‹ Annales agronomiques (volume 2)Chapitre 103 sur 253 · NOUVELLES ÉTUDES SUR L'UTILISATION DES MARCS DE VENDANGE · texte numérisé non relu

NOUVELLES ÉTUDES SUR L'UTILISATION DES MARCS DE VENDANGE

La piquette recueillie à 8 degrés contenait 37 hectolitres d'alcool absolu, c'est-à-dire qu'on a obtenu 85 p. 100 de ce qui élait contenu dans les marcs.

Cette opération, faite dans des conditions pratiques et sur une grande échelle, a donc permis d'extraire, sous une forme concentrée et à très peu de frais, la presque totalité du vin qui imprégnait les marcs.

Gomme l'année précédente, les marcs épuisés ont été ensilés ; on y a ajouté 1 kil. 5 de sel gris, dénaturé aux tourteaux, par 100 kilos de marcs. Cette quantité de sel, inférieure de moitié à celle que j'avais employée en 1892, s'est montrée tout à fait suffisante pour une bonne conservation. Le produit ensilé a servi jusqu'à la fin du mois de février à l'alimentation d'un troupeau de brebis de 200 têtes, qui avaient auparavant consommé les feuilles de la vigne, depuis la fin de la vendange jusqu'au moment où elles sont tombées sous l'influence des premiers froids.

Dans le courant de l'hiver, les brebis ont agnelé normalement; lorsque tout le marc a été consommé, le troupeau a été vendu.

Cette année encore, on a donc eu la preuve que les marcs, quoiqu'on en eut enlevé par un épuisement méthodique tout le liquide vineux qui les imprégnait, ont cependant constitué une excellente nourriture, à la dose de 2 à 4 kilos par tète de brebis et par jour.

Pendant toute cette période, l'utilisation du marc a permis d'économiser les fourrages, dont le prix était élevé.

Ce qui constitue l'économie réelle de l'opération, c'est précisément la substitution d'un aliment de valeur marchande nulle, comme les marcs épuisés, à des fourrages d'un prix relativement élevé, tels que le foin de prairies naturelles ou artificielles, dont 1 kilo peut être remplacé par environ 2 kilos de marcs. Ces derniers, par suite, acquièrent, par leur emploi dans l'alimentation, une valeur argent qui peut être évaluée de 3 francs à 3 fr. 50 les 100 kilos dans les années moyennes, de 5 francs et au delà, les années de disette de fourrage, comme était celle dans le courant de laquelle ces études ont été faites.

J'ai opéré de la même manière sur les marcs d'un vignoble situé dans le Médoc, Château-Reysson, qui, en 1893, a donné, pour 45 hectares de vignes en production, une récolte de 1,035 hectolitres de vin, appartenant au type des vins de Saint-

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ïlstèphe. Dans cette région, on no peut pas penser à la production des alcools, car les usages du pays comportent une large distribution de piquette au personnel de l'exploitation, une partie même de celui-ci a droit à du vin.

Mais les piquettes auxquelles les ouvriers sont habitués sont extrêmement faibles, ne contenant que rarement plus de 3 à 4 p. 400 d'alcool; elles s'aigrissent rapidement et, au bout de peu de temps, ne constituent en réalité qu'une boisson acide faiblement colorée.

Ces piquettes s'obtiennent ordinairement en délayant les marcs dans de l'eau, qu'on enrichit en la faisant passer sur de nouvelles quantités de marcs.

Quant à ces derniers, ainsi lavés, ils servent & la fumure de la terre, quand on a le soin de les ajouter au fumier, ce qui n'est pas toujours le cas. Il est bien rare qu'on s'en serve pour Talimentation des animaux de l'exploitation.

£n opérant sur la totalité du marc produit par le domaine, c'est-à-dire sur 13,450 kilos et qui était imprégné d'un liquide vineux contenant en moyenne H.5 p. 100 d'alcool, on a obtenu d'abord :

23 hectolitres d'une piquette très forte contenant 10 p. 100 d'alcool, aussi colorée que le vin lui-même et que le personnel ayant droit à du vin a acceptée très volontiers, en remplacement de ce dernier.

On a ensuite obtenu :

87 hectolitres de piquette contenant 5 p. 100 d'alcool, assez colorée et bien supérieure à celle à laquelle les ouvriers étaient habitués.

Quant aux marcs épuisés, ils ont été ensilés sans addition de sel, pour être distribués aux bœufs de labour. Ceux-ci ont fait, les premiers jours, quelques difficultés pour les accepter, ensuite ils les ont consommés volontiers, jusqu'à épuisement complet. On a pris l'habitude de les mélanger avec quelques poignées de son d'arachide au moment de la distribution. Ils entraient dans la ration dans la proportion de 6 à 8 kilos.

Ici encore, la consommation des marcs a donc été d'un grand secours pour l'entretien des animaux, dans une année où les fourrages étaient d'un prix élevé.

RÉSULTATS OBTENUS AU CHAMP D'EXPÉRIENCE DE SAINT-SAUVEUR PENDANT LES ANNÉES 1892 ET 1393

Proressear d'agriculture de rarrondistement d'Auxerre.

