DE L^EMPLOI
d^os représetiterait vingt-sept quiotaux àe fu-^ mier d'étable^ ce qui s^accorde avfec la donnée de Freid. Ebner.Eahn^ nous lisons dans le rapport du comité de la Société d^agriculture de Doncastre , qu^une voiture de cent vingt bushels (d^environ quarante-trois hectolitres) d^os piles en morceaux d^un demi-pouce de diamètre ^ égale quarante à cinquante voitures de fumier d'étable. Dans le même rapport M. Birks nous apprçnd que les turneps fumés avec de la poudre d'os sont moins exposés aux attaques des pucerons que lorsque Ton emploie du fumier d'étable , lequel, selon cet agriculteur , contient les larves de ces insectes. Freid. Ehner avait déjà avancé que les os piles protégeaient les récoltes contre les pucerons et' les limaçons^ Indépendamment des avantages que nous venons de signaler, M. Wat^ son de Keillor a observé , en i825 , que les violentes sécheresses de Fêté de cette année nuisirent peu aux récoltes de turneps iumées avec de la poudre d'os , tandis qu'elles détruisirent presque totalement celles que Ton avait fumées avec du fumier d'étable*. \
]>{ous venons de voir quelles sont les opinions sur la propriété fertilisante des os purs comparée à celle du fumier d'étable; mais il paraît, d'après un avis assez unanime, que l'on augmente l'activité de la poudre d'os, en la mélangeant
avec d^autrês substances^ en en formant des composts. Depuis*loDg-temps en Angleterre on est dans Tusage de mélanger les os piles avec des cendres ^ et ce mélange , bien plus actif, per-^ met de diminuer la quantité de poudre d^os^ Freid. Ebner^ qui cite ce fait, ajoute que Ton obtient des effets bien plus grands encore en formant un compost de poudre d'os et de fumier d^étable mélangés en parties égales. < De cette ^ manière , dit-il , le fumier agit dès la première » année , et les ds piles agissent dans les années » suivantes. »
On lit dans les Archives de Tagriculture allemande ( Archw der teutschen Laudwirihs , sept. i8a6 ) qu^un cultivateur suisse eut Tidée de mélanger du sel 2^ de la poudre d^os. Les résultats furent extrêmement heureux. Il employait une à trois livres de sel pour un quintal de poudre d^os. Il mélangeait avec soin les deux substances \ les laissait fermenter et ne les em--* ployait qu^après la fernjientation , qui ne tardait pas à s^opérer. Il assurait avoir employé cette poudre d'os salée avec le plus grand succès sut ses prairies* M. Dàrcet parle dHin mélange analogue^ pratiqué par un fabricant de poudre d'os en Alsace» 4?{ous avons été voir, dit^il, il y ♦ a quelqMs mois,. M. Gay^Lussaé et moi, u^ » riche propriétaire des environs die Strasbourg ,
4a8 DB l'emploi
» qui a fait établir , dana un moulin dépendant de » son parc, un bocard et uniamîaage mus par 9 Teau, pour y mettre les os en poudre. Le^ os » broyés dans cette usine y sont réduits en pou- » dre très-fine : cette poudre, passée au tamis, » contient peu de moreeaux de la grosseur d^un » pois. Le propriétaire nous a dit qu^ii suivait les » procédés adoptés en Angleterre pour pulvériser > les os et pour les approprier aux besoins de » Tagriculture ^ il nous a assuré quV7 ajoutait » du salpêtre à la poudre d'os pour empêcher la » fermentation et pour Vemplojrer avec plus » davantage comme engrais ; il nous a an-^ » nonce que la poudre d'os ainsi préparée qu^il » mettait dans le commerce , contenait au cent :
Poudre d'os tamb^ go
Salpêtre « lo
lOO
^ Il nous a assuré que les cultivateurs lui payaient » les loo kil. de cette poudre jusqu'à 16 fr. > (Bulletin de la Société d^J&icouragement , décembre i8a6.)
