‹ Annales agronomiques (volume 2)Chapitre 30 sur 253 · AH.^LE8 A6ROHOMIQUI8. XX · texte numérisé non relu

AH.^LE8 A6ROHOMIQUI8. XX

une pression osmotique, correspondant à 0.98 molécule de salpêtre; Fauteur attribue ce fait à ce que la glycérine à haute concentration est relativement bien supportée.

Quant au chlorure de sodium, il importe de distinguer les plantes à salpêtre, haricot, lupin, des plantes salines, Salsola Kali, Cochlearia officinaliSf Plantago maritima.

Les premières supportent au maximum une dose additionnelle de 0.25 molécule de chlorure de sodium, produisant une augmentation de la pression osmotique qui équivaut à peu près à celle qu'on avait obtenue avec le nitrate de potasse.

Les plantes salines, au contraire, qui ne supportent guère que 0.10 mo lécule de salpêtre ajouté au milieu, s'accommodent très bien des fortes concentrations de chlorure de sodium, jusqu'à la dose maxima de 0.51 molécule. Là encore, la pression osmotique produite dans les cellules dépasse de beaucoup celle du milieu. Mais si on augmente progressivement la concentration de la solution, les pressions intracellulaires exprimées par une courbe ne suivent pas une ligne droite : la courbe s'élève jusqu'à un maximum, qui correspond à un optimum de concentration, pour redescendre au delà. C'est du moins ce qu'on voit nettement avec le Cochlearia; les résultats fournis par les deux autres plantes salines sont moins nets.

Ces données expérimentales sont contenues dans le tableau suivant, n étant, comme ci-dessus, la pression osmotique intracellulaire, p, la concentration de la solution plasmolysante ou, ce qui revient au même, la pression osmotique de la plante qui a poussé dans un milieu de concentration c.

Cochlearia,

Il ne sera pas sans intérêt de rapporter enfin les effets osmotiques ainsi produits à des concentrations isotoniques de salpêtre, de sel marin et de glycérine; on verra alors que la glycérine, quoique isotonique avec les deux autres solutions, produit constamment une turgescence moindre.

De tout ce qui vient d'être dit, il résulte que les phanérogames, comme les organismes inférieurs, sont capables de s'adapter aux concentrations élevées du substratum et que cette adaptation est suivie d'une superrégulation de la pression osmotique intracellulaire. 11 est facile d'évaluer numériquement cette augmentation de la pression. M. Pfeffer nous a appris, en effet, qu'une solution de salpêtre à 0.1 molécule correspond à la pression de 3.4 atmosphères. On en déduira que la cellule, à l'état de turgescence normale, supporte une pression intérieure de 8.5 atmosphères, que cette pression descend à 5.1 atmosphères lorsque la turgescence est minima, et monte au contraire à 13.6 atmosphères quand elle atteint son maximum de 0.4 molécule de salpêtre.

PUTS10L061B VÉ6ÊTALB 51

U est bien entendu que ces valeurs ne sont applicables qu'aux cellules qui confinent directement à la solution saline, c*est-à-dire à celles de la racine. La turgescence de ces cellules équivaut certainement à 0.4 molécule de nitrate de potasse, puisque leur pouvoir osmotique est de 0.6, d'où il faut retrancher 0.2 représentant le pouvoir osmotique du subslratum. Mais il n'est pas impossible que même dans la tige, les membranes cellulaires soient imbibées d'une solution saline de même concentration que celle du substratom. Si par hasard, le liquide qui imbibe les parois cellulaires d'une tige de haricot, par exemple, était de l'eau pure, la pression intra-cellulaire monterait fatalement à 20 atmosphères. On a pu démontrer par l'expérience que les parois cellulosiennes résistent à cette forte pression.

Dans le chapitre suivant, l'auteur aborde l'élude de l'influence des solutions concentrées sur laccroissement. En ce qui concerne l'accroissement en longueur, il trouve que les concentrations croissantes de la solution sdpétrée diminuent la vitesse et la grandeur de l'accroissement, alors qu'elles augmentent la turgescence. Ce résultat est en contradiction flagrante avec les idées reçues sur le mécanisme de l'accroissement, et selon lesquelles l'accroissement serait une fonction de la force de turgescence. 11 faut en rabattre ; s'il y a un lien entre l'accroissement et la turgescence, il est moins direct qu'on ne l'avait pensé. Ce n'est d'ailleurs pas la première fois qu'on émet des doutes semblables. Quoi qu'il en soit, il est actuellement impossible de donner une explication plausible du phénomène en question.

Tandis que l'accroissement en longueur est retardé par les hautes concentrations, on voit au contraire dans certains cas l'accroissement en épaisseur augmenter, les cellules parenchymateuses se multipliant davantage et parvenant à un volume plus considérable.

Nous touchons là à la question déjà [ancienne du rôle du sel dans la production de la carnosité chez les plantes maritimes et qui a été tout récemment encore étudiée par M. Schimper et M. Le Sage.

