‹ Annales agricoles de RovilleChapitre 40 sur 67 · DE UIRRIGATION DES PRAIRIES · texte numérisé non relu

DE UIRRIGATION DES PRAIRIES

Extrait et traduit de V anglais ^ par J.-C. Fawtier, chef de V Institut agricole de Rocille.

JLi'ouvRAGE dont nous présentons ici de longs extraits et l'analyse , ou pour parler plus exactement, une traduction presque complète, est inr lîtulé The pratical Irrigator , etc^ ( Tlrrigateur praticien), un cahier in-8^ M.Stephens^ îrrigateur de profession et membre des Sociétés sué«doises d'agriculture de Nerecia et de JVerm^ landska , en est Fauteur.

Depuis quelques années , les ouvrages que Ton nommait théoriques et que Ton prisait autrefois si fort, étant tombés dans le discrédit, les écrivains ont pris le parti d'écrire de la pratique , si toutefois cela est possible ; du moins ils ont senti le besoin de cette épithète , souvent aussi trompeuse que les inscriptions monumentales et les étiquettes des bouteilles. Il paraît du reste que les lecteurs s'en contentent , et en effet , comment douter d'un livre armé d'un pareil timbre?

Il faut croire et s^humilier. Avis aux libfaîres et aux spéculateurs sur les ouvrages d'agriculture 1

Quant au travail pratique ou théorique, comme on le voudra, de M. Stepliens^ nous le croyons bon, non pas à cause de Tépithète qui Taccompagne ( combien de fois ne nous a-t-elle pas déjà désappointés !) non pas parce que M.Stephens est membre de telle ou telle société savante : on peut être fort ignorant et membre d'une Académie i témoin Vorihogv^^he au maréchal de Saxe , etc. 5 mais parce que ce travail nous a paru contenir des observations vraies, fondées sur des réalités de pratique et présentées quelquefois sous un nouveau jour. Et lors même que notre analyse n'aurait pour résultat que de dispenser nos lecteurs d'acheter l'opuscule exhor«bitamment cher de M. Stephens ^ elle aurait déjà son ,u)tilité : mais nous espérons que l'on y trouvera quelque avantage de plus , attendu que nous y présenterons tout ce qu'il y a d'utile et d'intéressant dans l'original, relativement aux irrigations^ et en retranchant seulement ce qui n'est que d'un intérêt local.

L'ouvrage que nous analysons comprend les titres suivans :

1*^ Une courte préface;

2? Principes généraux de l'irrigation 5

3^ De rétablissement des prairies arrosées 5 6^ LIYR. :i2

338 DE l'irbïgation

4** De rîrrigatioa par reprise d'eau (Catchs work irrigation ) ; ,

5® Dé l'aménagemeat ; 6® Des avaûtages des prairies af rosées^ 7® De rirrigation en Ecosse.

INous nous arrêterons plus ou moins lon^ guement sur chacun de ces sujets , suivant quils nous paraîtront devoir présenter plus ou moins d'intérêt à nos lecteurs.

Dans sa préface , M. Stephens nous apprend qu'il s'est occupé d'irrigations dès son enfance , sous la conduite de son père et de son frère ^ irrigateurs de profession*

En i8o6, il fut appelé en Suède par la Société Néricienne d'agriculture^ pour y introduire la méthode de desséchemens créée par Elkington , et en même temps pour y faire connaître, par l'application , les différens procédés de l'art àes irrigations jusqu'alors inconnu dans ce pays. Il revint ensuite dans la Grande-Bretagne pour y continuer sa profession d'irrigateur dans diverses parties de l'Angleterre et de l'Ecosse, et c^est après plus de vingt années de pratique dans ces diverses contrées qu'il s'est laissé décider , par les grands propriétaires dont il avait amélioré les terres , à publier ses opinions sur l'irrigation. Tels sont les titres de M. Stephens ; il n'écrit que pour être utile, et s'il avait, dit-il, manié aussi sou-

DES PRAtRIËS^ 33<)

vent là plutne que la pelle et le niveau , ses essais se présenteraient au public avec un style plus brillaht

i. Principes généraux de V irrigation.

