Ce Tolume, p
566 P^P. DEHÉRAIN
les jeunes tiges; en outre, à cette époque les matières minérales, comme nous l'avons observé souvent, sont très abondantes.
100 de racines sèches laissent : 17.21 de cendres. 100 de tiges — — 15.38 —
On a procédé à un nouvel examen du blé, le 9 février ; le mois de janvier, ainsi qu'il a été dit déjà, avait été doux, favorable à la végétation, et la croissance du blé était sensible ; les tiges s*étaient allongées, elles s'élevaient à 0°',135, elles portaient plusieurs feuilles. En outre, une modification très importante s'était produite dans la tige. Au lieu d'être continue sans renflement sensihle à l'endroit où sortant de terre, elle perd sa teinte blanche pour se colorer en vert, le blé, en février, a formé un renflement au point où la tige sort de terre, c'est le collet^ d'où commencent à partir de nouvelles racines, plus fortes que les anciennes. Le collet est encore relié à la lige souterraine qui, dans l'échantillon que j'ai dessiné au moment de la prise d'échantillon, avait 13 millimètreSy depuis le collet jusqu'aux débris du grain, d'où partent les anciennes racines. Elles ne sont plus à cette époque formées d'un filet unique comme dans la figure précédente, elles sont nombreuses, et les nouvelles qui se sont jointes au filet primitif sont très bifurquées et munies de nombreux poils absorbants, qu'on distingue très bien au microscope. A ce moment, le grain est, ainsi qu'il vient d'être dit, encore fixé à la tige souterraine, mais il n'est plus représenté que par l'enveloppe, elle est tout à fait vidée de l'amidon et du gluten qu'elle renfermait.
A cette époque on a trouvé pour le poids d'un pied, après dessiccation :
Poids d'un pied de blé en févHer,
Rapport
dea tiges
et des racines.
Tiges 0«fi42 100
Racines 0 093 65
Le dosage des nitrates conduit aux nombres suivants :
Azote nibnque pour 100 de matière sèche.
Tiges 0ir''2i8
Racines 0 680
Des racines prélevées dans une autre partie du domaine, ont donné pour iOO de matière sèche : 0 gr. 500 d'azote nitrique.
LE BLË ET L'AVOINE AU CHAMP D*EXPÉRIENGëS DE GRIGNON EN 1894 567
Si on rapproche ces observations de celles du mois de décembre, on reconnaît que les nitrates ont augmenté dans les tiges, mais diminué dans les racines.
§ 2. — Le blé au printemps.
La troisième prise d'échantillons a été faite le 8 mars; de nombreux changements se sont produits : si on rencontre encore quelques pieds dans lesquels subsiste la tige souterraine qui lie le collet aux débris du grain, on reconnaît que dans ces individus les racines qui partent du collet sont peu nombreuses et les anciennes racines provenant du grain encore actives; il arrive même que du grain parte une tige nouvelle; ces formes sont relativement rares et sur les pieds les plus vigoureux la tige souterraine et les racines qui s'y adaptaient ont disparu ; en revanche, du collet partent des racines nombreuses très ramifiées, très couvertes de poils absorbants, ces racines mesurent 20, 30 et 34 centimètres.
De ce même collet sont parties des tiges nouvelles; la tige principale ne s'est guère élevée, elle a 12 centimètres, c'est-à-dire qu'elle n'est pas plus haute qu'à l'observation précédente, mais au lieu de s'élever toute seule du collet, elle est maintenant entourée de tiges nouvelles; suivant l'expression consacrée, le blé à tallé.
On a prélevé quelques échantillons qui, après dessiccation, ont fourni les nombres suivants :
Poids d'un pied de blé en mars.
Racines p. 100 de tiges.
Tiges sèches {«^2B0 100
Racines s<^ches 0, 620 49,2
A la fin de l'hiver, l'augmentation du poids est donc considérable et en outre le rapport de la tige à la racine s'est beaucoup modifié, la prédominance de la tige s'accuse de plus en plus.
I^e dosage des nitrates conduit aux nombres suivants :
Azote nitrique dans 100 parties.
Tiges sèches 0«r246
Racines sèches 0 540
5C8 P-F. DEHÉBAUK
La proportion des nitrates continue à baisser dans les racines et, au contraire, à augmenter dans les tiges.