Nous terminerons cet article par le résumé des opinions recueillies à ce sujet par le comité de la Société d'agriculture de Doncastre. < L'état » des os , lorsqu^on les emploie , nous disent f les rapporteurs, est une questicm importante
» de remploi de la poudre, d os. Au premier » aperçu , on serait tenté de conclure que ces » os doivent agir avec bien plus d^énergre lors^ » qu'ils contiennent encore toute la moelle et » les autres sucs animaux, et que réciproque-* » ment ils doivent être d'autant moins' efficaces, » quHls sont plus secs, plus complètement dé- » pouillés de sucs \ mais il paraît qu'il n'en est » rien. Il semble, en effet, que les os agissent » non pas précisément par la substance grasse, » le suc animal contenus dans la moelle, les » cartilages , etc , mais plutôt par certains prin- » cipes gazeux qui se développent pendant leur 9 décomposition. Ce qui semblerait le prouver, > c'est que les os dont on a extrait la gélatine » ont été trouvés plus actifs, plus efficaces pour » fertiliser le sol, que les os frais. Il paraît en 9 outre, d'après des essais , que pour les employer j> avec succès, il est nécessaire de les laisser fer- » menter en V^. Cinquante bushels (dix^huit » hectol.) d'os piles, mélangés avec cinq voitures 9 d'argile cuite ou de bonne terre, forment un excel* » lent compost pour la fumure d'un acre de terre » (environ quarante ares.) Quelques cultivateurs 9 recommandent beaucoup le mélange de la pou— 9 dre d'os avec plusieurs autres substances , telles » que la suie, la fiente de pigeon, les cendres 9 provenant de l'incinération des mauvaises her«-
/iT^
43o DE l'kMPLOÎ
» bes ^ le terreau , etc* Ils considèrent ces mé- » langes comme fort avantageux et comme aug- » mentant beaucoup Tactivité de la poudre d^os.M. » On croit généralement que Thumidité dans le » sol ou dans la température neutralise les effets :^ des os piles; aussi rebommande-t-on de les » employer en temps sec et sur un terrain sec. » Dans ce cas, la poudre d'os semblerait agir par » le calcaire qu^elle contient^ comme absorbant » de rhumidité pour la transmettre aux plantes.
> Ce qui semble confirmer cette hypothèse, c'^est
> que dans le comté de Lincoln où Ton fait
> un usage si fréquent et si étendu des os piles, » on préfère , pour la préparation de la poudre
> d'os, les ossemens les plus durs et consé-
> quemment les moins munis de sucs , ceux des
> jambes de cheval, par exemple, dans lesqueb ^ la substance calcaire est proportionnellement
> plus abondante. >
6® Des machines employées pour la prépara-^ tion de la poudre d^os.
Jusqu^à présent , pour les usages de Tagriculture, on a préparé avec diverses machines, les os piles , que Ton pulvérisait plus ou moins selon la volonté du cultivateur et aussi selon la per* fection des machines elles-mêmesXesossont réduits en poudre pulvérulente ou grossièrement concassés
DigitizecLby LjOOQIC
m» os PîLÉs. 43 ï
£Q morceaux de là grosseur d'un pois ou d^une ieve. Quelquefois , et cela tient à l'imperfection de la machine employée, de gros morceaux se trouvent mélangés avec une poudre très-fine, en sorte que Ton^est obligé pour obtenir, ou de la poudre, ou des morceaux, d'employer le tamisage. ^ Nous avons vu que l'on s'accordait à croire 4^1)5 la Grande-Bretagne, que plus la poudre d'os était fine, plus elle avait d'activité à poids égal, et plus. cette activité était prompte; mais qu'en revanche moins elle avait de durée , et réciproquement. Cependant lorsque l'on veut répandre la poudre d'os dans les lignes de turneps et avecla.graine.de turneps (pratique considérée comme la meilleure et qui s'effectue , comme nous l'avons dit , avec un âemoir préparé pour cet usage) , dans ce cas. on se borne à concasser les os en morceaux de la grosseur d'une fève, ou, pour me servir de l'expression anglaise, en morceaux d'un demi-pouce de diamètre. Du. reste, lorsque l'on veut répandre les os piles eu couverture, sur. une récolte déjà en végétation, il paraît que l'oa préfère les os broyés très-menus, parce que , dans cet état ^ ils pénètrent plus aisément dans le sol 5 or, M. Freid. Ebner assure que les os n'agissent qu'autant qu'ils sont mélangés avec la terre, leur action étant trèsfaible lorsqu'ils restent exposés à Ja surface du soL
43a DE l'emploi
Pendant long*tenips on s'est servi de ma^ chines assez simples pour concasser ou pulvériser les os. Les moulins que Ton employait à cet usage sont plus ou moins avantageux. Ce sont, bu des bocards, ou des meules verticales en pierre dure ou en fonte, d'un poids de deux à trois mille kil., tournant dans une auge horizontale de forme circulaire, également en pierre dure, à peu près comme les moulins qui servent à broyer les graines oléagineuses. Depuis , les Anglais ont imaginé d'employer i cet objet des espèces de laminoirs dont les cylindres sont forinés de disques en fonte dure et à dents, qui se chevauchent alternativement d'un cylindre à l'autre, et qui , en tournant en sens contraire avec une vitesse différente, pulvérisent assez promptement les os. Cest aux machines de ce genre que l'on semble donner aujourd'hui la préférence dans la Grande-Bretagne , et la Société des montagnards d'Ecosse a accordé, en 182g, un prix a M. James Andersen , de Dundee , pour la construction dune machine semblable, mue par une machine à vapeur de la force de douze chevaux. En voici la description que nous traduisons du yp numéro du Quarterlj Journal oj agriculture^ etc.