Entourée par le Gàlinais, TAuxerrois et le Morvan, La Puisaye est une région verdoyante qui s'étend depuis la rive droite de la Loire de Cosne à Gien, et embrasse, en se dirigeant vers le Nord- Est les canlons do Saint-Âmand (Nièvre), de Saint-Fargeau, de Saint-Sauveur et de Toucy dans TYonne.

Vu des plateaux oolithiques qui le dominent, ce pays accidenté apparaît comme un grand massif forestier. Des bois nombreux, mais peu étendus, couronnent irrégulièrement les petites collines et laissent entre eux des sols découverts livrés à la culture.

Le sous-sol, formé par les assises du crétacé inférieur et moyen, est très imperméable. Les petites nappes d^eau souterraines en arrivant au jour, donnent de petits filets d'eau qui, après avoir coulé lentement au milieu des prairies acides et tourbeuses des vallons, alimentent ensuite les rares étangs qui subsis tent encore dans la vallée du Loing et celles de ses affluents.

Dans cette région boisée exposée aux vents du Nord et de l'Ouest, la vigne ne réussit pas. Le poirier, le pommier forment avec l'aubépine de magnifiques avenues le long des routes, de beaux rideaux de végétation arborescente autour des pacages, des terres cultivées, et procurent enfin aux habitants une boisson saine et agréable.

Depuis 1820, de grands progrès ont été accomplis; le dessèchement' des marais et des étangs a débarrassé le pays des fièvres paludéennes; par le drainage et les larges fossés de clôture on a facilité Tégouttement du sol.

Dans les « Gâtines », où les houx, les ajoncs, les bruyères et les fougères vivaient de compagnie, on cultive non sans succès le seigle et le froment. Grâce enfin aux excellents chemins qui sillonnent le territoire, l'agriculture a pu tirer parti des gisements de craie glauconieuse qui affleurent sur le versant nord de la vallée du Loing.

Les marnages à haute dose, 200 mètres cubes à rhectare,ont permis la culture du froment dans les sols sableux et silico-argileux ; les légumineuses : trèfle, sainfoin et les prairies temporaires ont été introduites dans l'assolement avec les plantes sarclées : betteraves, rutabagas, etc.

Par suite, l'industrie zootechnique prit une grande importance : un bétail plus nombreux, mieux choisi, utilisa avec profit les ressources fourragères.

La prospérité qui suivit inspira, malheureusement, aux cultivateurs une confiance aveugle dans leurs méthodes culturales. Beaucoup d'entre eux persistent encore à les suivre, sans aucun succès d'ailleurs, bien qu'elles ne répondent plus aux nécessités du présent, où des changements économiques profonds ont modifié considérablement les conditions de la production agricole.

Quelques-uns, mieux inspirés, ont tenté de modifier leur méthode de fumures. Mais leur ignorance sur la nature et la composition des substances fertilisantes qui leur étaient livrées^ par des commerçants, souvent peu scrupuleux, ne leur a pas permis d'apprécier, à leur juste valeur, les engrais complémentaires.

C'est dans le but d'éclairer, sur ce point important, la pratique culturale que des expériences ont été établies à Saint-Sauveur à côté des cultures démonstratives.

Les résultats dont nous allons rendre compte se rapportent aux deux années extraordinairement sèches 1892 et 1893, pendant lesquelles la végétation a beaucoup souffert des circonstances météorologiques anormales et défavorables.

Vraisemblablement, les effets produits par les engrais sont différents de ce qu'ils auraient été en année ordinaire; des expériences subséquentes modifieront probablement un peu nos conclusions sur la valeur de ces engrais.

Néanmoins, ces réserves faites, les résultats acquis sont suffisamment nets pour montrer que l'usage des engrais complémentaires est avantageux même en années sèches.

Les résultats d'une fumure appliquée à une même plante, étant surtout fonction du sol, il faut, au préalable, préciser les conditions dans lesquelles nous avons opéré.

Les sols de la Puisaye proprement dite, ont été formés par le crétacé inférieur, assise de sables verts, plus ou moins mélangés

LKS ENGRAIS GOMPLÉMBIfTÂiRES DANS LA PUISAYE 26R

de craie glauconieuse et d'argile à silex dont les dépôts recouvrent parfois le terrain jurassique.

Les sables verts sont ici représentés :

1** Par des bancs de grès siliceux ferrugineux de couleur brune et d'une grande dureté; ils émergent au-dessus des coteaux et donnent des terres siliceuses, ferrugineuses, rocheuses, perméables.

2^ Par des conglomérats de gros grains de quartz roulés, agglutinés par un ciment ferrugineux; les sols qui en dérivent sont siliceux, graveleux.

3* Par des sables en couches épaisses et stratifiées dont la couleur varie du blanc sale au jaune plus ou moins ocreux et au rouge sang. Dans la partie supérieure de ces sables on voit de petits lits d'argile blanche ou violacée qui sillonnent le sable ténu, sur une épaisseur variant de 1 à 5 centimètres. Gela contribue à aggraver le caractère imperméable du sous-sol.

