine, maïs que Ton peut, à la rigueur, omettre entièrement dans la cons-^ traction. Tels sont des boulons d'assemblage, des frettes, etc. J'en ai dit assez pour expliquer comment une machine pourra coûter 1200 fr., tandis qu'une autre semblable en apparence ne coûtera que 600 ou 800 fr. Un filateur de laine oïl de coton, accoutumé à l'emploi des machines relatives à sa profession , connaît très-bien toutes ces vérités , aussi il se tiendra toujours en garde contre l'offre d'une machine qu'on lui proposerait à un prix inférieur à la valeur réelle que sup-* pose une construction soignée : les manufacturiers savent bien qu'en fait de machînjs , ta plus éco^ nomique n'est pas celle que l'on obtient au plus bas prix. Mais une longue habitude leur a appris à connaître la valeur réelle des machines qu'ils emploient, et ils savent juger de la perfection et de la solidité de leur construction, tandis qu^
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les propriétaires et les cultivateurs^ peu familiarisés encore avec Fusage des ^machines , croient que c'est gagner quelques centaines de francs , que de les dioiinuer du prix que leur demandait un habile fabricant^ soit en accordant la préférence à un autre ouvrier qui leur offre la même machine à plus bas prix , soit en forçant le même fabricant , par une diminution dans le prix , à défendre ses intérêts aux dépens de la solidité de la machine. Je ne veux certes pas dire que Ton ^oive payer des machines un prix exagéré ^ ni qu^aucun fabricant n^ait jamais abusé de* Finexpérience des propriétaires dans la construction de celles-ci, pour se réserver un bénéfice déraisonnable en fixant le prii^ des machines à battre. Le temps portera remède à cet inconvénient^ ick lorsque la concurrence sera bien établie ^ surtout lorsque Thabitude de ce genre de construction aura appris aux fabricans eux-mêmes , jusqu^à quel point il est possible de porter Té-conomie dans la construction , sans compromettre la solidité, on saura généralement quel prix il est nécessaire de mettre à une machine d^une dimension donnée, pour obtenir un ouvrage exécuté consciencieusemait. Mais jusqu^ici il a été loin d^en être ainsi , et j^ai la certitude que le désir des propriétaires d'apporter une réduction dans le prix de construction, a été trés-
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fréquemment la cause quî s'est opposée à ce qu'ils obtinssent des machines d^une exécution convenable. Les fabricans habiles et expérimentés ont été souvent contraints eux-mêmes de s'assujétir à des économies préjudiciables dans la construction^ afin de soutenir la concurrence avec des ouvriers qui n'offraient à bas prix que parce qu'ils étaient disposés à servir conformément au prix. '
Je dois parler maintenant des dimensions ou de la force des machines. Les cultivateurs anglais sont unanimes sur la préférence que l'on^ doit accorder aux machines puissantes , et ils pensent généralement que l'on ne doit guère rester en dessous de la forcé de six chevaux. Sans contester la supériorité des machines de cette dimension , je crois que l'on peut encore tîrer un service très-avantageux des machines h quatre chevaux ^ ^mais je remarque que Ton est généralement disposé^ en France, à fixer son choix sur des machines plus petites : on dit souvent qu'il y a plus de petites exploitations que de grandes, et qu'ainsi c'est aux premières qull est le plus utile d'adapter la construction de ces machines, et puis la crainte de faire une trop forte dépense pour un essai dont on regarde encore souveut la réussite comme incertaine , dispose aussi le propriétaire à s'arrêter à une ma-
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chine de petite dimension. .Te dois à cet égard exposer les motifs de mon opinion.
Lorsque Ton connaît bien la consti^uction et les fonctions de la machine à battre ^ on reconnaît que ) parmi les dimensions de ses diverses parties , il n^en est qu^une que Ton puisse dimi-^ nuer sans nuire essentiellement à ses effets : c^est la longueur du tambour batteur , qui détermine la largeur de la cage ou bâtis de la machine : il est certainque Ton peut, sans nuire à Teffet, diminuer ou augmenter dans certaines limites la longueur de ce tambour,. et par conséquent celle des cylindres alimentaires, et du râteau circulaire, lorsque la machine en porte un^ mais pour toutes les autres dimensions, elles doivent être entièrement les mêmes dans une machine de deux chevaux que dans une de quatre^ car dans la construction de ces machines^ on ne doit jamais perdre de vue que la vitesse des batteurs forme la circonstance la plus importante pour la perfection du battage ; ainsi si Ton diminuait le diamètre du tambour batteur , ou si Ton apportait aux engrenages quelque changement qui diminuât la vitesse de ce tambour, on^n^obtiendrait plus de la machine qu^un mauvais résultat. C'est cependant par Tun de ces deux moyens que Ton cherche ordinairement à diminuer la force de résistance des uiachines , dans
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celles que Von destine à de faibles puissances , et c'est pour cela qu'il ^t arrivé fréquemment que l'on n'en a pas été satisfait. Mais si Ton se borne à diminuer la longueur du tambour batteur et dçs autres parties qui en dépendent, seul changement que Ton puisse apporter sans inccMivénient , il n'en résulte pas une grande diminution dans le prix de construction ^ et si Ton suppose qu'une machine destinée à quatre chevaux , et portant un tambour de quarante-deux pouces de longueur, coûte i5oo francs, je ne pense pas que Ton puisse évaluer à moins de 1300 francs le prix de celle qui serait construite pour deux chevaux , dans des dimensions semblables à celles de la première^ à la réserve de la longueur du tambour batteur , auquel on ne pourrait guère don- »er moins de trente-cinq pouces*