Dans ce chapitre purement théorique, M» Ste^ phens nous dit que Tobservation seule suffit pour démontrer clairement les effets utiles de Tirrigation. On n'a , pour être convaincu , qu^à ob-^ server d^une part les prairies situées sur les bords clés rivières qui débordent accidentellement, ou dans le voisinage immédiat des fontaines , et d'autres parts , le sol recouvert par une eau sta-^ gaante» Dans le premier cas , la terre présente une belle verdure formée par Therbe la plus douce, tandis que les eaux stagnantes ne cou-* vrent le terrain que de plantes aquatiques , dures et rebutées par les animaux* Or c'est Timitation artificielle de ce qui se passe dans la nature, qui constitue Fart des irrigations^

« On ^dirige Feau dans le champ , de ma-* » nière à ce qu'elle soit toujours courante, » mais pas 2^vec assez de rapidité pour raviner » le sol ^ en même temps il est indispensable

> qu^elle puisse s'en écouler complètement et

> de manière à ne rester stagnante nulle part \

> et pour parvenir à ces résultats , il faut donner 1 à la surface du sol une disposition convenable,

^0 DE X'IBKIGATION

» afin que les eaux y arment et en sortent » à volonté. »

Tel est, selon M. Stephens ^ le résumé de la théorie de Tirrigation. Maïs comment Feau agit-elle sur les prairies arrosées ? Tout en avouant que ce phénomène ne peut pas être bien compris ^ notre auteur cherche à en donner des explications dont nous n'extrairons que les passager suivans :

« Un des modes d'action de l'eau , dît-rîl ^ » paraît suffisamment connu : lorsque cette eau » coule sur une prairie assez peu en pente pour » permettre qu'elle y dépose le sédiment qu'elle » charie, ce sédiment laissé sur le sol par Teau, » dans son infiltration au travers des herbes, » peut enrichir considérablement le terrain (i).-

(lyM. Siephens rappelle ici, dans une note, que tous les cours d^eau, grands ou petits, charient des débris terreur en proportion de leur volume , de leur rapidité et de leur longueur , combinés avec la nature du sol quHls iraTersent , les pluies, etc.... M. Rennel calcule que le Gange en^^ traîne à la mer 2,5og,o56,ooo pieds cubes de terre par heure^ ce qui forme la d«iix centième partie du volume de ses eaux. L^alluvion déposé par les eaux du Nil forme la cent vingtième partie de son volume, et égale 14,784,000 pieds cubes par heure. Le Mïssissipi dépose 8,000,000 pieds de terre par heure, et le Roang-ho , selon Barrow^ porte chaque heure à la mer 2,000,000 pieds cubes de sédiment terreux.

» Il rëi^ultede là que Ton peut attendre Uû effet » bien plus avantageux des eaux des grandes » rivières qui coulent au travers d^une longue » étendue de terres riches et améliorées, que de

> celles des ruisseaux que n^enrichissent pas les ^ lavures des terrains environnans, ou des ri— » vières qui ne coulent qu^au travers de terres » montagneuses, pauvres et en pâturages. Ce-

> pendant, même dans ces derniers cantons, » on peut obtenir des cours d'eau qui les arro*- » sent , une quantité considérable de dépôt fer*» » tilisant, pourvu que Ton dispose les prairies » de manière à recevoir les eaux grossies par » les premières pluies d'^automne qui lavent les

> pâturages et en entraînent les excrémens que » les animaux y ont déposés.

» L^eau agit encore sur les prairies en proté- » géant les herbes contre les effets des gelées^ » Il est prouvé, en effet, que Peau courante

> demande , pour geler , un degré de froid plus * considérable que Teau stagnante ^ et d'un autre

> côté, il est également constant que Teau, à

> Tétat fluide, a une température plus élevée

> que la glace ou la terre getee. Cela étant, » aussi long-temps que le froid n'est pas assez » intense pour arrêter Peau dans son cours sur » la prairie, les herbes jouiront d'une température » plus chaude que si elles étaient exposées à nu » à l'air. »

