NOTICE NÉCROLOGIQUE
JOSEPH BCEHM
H. J. VESQUE
La science, comme toute autre branche de Tactivité humaine,, a ses travailleurs irréguliers, ses pionniers. Impatients du joug qae les grands inventeurs imposent nécessairement à leur génération et aux suivantes, incapables de se plier à une forme classique et fixe de travail, dédaignant de construire selon les règles de Tart sur des bases établies par leurs devanciers, ils s'en vont leur chemin ; quittant les grandes routes unies, ils percent d'autres sentiers, cherchent des idées nouvelles, impriment le cachet de leur originalité à tout ce qu'ils touchent.
Leur tâche est pénible, car souvent ils butent. Leur œuvre, jamais achevée, n'est en quelque sorte que Tébauche d'une carte dressée par le premier explorateur de la contrée inconnue ; mais jamais elle n'est inutile, car ce que le pionnier n'a pu faire, n'importe qui le fera, alors que personne n'aurait pu le remplacer luimême dans son œuvre d'initiation.
Bœhm fut un de ces hommes.
Plusieurs de ses travaux ont soulevé des protestations, aucun ne disparaîtra, quelques-uns ont inauguré de longues séries de recherches qui aboutiront un jour à la solution de très importants problèmes.
L'activité scientifique de Bœhm s'étend depuis 1856 jusqu à la yeille de sa mort.
Ses travaux sur la sève ascendante ont fait connaître le nom de Bœhm dans tous les pays du monde. Quoique, jusqu'à présent, aucune théorie n'ait réussi à rallier tous les suffrages, il n'en est pas moins vrai que, grâce à l'impulsion nouvelle donnée aux recherches, des doctrines erronées ont été mises à l'écart et que, tout au moins, le chemin suivi par la sève ascendante est aujour* d'hui bien connu.
L'étude de la chlorophylle et de ses fonctions, ainsi que d'autres matières colorantes végétales, a occupé les loisirs du jeune savant^
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qui a porté ensuite son attention sur les causes de l'ascension de la sève (1863), sur le parasitisme du gui (1865), sur la formation des thylles dans les vaisseaux du bois (1867). Les travaux sur Tassimilation chlorophyllienne, la respiration, en particulier la respiration intramoléculaire, et quelques questions connexes ont occupé Bœhm de 1867 à 1877. Un fort intéressant travail sur le rôle du calcium dans la plante a paru en outre en 1875.
En 1877, avec un mémoire sur le mouvement de l'eau dans les plantes, suivi bientôt d'un exposé plus populaire du même sujet, les discussions sur la sève ascendante sont entrées dans la période aiguë, et, depuis cette époque, Bœhm n'a cessé de multiplier et de varier les expériences. Le nombre des mémoires, notes et discours qu'il a publiés à ce sujet n*est pas inférieur à treize.
Je ne puis passer sous silence la fameuFie expérience sur la formation de Tamidon dans une feuille que l'on fait simplement flotter sur de l'eau sucrée ; elle a été le point de départ des intéressantes recherches de Arth. Meyer et de Laurent, et a puissamment contribué à élargir nos connaissances sur la métamorphose des principes immédiats.
Les Annales agronomiques ont reproduit en résumé la plupart des plus intéressants travaux de Bœhm. La liste dressée par M. C. Wilhelm *, bien qu'incomplète, comprend 56 numéros.
Nous ne connaissons en France que Bœhm, le physiologiste. Les documents pieusement recueillis par M""* Bœhm et les notes manuscrites que, malgré son immense douleur, elle a eu le courage d'y joindre, « afin d'être utile au cher mort », nous montrent le brillant professeur, rempli de vie, pétillant d'esprit, de verve et d'originalité, qui charma si longtemps un auditoire constamment renouvelé. Bœhm ne négligeait rien pour rendre ses leçons intéressantes et instructives; il réunissait avec mille peines les échantillons de plantes nécessaires à ses démonstrations; on le voyait parfois dans les rues de Vienne, traînant l'énorme ballot.
L'éclat de sa parole, l'ardente expression de son amour de la science furent tels, que les grands maîtres de la Faculté de médecine, Hyrte, Rokitansky, Oppolzer, se mêlaient à son auditoire. L'affection presque filiale que ses élèves lui ont témoignée, est la meilleure preuve de son dévouement absolu et des services qu'il a
1. Verhandlungen def K. K. Zoologisch.-Botan. Gesellschaft. in WieD, 1893, p. 584.
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rendus à renseignement. 11 aidait les jeunes de ses conseils et souvent de sa bourse.