Il ne faut pas croire, au reste, qu'avec une machine attelée de deux chevaux^ on pourra battre , dans un temps donné , la moitié de la quantité de grains que l'on bat avec celle de quatre chevaux. Il ne peut en être ainsi ^ car les frotlemens sont les mêmes dans l'une que dans Tautre ^ et si l'on suppose, ce qui n'est pas exagéré pour une machine qui exige une très-grande w^itesse,que la force d'un cheval est employée dans la machine à quatre chevaux, à vaincre les frotte- ; et à faire marcher a Tide le tambour batteur
avec une vitesse de quarante pieds par seconde à sa circonféren(!e , la même force sera également perdue pour V effet utile dans la machine à deux che- Vaux^en sorte qu'il ne restera, dans cette dernière, que la force d'un cheval, employée réellement k Popération du battage , tandis que dans la première la force de trois chevaux est utilement em-* ployée« Dans la machine à deux chevaux ^ on ne doit donc compter que sur un tiers de TefFet utile produit par une machine à quatre chevaux ^ et si cette dernière bat , en séparant la paille et net-^ toyant le grain , cent gerbes de froment par heure, la première ne pourra en battre plus de trente-^ trois. Si Ton dépasse quelquefois cette proportion avec les petites machines , cela dépend d^une cause que j'expliquerai tout à rheure»
On perd autant, sous le rapport de la main«* d'oeuvre^ dans les petites machines, que par Teffet dé la similitude des frottemens : en effet , à peine peut^-on établir quelque différence entre «ne machine à quatre chevaux et une à deux chevaux, pour le nombre d'ouvriers employés à servir Pune ou Fautre , en supposant que chacune soit munie du râteau circulaire et de l'appareil de ventilation.
Dans les petites machines on supprime or-* dinairement les parties dont* je viens de parler, et l'on réduit la machine au simple tambour 6« trvR. *4
batteur, comme daiis les machines dites suédoises. Oa fait cette suppression d^abord pour économiser la force motrice , dont une partie est em* ployée à opérer la séparation et le nettoiement (lu grain^ et ensuite parce que Ton. a reconnu que deux chevaux ne pourraient résister pendant plus de quatre ou cinq heures , à la fatigue qu'ils y éprouvent, même en réduisant Topération aa seul battage; en sorte que Ton emploie une partie de la journée à battre , et le reste du temps est employé par les ouvriers à nettoyer le grain. On peut ainsi, à la rigueur, avec une machine à deux chevaux, sans râteau, battre trois cents gerbes en cinq ou six heures de temps ; mais les chevaux en sortent extrêmement fatigués, et il serait im-^ possible de leur faire faire une seconde attelée ; de manière que Ton doit calculer que Ton a dépensé, dans cet espace de temps , le travail entier de toute leur journée; et le travail de six hommes au moins est nécessaire pour opérer à bras la séparation et le nettoiement du grain. Cependant, dans le département de la Haute-Saône , où ces petites machines sont très-multipliées, on exécute fréquemment le battage de trois cents gerbes par jour avec deux chevaux , en faisant servir la machine par trois ou quatre hommes seulement; mais alors les chevaux sont attelés dès une heure du matin et tout est exécuté par le cultivateur et sa famille.
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Oti ne peut étabKr de parité entre ce travail el celui des grandes machines , où je suppose que tout se fait entre le lever et le coucher du soleil^ et à Taide de mercenaires. On perd, au reste^ 'par cet emploi des petites machines , un des plus importans avantages de la machine à battre, qui consiste à éviter les dangers d'incendie , par la suppression du travail de nuit dans les granges. Plus loin, j^établirai les calculs des dépenses comparatives de ces deux machines , et Ton verra que l'avantage reste à la grande , si ce n'est pour les très-petites exploitations.
Je ne veux pas néanmoins condamner sans réserve les machines simples , c'est-à-dire , privées de râteau circulaire et de l'appareil de ventilation : il est possible même qu'il convienne dans quelques cas d'en adopter de ce genre pour commencer , et afin de familiariser des hommes grossiers avec Tusage d'une machine quelconque ; mais je pense que tout propriétaire qui prend ce parti devrait prévoir, dèsce moment, qu'aussitôt que Ton aura acquis chez lui quelque habitude de la conduite de cette machine, il éprouvera le besoin de la porter au degr^ de perfection qui lui en assure remploi le plus économique, et qu'ainsi, en ne mettant en action que le tambour batteur, il devrait , comme cela est très-facile , faire établir le bâtis de la machine , de manière à pouvoir y
ajouter, quand il le désirera, les parties de Tap* pareil qui sont destinées à compléter Topération ^ mais de cette manière il faudra toujours se dé-^ terminer à adopter d^emblée une machine dé la force de quatre chevaux au moins ] car ce n'est guère qu'à celle-ci que Ton pent ajouter le râteau circulaire et ses accessoires. Je ferai remarquer, au reste, que l'économie de la force de deux chevaux serait ici une circonstance d'une très-petite importance^ car le battage des grains s'opérant presque toujours avec la machine , pendant les plus mauvais temps de l'automne et de l'hiver , les chevaux d'une ferme sont alors presque sans emploi, et pendant que les valets ^ont occupés au service de la machine , les chevaux qui n'y sont pas attelés restent à l'écurie.