« Dans la machine de M. James Andersen^ » les os que l'on destine à être broyés sont
DES OS VTLis. 433
» pris sur \e sol du moulin et transportés à la ' » partie supérieure de la machine par une série » d'augets ou godets fixés à une chaîne double. » Ces os sont déchargés par ce premier mé- » canisme sur une toile sans fin tendue par deux » rouleaux mobiles, et par le mouvement de cette » toile , les os sont versés entre deux cylindres
> en fonte, revêtus d^anneaux en fer forgé, ar- » mes de dents serrées et nombreuses. Ces 05, » après avoir été partiellement broyés entre ces » premi<^rs cylindres , tombent entre deux autres !» cylindres semblables, mais à dents plus serrées. » Immédiatement au-dessous de cette seconde » paire de cylindres se trouve un crible main-
> tenu en mouvement par une manivelle. Les
> os complètement pulvérisés passent au travers » du crible et tombent dans \in emplacement à 9 ce destiné dans le bas du moulin. Les mor- * ceaux partiellement broyés et qui n'ont pu » passer au travers des mailles du crible , sont » entraînés par le mouvement même de ce der- ^ nier, entre une troisième paire de cylindres, » construits comme les précédens, mais à dents » encore plus serrées. Immédiatement au-dessous » de ces derniers cylindres se trouve placé un y second crible que fait mouvoir le même mé- » canisme qui imprime le mouvement au pre- :» mier et au travers duquel passe la poudre d'os
434 I>K L'EMPLOr
» poui" tomber de là dans la division formée sur
» le plancher inférieur pour la recevoir , tandis
> que les os imparfaitement broyés sont entrai- 9 nés par le mouvement même du crible et » versés dans une autre division du plancher, » d^où on lés tire pour les vendre en cet état » ou pour les mettre à portée de la chaîne à » augets ^ qui les enlève et les reporte au haut
> de la machine, pour èfare broyés de nouveau. » La figure i4 représente la section verticale
» des parties principales de cette machine à a^. broyer les os ^ ces parties sont : £, les chaînes et leurs augets qui servent à élever les os.
F, la toile sans fin sur laquelle les os sont entraî-
nés entre la première paire de cylindres LL« MM , la seconde paire de cylindt^es entre laquelle
les os passent ensuite.
T, le crible sur lequel tombent les os après avoir
été broyés par les cylindres LL, MM.
G , la division établie sur le plancher pour re-
cevoir la poudre d^os tombant du crible T. ISN, la troisième paire de>eylindres, entre laquelle
les os partiellement broyés sont versés par
le mouvement du crible T.
U, le crible inférieur sur lequel tombe la poudre
d^os au sortir des cylindres ]SN« H, la division du plancher dans laquelle le crible
U laisse tomber la poudre d'os fournie par
les cylindres NN.
I, la division du plancher dans laquelle les os
imparfaitement broyés sont versés par le
mouvement du crible U.