34 î I>K L'iKWGATIOn

Notre auteur se râume aini^ : « L'eau agit pria* » cipalement par le dépôt qu'elle laisse sur le sol^ » puis par Tabri qu'elle fournit aux plantes contre » l'action des gelées^et enfin peut-être par quelques-* » uns des principes chimiques qu'elle contient. » > Quant à la classification des eaux d'après leur efficacité , M. Stephens place en première ligne les eaux des grandes rivières qui arrosent de vastes contrées formées de terres riche$ et fertiles. Les eaux des grands courans, qui traversent de$ pays pauvres et montagneux , viennent ensuite, et l'irrigateur peut en tirer grand parti , surtout à l'époque des pluies d'automne, où elles sont très-bourbeuses. Enfin, les eaux des sources et de3 ruisseaux ne doivent pas non. plus rester sans emploi pour l'irrigation (quelle que soit du reste la petite étendue qu'elles puissent fertiliser) ; car elles agissent sur les herbes des prairies par la chaleur qu'elles entretiennent pendant la saison froide , et aussi par les principes chimique inconnus qu'elles tiennent en dissolution et qu'elles livrent aux plantes arrosées par elles.

M. Stephens termine ce premier chapitre ea signalant quelques erreurs préjudiciables et qui tendent à décrier l'art des irrigations; i*^ celle où $ont tombées les personnes qui n'ont obtenu que de mauvais résultats par suite d'une marche vicieuse dans l'établissement de leurs irrigations,

, DIS p&â.irie;s« ^ 343

pu dans la conduite ultérieure des eaux , et qui s'imaginaient que toutes les eaux étaient également propres pour agir sur toute espèce de solj a® celle des irrigateurs ignorans qui croient qu'il çufBt de conduire Feau sur une prairie , sans $^occuper de la difcribuer systématiquement et de Tempêçher de séjourner; 3® enfin) Terreur de ceux qui pensent que lorsqu'une fois une prairie a été l)ien disposée pour l'irrigation ^ il est inutile de s'en occuper davantage , bien qu'il soit constant que les canaux d'irrigation et de dessèchement puissent se détériorer par diverses causes,

IL De V établissement des prairies arrosées.

Dans ce chapitre ^ M. Stephens prend pour point de départ le système suivi pour rétablissement djes irrigations dans les comtés anglais de Glocester et de Wilt; mais avant d'entrer en matière ^ il pose préalablepient les questions suivantes ;

1,^ Est-il nécessaire d'établir un barrage , une digue (a dam)^ au travers du cours d^eau que l'on veut employer à l'irrigation?

2^ Peut-on barrer Teau de manière à lui faire atteindre une hauteur suffisante pour la conduire sur la prairie à arroser, sans nuire aux propriétés voisines? ou, l'eau est-elle déjà suffisamment haute , sans avoir recours à un barrage ? ou hiea

344 i>E l'irrigation

encore, peutH)a élever Teau de manière à la diriger de niveau , au moyen d^un canal de conduite , jusqu'à ce qu'elle entre dans la prairie ?

3^ Enfin, peut-on faire sortir Feau de la prairie, après l'arrosage, assez promptement pour qu'elle ne reste stagnante nulle part?

€ Ce dernier point , dit M. Stephens^ est sur- » tout fort important à éclaircir avant de chercher V à soumettre une prairie à Tirrigation 5 car l'ex- » périence démontre que, quelque bonne que

* soit l'eau employée, si elle séjourne un peu » longuement à la surface du sol, la bonne »' berbe disparaît et bientôt les mauvaises herbes

> aquatiques s'emps^rent de tout le terrain. U » est une autre précaution noa moins impor- » tante à prendre dans l'établissement d'un sys-

> tèmc d'irrigation 5 je veux parler du desséche"

• ment préalable j car si un terrain que l'on » veut convertir en prairie arrosée , n'a pas été » avant tout parfaitement desséché, quels soins

> que l'on prenne, quelles dépenses que l'on fasse » pour en disposer convenablement la surface, » les récoltes de fourrage que Ton en obtiendra » seront bien inférieures à celles qu'aurait pro- » duites le même terrain bien desséché. En » conséquence, tout irrigateur, avant de se inet- » trc à l'ouvrage , doit examiner soigneusement » s'il est possible d'établir un système de dessé-