C'est dans ma propre expérience que j'ai puisé ce que je viens de dire sur l'avantage relatif des machines mues par une forte puissance : celle que j'ai établie à Roville, et qui est , je crois , la pre* mièrequiait été construite en France sur le modèle écossais, n'était d'al)ord destinée qu'à la force de deux chevaux , et elle a fonctionné ainsi pendant quelque temps. Comme je m'apercevais que les animaux étaient très-fatigués , je fis ajouter un troisième bras au manège, et je reconnus bientôt non-seulement que les chevaux étaient moins fa-ligués , mais que Ton faisait beaucoup plus d'ou-
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vrage par chaque tête de cheval. Cela m^engagea à en atteler un quatrième , et ce n'est que depuis cette époque que j^ai bien pu apprécier tous les avantages de cette machine. Je n^aurais pas dû commettre cette &ute , car je savais bien que les cultivateurs anglais auxquels une longue expérience a appris à connaître cette machine, sont unanimement d^avis que les, grandes sont infiniment préférables aux petites ; mais j'avais été déterminé par ces mêmes considérations , qui font qu^aujourd^hui le plus grand nombre des propriétaires reculent devant Tidée de débuter par rétablissement d^une machine puissante. Heureusement j'avais fait construire la mienne sur des dimensions suffisantes pour ad« mettre une force de quatre chevaux^ et aujourd'hui , si Texiguité du local oii est placé le iDanége ne s^y opposait, je n'hésiterais pas un moment à faire mouvoir ma machine par six chevaux , et je suis assuré que j'obtiendrais ea-^ core un battage plus économique..
Après avoir exposé les. causes prises dans la construction des machines, qui me semblent avoir le plus fréquemment contribué aux mécomptes que quelques propriétaires ont éprouvé dans remploi qu'ils en ont fait , il me reste à en vsi^ gnaler une qui tient aux dispositions vicieuses avec lesquelles on a trop souvent organisé le service
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de la machiné à battre dans les exploitations rurales. De deux machines sortant de la main du même ouvrier, et d'une construction entièrement semblable , l'une fonctionné très-bien , tandis que l'autre marche mal, exécute un travail imparfait , fatigue excessivement les chevaux et se trouve à chaque instant hors de service. Cette différence vient uniquement de ce que la première est bien conduite, et que l'autre est ajustée et dirigée par des hommes peu soigneux et inexpérimentés. Une machine de ce genre exige pour son ajustage et sa conduite, de petits soins qui ne sont pas au-dessus de la portée d'un grand nombre d'habitans des campagnes, mais qu'il faut nécessairement y apporter , si Ton veut en tirer un bon service : rien de plus simple que de graisser de temps en temps les tourillons qui supportent le plus de frottement, d'approcher ou d'éloigner le contre-batteur, afin de le placer, à l'égard du tambour, à la distance qui convient pour l'espèce de grain que Ton a à battre, etc. , etc. Mais enfin ^ tout simple que cela est , il faut le faire à propos , et si l'on n'y prend garde , ces petits soins seront bien souvent négligés par les valets d'une ferme, et il en r&ultera imperfection dans le battage, usure prompte et peut-être rupture dans la machine.' Je regarde comme indispensable, pour prévenir
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ces incanvënienS) de confier exclusivement la conduite de la machine à un seul homme que Ton choisira à cet effet ; il n'est pas nécessaire que cet homme soit mécanicien , mais il faut qu'il soit, par ses dispositions naturelles , propre à bien comprendre le jeu de la machine , et l'action dé chacune de ses parties^ il faut qu'il soit natu- Tellement soigneux, et même qu'il prenne du goût à ce genre d'occupation , qu'il mette son orgueil à faire bien fonctionner sa machine, de même qu^un charretier se pavane en conduisant une paire de chevaux bien entretenus , pansés avec soin, avec les crins de la queue élégam-ment retroussés. Il est très-utile que cet homme $ache un peu travailler le bois , afin qu'il puisse, exécuter lui-même les petites réparations qui deviennent graves si on les néglige ] mais cela n'est pas indispensable ^ et si cet homme ne peut pas les exécuter lui-même , il dirigera le charpentier ou le charron qui sera appelé pour le faire. On trouvera une différence énorme entre une machine conduite ainsi constamment par le même homme, sur la tête duquel se place la responsabilité des accidens, ainsi que la satisfaction du succès , et une autre semblable , mais qui sera dirigée par les valets en masse, c'est-àdire, tantôt par l'un, tantôt par l'autre, et le plus souveut par personne, parce qu'aucun d^eux
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n^y prend un intérêt spécial et ne s^eccupe d^ac^ quérir les petites connaissances qui sont néces^ ^ires pour Tajuster convenablement, et pour prévenir les accidens/