» La figure i5 représente la vue de face du » moulin à broyer qui s'unit avec Tappareil de 9 la machine à vapeur par l'arbre et le pignon » BA. GD£ sont des pignons qui servent à j> imprimer le mouvement à tous les cylindres
> dentés. LMN représentent les cylindres vus » de face ^ et LL , dans la figure 1 6 , sont la
> première paire de cylindres vue à vol d'oiseau. > Les coussinets en cuivre des cylindres sont
» assujétis, au moyen de boulons et d'écrous^sur
> un fort châssis en fonte fixé sur une plate-* » forme en bois dur^ élevée d'environ quatre ^ pieds 1/2 au-dessus du plancher inférieur. T^ Les axes des cylindres sont en fer forgé ; leur y> longueur entre les coussinets est de deux pieds, » et ils traversent les cylindres en fonte, dont
> le diamètre est de neuf pouces* Sur ces cylin- » dres sont fixés, par des écrous, les anneaux ^ dentés séparés l'un de l'autre par des anneaux » plats \ ils sont solidement maintenus , afin » qu'ils ne puissent pas se mouvoir longitudi- » nalement ni çirculairement. Les anneaux den-
> tés sont en fer forgé ^ leur diamètre intérieur
436 DE l'emploi
» est de neuf pouces^ et leur diamètre exté^ » rieur de quatorze pouces ; mais la face exté«
> rieure de ces anneaux , sur laquelle les dents » sont incisées , est en acier soudé sur le fer. » Le nombre des dents de chaque anneau varie » dans les différens cylindres. Celles de la pre« 9 mière paire, ou cylindres broyeurs^ sont dis^ ^ tantes d'un pouce Tune de l'autre , mesurées » au tranchant, dont la longueur est d'un pouce » 3/4 dans L'i^i des deux cylindres. L'épaisseur 9 des dents de chaque anneau varie dans les » différens cylindres. Celle de la première paire, » ou cylindres broyeurs , est d'un pouce ^ et la » distance d'une dent à l'autre dans l'un de ces » cylindres est d'un pouce 3/4 ^ et dans l'autre » d'un pouce i/a , la profondeur des dents dans » ces deux premiers cylindres étant de 7/8 de » pouce et les anneaux dentés au nombre de douze » sur chaque. Dans la seconde paire, la longueur » du tranchant des dents, ou, ce qui revient au » même , l'épaisseur des anneaux dentés , est d'un 9 demi*pouce^ la distance dune dent à l'autre s> sur l'un des deux cylindres est d'un pouce 1/8, » et sur l'autre de 7/8 de pouce , la profondeur
> des dents dans chaque cylindre étant de 3/4 de » pouce et le nombre des anneaux dentés de vingt- » quatre. Dans la troisième paire , ou cylindres rs> inférieurs , la longueur du tranchant des dents
DES OS PILlfs. 437
» est de 3/8 de pouce , la distance d'une dent à
a> l'autre sur chaque cylindre de 5/8 de pouce ^
» la profondeur également de 5/8 de pouce, et
» le nombre des anneaux dentés de treàte. Un
» anneau plat en fer forgé , de la même épaisseur
# que les anneaux dentés, mais dont le rayon' » extérieur est plus petit de toute la profondeur » des dents que celui des premiers , alterne avec » chaque anneau denté. Ces deux espèces d'an- » neaux sont tournés avec soin sur la face interne » et sur les deux côtés , de manière à s'ajuster » parfaitement sur le cylindre en fonte qui 9 leur sert d'axe. L'espace occupé dans chaque » cylindre par les anneaux dentés , ou , ee qui » revient au même, la surface dentée , est de vingt » pouces. Les dents sont taillées soigneusement, 2> sont trempées d'une manière convenable pour
> le travail qu'elles doivent exécuter, et les » anneaux qu'elles garnissent circulairement » peuvent aisément être retirés du cylindre en
> fonte lorsque l'on veut les aiguiser ou les réparer. » Le mouvement est transmis de la machine à f vapeur aux cylindres par un arbre intermé-
> diaire,etdes cylindres inférieurs aux cylindres » supérieurs par une série de roues en fonte » d'une grande force et coulées avec précision. y On voit en B, figure i5, la roue fixée
* à Textrémité de l'axe du cylindre princi-
438 DE l'empk»
» pal ou moteur^ et Tuu des cylindres, dans
s> chaque paire , est muni à Textrémité opposée ,
» d^une roue, et Tautre à^xxn pignon destiné à
» transmettre le mouvement. La roue A, située
> à Texlrémité de Farbre intermédiaire, et qui
> imprime le mouvement au système des grandes
> roues motrices des cylindres, et la grande roue G,
> sont des roues àfrottemens^ c'est-à-dire que
> la périphérie qui porte les dents est mobile V sur le reste de la roue, et n^ est fixée que » par un frottement que Ton règle à volonté à 3> Faide de vis de pression, en sorte que la ma- » chine n'est pas exposée à se détraquer , parce