Des plantes différentes se comportent d'ailleurs très diversement sous ce rapport, et des solutions isotoniques des trois substances employées produisent parfois les effets d'accroissement les plus variés. Ce qui est certain, c'est que l'accroissement en longueur et l'accroissement en épaisseur sont deux phénomènes tout à fait distincts et que les cellules du point végétatif se comportent vis-à-vis du substratum tout autrement que les cellules cambiales.

Il était enfln intéressant de rechercher quelles sont les causes de l'augmentation de la turgescence. On pouvait admettre d'abord a pHori que la cellule continue à augmenter son fonds de substances osmotiquement actives, mais qu'en môme temps elle cesse de s'accroître. Hàtons-nous de reconnaître qu'aucun fait ne justifierait cette manière de voir. On peut encore croire que l'augmentation de la turgescence est la conséquence de l'exagération de l'absorption et de l'accumulation des substances offertes. Cette fois, l'expé* rience était réalisable ; il était facile de doser les quantités de nitrate ou de chlorure entrées dans les cellules ; on a vu qu'en effet, les substances offertes en concentrations croissantes sont de plus en plus activement absorbées par les cellules. Cependant cet appoint n'explique jamais complètement l'augmen-

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tation de la turgescence. Il est d*ailleurs possible qu'une partie des sels absorbés soit immédiatement élaborée avec production de substances dont le pouvoir osraotique serait plus élevé. Peut-être aussi les matières ajoutées au substratum exercent-elJes une excitation sur le protoplasma, d'où résulterait une surproduction de substances osmotiquement actives. On pense involontairement à une modification de la fonction d'assimilation. Ainsi M. Scbimper a montré que sur du chlorure de sodium très concentré, certaines plantes ne produisent ou plutôt ne déposent ni amidon, ni glycose. Or, de son côté, M. Le Sage a trouvé que l'assimilation chlorophyllienne se poursuit néanmoins. L'auteur pense que les hydrates de carbone formés sont aussitôt employés à la constitution de substances d'une grande puissance osmolique.

Il était difficile, après ces réflexions, de ne pas examiner l'influence de la lumière sur la turgescence.

Si fortes que soient les oscillations de la pression intra-cellulaire dans les plantes étiolées, il n'en est pas moins vrai que sur un substratum donné, la cellule a besoin de la lumière pour développer le maximum de pression de turgescence. Les plantes élevées à l'obscurité sur des substratums de concentration croissante, augmentent bien le pouvoir osmotique de leurs cellules, mais ce pouvoir n'arrive jamais à la même hauteur qu'à la lumière, sur le même substratum. Il suffit de transporter la plante à la lumière pour que cette dernière valeur soit bientôt atteinte. Rien n'est plus facile que de démontrer ici l'intervention de l'assimilation chlorophyllienne. Cultivons la plante à lalumière, dans de l'air privé d'acide carbonique. La turgescence sera la même que pour les plantes développées à l'obscurité dans l'air ordinaire.

11 est intéressant de noter que les solutions de chlorure de sodium, de nitrate de potasse et de glycérine retardent l'accroissement en longueur beaucoup moins à l'obscurité qu'à la lumière, parfois même pas du tout. C'est peut-être là qu'il faudra chercher la clef de l'interprétation de ce singulier effet des solutions concentrées.

Les rayons de la moitié gauche, moins réfrangible du spectre solaire, agissent sous ce rapport, non pas précisément comme l'obscurité, mais comme la lumière fortement mitigée.

Les causes de la faible pression osmotique dans les plantes cultivées à l'obscurité ou dont l'assimilation a été suspendue, résident dans la diminution de l'absorption des matières inorganiques, — ceci a été prouvé par une série d'expériences, — dans la suppression de Tassirailation et peut-être encore dans la dilution du suc cellulaire qui résulte du fort agrandissement du volume de la cellule étiolée. Vbsqub.

Recherches mur les torsions d'orientation des fenlUes et des llenrs,

par MM. ScawENDBNBR ET Krabbe ^ — Nous ne pouvons guère nous appesantir ici sur ce travail à la fois expérimental et théorique, et dont l'intérêt au point de vue de la science pure, saute aux yeux. Le résultat capital est celui-ci : lorsqu'il s'agit d'organes d'ailleurs capables d'exécuter des torsions

1. Mémoires de f Académie des sciences de Berlin^ 1892. Tirage à part, in-4«, iio p* et 3 pi. Berlio, Reimer.

d*orientalîon, tels que les pétioles des feuilles, les pédoncules des fruits, c'est-à-dire d'organes qui, pour placer le limbe de la feuille ou la fleur dans une position délerminée, peuvent non seulement se courber, mais encore se tordre autour de leur propre axe, la pesanteur aussi bien que la lumière (géotropisme et héliotropisme) peuvent provoquer les courbures et en outre directement des torsions.

Cependant il faut être réservé sur les généralisations. La cbose démontrée pour an certain nombre de cas, n'est pas nécessairement applicable à tous les autres, car nous sommes ici sur un terrain de la physiologie, où les mêmes effets ne sont pas toujours imputables aux mêmes causes: les torsions plus spécialement peuvent prendre leur source dans des circonstances diverses.