On trouvera partout, dans les campagnes , rhomme qui convient pour se charger de ces fonctions, si Ton se donne la peine de regarder autour de soi, et de rechercher les dispositions naturelles de ceux que Ton^peut en charger. Je prie que Ton me permette de raconter à cette occasion la circonstance qui m^a fait rencontrer le premier homme que j^aî chargé de ce service à Rovilhy où le jeu d'une machine à battre était une chose entièrement nouvelle pour tous les habitansdupays.Dansles premiers jours que la machine fonctionnait, j'étais occupé à rechercher, par les dispositions et le goût des hommes que j'em^ ployais à la servir, quel serait celui d'entre eux que je chargerais de diriger ce service; dès le second jour je remarquai parmi le grand nombre de curieux que ce spectacle attirait, un homme qui fixa mon attention par la singularité de sa contenance \ pendant plusieurs heures il se tint debout en face de la machine , immobile , la bouche béante, les yeux fixés tantôt sur une de $e& parties, tantôt sur Pautre, et ne pa« raissant d'ailleurs rien voir de tout ce qui l'entourait î on eût cru que son âme était transportée
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dans rintériéur de la machine» Je m^informaî du nom de Qet homme, mais personne ne put me Findiquert Le lendemain matin j^appris que c'était un habitant du département des Vosges, qui passait son hiver à parcourir les , villages pour réparer les tarares chez les cultivateurs , et portant dans une hotte les outils nécessaires à cette profession. Il me sembla que le ciel m^en-<voyait Tbotnme dont j'avais besoin ^ car il était bien probable qiie la nature seule avait fait celui^ ci mécanicien. Il était parti dès la veille : je fis courir sur ses traces^ mais on les perdit dans un village, où Ton ne put apprendre quelle di* rection il avait prise. Cependant , deux jours après, ayant appris que je' Tavais £aiit demander, il vint me trouver» Sans lui parler de mon projet, je le questionnai d'abord sur ses précédens , e( sur sa position actuelle ; j'appris qu'il avait été pendant long-temps valet de f^rme, et que' comme il se plaisait à s'occuper des réparations des ta<rares, il était toujours chargé de ce soin chez Jes cultivateurs qu^U servait* S'étant marié, il prit le parti de faire sa profession de ce genre de travail, qui l'occupait pendant l'hiver, et pendant l'été-il travaillait grossièrement commp charpeotiei', ou servait les maçons, ç'est^à-rt^ircy broyait et portait Iç mortier \ w tptAl il vivait fort misérablement^ ILiOrsque je lui parlai 4^ h
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machine abattre, sa phisionomie prit tout à coup une expression toute particulière. Ah ! monsieur , me dit-îl , depuis que j'ai vu cette machine, je n'ai pas dormi un seul instant; je me creuse inutilement la tête pour savoir ce qui peut être là dedans pour produire un effet semblable...» Comme j'avais recule bons renseignemens sur la moralité de cet homme, je lui fis alors ma proposition , qui fût acceptée avec enthousiasme : je l'ai gardé pendant trois ans , et pendant ce temps , il a fait seul toutes les petites réparations que la machine a pu e:i;iger. C'était un de ces ouvriers si communs dàps les campagnes, qui savent à peine se servir de l'équerre et du compas^ cependant la machine a toujours bien marché sous sa direction , parce qu^il était disposé par goût à y apporter beaucoup de soins. J'employais le reste de son temps à nettoyer et soigner les grains sur les greniers, et à exécuter toutes les menues réparations de charronnage, charpente, maçonnerie ou même tonnellerie , qui survenaient dans la ferme. Une de ces incompatibilités de caractère contre lesquelles un chef d'établissement a ' si souvent à lutter , m^ayant forcé ûe le renvoyer, j'ai employé depuis suocessi-vement trois hommes au même service. J'ai remarqué que chaque fois que j'en changeais, U
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machine fonctionnait assez mal 'pendant quelques jours ^ le grain était imparfaitement battu , ou mal nettoyé^ ou les chevaux se fatiguaient plus que de coutume , ou Ton ne faisait pas autant de travail que Ton aurait dû ; mais en peu de temps , et au moyen de quelques avertissemens , mon homme comprenait bien les causes de ces divers inconvéniens , et les choses reprenaient leur train accoutumé. Je crois pouvoir assurer qu il en sera de même partout où Ton prendra le même parti , et lorsque Ton a employé une machine à battre pendant quelques années dans une exploitation , la conduite en devient bien plus facile, parce qu^il se forme à cet égard une espèce de tradition , parmi les hommes qui servent la machine, sous les ordres du chef; il faudrait cependant bien se garder alors de renoncer à la précaution , toujours indispensable , de charger spécialehieut un homme de diriger ce service.