Quelle que soit la roche primitive dont ils dérivent, ces sols sont tous siliceux, ferrugineux à des degrés divers, dépourvus de calcaire. Les derniers, de beaucoup plus étendus, n'ont qu'une profondeur de 15 à 18 centimètres au maximum; boueux en hiver, ils deviennent très secs en été, et ce n'est qu'à la suite de marnages répétés qu'on a pu y cultiver le froment, le trèfle rouge. La végétation spontanée se compose d'ajoncs, de houx, de fougères, de bruyères, de digitales.

Le sol que nous avons cultivé appartient à la dernière assise. L'analyse mécanique a donné les résultats suivants :

1 kilo de terre tècha renferme

gr. c.

Cailloux siliceux 40 68

— calcaires 1 61

Gravier siliceux 28 83

— calcaire 0 16

Débris organiques 0 72

Terre fine 928 00

928 gr. terre fine contiennent :

938 grammes de terre fioe contiennent :

Gros sable

gr. c.

Sable non calcaire ... 609 69

Sable calcaire v »

Débris organiques ... 1 85

928 grammes de terre fine cootieDDeot :

gr. c.

Sable fin non calcaire. . 164 25

Eléments fins. ^ , "- '^^"^''^ 5? ^JJ

Argile 36 40

Humus 36 81

D'après cette composition, on voit qu'il s*agit d'un sol à pouvoir absorbant faible qui ne pourrait s'améliorer, sous ce rapport, que par des fumures organiques copieuses, des chaulages ou mieux des marnages fréquents et à petite dose.

L'analyse chimique a donné les résultats suivants :

Pour 1000 de terre lèche :

Azote total 0,23

Acide phosphorique total 0,5

Acide phosphorique soluble dans acide acétique 0,01

Potasse soluble dans acide concentré ... 1,22

Calcaire 1,49

Sesquioxyde de fer 32,48

1892. — Blé de Noé après choux fourragers.

Depuis 1886, époque à laquelle une fumure au fumier de ferme fut appliquée aux betteraves, notre sol n'a reçu ni engrais chimiques, ni fumier. En 1891, la prairie temporaire qui a succédé à l'avoine de 1888 a été défrichée et plantée de choux fourragers. Après l'arrachage nous avons disposé nos essais et, par un léger labour, fumier et engrais ont été enfouis avant la semaille.

Celle-ci a été faite à la volée le 22 octobre, époque considérée comme très tardive dans un pays où le sol, froid et humide en automne, est peu favorable à la germination rapide du blé. La levée a été complète le 16 novembre; peu de temps après, la larve du taupin, dont je ne soupçonnais pas la présence, causa de sérieux ravages, coupant les plants à quelques centimètres audessous de la surface du sol. Tant à l'automne qu'au printemps, cette larve a dévoré plus d'un quart des semis. Le blé a souffert, en outre des grands froids de janvier et d'avril. Si l'on songe que le réveil de la végétation a été presque immédiatement suivi de la sécheresse de 1892, on voit combien les circonstances dans

lesquelles ce blé a accompli ses phases de développement ont été défavorables.

Il est resté court, mais, grâce à l'excellente maturation survenue à la suite des petites pluies de juin, les grands épis lâches du blé bleu comptaient généralement dix-huit épillets bien garnis d'un grain beau et dense.

Dans le tableau I, les résultats du battage ont été réunis et nous n'avons tenu compte que du grain dans l'évaluation du produit.

Examen du tableau, — De l'examen des chiffres contenus dans ce tableau, il ressort que :

i"* Les rendements, par le seul fait de la fumure, ont présenté un écart maximum de 24'»",19;

2* 15,000 kilos de fumier ont donné un produit brut inférieur à celui d'une fumure minérale complète du prix de 142 fr. 70;

3* S'il est vrai que les engrais minéraux ajoutés au fumier ont élevé partout le rendement brut et que, sauf dans un cas, leur emploi a été avantageux, ces chiffres montrent clairement que le bénéfice dû à leur application n'est pas proportionnel à la dépense.

Il y a donc lieu de rechercher ceux qui ont donné les meilleurs résultats économiques, en examinant l'action de chacun d'eux.

NITRATE DE SOUDE ET SULFATE d' AMMONIAQUE

Dans la parcelle 3 :

Excédent Valeur

de de Bénéfice*

grain. l'excédent.

q. m. fr. c. fr. c.

25 francs de nitrate de soude ont donné : 9 92 208 30 183 30

La dépense est au bénéfice comme i est à 7.30.

Ici 1 kilo d'azote nitrique a provoqué un excédent de rendement en grain de 62 kilos.

Parcelle 5. Comme complément d'une fumure minérale d'automne complète, le nitrate de soude appliqué au printemps a eu une action manifeste.

Excédent Valeur

de de Bénéfice,

grain. cet excédent.

q. m. fr. c. fr. c.

10 francs de nitrate de soude ont donné : 2 08 43 63 33 65

La dépense est au bénéfice comme 1 est à 3.

OU perle dus à l'emploi de la fumure complémen- Uire.

fr. c.

P^rUlO 30

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