Tous les mouvements d'orientation reposent sur des courbures et des torsions. Or les auteurs ont démontré par des expériences directes faites sur des parties en voie d'accroissement des plantes, par des modèles mécaniquement réalisés, par la théorie, qu'une combinaison de courbures ne peut jamais amener une torsion ; donc on n'a pas le droit d'expliquer celle-ci par celle-là. C'est ce qu'avait essayé de faire M. Ambronn. Les auteurs pensent avoir réfuté par le menu les arguments de ce savant.

Le poids propre des feuilles et des fleurs peut bien intervenir par-ci parlà dans la production de la torsion, mais c'est l'exception. On peut dire d'une manière générale que les mouvements d'orientation sont le résultat de phénomènes d'accroissement assez puissants pour vaincre le poids propre de l'organe.

11 importe enfin d'ajouter que rien dans la structure intime des organes qui se tordent, ne peut constituer un facteur de la torsion, car en ce cas les torsions devraient se produire même en dehors de l'action unilatérale des excitants extérieurs (pesanteur et lumière).

Oq peut donc poser en thèse générale « que tous les mouvements reposant sur des torsions, que les parties de plantes exécutent en vue d'une orientation déterminée par rapport à la verticale, à la lumière incidente ou à l'axe principal de la plante, se réalisent sous l'influence immédiate de la lumière ou de la pesanteur ». Il importe peu, en ce moment, de savoir si la lumière peut toujours agir seule ou si elle exige parfois le concours simultané de la pesanteur. Il y a donc un héliotortisme et un géotortisme.

Vesque.

Reeherehes sur la lon^ aear de* valsseanx des plaates et sur la dlaliaetleM des traehéldes et des vaisseaux, par M. Arth. Adler ^ — Voici une ingénieuse méthode qui servira à révéler partout daos la plante les passages directs et inversement les interruptions, à déterminer la longueur des vaisseaux, à distinguer les vaisseaux des trachéides, distinction très difficile, sinon impossible, à l'aide du seul microscope, etc.

Le perchlorure de fer est une substance colloïde incapable de traverser

1. Untersuch. ûber die Lângenausdehnung der Geftlttràume^ etc., in-8, 56 p., léoa, 1892. - Bol, CenlralbL, LU, 128.

54 PUBLICATIONS FRANÇxVISES ET ËTRANGËRES

les parois cellulaires. Si donc on pousse la solution de ce sel dans Touverlure artificiellement pratiquée à une cellule close, la paroi cellulosienne retiendra tout le sel de fer, tandis que le dissolvant seul, l'eau, filtre au travers. Si on ajoute ensuite de Tammoniaque, le perchlorure se transforme en hydrate de sesquioxyde de couleur rouge foncé trahissant très nettement les parois qui fout obstacle au libre passage.

S'agit-il de savoir si un fragment de tige quelconque renferme des vaisseaux ou seulement des trachéides, on plonge Tune des extrémités dans la solution ferrique, que Ton aspire par Taulre extrémité h l'aide d'une trompe à eau. Supposons que le fragment de tige ne contient que des trachéides, le sel de fer s'accumulera dans toutes les trachéides blessées et l'eau apparaîtra incolore à la section supérieure. Lorsqu'on juge suffisante la quantité de fer ainsi accumulée, on aspire par le même procédé de l'ammoniaque jusqu'à ce que la liqueur filtrée en ait l'odeur. Il suffit enfin d'étudier l'objet au microscope pour voir nettement où le sel de fer a été arrêté.

Quelques-unes des constatations qui ont été faites à l'aide de cette méthode, intéressent le physiologiste.

Ainsi, par exemple, M. v. Hœhnel avait avancé le fait qu'il existait dans le bois des conifères des systèmes longitudinaux de trachéides communiquant directement entre elles et jouant par conséquent le rôle physique des vaisseaux des Angiospermes. 11 n'en est rien, toutes les trachéides sont closes; les bulles de gaz, dont le dégagement avait trompé le savant autrichien, s'échappent, non des trachéides, mais de très fins canaux intercellulaires.

Les vaisseaux eux-mêmes ne constituent pas dans la plante un système ininterrompu de canaux; ilS possèdent des interruptions assez régulières, provenant de ce que de loin en loin les parois transversales primitives ne sont pas entièrement résorbées. Leur longueur est néanmoins souvent très grande. Elle est chez VAristolochia Sipho de 2",26, chez le Robinier de 69 centimètres ; les plus courts ont été rencontrés dans le pétiole d'un palmier, VAreca Itttesr.ens ; ils mesurent 32 millimètres. On a trouvé dans les rameaux de difTérents âges que la longueur des vaisseaux augmente avec l'âge jusqu'à la quatrième année, où elle atteint son maximum.

La longueur des vaisseaux augmente peu à peu dans les pousses du coudrier, à partir de la base jusqu'à 35 centimètres environ du sommet, pour diminuer ensuite de nouveau très rapidement.