Les quantités de nitrates contenues dans le blé pendant le mois de mars ne varient guère; en effet, le 24 mars, on a prélevé des échantillons sur le. talus où Ton avait exécuté diverses façons; une partie du jeune blé avait été roulée, une autre hersée, une troisième n'avait subi aucun travail; les quantités d'azote nitrique dosées ont été peu différentes les unes des autres, ainsi qu'il résulte du tableau suivant :
Azote nitrique dans 100 de matière sèche.
Blé n'ayant Blé roulé
subi aucun Blé roulé et
travail. hereé.
Tiges sèches 0»''273 0*^298 0«'*312
Racines sèches 0 480 0 520 0 545
On remarquera cependant que le blé le plus chargé de nitrates est celui qui a subi les façons les plus complètes.
Le 27 avril, on a fait de nouveau une coupe du talus pour observer les racines de blé ; à ce moment, elles partent toutes du collet, fines, menues, elles descendent verticalement et quelquesunes atteignent le bas du talus, c'est-à-dire 1 mètre environ, mais celles qui présentent une longueur aussi considérable sont peu nombreuses, en général elles restent à 50 ou 60 centimètres ; ce qui est remarquable et contraire aux idées généralement répandues, c'est qu'il n'existe pas de racines s'éténdant horizontalement près de la surface. Après être restées légèrement obliques au moment où elles s'échappent du collet, les racines s'enfoncent verticalement dans le sol, elles restent séparées les unes des autres, elles ne forment pas une touffe enchevêtrée comme celles du ray-grass, et c'est certainement à cette pi'opriété de ses racines de descendre verticalement dans le sol jusqu'à des profondeurs considérables où l'eau persiste, que le blé doit sa résistance à la sécheresse et son habitat sur les plateaux.
A la fin d'avril le tallage est considérable; du collet partent plusieurs tiges d'inégale vigueur. Le croquis que j'ai pris à cette époque, et que j'ai sous les yeux au moment où j'écris, montre sept tiges, deux très fortes qui portent quatre feuilles dont une fanée; deux moyennes et trois plus grêles. . [ . [
LE BLË ET L^AYOINE Âl* CHAMP D'EXPÉRIENCES DE GRIGNON EN 1894 569
Le 13 mai on a pris de nouveaux échantillons de blé d'hiver, on a déterminé la longueur des tiges et des racines, leur poids à Tétat normal, puis, après dessiccation, le rapport de ces poids, et, enfin, les nitrates. On a pu dresser ainsi le tableau suivant :
Tiges et raeinei
de blé d*hiver U 13
mat 1894.
Loagneor.
Poids
à réut
normal.
Poids sec
Poids de U racioé la tige étant
Asote nitriqae dans 100 de matière sèciie.
Tiges. . .
Ml^i
Racines. «
Si la longueur de la racine est encore supérieure à celle de la tige, les poids sont dans un autre rapport, puisque celui de la racine sèche dépasse à peine le quart de celui de la tige. La tige renferme 89.8 p. 100 d'humidité, la racine, 71.5 seulement.
11 est curieux de constater qu'à cette époque la quantité d'azote nitrique contenue dans les tiges et dans les racines a diminué non seulement dans les racines, comme on l'a observé depuis le début de la végétation, mais aussi dans les tiges où les proportions s'étaient accrues constanmient jusqu'au 14 mars.
§ 3. — Le blé pendant fêté.
Au moment de la prise d'échantillons suivante, le 13 juin 1894, on voit encore les racines du talus conserver l'aspect qui nous a frappé déjà, ce sont toujours de très minces filets descendant verticalement, le blé est bien épié; les quantités d*azote nitrique ont énormément baissé, 100 de racines sèches n'en renferment plus que 0 gr. 125 et 100 de tiges sèches 0 gr. 130.
On a voulu savoir, à ce moment, quels étaient les poids relatifs des divers organes, on a trouvé pour 100 parties de matière normale.
Feuilles yertes 15 7
— sèches 19
Epis apparents 41 7
Tiges 70 5
On voit qu'à cette époque le poids des feuilles vertes est encore
570 P..P. DEHÉBAIN
assez notable, mais que, cependant, les feuilles sèches sont assez nombreuses; il est curieux de constater que les feuilles de blé ne fonctionnent que pendant un temps très court; il devenait dès lors probable que ce fonctionnement était énergique et je résolus de Tétudier.