> que le mouvement des cylindres s'arrête , quoi-
> qfue celui des roues dentées continue, lors- ^ qu'un os trop dur , une pierre ou un morceau » de métal vient à s'introduire entre les cylin-
> dres,
» La rapidité de rotation de chaque paire de
^ cylindres va en diminuant du bas en haut,
5> en sorte que la paire inférieure tourne plus
» rapidement que la paire située au-dessus , et
^ dans chaque paire un des cylindres tourne un
» tiers plus vite que l'autre , dé manière que les
^ os sont retardés dans leur passage , et qu'ainsi
» ils sont concassés et broyés de plus en plus , à
> mesure qu'ils passent entre les cylindres. Au- )> dessous de chaque paire se trouve une pièce
» de fer en forme de décrotoir, dans ]e but de » nettoyer les dents lorsqu'elles se chargent des 9 matières grasses qui pourraient les engorger. » Les deux cribles sont mis en mouvement par !» une manivelle mue elle-même par une poulie » et une courroie sans fin , placée sur Tarbre » intermédiaire. Un système de poulies et de :» courroies est ensuite établi , de Taxe du pignon » des cylindres inférieurs, au cylindre de la toile » sans fin et au cylindre supérieur de la chaîne :» sans fin , munie d'augets. Ce système est des- » tiné à mettre en mouvement la toile sans fin » et la chaîne à augets.
> Cette machine broie par heure environ trois > mille livres d'os bruts , dont la presque totalité 9 est réduite en poussière. »
Telle est la description abrégée du moulin à broyer les os, perfectionné par M. James Anderson. Il serait sans doute à désirer que de nom^ breuses machines de ce genre s'élevassent dans les diverses parties de la France^ mais ces machines sont très-coûteuses d'établissement et exigent, pour être établies avec quelque profit , que l'emploi des os piles se soit naturalisé chez les fermiers. Un cultivateur ne pourrait , pour ses seuls besoins, en établir avec avantage dans son exploitation , quelle que grande qu'elle fût 5 il n'y a qu'un entrepreneur, un manufacturier de poudre
44o BE l'EMPLOÏ
tfos qui puisse se livrer avec profit à cette entreprise. Ainsi ^ en attendant que les fermiers s'éclairent sur les avantages des os piles pour engrais, on ne pourra guère se servir avantageusement^pour concasser les os, que des machines ordinaires et plus simples, parmi lesquelles le bocard parait jusquUci avoir obtenu la préférence en Allemagne et même en Angleterre. Cest à celle machine que M. Freid. Ebner donne la préférence.
Dans son ouvrage sur la poudre d'os (^Das Knocken-Mehl^tïc.^^ il consacre trois planches à la description de cette machine et de la roue hydraulique qui la met en mouvement; nous croyons inutile d'en donner la copie et la description ^ parce que les machines de ce genre sont assez connueà ; mais nous croyons de quelque utilité de spécifier quelques particularités qui se rattachent à cette machine, lorsque Ton veut l'appliquer à broyer des os. Dans la machine de Ebner , les pilons sont au nombre de douze , divisés en deux séries, et chaque série fonctionne dans une auge distincte ; chaque pilon à environ cinq pouces d'équarrissage et sept pieds et demi de longueur non compris le talon en fer qui le termine inférieurement et dont la longueur est de six pouces et le poids de douze à quatorze livres. La surface inférieure du talon est dentelée
OU mamelonée ^ afin qu^elle puisse mordre plus éoergiquemeat les os qui sent soumis à son action. L^auge dans laquelle fonctionnent les six pilons d'une série est en fonte ^ elle a quatre pieds trois pouces de longueur au fond, et quatre pieds neuf pouces à Fouverture; sa largeur à Fouverture est de vingt pouces et au fond de huit pouces seulement^ ses parois latérales sont inclinées du haut en bas , et sa profondeur verticale est de dix*huit pouces.
Indépendamment de cette machine, celui qui veut fabriquer de la poudre d'os doit se pourvoir en outre de quelques ustensiles peu coûteux , savoir : un tamis , une ou deux bâches , quelques pelles creuses et en bois pour puiser la poudre dans les auges , une balance et quelques sacs ou quelques tonneaux.
A ces renseignemens nous ajouterons ceux que nous donne le même écrivain sur la fabrication et la conservation de la poudre d'os. Les observations suivantes nous ont paru d'autant plus précieuses que M. Ehner est le seul qui , jusqu^à présent , soit entré dans de semblables détails généralement trop négligés , malgré leur grande utilité pratique.