L'auteur rattache à ces faits anatomiques quelques remarques au sujet de la pression de l'air inclus dans les vaisseaux. L'expérience de M. v. Hœhnel (ascension du mercure dans les vaisseaux d'un rameau coupé sous le mercure) est l'objet d'une interprétation un peu différente de l'ancienne.

On sait qu'un bouquet placé dans l'eau finit par se faner et qu'il reprend sa fraîcheur si on coupe une certaine longueur des liges. L'auteur pense que par cette opération on ouvre des vaisseaux qui étaient restés clos jusque-là. Sans doute, mais on a également pu déboucher ceux qui étaient primitivement ouverts et qui s'étaient bouchés peu à peu pendant la macération.

Vesque.

PHYSIOLOGIE VÉGÉTÀLB 55

Sar les BMiiveaieBte photométrfqves des plantes, par M. Fr. Oltmanns t. — Nous construisons, pour obtenir toutes les intensités lumineuses possibles, une espèce de prisme dégradateur en fixant deux glaces de manière à ce que, se touchant par une arête, elles fassent entre elles un angle très aigu. Nous remplissons cet angle dièdre avec de la gélatine à laquelle nous ayons incorporé un peu d'encre de Chine. La gélatine étant solidifiée, nous possédons un appareil derrière lequel la lumière solaire est atténuée depuis Imtensité normale (près de Taréte) jusqu'à un minimum qui dépendra de Tépaisseur du prisme au cûté opposé et, naturellement, de la quantité d'encre de Chine suspendue dans la glycérine.

En présence des faits jusqu'à présent constatés, notamment par Fauteur lui-même, sur les algues marines, on est tenté d'admettre que toutes les plantes exigent pour leur développement normal une intensité lumineuse déterminée, ce qui revient à dire qu'il existe pour chaque espèce un optimum d'éclairage. Il parait en outre probable que toutes les plantes possèdent la faculté de paralyser, par un moyen quelconque, l'effet nocif éventuel d'un éclairage modifié.

Plaçons donc le prisme dégradateur à plat sur un vase opaque dans lequel se trouve une culture de Volvox, La lumière sera très inégalement répartie dans ce vase. Aussitôt, les individus de Volvox en multiplication purement végétative (asexuée) se réunissent en un épais nuage au-dessous de l'arête la plus claire du prisme, et y exécutent leurs évolutions habituelles, tandis que les femelles adultes se rendent dans des endroits moins éclairés, pour s'y arranger en files verticales. A l'extrémité la plus sombre, les files consistent en une cinquantaine ; à l'endroit le moins sombre, en une vingtaine 4'individus. Tous présentent le côté antérieur en haut, et se meuvent également de bas en haut, en tournant autour de leur axe longitudinal; au bout de quelque temps, les chefs de file s'arrêtent et tombent au fond, entraînant dans leur chute tous les autres, puis ils remontrent, et ce jeu se <;ontinue sans aucun déplacement latéral, tant que l'intensité de la lumière reste la même. Mais, si on change celle-ci, chaque individu ou respectivement chaque groupe, ne tarde pas à trouver une place où règne la même mtensité lumineuse qu'auparavant. On sait que ces mêmes Volvox^ dans une enceinte uniformément éclairée, ou à l'obscurité, exécutent des mouvements de translation sans orientation déterminée.

n résulte de cette élégante expérience que le Volvox présente toujours une locomotion autonome et qu'il possède de plus la faculté de ressentir les différences de l'éclairage, qu'il est, en un mot, photométrique, et que, par excitation, la lumière d'intensité différente provoque un mouvement orienté de telle façon, que l'algue^ se rend à l'endroit où elle trouve l'éclairage qui s'accorde avec ses goûts et qui est probablement l'éclairage optimum. Mais le goût pour la lumière n'est pas toujours le même, il dépend -de facteurs intrinsèques et extrinsèques.

Nous le trouvons, en effet, différent chez les individus asexués et les

i. Flora, 1892, 183-266, avec une planche ; Bot. Centralht., Beihefle, II, 4, p. 254.

sexués adultes. Il résulte encore de notre expérience que « c'est Fintensité de la lumière, non son angle d'incidence, qui détermine le mouvement orienté de Talgue ».

Cette idée-là devient, pour M. Oltmanns, Toutil qui bat en brèche le» doctrines actuellement régnantes de la phototaxie.

Jusqu'à présent, le Volvox faisait partie des organismes phototactiques se mouvant toujours dans le sens du rayon incident et pour lesquels Fintensité de la lumière n'avait d'autre influence que de changer le signe de ce mouvement, de plus en moins, d'attractif en répulsif. Il est vrai que cette opinion n'était pas restée sans contradicteurs. Déjà M. Famintzin avait essayé de démontrer le peu d'importance de la direction des rayons lumineux, et avait invoqué l'influence dominante de l'intensité de l'éclairage. De même, M. Pfeffer, considérant l'action répulsive des forts rayons, attractive des rayons faibles, avait appelé l'attention sur ce point intermédiaire où la lumière n'exercerait aucune action, sur ce point indlfiférent.

