‹ Annales agronomiques (volume 2)Chapitre 125 sur 253 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

ACTION DES ACIDES CONTENUS DANS LE SOL, ET PARTICULIÈREMENT DE l'acide acétique, SUR LES PHOSPHATES NATURELS

§ V*. — Présence de Tacide aoétiqne dans les terres de landes de Bretafirne.

L'action de l'acide acétique sur les phosphates naturels n*est pas moins importante à examiner que celle de Tacide ciirique. Si ce dernier se trouve vraisemblablement à l'état de liberté à l'intérieur des racines, on sait depuis longtemps qu'un grand nombre de terres de notre pays, celle de bruyères, de landes, les sols tourbeux, auxquels on a donné le nom de terres acides, contiennent en abondance des produits à réaction acide, que l'on désigne sous le nom général d'acide humique, et qui résultent de la décomposition des débris végétaux en l'absence du calcaire. De semblables terres étant défrichées et mises en cuUure bénéficient au plus haut point de l'apport des phosphates ; les acides libres qui y sont contenus agissent donc sur ces engrais pour les dissoudre et favoriser leur assimilation.

Une étude plus approfondie des acides du sol a permis à M. Dehérain, il y a déjà longtemps S d'y caractériser la présence de l'acide acétique. 11 était important pour nous de nous assurer d'abord de l'existence de cet acide à l'état de liberté dans les sols qui nous entourent, et aussi, autant que possible^ d'en déterminer la proportion. Pour y réussir, nous avons employé le procédé suivant :

De la terre a été prélevée au milieu d'une lande et passée à un tamis à larges mailles pour éliminer les pierres ; cette terre, riche en débris végétaux, présentait une réaction acide marquée. On en a pesé 1 kilo que l'on a trituré avec 100 centimètres cubes d'eau distillée ; le tout a été ensuite introduit dans un ballon de verre qui a été lui -même relié à un réfrigérant et plongé dans un bain d'huile. On a chauffé alors doucement» en faisant en sorte que la température ne s'élevât pas au-dessus de 150 degrés. La distillation s'est effectuée régulièrement; on a recueilli un liquide clair à réaction acide. Après refroidissement du ballon, la terre a été

1. Thèse pour le doctorat, Recherches sur remploi agricole des phosphates (1859).

extraite et triturée de nouveau avec 100 centimètres cubes d'eau; puis on a effectué une seconde distillation semblable à la première. Huit opérations semblables ont été faites, et chaque fois on a recueilli un liquide acide. Mais, en saturant après chaque opération, le liquide distillé, au moyen de liqueur de soude titrée, on a pu constater qu'une très faible portion des acides libres du sol était ainsi entraînée par la vapeur d'eau. En effet, 1 kilo de terre a fourni seulement, dans les huit opérations, un poids de 0 gr. 19 calculé en acide acétique.

Néanmoins, les liquides de distillation, saturés par la soude, ont été réunis, puis évaporés au bain-marie. On a obtenu un résidu qui étant traité par Tacide sulfurique concentré, a produit un d également nettement reconnaissable d'acide acétique.

Cette opération nous a donc permis seulement de caractériser Tacide acétique dans nos terres, mais non de déterminer la proportion d'acides libres qui pourront attaquer les phosphates. Cette seconde question, d'un extrême intérêt pour nous, a été abordée par un procédé plus rudimenlaire que le précédent, mais qui nous a néanmoins fourni un résultat :

100 grammes de la terre de landes précédente, ont été introduits dans un flacon et agités d'abord avec 50 centimètres cubes d'eau distillée. On a ajouté ensuite de l'eau de chaux titrée, aussi longtemps que le papier de tournesol bleu devenait rouge au contact du liquide. On a atteint ainsi une limite supérieure, qui a fourni approximativement le résultat suivant :

1 kilo de terre de landes contient 7 gr. 04, calculé en acide acétique.

Bien que ce résultat n'ait pas la précision absolue que l'on obtient dans une analyse, il est suffisant pour montrer que la dose 4'acides libres dans la terre de landes, est très élevée, et que ces acides doivent, par suite, jouer un rôle important dans l'assimilation des produits minéraux insolubles.

§ 2. — Action de Facide aoétiqne sur les phosphates naturels.

Nous avons cherché d'abord à comparer l'énergie qu'exerçaient dans l'attaque des phosphates l'acide citrique et l'acide acétique, en comparant les concentrations et les capacités de saturation pour les bases, de diverses liqueurs de ces deux acides. En opérant

des essais alcalimétriques sur des liqueurs acétiques et citriques très étendues, on a trouvé que :

100 centimètres cubes de liquide contenant 20 centimètres cubes d'acide acétique à 8 degrés, équivalent à 100 centimètres cubes de liquide dans lesquels on a dissous 10 grammes d'acide citrique cristallisé. D'après cela, on a préparé les solutions sui vantes :

Acide acétique à 20 p. 100 (correvpoDdant à l'acide citrique à 10 p. 100).

En outre, on a fait quelques essais avec l'acide acétique à 50 p. 100, et même avec l'acide acétique pur.

Afin de pouvoir établir des comparaisons entre les résultats donnés par les acides citriques et acétiques, on a opéré dans des conditions identiques à celles précédemment observées; 2 grammes de chacun des phosphates des précédentes expériences ont été mis en digestion pendant vingt-quatre heures avec 100 centimètres cubes des diverses liqueurs acétiques. Les proportions d'acide phosphorique dissous sont indiquées dans le tableau ci-après.

Les conclusions qui découlent des nombres de ce tableau sont les suivantes :

1® Si l'on compare les résultats obtenus à ceux qu'avait fournis l'acide citrique dans les expériences précédentes, on est frappé de voir que les chiffres qui représentent la proportion d'acide phosphorique dissous par Tacide acétique sont,'pour des concentrations correspondantes, bien inférieurs à ceux obtenus au moyen de l'acide citrique. Ainsi, dans la colonne n** 1 des deux tableaux, l'acide citrique à 10 p. 100 a dissous 41.4 pour 100 de l'acide phosphorique total et l'acide acétique à 20 p. 100 (concentration correspondante), seulement 8.7. L'acide citrique à 2 p. 100 a dissous 19.5, et l'acide acétique à 4 p. 100 (concentration correspour dante), seulement 5.5. Et dans quelque colonne que l'on fasse les comparaisons, on trouve partout des résultats du même ordre. Il y a donc un premier point manifestement établi :

L'acide citrique exerce sur les phosphates une action dissolvante bien plus énergique que l'acide acétique.

Ce résultat étant acquis, la comparaison des divers nombres obtenus avec l'acide acétique conduit à des conclusions identiques

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