0ES PRÀI&IES» ^5

» chement lel que toute Feau puisse sortir à » volonté de la prairie soumise à Tirrigation. » Lorsque Ton s^est assuré que toutes les diffi- » cultes que nous venons de signaler pouvaient % être surmontées, le premier travail à faire est T de prendre exactement le niveau du sol que » Ton veut arroser, et d^e comparer la partie la plus * élevée de ce terrain avec la hauteur delà surface !» de Feau dont on veut faire usage. Si le niveau » de Peau est plus haut de 8 , 12 ou 20 pouces » que cette partie de la prairie, distante, je sup- » |)Ose, de 100, 200 on 3oo mètres, il faut alors ^ creuser le canal de conduite (main cofiduC" » tor, main fuder) destiné à alimenter les » raies d'irrigation (inferior feeders) , en ligne y aussi directe que les circonstances le permet- » tront, et en le dirigeant sur le côté le plus » élevé^^ du terrain que l'on veut soumettre à » Firrigation.... Ce canal ne doit pas être creusé » parfaitement de niveau; mais il convient de » lui donner une pente légère et uniforme dans > toute sa longueur, de manière à ce que Feau » y ait un cours égal et constant. »

^Quelquefois cependant, le sol n'a pas une pente uniforme, et présente au contraire plusieurs points plus élevés ^t le reste du champ. M. Stephens conseille, dans ce cas, d'établir autant de canaux de conduite qu'il y a de points

346 DE l'ibrigation

ciUminans, et alors , au moyen des raies latérales d'irrigation partant de ces canaux de conduite, Ton parviendra à distribuer convenablement les eaux sur toute la surface de la prairie.

« La largeur de chaque canal de conduite dé«

> pend du volume d'eau que Ton veut conduire A ^ la prairie, combiné ayec. la pente du canal,

> depuis sa naissance ou la priçe d'eau, jusqua ^ son entrée daqs le pré, et avec le nombre et » la longueur des raies dMrrigation que le canal » de conduite doit alimenter. La profondeur des

> canaux conducteurs, au point de départ du

> grand courant qui alimente toute Tirrigation,

> doit être proportionnée à la profondeur de ce .» courant et à rabaissement le plus considérable

» du sol sur lequel on les dirige; c'est-à-dire » que cette profondeur doit être telle, lorsque » la surface du sol le perniet, que les canaux » conducteurs soient aussi profonds que le grand » courant, afin que Teau qui y entre entraîne » avec elle la plus grande (quantité possible de :p limon.

» Le déblai qui résulte du creusement des :» canaux e$t employé à la construction des en-

. !ft caissemens de ces canaux , ou , si Ton n'a pas :p besoin de l'employer à cet usage , on s'en

. > sert pour combler les fonds et niveler les ;^ parties trop basses^

» Pour fournir à volonté à la prairie la quany tité d^eau nécessaire , il faut établir à l'entrée » de chaque canal de conduite une écluse, au » moyen de laquelle on fera entrer Peau ou on » Texclura , suivant le besoin ^ et dans les saisons 9 sèches , lorsque Teau n'est pas asses abondante » pour Tarrosage général de la prairie, Firrigatioa :^ peut encore, au moyen des écluses, réunir ^ Teau sur chaque partie qu'il se propose d'ar-* 3» roser. Cest également pair rétablissement ju- !^ dicieux des écluses , suivant la hauteur des :^ difEiérens niveaux que présente le sol , que Pou > peut éviter. beaucoup de frais dans un grand 9 nombre de circonstances , puisqu^au lieu de ^ disposer toutes les assises de la prairie d'après !^ un niveau commun, on peut, par ce moyen ^ !» leur conserver leurs niveaux naturels. »

Ici^ M* Stephens conseille de construire Tenr* caissement de l'écluse en maçonnerie de pierres de taille et de chaux. C'est ce qu'en définitif son expérience li^i ^ fait çnvisagçr coQiiqe le plus économique^

A la suite des travaux dont nous venons de nous entretenir, notre auteur place le creusement; de la saignée principale (main drain) destinée à recevoir les eaux qui ont servi à l'irrigation , et à les conduire hors du pré. Si le grand courant P^ssç pir hasard dans la partie basse de la pr^i^