Selon M. Ebner^ les os les plus propres à la fabrication de la poudre d'os doivent être frais et ne doivent pas avoir séjourné long-temps à
Goog
44^ DB l'emploi
Fair ou dans le sol^ ce qui les altère beaucoup. On fera bien de poréférer toujours ceux qui sortent de la voirie, des boucheries ou, des cuisines. Du reste on peut conserver quelque temps ces os recueillis frais , en les plaçant dans un lieu sec et dos et non exposé à Tair. Lorsque Ton veut les pulvériser, il est inutile de leur &ire subir aucune préparation ^ on peut procéder immédiatement à cette opération. Cependant si les os sont trop frais, trop chargés de chair, ce qui , au moulin , donnerait une espèce de pâte au lieu de la poudre ou farine que l'on se prfpose d'en tirer, on pourra aisément les dépouiller en les saupoudrant ou en les stratifiant avec de la chaux.
Il convient de broyer à part les cornes et les sabots , parce que ces parties donnent une pou« dre d'une qualité supérieure ^ mais il faut , avant de les soumettre à l'action du bocard, les cou* per en morceaux pour favoriser leur pulvérisa-* tion. L'expérience apprend bientôt quelle est la quantité d'os qu'il convient de placer à chaque fois dans les auges ^ mais on peut s.e baser sur ceci , qu'il ne faut pas en mettre une trop grande quantité à la fois , parce que la pulvérisation en devient plus difficile et plus longue. Lorsque les os sont secs, il s'en dégage , pendant la pul-^ vérisation , une poussière d'autant plus abondante
' ras os PILES. 445
qu^ils sont plus privés d'humidité; comme cette poussière se compose de la partie la plus ferti-* lisante , il faut , pour s'opposer à sa déperdition , humecter légèrement la masse placée dans les auges; mais on doit en cela agir avec ménagement et précaution ^ parce que trop d'humidité a rinconvénient de développer assez promptement dans la poudre une fermentation nuisible. La pulvérisation de la masse entière placée dans les auges ne peut être complète; lorsqu'elle est arrivée à certain point, les morceaux qui restent encore, se trouvant empâtés dans la poudre, échappent par -là à Faction des pilons : en conséquence , au lieu de continuer le broiement, il est plus avantageux de passer au crible la masse telle qu'elle se trouve , pour en séparer les morceaux que Ton place de nouveau dans les auges avec d'autres os non broyés.
Le local dans leqi||l on veut conserver la poudre d'os doit être au rez-de-chaussée , plan-? chéié, et les murs doivent en être revêtus de planches jusqu'à la hauteur de quatre pieds environ ; les ouvertures , peu nombreuses , pourront se fermer exactement et s'ouvrir aisément sui« vant le besoin. Il est important surtout que ce local ne soit ni trop sec ni trop humide. On y entasse la poudre à mesure qu'elle est fournie par la machine à broyer. Si alors , ou plus
444 ^^ l'emploi
tard, on s'aperçoit qu'elle est trop sèche, on peut l'humecter légèrement, ou bîen ouvrir le? soupiraux lorsque le temps est humide. Si au contraire on reconnaît que la poudre contient trop d'humidité^ qu'elle commence à fermenter, il faut la déplacer , la brasser sans relard et à plusieurs reprises^ et l'on ne doit ouvrir alors les soupiraux que si le temps est au sec. En général lorsque l'en ne veut pas employer la poudre très-prochainement, il faut surveiller soigneur sèment le tas , le visiter fréquemment, et dès que la fermentation commence à se manifester, porter uni prompt remède. On conserve du reste bien plus long-temps la poudre d'os sans altération en la tassant fortement lorsqu'elle est sèche ^ dans des barik que l'on emmagasine dans le local dont on vient de parler. Il ne faut jamais humecter, pendant la fabrication, la poudre d'os que l'on se propose ddilonserver long-temps.