L'ouvrier qui donne à manger à la machine ^ cVst-à-dire , qui fournit la paille et le grain aux cylindres alimentaires , est aussi un homme dont il importe beaucoup que le travail se fasse av€c activité et régularité ; car c'est de là que dépend , en grande partie , et la perfection du battage et la quantité de travail exécuté ; cependant il ne faut pas placer le chef à ce poste ; car ce*
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lui'CÎ doit être constamment libre autour de la machine , afin qu^il puisse surveiller la 'marche de toutes ses parties , s'apercevoir à temps d'un dérangement quelconque, et y porter remède immédiatement, ou faire arrêter sur-le-champ les chevaux ^ mais il doit surveiller avec attention le travail du manouvrier qui donne à manger^ et lorsque Ton a trouvé un homme qui exécute bien cette partie du service , qui exige beaucoup d'activité et une certaine attention , il est bon de le placer constamment à ce poste<
Le chef peut apporter des gerbes de la grange^ et vaquer autour de la machine à quelque autre occupation de ce genre y mais il ne doit pas la quitter un seul instant, pendant le Umps qu'elle fonctionne. C'est lui qui ^ un râteau à la main , détourne , sur un côté du tas de grain , à mesure qu'il se forme, le petit nombre de brins de paille , ou les épis qui ont échappé à la ventilation , et qui tombent avec le grain ^ pair ce moyen , on obtient un froment asses propre pour êjtre porté ainsi sur les greniers , n'aysjit plus he^ soin que d'un coup de tarare pour être parfaitement nettoyé* Je ferai remarquer ici que l'on ne doit pas chercher , dans le preniier iiettoieme nt exécuté par la machine , un de^é de perfection qu'il est impossible d'atteindre : même avec lea
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machines les plus parfaites , on ne peut obtenir un grain assez propre pour que Ton puisse ainsi le transporter au marché; et Tinégalité qu^il est im-^ possible d^viter dans la marche des chevaux ^ s^oppose à ce quMI soit possible d^obtenir un nettoiement complet , même en supposant la plus grande perfection dans un tarare que Ton joindrait à la machine , et qui serait mis en mouvement par le même moteur. Le but que Ton doit se proposer ici doit donc être uniquement que le grain soit .suffisamment nettoyé en sortant de la machine, pour n^avoirplus besoin que de passer une fois au tarare sur le grenier. Et même pour les grains battus au fléau , les cultivateurs qui ont à cœur de ne conduire sur les marchés que des grains bien nets, ne se contentent jamais du nettoiement grossier qui est opéré dans la grange par les batteurs ; mais ils ne manquent pas de faire repasser le froment au tarare sur le grenier; en sorte que le travail est le même pour le grain sortant de la machine*
Je dois dire aussi que presque dans toutes les exploitations où Ton fait usage de la machine à battre, on ne peut en apprécier tous les avantages,. à défaut d^une disposition convenable dans les bâtimens; car nous manquons encore entièrement en France, des exemples de construction de bâtîmena ruraux adaptés au service de la machine, comme le
sont en Angleterre tous les bâtimens d^exploi-^ tations qui ont été construits depuis Pinventioa de cette machine; et cependant la disposition du local où elle est placée relativement aux granges où les gerbes sont emmagasinées , ainsi qu^aux hangards où se logent la paille et les balles du grain après le battage , contribue pour une grande part à faciliter et à économiser le travail. A Roville^ les dispositions sont^ à cet égard , extrêmement défectueuses , et il en est à peu près de même dans toutes les localités où Ton a établi une machine à battre, dans des bâtimens déjà existans , et ordinairement beaucoup trop resserrés et disposés de la' manière la plus favorable pour Tancien mode de battage. J'indique cette considération pour y attirer Tattention des personnes qui ont à faire construire ou agrandir des maisons de ferme, mais non pas pour détourner de l'emploi de la machine à battre, les propriétaires qui ne pourraient pas réunir les circonstances les plus économiques pour son service; car Fusage de cette machine oJGTre des avantages si nombreux et si importans , que je pense que celui qui aura pris , pendant quel* ques années, Thabitude de l'employer, ne voudra jamais y renoncer, même avec des dispositions locales qui ne lui offrent pas tous les avantages que pourraient présenter des bâtimens mieux disposés.
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Dans les d^partemens méridionaux de la France, où Ton est dans Tusage de dépiquer les grains par le piétinement des chevaux, beaucoup de cultivateurs repoussent la machine à battre^ parce qu^ils prétendent que la paille qui en sort n^étant pas froissée et découpée comme celle qui provient du dépiquage , n'est pas aussi propre à servir de nourriture ou de litière aux bestiaux. Dans les environs de Paris , au contraire, on élève contre remploi delà machine à battre, Tobjection exactement inverse : on dit que la paille qu^elle fournit étant froissée et entremêlée , est , par ce motif, rebutée par les acheteurs sur les marchés de la. capitale. Ces deux critiques, adressées à la machine à battre se détruisent mutuellement , et Tune est aussi mal fondée que Tautre : la paille n'a nul besoin d'être triturée et découpée comme elle Test par le dépiquage , pour servir de litière ou pour être mangée par les bestiaux^ et l'usage de la machine, en remplaçant^ le dépiquage , qui doit nécessairement s'exécuter immédiatement après la moisson, permettra de donner constamment au bétail de la paille fraîche, en prolongeant le battage pen-* dant l'hiver , ce qui améliorera beaucoup leur régime; car chacun sait que les bestiaux refusent la paille ancienne toutes les fois qu'on leur en offre en même temps de fraîchement .battue. Quant au préjugé des cochers de Paris, qui sont
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habitués à acheter des bottes où la j^aille est disposée symétriquement , nullement froissée ^ et comme peignée, il est encore plus mal fondé que celui des habitans des provinces méridionales^ La paille qui sort de la machine à battre n'est ni plus froissée, iii plus entremêlée qoe celle que fournit le battage au fléau , dans la plupart des localité où Ton emploie cette méthode ; mais il est cer« tain que, dans les environs de Paris , les batteurs apportent un art particulier à battre le grain ^ sans déranger la disposition symétrique des brins de paille dans la gerbe ^ ce qui permet dW former des bottes qui présentent un aspect qui plaît à Tœil, et auquel les acheteurs se soùt accoutumés ; mais il n'est pas possible qu'ils ne reconnaissent pas bientôt par expérience , qu'il n'y a ici que la vue qui soit satisfaite; car la paille, soit qu'onl'emploie comme litière, soit qu^on la mette dans le râtelier, ne perd rien de ses bonnes Qualités, et gagne certainement quelque chose à être légèrement froissée, comme elle Test par la machine abattre :en effet, elle forme une litière plus douce, qui s'imbibe pins facilement des urines, et les animaux la broient plus facilement en la mâchant. 11 est bien probable que dans peu de temps ce préjugé disparaîtra chez les acheteurs de la capitale , et qu'ils donneront décidément 'la préféreqce aux pailles provenant de la machine à battre.