Mon confrère à TAcadémie, M. Reiset, a donné, il y a plusieurs années déjà, une excellente méthode de recherche de Tacide carbonique contenu dans l'air. On sait qu'elle consiste essentiellement à faire passer un courant d'air, régulièrement mesuré, au travers d'une dissolution de baryte préalablement saturée de carbonate de baryte et à apprécier à l'aide d'une liqueur acide étendue, la quantité de baryte restant en dissolution, d'où il est facile de calculer le poids de baryte précipitée et enfin celui de l'acide carbonique qui a déterminé cette précipitation.
En employant cette méthode, nous avons retrouvé les nombres donnés par M. Reiset, ce qui nous montrait que nous opérions correctement; nous avons alors fait passer l'air au travers d'un tube contenant des feuilles ou des tiges de blé adhérentes ou non à la tige; l'appareil était au soleil dans le voisinage du laboratoire de Grignon. On a trouvé que pendant le mois de juin, les feuilles prélevaient sur Tair une fraction notable de l'acide carbonique qui y est contenu; le 6 juin une bonne feuille adhérente à la tige et pesant, fraîche, 0 gr. 353, a absorbé 0 gr. 19 d'acide carbonique en cinq heures ; mais les dosages n'ont présenté aucune régularité ; ainsi, le 22 juin, une feuille en bon étal de 0 gr. iOO n'a absorbé, en cinq heures, que 0 gr. 002 d*acide carbonique. Je compte reprendre, de nouveau, ces déterminations dans le courant de l'année 1894-1895.
A partir du 23 juillet il devient difficile de trouver des feuilles saines dans toutes leurs parties; elles sont presque toutes tachées ; on a alors opéré avec des tiges, mais, bien qu'elles fussent encore vertes, on a trouvé qu'au lieu d'absorber de l'acide carbonique, elles en émettaient; l'air qui avait passé sur elles était plus riche en acide carbonique que l'air normal ; après avoir constaté ce renversement du phénomène, on a voulu, au lieu d'apprécier seulement des différences, obtenir Tacide carbonique provenant exclusivement de la respiration : on a fait passer l'air dans une dissolution de potasse avant de l'amener au contact des organes verts, et on a trouvé, le 28, le 31 juillet, le 3 août, que les épis émet-
LR BL£ et LAYOINE AU CHAMP D*BXPÉRIENGES DE GRIGNON EN 1894 571
taient des quantités notables d'acide carbonique, se montant, pour des épis pesant en moyenne 3 gr. 74, à 0 gr. 010 en cinq heures.
M. Muntz a, depuis longtemps, au reste, attiré Tattention sur les pertes de matière sèche que le blé subit par respiration au moment de sa maturation.
Bien qu'au mois de juillet le blé ne porte plus guère d'organes capables de former de la matière végétale, le poids de la récolte augmente encore. C'est ce qui résulte de pesées qui ont été faites, cette année, sur du blé d'Australie dont la maturité est tardive; comme on l'avait fait déjà, à diverses reprises, on a suivi le développement, en divisant en bandes de 1 mètre de côté et 10 mètres de long, une parcelle de 1 are, puis en coupant, à diverses époques, deux bandes égales, mais non contiguës.
Cette méthode n'est certainement pas très rigoureuse et les poids des plantes couvrant des surfaces égales, n'est pas identique ; on peut cependant, malgré ces irrégularités, suivre la marche du développement. On en jugera, au reste, par le tableau suivant :
Développetnenl du blé (VAaairaUe {sur 10 mètres carrés).
Poids Tert Ifoyenne. Poids sec.
«i. , • .««. ^ Bande n* l .
30i«ml894 | Bande n» 6 .
6jun.etm*...j;-î:;\;;
Bande no 4 .
Bande n* 9 .
* AA .OA, ^ Bande n» 5 .
6 août 1894 ) Bande n» 10.
26 juUlet 1894 • • • 1
kfl. gr. kil. Rr. gr.
Il *J! l n m 1107
Les nombres précédents multipliés par 1000 donnent le rendement à l'hectare : la marche ascensionnelle de la matière sèche est régulière jusqu'au 16 juillet; les pesées du 26 juillet déterminent, au contraire, dans la courbe, un rehaussement rapide, suivi d'une chute sensible. Le nombre obtenu le 26 juillet est-il inexact ? C'est là ce qu'il faut discuter.
Il est tout à fait invraisemblable que les deux bandes 4 et 9 aient été toutes deux plus grandes que les voisines^ elles l'auraient été inégalement et il se trouve au contraire que les deux pesées ont donné les mêmes nombres ; la dessiccation a-t-elle été incom-
572 F..P. BKHÉBAIN
plète ? On a trouvé pour les poids des divers organes, sur 5 kilos de récolte.