348 DE l'irrigatioi^

rie, il peut faire Toffice de là saignée principale quMl est alors inutile de creuser; mais dans lé cas contraire, il est de la plus haute importance dé la tracer dans la partie la plus basse du pré, de manière à ce qu'elle reçoive tout Técoulement de!s eaux d'irrigation et les déverse dans le grand courant, sans quMl en séjourne nulle part sur le sol ; € car , dans une prairie bien disposée et > où Teau n^est jamais stagnante, le sol se sature » moins promptement d'eau qu^on né le croit » généralement, surtout lorsque cette eau est » boueuse , attendu qu'alors elle laisse à la sur- » face une quantité considérable de sédiment , » lequel agit comme une couche imperméable » et s^oppose à une trop grande infiltration des » eaux. »

On emploie le déblai des saignées à combler les parties basses , après quoi on procède au nivellement de la prairie; mais pour comprendre ce qui va suivre, il est peut-être utile de prévenir nos lecteurs que M. Stephens parle ici de l'irrigation en planches ou billons , c'est-^ ^-dire, de celle qui a lieu sur un terrain disposé en larges planches. Le milieu de ces bil- Idns est un peu élevé, et reçoit dans toute sa longueur la raie d'arrosage, d'où Teau reffue pour couler sur les côtés en pente et terminés par utie saignée ou raie d'écoulement destinée

DES PRAIRIES. 34g

a emmener Teau qui a servi , dans la saignée principale. Ce genre d^irrigation ne se rencontre guère que dans la Grande-Bretagne, les Vosges, et quelques parties de la Lombardie. Revenons à M. Slephens.

c On divise alors le sol en planches régulières; » losque le terrain est naturellement sec et Teau » abondante, on peut leur donner 4o pieds de 2^ large ^ mais si le sous-sol est naturellement » froid et imperméable, leur largeur ne doit » jamais excéder 32 pieds, et elle^ doit encore » être moins considérable , sur les terres profondes » et tourbeuses (Jee/7mo^^^oi7^).... On creuse » les raies d^arrosage dans le milieu des planches » que Ton trace toujours à angle droit ou per- » pendiculairement aux canaux de conduite. Une » planche de 30o yards (200 mètres environ) » de longueur , exige une raie d^arrosage de 20 » pouces de large, au point où elle part du » canal de conduite, et allant en se rétrécissant ï^. graduellement jusqu^à Textrémité opposée, où !» sa largeur ne doit plus être que de 12 pouces » (voyez planche IV)^ car la masse d^eau diminue » aussi graduellement en s^éçoulant constamment » par les côtés de la raie d'arrosage.

» La terre extraite du sol par le creusement » des raies dMrrigation, doit être disposée régu- » lièrement sur chaque bord de ces raies ^ de

35o DE t^IREIfeATtÔN

t^ manière à y former de petits encalssemens ^ » s^inclinant insensiblement vers les raies d^é-^ » coulement. »

Lorsque Ton exécute ce dernier travail, M* Stephens recommande de laisser de distance en distance, auprès des raies d'irrigation, de petites mottes de terre (stops) d*eûviron 6 pouces de largeur , dont on se servira comme de petits barrages dans les raies, afin de faire refluer les câtix et arroser sur tous les points. M. P^fight et autres conseillent pour atteindre ce but , c'est-àdire , pour faire déverser les eaux des raies d'arrôsagé sur la surface du pré, de faire de distance en distance des entailles aux encaissemens des raies 5 mais M. Stephens condamne formellement cette pratique , parce qu'elle tend à détériorer les raies d'irrigation. Quelques écrivains , ajoute-t-il*, recommandent pour le même objet^ l'emploi de$ pieux ficbés dans les raies ; mais une motte de terre! suffit pour les barrages accidentels , et, dans lefi parties oii le barrage doit être à demeure, on peut lé construire avec quelques pierres ou quelques gazons , en ayant soin toutefois que ce barrage ne dépasse pas la hauteur de rencaissement ; car alors ^ les herbes et autres corps chariés par les eaux s'y amoncèleraîent et pourraient détourner les eaux du cours que l'on voulait leur donner.