Depuis tin ati , j^ai fait à Roville quelques nou* Telles applications de la machine à battre , qui ne sont pas sans importance^ Jusque-là j^avais éprouvé, comme tous les cultivateurs , beaucoup d'embarras pour la préparation de la paille de seigle.' destinée à former des liens pour toutes les gerbes de la moisson. L'usage ordinaire est de battre la paille destinée à cet emploi , en la prenant par poignées et en frappant les épis sur une table disposée à cet effet sur Paire de la grange* Cest ce qu^on appelle , dans le pays , chaubér. Ce travail est fort long et d'autant plus embarrassant, qu'il exige beaucoup de bras dans l'intervalle ordinairement fort court qui sépare la rentrée des seigles de celle du froment. J'ai trouvé que la machine à battre est îcî d'un très - grand secours en réduisant des trois quarts au moins le nombre d'hommes qui seraient nécessaires pour le chuuhage. Pour l'exécuter , on démonte préalablement le cylindre alimentaire supérieur , afin que la paille ne soit pas entraînée et que l'on puisse la retirer à volonté ; un homme saisissant des deux mains une poignée de paille par le bas des tiges, présente les épis au tambour batteur, et laisse couler ainsi la paille dans la machine jusque vers la moitié de sa longueur, sans la lâcher, ce qui n'exige que quelques secondes, et il la retire aussitôt. Un autre ouvrier 6* LIYR. i5
2 26 BS XA MACHINE
le remplace atec une poignée semblable, et c|uatre ou cinq hommes actifs peuvent faire ainsi autant de besogne que vingt ouvriers au moins par la méthode ordinaire. Ce travail n'est pas fatigant pour les chevaux, et il suffit d'en atteler deux à la machine. Après le peignage , au moyen duquel on sépare les brins de paille les plus courts qui ne doivent pas entrer dans les liens , on repasse ces peignurts à la machine, à la manière ordinaire , pour en extraire le peu de grain qui y reste. Dans une demi-journée on peut repasser les peignures de plusieurs jours de chaubage.
Une autre application dont il est bon de parler ici , consiste dans Femploi de cette machine au battage du colza et de la navette. Cest la nécessité qui m'a forcé à l'essayer cette année, parce que les pluies continuelles rendaient presque impossible le battage dans les champs sur des toiles , comme je l'avais fait jusque-là; et j'en ai été tellement satisfait, que' je n'emploierai à l'avenir d'autre moyen pour le battage des récoltes de cette espèce. Cette année, j'ai sauvé par ce moyen une bonne partie de mes récoltes , qui eût été inévitablement perdue sans cela.
11 est encore un autre genre de travail , auquel je suis convaincu que la machine à battre serait éminemment propre, quoique je n'aie pas encore eu l'occasion de l'exécuter : c'est rassainissement
A BATTRE. apLJ
des foins vases ou atteints de moisissure; il n^est pas douteux qu^en faisant passer du foin de cette espèce dans la machine pourvue de râteau et . ventilateur, on trouverait le moyen le plus efficace qu il soit possible d^maginer pour le débarrasser . de la poussière, par Teffet du battage énergique suivi d^une forte ventilation*
Je terminerai ce que j'avais à dire de Femploi de la machine à battre en donnant ici l'indication des frais qu^entraîne le battage ; j'aurais pu le faire déjà depuis quelques années ; mais j'ai préféré attendre qu'une assez longue expérience, éclairée par la tenue d'une comptabilité rigoureuse, me mît à même de pr&enter sur ce sujet des données qui méritassent quelque confiance. Chacun pourra juger , d'après ce que je vais dire , de l'avantage qu'il peut trouver à Pétablissement d'une machine à battre dans telle ou telle circonstance.
Je supposerai ici une machine de la force de quatre chevaux, dont j'évaluerai la dépense à 2000 francs, pour prix d'achat et autres fr^iis accessoires ] je suppose que cette machine, avec le service de trois hommes , savoir , le chef et deux aides, bat et nettoie, par heure de travail , cent gerbes de froment , produisant en moyenne cinq hectolitres de grain. Les trois hommes suffiront certainement pour le battage , si les dispositions locales sont convenables. Pour botteler et enlever
la paille à mesure^ cela exigera encore deux ouvriers. Si Ton ne voulait pas boiteler la paille, un seul homme suffirait pour en débarrasser la machine, pourvu que celU-ci fût disposée de manière à faciliter ce service. Le service exigera donc quatre à cinq hommes, dont le travail sera réglé ainsi qu^il suit : le chef sera occupé, comme )e Taî déjà dit ; un des ouvriers donnera à man-^ ger i mais afin quMl ne perde pas de temps à dé« lier les gerbes , le troisième ouvrier, qui peut n^étre qu'un très- jeune homme, 'les placera à côté de lui, sur la table de la machine, et les déliera. On pourrait , à la rigueur , se passer de ce troisième ouvrier , en plaçant d'avance les gerbes immédiatement à côté du second ^ mais j^ai trouvé que celui-ci perdait ainsi beaucoup de temps , et que Ton peut toujours battre un dixième de plus au moyen du troisième ouvrier, en sorte que son travail est bien payé. Dans Fintervalle des atte* lées, que je suppose de. huit heures par jour, tous les ouvriers s^occupent à mesurer et porter le grain , et à enlever la menue paille.