Miné par la maladie qui devait l'emporter, il se refusait à interrompre ses leçons. C'est en vain que les élèves lui envoyèrent une délégation pour l'engager à se ménager. La délégation fut congédiée brusquement au moment même où le maître comprit de quoi il s'agissait. On imagina alors de déserter les bancs de l'amphithéâtre, mais on recula avec raison devant cette mesure extrême qui pouvait paraître blessante.
Josef Bœhm est né à Gross-Gerungs (Basse-Autriche), le 13 mars 1831. Il appartient à une famille de cultivateurs qui habite la même maison depuis plus de deux siècles. On destinait à l'Église le jeune garçon à l'esprit éveillé. Sans fortune, Bœhm dut, dès ses études au collège, aider ses parents en donnant des leçons. Plus tard, étudiant en médecine, il devint professeur particulier dans deux familles de la haute aristocratie de Vienne, il fit bientôt un cours de médecine et fut un moment l'assistant privé du D' Oppolzer. Le plus bel avenir semblait s'ouvrir devant lui, quand, abandonnant la direction qu'il avait suivie jusque-là, il se jeta à corps perdu dans l'étude de la physiologie végétale.
Unger avait été son maître. En 1857, Bœhm devint privaldocent de botanique à l'Université de Vienne; en 1838, professeur à TAcadémie du commerce; il conquit peu à peu tous les grades jusqu'à ceux de professeur à l'Université et à l'Institut agronomique de Vienne.
La physionomie de Bœhm était le miroir véridique de ses qualités. La figure franche et ouverte, pleine de bienveillance, les yeux spirituels, le front puissant et largement découvert, inspiraient la confiance, appelaient l'amitié.
Un tel homme a dû trouver dans sa propre conscience, dans son ardent amour de la vérité, la récompense de ses efforts et la juste compensation des amertumes qu'il eut en partage. Mais hélas! qui pourrait l'affirmer? peut-être ce pauvre ami^ mort maintenant, a-i-il eu ses moments de doute !
Bœhm épousa en 1876 la sœur d'un de ses élèves, qu'il avait connue et appréciée toute jeune fillette et qu'il a eu le bonheur de revoir sur les bancs de la salle des cours.
Le désespoir de sa jeune veuve est de n'avoir pu adoucir de ses
soins affectueux, embellir de sa présence quelques années de vieillesse et de repos si bien mérité.
Bœhm est mort debout sur la brèche. Sa dernière leçon a été <5elle du 2i novembre 1893. Il a rendu le dernier soupir le 2 dé- •cenibre, dans sa soixante-troisième année.
Ses amis ne Toublieront jamais et son nom restera inscrit dans les Annales de la science.
REVUE DES TRAVAUX PUBLIÉS EN FRANCE ET A L'ÉTRANGER
Physiologie végétale
Recherches sur la maturation des pommes, par M. P. Kulisch*. — beaucoup de pommes, surtout les variétés tardives, renferment des quantités plus ou moins considérables d'amidon à l'époque de Taoûtage du bois et -cet amidon passe à Tétat de sucre, à une date variable qui dépend de la race et du mode de conservation.
Plusieurs races précoces n'en renferment plus au moment de Taoûtage ; d'autres, tardives ou races d'hiver, même cultivées à l'espalier et laissées à Tarbre jusqu'à mi-octobre, en contiennent encore des proportions notables, jusquà 2.4 p. 100 du poids de la pomme.
Quant à la répartition de cet amidon dans la pomme, on a constaté ceci : les fruits très éloignés encore de la maturité sont presque uniformément remplis d'amidon; souvent on trouve de bonne heure les tissus avoisinant le Iroffnon dépourvus de cet hydrate de carbone, puis le fruit se vide progressivement de l'intérieur vers l'extérieur et de la base au sommet; on n'a pas constaté de différence entre le côté rougi au soleil et le côté exposé à l'ombre.
Il peut donc arriver qu'après la récolte, la quantité absolue de sucre augmente encore dans les pommes, par suite de la transformation de l'amidon. En outre, la quantité relative de sucre subit également un accroissement par la transpiration et la concentration consécutive du suc ; et à ces phénomènes vient s'ajouter la diminution absolue et relative de l'acidité; de là, la saveur douce, sucrée des fruits conservés. Il paraît démontré que le sucre provenant de la transformation de l'amidon dans les pommes est de la sac- <5harose.
Sur les limites de raccomiilatlon des hydrates de carbone dans les fenillesde larl^ne et d'antres plantes, par M. Saposchnikoff*. — Existe-t-il une quantité maxima d'hydrates de carbone^ au delà de laquelle Tassimila-
1. Landwirlhsch. Jahrbûcher, XXI, 871 : — Bot. CentralbL, LIV, 348.