M. Oltmanns répète, pour les Spirogyres, les mômes observations que nous venons de décrire pour le Volvox.

Tous ces faits l'amènent à déflnir ainsi les mouvements phototactiques : <( Les mouvements phototactiques sont ceux des mouvements photométriques qui, par le déplacement du corps tout entier, amènent l'organisme dans un éclairage dont l'intensité lui convient le mieux. »

Il était impossible de s'arrêter là. Ce résultat devait amener Fauteur à s'occuper de deiu autres questions parentes, les déplacements des chloroplastides d'une part, Feusemble des phénomènes héliotropiques, d'autre part.

Les grains de chlorophylle ne se comportent pas comme le Volvox et le Spirogyra; on sait que leurs mouvements phototactiques sont tels qu'ils présentent la tranche à la lumière intense, la face à la lumière mitigée. Les plastides verts sont plagiolropes, alors que le Volvox est orthotrope. Cette fois encore, les intensités intermédiaires de Féclairage sont les plus intéressantes.

Les objets qui se prêtent le mieux aux expériences sont le Mesocarpus et le Funaria. Dans le premier, qui est une algue, chaque cellule cylindrique renferme un seul plastide vert, en forme d'une lame droite qui traverse la* lumière de la cellule et touche pour ainsi dire aux parois, suivant deux génératrices opposées du cylindre.

Si la lumière est très intense, cette lame lui présente la tranche, et elle conserve cette position jusqu'au moment où un certain minimum d'intensité lumineuse est dépassé. Si, à partir de ce minimum, on continue à diminuer encore l'intensité de l'éclairage, la plaque prend des positions obliques telles qu'à chaque éclairage déterminé correspond une position déterminée de la plaque ; la projection de la plaque sur un plan perpendiculaire à Fincidence des rayons a une grandeur fixe pour chaque intensité. Il vient enfin une intensité où la plaque présente sa face à la source lumineuse, et au-dessous de laquelle cette position se maintient. On doit considérer ici comme optima toutes les intensités comprises entre celle qui suffit tout juste à provoquer la position sur tranche et celle qui amène pour la pre-

PHYSIOLOGIE VÉGfiTALB 57

mière fois la position de face. En effet, quelle qae soit Fintensité comprise entre ces deux extrêmes, la cellule reçoit exactement, grâce au changement de position de la plaque chlorophyllienne, autant de lumière qu*il lui confient. On voit que chez ces cellules plagiophototactiques, les limites qui enferment les intensités lumineuses maxima sont beaucoup plus écartées que chez les organismes motiles ortophototactiques.

De même que la phototaxie, Théliotropisme admet des organes ortho- Iropes et plagiotropes ; Fauteur distingue ainsi Forthophotolropie et la plagiophototropie. Il était admissible, a priori^ que chez les plantes héliotropiques, de même que chez Its phototacliques, le besoin de lumière, raccord lumineux (Lichtstimmung), comme Fauteur Fappelle, dépend des circonstances extérieures, que chez les plantes adaptées à l'ombre, Faccord est plus bas que chez celles qui vivent au soleil. C'est pour cette raison que les premières expériences ont été faites avec le Vaucheria sessilis. Les exemplaires de cette algue, cultivés sur le clinostat, libres de toute courbure héliotropique, ont été placés sous le prisme dégradateur ; il a été facile ainsi de constater que la plante, éclairée d'un seul côté, est complètement indiflé rente pour certaines intensités lumineuses, qui ne provoquent aucune courbure, tandis qu'elle répond aux intensités moindres par des courbures positives, aux plus fortes, par des courbures négatives.

Le Phycomyces nitens, champignon auquel on a recours dans ces sortes de travaux, est cependant moins avantageux, ce qui ne Fempêche pas de présenter également les trois cas de courbure positive, d'indifférence et de courbure négative, selon Fintensité de l'éclairage; cette dernière était même particulièrement intéressante, parce que les plantes faisaient un angle quelconque avec la direction des rayons lumineux.

On n'a fait que peu d'expériences sur les pousses des Phanérogames. L'auteur pense, néanmoins, qu'elles suffisent, combinées avec les données déjà acquises à la science, à démontrer la concordance principielle de ces plantes supérieures avec le VaucJieria.

L'extrême importance qu'on accordait jusqu'à ce jour à la « direction » des rayons lumineux prend sa source dans Fintensité trop faible de la lumière avec laquelle on travaillait. Si on dispose d'intensités suffisantes et suffisamment graduées, on doit réussir avec tout membre de la plante, racine ou pousse, à réaliser les courbures positive et négative, ainsi que l'indifférence.

Quant aux expériences sur des organes plagiophototropiques, nous nous bornerons à citer celles qui ont porté sur le robinier. On sait qu*à la lumière dififuse, les folioles des feuilles de cet arbre sont entièrement étalées, tandis qu'elles se redressent au soleil, en rapprochant les unes des autres leurs faces supérieures. Deux folioles opposées qui, le matin, formaient entre elles un angle de 180 degrés, peuvent réduire cet angle à 40 degrés à midi, pour reprendre leur position initiale vers le soir, n est bien entendu qu*en tout ceci, le rachis de la feuille est sensiblement perpendiculaire à Fincidence des rayons. Lorsqu'il leur est au contraire parallèle, les folioles se tordent sur leurs renflements moteurs, et restent, par conséquent, capables de former un angle avec les rayons incidents, tel

qa'il y a adaptation à Téclairage momentané. Sans rien changer à la direction des rayons, on peut, en interposant comme un écran le prisme dégradateur, modiûer à volonté Fangie formé par les folioles.