Nous avons vu que plusieurs personnes recommandaient l'addition du sel comme trèspropre à augmenter l'énergie d'action des os piles. M. Frèid. Ebner est de ce nombre. Il conseille de faire le mélange dans la proportion de trois livres de sel pour cent livres de poudre d'os 9 mais il ajoute qu'on ne le pratique que peu avant d'en faire l'application au sol, parce que le sel s'opposerait à la conservation , en dévc-
BES OS PlLÉS. 445
loppant plus promptemeot et plus énergiquement la fermentation dans le tas. Voici quelle est, à cet égard) la pratique qu'il recommande. Peu avant remploi ) arroser les os à employer avec de Teau salée (que Ton peut remplacer par une solution de salpêtre ou par du purin) ^ arroser de manière que la masse soit humectée sans cependant faire pâte^ brasser ensuite avec soin, puis laisser en tas jusqu'après la fermentation, qui ne tarde pas à s'opérer, et que Ton reconnaît k Todeur forte qui se dégage du tas* On doit enfin répandre la poudre d'os aussitôt après que la fermentation a cessé; mais ilfaut,.autant que possible, recouvrir la poudre d'os , à la herse ou autrement , dès qu'elle est répandue sur le sol. Cette pratique augmente l'activité de la poudre d'os, s'oppose à la déperdition de la poussière la plus fine, qui se dissiperait pendant les diverses manipulations, et renferme, pour ainsi dire dans le sol , tous le$ principes fertilisans contenus dans les os piles.
La bonne poudre d'os est fine, d'une couleur blanche et d'une odeur de graisse qui n'est pas désagréable. Lorsque cette poudre est grise ou brune, qu'elle est sans odeur ou d'une odeur repoussante, on peut la rejeter comme mauvaise 9 car il est très-probable qu'elle a été fabriquée avec des os déjà altérés par un très-long séjour k l'air, ou dans le soL La poudre d'os , dans ce dernier
446 DE Remploi
cas, est très-peu efBcace et ne vaut pas les frais que Ton pourrait faire pour se la procurer ou pour sa fabrication , et il faut s^en défier dans le com^* merce , où on la trouve fréquemment , au grand préjudice de l'extension de l'emploi des os piles sur lequel elle jette du discrédit.
Telles sont les données que nous avons pu recueillir sur Tétat actuel de la question des os piles. Notre travail, tout mparfait et tout incomplet qu'il est , ne sera pas sans utilité , s'il peut contribuer à attirer Tattention des cultivateurs ,sur un sujet que Ton considère avec raison , dans la Grande-Bretagne , comme une des plus grandes découvertes de Tagriculture moderne. Tout ce ^i se rattache à la fertilisation du sol doit vivement intéresser le cultivateur pour qui les engrais sont encore et seront probablement toujours, après la volonté divine, la cause la plus influente de la prospérité de son industrie. Les nouvelles sources d'engrais sont, en conséquence , de nouvelles sources de richesse particulière et publique, et, sous ce point de vue, les os présentent une ressource bien plus étendue que l'on ne pourrait le croire d'abord. Le calcul suivant pourra nous en donner une idée assez exacte.
Suivant M. Ehner^ l'expérience a appris en Al-
lemagne qu'un boeuf de dnq à sq)t cents livres dpnnait un huitième de son poids en substance os-seuse y qu'un bœuf de seize cents à deux mille en donnait un quatorzième , et que les bêtes à laine donnaient trois à cinq livres d'os pour seize livres de viande. D'un autre coté y nous lisons dans VAnnuaire du bureau des longitudes pour l'année i83o, que la consommation en viande de la Tille de Paris, était en 1828 :
Bœufs 71382 têtes.
Vaches i38o5 id.
Veaux 63665 id.
Moutons 366229 id.
Fores et sangliers 83i25 id.
Supposons, ce qui certes ne paraîtra pas exagéré^ que les bœufs et les vaches pèsent en moyenne six quintaux, et les veaux et les moutons trentedeux livres^ et, comme les porcs donnent une plus forte proportion de viande, supposons-les encore du même poids (chair nette) que les moutons^ nous aurons en viande de
Bœufs et vaches 5i 1 1:2200 livres*
Veaux, moutons, porcs, etc. 16416600 id.
Si maintenant nous adoptons , avec M. Ehner^ qu'une bête à cornes de six cents donne eu moyenne un huitième de ce poids en os , ou environ douze livres d'os pour cent livres de viande^
443 DE l'emï>ioi des os VILÉSj
et qu'aune bête à laine donne quatre livres d^os pour seize livres de viande , nous trouverons pour résidus osseux de la consommation annuelle de Paris .y Os de bœufs et de vaches. • . • 61 33464 livres* Os de veaux, moutons, porcs^etc* 4 ^ ^4 ^ ^<> ^^-
Total 10237614 livres.