« Dès que toutes les raies d'arrosage jugées

BËS PRAIRIES. 351

» tiécessaires pour conduire et répandre les eaux ^ sur la prairie, ont été terminées , il faut » creuser une saignée entre chaque deux raies

> dVrosage, parallèlement et à égalé distance dû ces raies, si toutefois le niveau du sol le permet » (M. Stephens continue ici à décrire Tirrigatioti en planches ou billons.) « Mais si la pente est t brisée^ alors il faut tracer la saignée d^ns là » partie mitoyenne , de manière à ce qu'elle se

> trouve plus rapprochée de Tune des deux raies % d^arrosage. Les saignées ou raies d'écoulement » sont creusées d'une manière inverse à celle » des raies d'arrosage , c'est-à-dire qu'elles sont » plus étroites dans la partie là plus élevée du » sol qu'elles traversent, et qu'elles s'élargissent » graduellement (ainsi que l'on peut le voir dans » les planches IV et V) jusqu'à ce qu'elles ahou-^ » tissent à la saignée principale destinée à dé-* » charger les eaux dans le grand courant. Danâ » tous les^sols, la profondeur de ces saignées doit a^, être telle, qu'elles puissent contenir et emme-« » ner toutes les eaux , de manière à n'en lais- » ser séjourner nulle part : mais dans les sols » humiàes, à sous-sol imperméable, la prôfon** » deur à l'extrémité supérieure ne doit jamais » être moindre de six pouces , et l'on doit Pap*- » profondir de plus en plus en avançant vers lar » saignée principale dont elle doit presqu'at->'

35a DE L'iaHIGATION

vt teindre la profondeur au point de leur jonc-* > tion. »

Tous ces divers travaux étant terminés , M. Ste^ phens conseille de lâcher les eaux dans la prai-: rie, en opérant graduellement sur chaque partie, de manière à s'assurer par-là si toutes les raies d^arrosage , tous les canaux de conduite , toutes les saignées ont été convenablement tracés et construits. Un premier essai suffît pour s'apercevoir de ce qu'il peut y avoir d'imparfait dans k tracé des canaux d'irrigation ou d^ desséche* ment. La terre qui provient du creusement des saignées , ainsi que celle que l'on enlève des parties trop élevées , doit être employée au nivellement régulier des planches ^ car il est essentiel que les pentes en soient uniformes et régulières pour que l'irrigation produise les résultats les plus avantageux. Si la surface est irrégulière, raboteuse , M. Stephens conseille , lorsque la couche de gazon est peu épaisse, de labourer toute la pièce et d'^n tirer une récolte d^avoine, avant de niveler pour l'irrigation ^ et si le gazon est assez fort pour pouvoir être enlevé , de dégazonner les parties à niveler, de les élever ou de les abaisser suivant le besoin , et d'y replacer le gazon. Dans tous les cas , il faut disposer les planches de manière que le centre soit élevé d'environ un pied.... Le tracé des canaux , raies.

etc. , doit être exécuté avec le plus grand soin et la plus grande précision; plus ou. se sera donné de peine dans ce premier travail ^ plus ensuite Taménagement des eaux sera facile. La prairie que Ton a formée en y semant des graine9 des préS) ne se trouve suffisamment engazonnée, pour recevoir les eaux de rirrigation, qu^au bout de deux à trois ans ; mais lorsque Fon,n^a fait que déplacer Tancien gazon pour le replacer ensuite^ on peut Tarroser immédiatement , et , si le travail a été exécuté an automne, elle donnera certainement une forte récolte de foin àfis la première année. « Un grand nombre de prairies , dit » M. Stephens , ont été traitées ainsi dans ces » derniers temps, et elles ont toutes parfaitement > réussi.»

Dans les cantons oii les cours d^eau ont beaucoup de rapidité, il faut éviter autant quepos-* sible de pratiquer des barrages \ on y parviept en établissant la prise d'eau beaucoup plus haut. La dépense est , il est vrai , plus considérable \ mais cela est plus avantageux ainsi, lorsque toutefois les propriétaires voisins y consentent, ce qui n'arrive pas toujours \ car le plus souvent ils ont beaucoup de répugnance pour ces sortes d'améliorations , soit par ignorance , soit par mau-^ vaise volonté.

<k Lorsque Ton se trouve dans la nécessité, ajoute

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