Le haricot et la capucine se comportent de même; cette dernière ayant un accord lumineux très élevé, n*a jamais pu être amené aussi loin vers la position de proûl que le robinier.

Sans faire de nouvelles expériences personnelles, Fauteur essaye d'appliquer ses idées à toutes les autres feuilles et même à tous les autres organes dorsiventraux.

Il constate que les organes auxquels Darwin a donné le nom de diahéliotropiques à cause de leur position perpendiculaire à l'incidence, peuvent également se placer de profil et devenir parahéliotropiques, qu'il n'y a donc aucune différence entre le para- et le diahéliotropisme. Ici encore, il convient d'employer le terme de plagiophototropie, exprimant que tous les organes dorsiventraux prennent une position particulière par rapport à la lumière, en ce qu'ils lui présentent un côté déterminé, qui fera avec les rayons incidents un angle également déterminé pour chaque intensité de la lumière.

Les organes dorsiventraux sont donc influencés, en dedans de certaines limites, par la marche apparente du soleil, comme d'ailleurs les organismes plagiophototactiques, alors que les organes orthotropiques seraient entièrement indépendants de la direction de la lumière.

Voilà, à mon sens, un travail d'un haut intérêt, et qui, complété et étendu aux autres phénomènes d'excitation, modifiera d'une manière heureuse le chapitre des excitations en général. Dès à présent, M. Oltmanns «xprime la pensée que les mouvements tonotactiques, thermotropiques et hydro tropiques s'expliqueront par des téléologies, par la recherche des conditions optima qui correspondent à l'état momentané de la plante; celle-ci est capable, comme l'animal, de percevoir des différences d'intensité.

Vesque.

Sur quelques oxeepCious dans le développement des sexes chez les plantes, par^M. F. Hildebrand ^ — Voici d'abord quelques cas où, chez des plantes monoïques, les fleurs mâles ont été remplacées par des fleurs femelles :

1. Ecbalium Elaterium. — Ordinairement on trouve dans les aisselles des feuilles, à côté de !a fleur femelle solitaire, une grappe de plusieurs fleurs mâles. L'auteur a observé diverses perturbations de cette règle. Sur un pied, après plusieurs feuifles sans fleur, il a trouvé dans une première aisselle une fleur mâle solitaire, dans la suivante une fleur mâle et une fleur femelle, puis, dans les suivantes, à côté de la fleur femelle, une grappe mâle dont certaines fleurs, surtout les basilaires, étaient transformées en femelles ; il a vu une fois une grappe à trois fleurs dont l'inférieure était mâle et les deux supérieures femelles. Les aisselles des feuilles supérieures du pied étaient

i. BoLZeit, 1893, 27-35.

normalemeDt garnies de fleurs. De plus, à mesure que la saison avance, les Heurs mâles deviennent de plus en plus rares, si bien qu'il ne se forme plus finalement que les fleurs femelles. Celles-ci sont fécondées par le pollen des grappes mâles antérieurement développées. D*après Fauteur, ce dernier fait n'est pas imputable à la saison automnale, mais à une cause profondément biologique. S'il se formait des fleurs mâles jusqu'au bout, elles ne trouveraient plus de fleur femelle à féconder, et seraient par conséquent inutiles.

2. Quercus ilicifolia, — Plus haut sur les rameaux que les fleurs femelles axillaires, les aisselles produisent normalement des bourgeons, d'où sortent au printemps suivant des chatons mâles. Après un été exceptionnellement chaud et humide, l'auteur a trouvé ces bourgeons dès la fin d'août, mais avec des fleurs femelles au lieu de mâles.

3. Bryonia alba. — Sur cette plante il apparaît d'abord uniquement des fleurs mâles, puis uniquement des fleurs femelles. A deux reprises différentes l'auteur a trouvé des grappes réunissant les deux sexes, les femelles tantôt au sommet, tantôt à la base.

4. Sagiltcaria sagitiifolia. — L'inflorescence normale se compose de deux verticilles de trois fleurs femelles suivis de cinq-six verticilles de trois fleurs mâles. On a trouvé une inflorescence de la composition suivante : en bas, un premier verticille avec deux fleurs femelles normales, la troisième étant remplacée par un rameau garni de quatre verticilles tri-mères. L'inférieur de ces verticilles consistait en fleurs hermaphrodites mal conformées, tous les autres exclusivement en fleurs mâles. Le deuxième verticille de l'axe principal consistait en deux fleurs femelles et une hermaphrodite mal venue, les cinq autres en fleurs nràles normales. On voit qu'ici la lutte entre les sexes a erapéché le développement de l'un et de l'autre.