A Roviile , un homme de plus est nécessaire pour le service de la machine : c'est celui qui doit rester constamment à côté des chevaux pour les surveiller et les exciter au besoin ; mais cela tient à la disposition du local qui a exigé que le manège fût placé dans une pièce séparée et assez
éloignée de la machine. Lorsque toutes les parties de Fappareil sont réunies sur un même point ^ comme cela doit être lorsque Ton peut le faire, les ouvriers qui servent la machine suffisent parfaitement pour lasurveillance des chevaux. Il estrésulté, k Roville, un autre inconvénient encore de cet éloignement du manège : c^est une augmentation assez considérable dans la résistance de la machine; car îl a fallu multiplier les engrenages , et transmettre la force au moyen de deux arbres de couche assez longs, ce quifait'toujours perdre quelque chose sur Peffet utile d^une machine. Cest pour cela qu'en moyenne du travail effectif, nous n^atteignons pas rigoureusemecd: à cent gerbes par heure ^ au moyen du tirage de quatre chevaux , et le produit varie de quatre-vingts à cent gerbes; mais si la machine était mieux disposée , il n^est pas douteux que Ton dépasserait cent gerbes; car j'évalue presque à la force d'un cheval celle qui est perdue pour Teffet utile par suite de l'éloignement du manège. Je ferai remarquer ici que lorsque Ton parle du produit d'une machine à battre, on doit bien se garder de le calculer sur une expérience faite pendant ' une heure ou même pendant quelques heures; car il est facile d'obtenir, en pressant extraordinairement Fattelage et les ouvriers pendant un court espacé de temps, un travail qu'ils ne pourraient supporter pendant
33o DE LA MACHINE
une journée entière , ou ipême penditnt plusieurs jours de suite. On ne doit donc établir ces calculs que sur une expérience acquise en travail courant, et pendant un long espace de temps. De cette manière, on verra qu'il y a beaucoup, à rabattre sur les quantités de travail annoncées pour beaucoup de machines qui, en réalité , ne font guère que la moitié ou les deux tiers du travail que Ton a proclamé d'après des expériences précises. En évaluant à cent gerbes par heure , pouvant donner en moyenne cinq hectolitres de froment, le produit d^une bonne machine à quatre chevaux , je crois me placer très- près de 1^ vérité, dans la plupart des circonstances»
Dans les calculs que j'établis ici , je ne parle
que du froment , quoique dans toutes les exploi--»
tations , on ait à battre d'autres espèces de grains ;
mais il m'a paru plus simpie de réduire en travail
sur du froment, tout celui qui est exécuté par
la machine à battre j le prix du battage des
autres grains sera proportionnel à celui dufro-.
ment \ ainsi le prix du battage pour l'hectolitre
d'avoine sera au-dessous de la moitié de celui que
nous allons trouver pour le froment, attendu que
la quantité d'avoine battue par heure est en gé-
PfSral plus que double de celle de froment , etc^
3; noiis supposons maintensint que, dans^l'e:^"^
▲ BATTES. 2i3l
ploitation où Ton a établi la machine à baUre dont je viens de parler ^ on batte annuellemeot vingt mille gerbes de froment , ou Téquivaient en autres grains, qui se battent bien à la machine , comme céréales de toute espèce , pois ^ fèves, vesces, grains à huile, etc , voici sur quelles bases noys pouvons établir les frais de battage : nous compterons à 5 pour o/o l'intérêt du prix d'établissement de la machine, ce qui nous donne loo fr.^ on peut évaluer à 5o fr. la dépense annuelle, soit pour entretien, soit pour renouvellement partiel, de manière à entretenir mdéfiniment la machine en bon état. Cest donc la somme de i5o fr. que nous avons à répartir sur 200 heures de battage qu^emploieront les 3000 gerbes, à raison de 100 .par heure ^ ainsi, chaque heure coûtera 75 cent, pour la dépense d'achat et d'entretien de la machine. Je supposo en maximum cinq ouvriers , dont le chef sera calculé à raison de 2 fr. par jour de dix heures de travail , ou no cent, par heure , et les quatre autres chacun à raison de 10 cent^ j'évalue aussi la dépense de chaque cheval à 20 cent, par heure. £q réunissant ces élémens, nous avons^ pour chaque heure de travail de la machine : Dépense de construction et d'entretien. . »^ 75^
Les cinq ouvriers \ . . . » 60
Les quatre chevaux » 80
Les 5 hectoL de froment qui sont le proâuit de ces cent gerbes coûteront donc 43 cent, chacua pour frais de battage. Si le blé était très-mauvais , €t qu'il ne rendît que a hectoL et demi par cent ^ le battage de Thectolitre coûterait 86 cent.
