p. 100 acide phosphorique, et 57.2 p. 100 calcaire
Il nous a paru a priori que les résultats devraient présenter de Fintérêt, étant données les différences de teneur en calcaire des différents phosphates. Particulièrement, les produits n"" 3 et 3, de provenance identique, de richesse à peu près égale et élevée, contiennent des proportions de calcaire inverses des précédentes.
Les résultats sont inscrits au tableau n"" 3.
Les nombres de ce tableau donnent lieu aux observations suî* vantes :
1^ Un voit d'abord que les chiffres se présentent avec une parfaite régularité. Dans toutes les expériences, la quantité d'acide phosphorique dissous est d'autant plus grande que la liqueur acide est plus concentrée.
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2® La même régularité s'observe pour les résultats fournis par deux phosphates ayant à peu près la même teneur en acide phosphorique et en calcaire. Ainsi les phosphates n**" i et 2, de même origine, et sensiblement identiques comme composition, donnent des chiffres semblables pour chaque concentration de Tacide citrique.
3*" Si Ton compare les nombres de la colonne 3 avec ceux des colonnes 1 et 2, on constate que la teneur en calcaire est le facteur principal de la dissolution de Tacide phosphorique. En effet, bien que le phosphate n* 3 soit plus riche en aciJe phosphorique que les n" 1 et 2, comme il contient en même temps une proportion à peu près double de calcaire, il abandonne à Tacide citrique beaucoup moins de son acide phosphorique que les n**' 1 et 2, et, fait curieux, les différences en faveur de ces derniers sont à peu près de même valeur, quelle que soit la concentration. C'est ce qui ressort des chiffres suivants, qui indiquent les proportions successives dissoutes, pour 100 d'acide phosphorique total :
Moyenne des Dhosphatet Phosphate 3. Différencos.
Âoide citrique 10 p. 100 41.9 37.1 4.8
Il y a donc là une nouvelle preuve que le carbonate de chaux exerce un obstacle d'une nature spéciale, et qui ne résulte pas simplement de la saturation de l'acide libre par le calcaire qui se dissout. S'il en était ainsi, les différences entre 1,2 et 3 devraient s'accentuer fortement pour les concentrations décroissantes : nous ne le trouvons pas ainsi.
4^ La comparaison des expériences n^' 4 et 5, qui se rapportent à deux phosphates de la Somme, de richesse en acide phosphorique et en calcaire inégale et inverse (17.87 d'acide phosphorique et 33.1 de calcaire pour n"" 4; 25.48 d'acide phosphorique et 7.00 de calcaire pour n^ 5) atteste comme précédemment que la présence du calcaire empêche la dissolution du phosphate. Chacun des chiffres de la colonne n^ 4 est plus faible que celui correspondant, dans la colonne n"" 5.
5^ Les expériences n"" 5 et 1, dans lesquelles on a agi sur deux
phosphates d'origine différente et de richesse inégale en acide phosphorique, mais de teneur semblable en calcaire, nous fournissent un résultat du plus haut intérêt. Bien que la dose absolue d'acide phosi^horique soit plus forte pour le phosphate de la Somme (n* 5), les chiffres qui représentent la proportion dissoute aux diverses concentrations sont partout plus faibles que ceux de la colonne n^l, qui se rapportent au phosphate du Boulonnais. Les différences, il est vrai, ne sont pas élevées, et n'excèdent pas 4 p. iOO, mais néanmoins elles existent dans les quatre essais: c'est le premier cas où, l'influence du calcaire étant nulle, la supériorité du phojsphate du Boulonnais se manifeste clairement. Il y a accord complet entre ce résultat et la préférence que la pratique agricole accorde aux phosphates des grès verts.
6** La colonne n*6, qui renferme les nombres fournis par la craie phosphatée, est une confirmation des résultats précédents. La dose énorme de carbonate de chaux que contient cette matière est un obstacle presque complet à la dissolution de l'acide phosphorique. Les liquides à 2 et 1 p. 100 d'acide citrique, après digestion de vingt-quatre heures avec la craie phosphatée ne manifestaient plus sensiblement la réaction acide ; il n'est donc pas surprenant que l'acide phosphorique ne se soit pas dissous en quantité appréciable.
En résumé, la question que nous nous étions posée au commencement de ce chapitre, c'est-à-dire reconnaître si la supériorité agricole du phosphate du Boulonnais est due à une plus grande facilité de dissolution dans l'acide citrique, commence à s'éclaircir, grâce à ces expériences. Un résultat est nettement acquis : la dissolution se produit, quelle que soit l'origine du phosphate, en raison inverse de la dose de calcaire qui l'accompagne. Ce calcaire empêche dans une mesure considérable la dissolution de l'acide phosphorique par les sucs acides des racines, et par suite son assimilation. En outre, l'obstacle doit être d'autant plus grand que vraisemblablement les acides se trouvent dans les racines à un grand état de dilution.
L'assimilation de l'acide phosphorique des phosphates naturels est facilitée, surtout dans un grand nombre de nos terres de Bretagne, par une autre action dissolvante : celle des acides existant dans le sol. C'est ce sujet que^nous allons, comme complément à nos recherches, examiner dans le chapitre qui suit.