Viennent maintenant les cas de plantes appartenant à des espèces dioïques et qui portent exceptionnellement des fleurs des deux sexes.

2. Urtica dioîca, — Ainsi que d'autres observateurs l'ont déjà constaté, les pieds monoïques portent à la base des fleurs mâles, au sommet les fleurs femelles ; il peut arriver qu'à la limite entre ces deux régions, la même inflorescence présente réunis les deux sexes, les fleurs mâles en bas, les femelles en haut. Transplantés dans un jardin, ces pieds ont conservé la monœcie.

2. Juniperus. — De trois jeunes arbres qui ont fleuri la sixième année, deux n'avaient que des fleurs mâles, le troisième, des fleurs mâles sur les rameaux inférieurs, femelles sur les supérieurs •

En présence de tous ces faits, l'auteur croit qu'il n'existe aucune loi générale déterminant la formation des sexes. Les résultats que l'on a obtenus en faisant des expériences avec les animaux ne sont pas applicables aux plantes.

n est clair que l'hérédité transmet la tendance â la formation des deux sexes.

Si, partant de cet axiome on réunit les diverses possibilités qui peuvent faire prévaloir l'un et l'autre sexe, on arrive à dresser la série suivante :

1* Le sexe est déjà déterminé avant la fécondation.

2* n se détermine au moment même de la fécondation.

3<* Ce soDt les conditions extérieures, agissant sur les fleurs fécondées, qui déterminent le sexe.

4<> Dès leur jeunesse les descendants peuvent subir de telles influences qu'ils développent des fleurs d'un sexe donné.

5<> Chaque âeur prise isolément peut à un certain état de son développement, naturellement peu avancé, subir des influences extérieures qui en déterminent le sexe.

Si on admet la réalité de ces possibilités, on peut expliquer aisément les cas anormaux aussi bien que les cas réguliers. Les faits observés constituent en effet une série sans lacune, depuis la sexualité fixée dès avant la fécondation jusqu'à celle qui hésite sur la plante adulte même. Les dispositions intérieures et les causes extérieures peuvent concourir de telle façon que tantôt les unes, tantôt les autres l'emportent ; si les premières sont faibles, le milieu peut fort bien déterminer le sexe, tandis qu'il reste sans effet vis-à-vis de prédispositions intérieures naturellement puissantes.

Sylviculture.

Influence des décorticailons annulaires sur la Té|^élatlon des arbres,

par M. E. Mer. — M. Mer s'occupe depuis longtemps de l'influence des décortications annulaires sur la croissance des arbres. Il nous communique dans la présente note quelques-uns des résultats auxquels il est parvenu.

Plusieurs circonstances, dépendant de la manière dont la décortication a été pratiquée, influencent le sort de l'arbre.

1. Plus l'anneau d'écorce enlevé est large, plus l'arbre dépérit rapidement.

2. Si on fait la décortication annulaire au haut du tronc au-dessous de l'implantation des premières branches, le dépérissement est plus rapide que l'orsqu'on fait la même opération à la base du tronc.

3. Les troncs du duramen, ainsi que ceux qui renferment peu d'amidon, meurent plus vite que les autres.

4. Les arbres isolés périssent plus vite que ceux qui croissent en massifs.

5. Les arbres âgés sont plus résistants que les jeunes, les exemplaires robustes plus que ceux à croissance lente.

6. L'enduit résineux sur la plaie, qui a été observé chez le pin silvestre, protège l'arbre plus longtemps.

7. Les arbres qui produisent facilement des pousses au-dessous de la plaie, résistent plus longtemps que ceux qui ne jouissent pas de cette faculté.

8. Il en est de même des arbres, commele sapin, dontles racines se greffent sur celles des arbres circon voisins.

Voici quelles sont en résumé les modiflcations que subit l'intérieur du tronc à la suite de la décortication annulaire : 1. Dans la zone de la décortication: une couche périphérique plus ou

SYLVICULTURE 61

moins épaisse se dessèche. L'eau ne peut donc plus monter dans la couronne que par du bois plus intérieur, en supposant toutefois que cette région plus ancienne du bois soit encore perméable. L*amidon disparaît rapidement et le nouvel emneau ligneux est arrêté dans son développement; les cellules en voie de formation ne peuvent atteindre ni leurs formes ni leurs dimensions naturelles.

2. Dans la zone située au-dessus de la plaie. Il arrive relativement peu d*eaa et par conséquent peu de sels minéraux. Les pousses croissent lentement et finissent par s'arrêter. Tant que les feuilles persistent dans la couronne, on trouve une quantité anormale d'amidon; en effet, la décortication empêche la descente des matières hydrocarbonées. Grâce à cet amidon, le cambium qui est moins exigeant que les pousses, sous le rapport des sels minéraux, peut encore former, au moins la première année, un nouvel anneau de bois et de liber.

3. Dans la zone située au-dessous de la plaie. L'amidon se trouve encore en partie dans les plus jeunes racines et dans les bourgeons dormants, d*au« très fois il a totalement disparu. Comme il n^est pas remplacé il disparaît rapidement de toute la région intra-annulaire, Taccroissemenl des radicelles 86 ralentit, l'absorption de l'eau diminue naturellement en même temps. L'activité du cambium s'éteint aussitôt après l'enlèvement de Panneau d'écorce.