Avant Après Eau
detalccation. desticcation. p. 100.
Epis. 1.843 1.138 38.4
Feuilles 400 Î95 26.0
Tiges 2.756 1.772 45.8
Or, si on avait mal desséché les divers organes, si le poids sec dont nous discutons Texactitude eût été inexact, nous devrions trouver des nombres anormaux pour la quantité d'eau contenue dans les divers organes; pour montrer qu'il n'en est pas ainsi, nous encadrons les dosages d'humidité du 26 juillet entre ceux du 16 juillet et ceux du 9 août.
Humidité dans 100 parties des divers organes du blé,
16 Juillet. 26 juillet. 9 août.
Epis 58.5 38.4 12.3
' Feuilles (<) 26.3 23.3
Tiges 53.2 45.8 35.8
On voit que la dessiccation est très régulière et que le nombre trouvé le 26 juillet paraît exact. Nous pouvons même aller plus loin et chercher sur quels organes porte l'augmentation. Or, nous trouvons, pour le poids des tiges et des épis à l'hectare, les nombres suivants :
Tiges. épis.
16 juillet 4.919 4.129
26 juillet 7.247 4.654
9 août 6.147 a.895
L'accroissement de poids des épis du 16 au 26 juillet est régulier, la maturation se continue ; la diminution du 26 juillet au 9 août est encore facile à comprendre; il y a des chutes d'organes secondaires, notamment des barbes très abondantes dans le blé d'Australie sur lequel ont porté les observations précédentes, en outre, la combustion lente dont nous avons parlé plus haut contribue à la diminution de poids des épis.
En réalité^ le saut brusque que fait le poids de la récolte du 16 au 26 juillet a porté principalement sur les tiges, et cette aug-
1. La comparaison n^est pas possible, l'échantillon renfermant encore des feuilles yertes.
LB BLÊ ET L*âV01NE âU CHAMP D'EXPÉRIENCES DE GRIGNON EN 1894 573
mentation est due à plusieurs causes, à la mig^ration des principes contenus dans les feuilles entièrement séchées le 16 juillet et qui avaient été pesées séparément le 16, mais, en outre, au développement tardif d'un certain nombre de tiges restées chétives jusquelà; quand elles sont débarrassées de la concurrence des tiges vigoureuses qui ayant fini leur évolution cessent de consommer de l'eau, elles évoluent rapidement; ces croissances tardives se produisent surtout quand, pendant Tété, surviennent des pluies, et je les ai observées à plusieurs reprises; or, d'après les renseignements que me fournissent UU. Lezé et Hilsont, si du commencement de juillet au 9, le temps a été sec à Griguon, il est tombé 10 millimètres d'eau le 10 juillet, et il a plu tous les jours suivants; le 24, il est tombé 15 millimètres d'eau. La recrudescence de végétation observée le 26 est certainement due à cette période pluvieuse.
Ce blé d'Australie à évolution lente a donc continué à augmenter son poids pendant tout le mois de juillet^ à un moment où les feuilles n'ont plus que peu d'activité; cette activité, cependant, n'est pas absolument éteinte, on a trouvé, le 20 juillet, qu'une feuille encore en bon état a prélevé sur 50 litres d'air 0 gr. 0019 d'acide carbonique, le 21, une feuille tachée a encore saisi 0 gr. 0005 et le 22 une feuille restée en bon état 0 gr. 0022; plus tard, en opérant ^vec des tiges, on a toujours observé, au contraire une augmentation sur la quantité d'acide carbonique que l'air devait contenir. 11 n'y a plus d'assimilation du carbone contenu dans l'acide carbonique aérien, mais au contraire perte de carbone, par respiration.
On sait que, jusqu'à présent, on n'a pas pu constater la présence dans les tiges de blé de réserves d'hydrates de carbone capables de se transporter dans les grains pour s'y concréter sous forme d'amidon ; de nouvelles recherches permettront-elles de découvrir ces réserves? ou bien, en poursuivant l'étude de l'air qui a circulé sur du blé à diverses époques de sa vie, pourra-t-on se convaincre que l'activité chlorophyllienne se poursuit assez longtemps, pour qu'on puisse lui attribuer la formation de l'amidon des grains ; c'est ce que de nouvelles recherches peuvent seules nous apprendre.
S74 P.-P. DEIIÉRiiL\