Si nous appliquons le même calcul à une exploitation dans laquelle on n'aurait à battre an— nuellement que joooo gerbes de froment^ ou Téquivalent en autres grains, nous trouverons que la dépense par beure est la même pour le travail des bommes et des chevaux , maïs qu'elle devient double pour les frais d'établissement de la macbiney puisque les i5o fr. doivent se répartir sur 100 heures de travail au lieu de 200. Ainsi ^ nous aurons par heure ;
Frais d'établissement et d'entretien de la
^ machine , , . i^ 5oc
Les cinq ouvriers » 60
JjCS quatre chevaux. ,,,.*•»,..,...,, > 80
Ainsi, le battage de l'hectolitre de fromept coûtera, dans ce cas, 58 cent, pour du froment dequa« lité moyenne , que je suppose produire 5 hectoL par cent de gerbes*
Un calcpl semblable nous montrera que pour une petite Êxploitatîoa qui n'aurait à battre an-. nuellementqueSooo gerbes, le battage de cba-
que hectolitre Ae froment par la même machine, coûterait 88 cent. Et pour une exploitation qui produirait annuellement 4<^^<)<^ gerbes , comme on peut supposer que c^est^le cas pour beaucoup de fermes de 1 5o à 200 hectares de terres arables en sol passablement fertile, Theure de battage coûterait 1,78 pour cinq hectolitres, ce qui^ établirait le battage de chaque hectolitre à un peu plus de 36 cent*
Supposons actuellement que dans la petite ferme de i5 à 20 hectares, dont )e viens de parler, et qui ne produit annuellement que 5ooo gerbes, on établisse une machine simple à deux chevaux , au lieu de la grande machine vannant et séparant le grain : on ne peut pas évaluer à moins de 1000 fn la dépense nécessaire pour établir la petite machine , c^est-à^ire, la moitié de la somme quVxige la grande. En fixant à 3ù ir. la dépense annuelle d^entretien , cela portera à 80 fr. la dépense annuelle d'intérêt et d entretien de la machine» Le service sera fait par six ouvriers qui y emploieront toute leur journée ^ et par des chevaux qui , en battant 3oo gerbes en cinq heures, dépenseront aussi la totalité de leur travail d'une journée de huit heures , et * qui en seront même plus fatigués ^ je compterai donc leur journée entière à raison de 1,6a par tête. Ici nous ne pouvons plus éta-
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blir le calcul par heure, parce qu^uae portion de la journée est employée à battre, et Tautre à nettoyer et vanner le grain. Il faut donc calculer pour la journée entière; et comme à raison de 3oo gerbes par jour, le battage de 5ooo gerbes emploiera environ dix-sept jours de travail, chaque jour devra supporter le dix- septième des 80 fr. qui forment la dépense annuelle de Fentretien de la machine. Nous aurons donc par jour , et pour le battage de 3oo gerbes qui produiront i5 hectolitres de froment :
Dépense d'établissement et d^entretien de la machine 4^ 70"^
Six hommes à un fr 6 o
Deux chevaux à 1 fr. 60 cent. ..... 3 26
dont le quinzième nous donne, pour les Irai» de battage de chaque hectolitre de froment, 93 c.;, en sorte que, mêm^dans la plus petite exploi— tation, où Ton peut présumer que Ton songera à rétablissement d^une machine à battre , c^est-à« dire , dans une ferme d^une vingtaine d^hectares au plus, la grande machine coûtant 2000 fr. d^établissement, et qui, comme nous Pavons vu ^ bat Thectolitre de froment , pour cette petite ferme , à raison de 88 cent Fhect. , offre encore sur la petite machine une économie de 4 cent, par hectolitre. Si Ton n^entretenait que deux chevaux
A BAiTBn:. a35
dans celte ferme , il seraitsaos doute plus avanta-* geux d'y établir la petite machine que la grande^ mais si Ton en entretient quatre, il est bien cer^^ tain quMI sera plus avantageux de les employer tous au battage que d^en laisser deux oisifs à récurie. La dilBérence que nous venons de trouver entre les frais du battage exécuté par les deux machines, s^accroit considérablement, à mesure qu'il est question d'une exploitation plus étendue^ tt si nous voulions appliquer le calcul des résultats de la petite machine à la plus grande 4çs exploitations dont j'ai parlé , à celle où Ton opérerait annuellement $ur 40QQO gerbes , nous aurions les résultats suivans : le battage exigerait 134 jours, en sorte que la dépense de la machine étant annuellement de 80 fr., cela ne ferait par jour de travail que 60 cent.^ ainsi, nous aurions pour chaque jour de battage ou pour 3oo gerbes :
Entretien de la machine. , ••,...,••. • »^ 60^
Six ouvriers, 6 »
Deux chevaux • 3 20
Ce qui donne pour la dépense de battage de chaque hectolitre un peu plus de 65 cent. Nous avons vu qu^avec la machine à quatre chevaux, le battage de l'hectolitre ne coûte dans cette exploitation que 36 cent. , c'est-à-dire , un peu plus de moitié. Le produit total des 4^000 gerbes sera
2000 hect. ; ainsi , la dépense totale annuelle du battage^ s^élèvera, dans cette ferme, à 1 3oo fr. avec la petite machine à deux chevaux , et seulement à 720 fr. avec la machine à quatre chevaux , séparant et nettoyant le grain.
Pour plus de clarté, je vais présenter îcî sous la forme d'un tableau, les résultats des calculs que je viens d'indiquer : ce tableau présente le prix auquel on peut obtenir le battage dVn hectolitre de froment ^ dans des exploitations de diverses étendues, soit par le moyen de la grande machine, soit par le moyen de la petite, en supposant le rendement de 5 hectol. par cent de gerbes.
1*^ Dans une exploitation où Ton récolte annuellement 5ooo gerbes • • •
a* Dans celle où l'on récolte 10000 gerbes .
3* Dans celle où Ton récolte 20000 gerbes
4^ Dans celle où Ton récolte 40000 gerbes