Le premier effet de l'annélation serait donc le dessèchement du bois mis à nu et la diminution de l'ascension de la sève dans les régions situées audessus de l'anneau. La vie de la couronne est donc compromise ; comme les radicelles se développent peu, l'arbre est menacé de périr. Si donc les réserves (en amidon) sont grandes et que la transpiration des feuilles est abondante, la couronne se dessèche rapidement et meurt avant la région intra-anaulaire ; dans les conditions inverses le sommet ne périt que lentement et souvent beaucoup plus tard que la partie intra-annulaire.

Si l'arbre enfin, grâce au concours de diverses circonstances, dont la plus active est sans doute la greffe par approche des racines avec celles des arbres circonvoisins, peut résister pendant plusieurs années aux conséquences de l'annélation, il n'en est pas moins voué à une destruction plus rapide que dans les conditions normales. Le bois de l'anneau dénudé finit par se décomposer sous l'influence des agents atmosphériques. La dessiccation, suspendue pendant un certain temps, envahit alors les tissus plus internes que ne protège plus suffisamment le cylindre de bois nécrosé et il survient un moment où la région restée vivante ne laisse plus passer assez d'eau pour entretenir la vie dans la cime.

Il«te sur les iaeeniUes des Uutdes de la Glromde et la sécheresse exeeptfeuelle da printemps et de Vété de 1893; par MM. G. Glàvel, ingénieur des ponts et chaussées, agent-voyer en chef de la Gironde, et G. Raybt, correspondant de l'Institut, directeur de l'observatoire de Bordeaux. — La sécheresse remarquable et générale du printemps et de l'été de 1893 a été singulièrement funeste à certaines cultures et a parfois été la cause, pour certaines régions, de désastres considérables. Dans le département de la

Gironde, du !•'' mars au 1" septembre (184 jours), il n'y a pas eu moins de 132 incendies, qui ont brûlé 35,589 hectares de forêts de pins et entraîné des pertes s'élevant h plus de 6 millions de francs.

Aucun désastre aussi considérable ne s'était produit depuis 1870.

La note de MM. Clavel et Rayet renferme une carte où sont figurées les taches produites par ces incendies. C'est presque un dixième des pins de la Gironde qui ont été brûlés.

La discussion des observations pluviométriques faites à Bordeaux de 1714 à 1770 par MM. de Sarrau, de 1776 à 1790 par le D' de Lamothe, de 1843 à 1880 par MM. Âbria et Petit-Lafitte, de 1881 à 1893 par Tobservatoire de Bordeaux, démontre que la belle saison de 1893 a été particulièrement sèche.

Les printemps de 1768 et de 17 i 6 sont seuls plus secs que celui de 1893» qui n*a donné que 55 millimètres d'eau au lieu de 160 millimètres, qui est la moyenne normale. Dans cette période il y a eu 76 jours consécutifs qui n'ont produit que 10 millimètres de pluie.

En ce qui concerne la sécheresse de l'été, 1893 n'arrive qu'au treizième rang avec 98 millimètres de pluie.

Pour l'ensemble des deux saisons, il n'y a que 1716 qui soit plus sec que

Parmi les 122 années pour lesquelles il y a des documents, il n'y a que 1716, 1741, 1767, 1870 et 1893 pour lesquelles le printemps et l'été aient été tous les deux secs.

Les mois de mars à août 1893 ont une température supérieure d'enviroo 3 degrés à celle des mois correspondants d'une année normale.

Ohimie agrioole.

S«r la présoDce et l|i détermination des naponlnes dans les plantes,

par M. T. F. Hanausek '. — Les savants ne sont pas d'accord sur les propriétés vénéneuses des graines de la Nielle {Agroslemma Githago), Dernièrement MM. G. Kornauth et A. Arche ont démontré, par des recherches approfondies, que les porcs peuvent être engraissés avec les graines de la Nielle et que ces graines ont, au point de vue de l'alimentation de ces animaux, la même valeur que l'orge. D'autres observateurs considèrent les mêmes graines comme nuisibles ou tout au moins suspectes et expliquent le cas ci-dessus en admettant que les saponines sont en grande partie décomposées par les sucs digestifs. Après avoir mentionné les plus importants de ces corps, tels qli'ils ont été caractérisés notamment par M. Robert et rappelé leurs formes cristallines, l'auteur s'occupe de la recherche de leurs réactions micro-chimiques.

Déjà M. RosoU avait employé à cet effet l'acide sulfurique. Si on traite les racines de la saponaire ou l'écorce de Quillaj a par l'acide sulfurique concen-

1. Chemikei^ Zeitung (Coethen), XVI, 1892, n" 71 et 72; -^ Bct. CentralbL, LU, 124.

AGRICULTURE 6a

tré, on voit le contenu de certains parenchymes se colorer d*abord en jaune, ensuite en rouge, puis en bleu-violet. Il est vrai que cette réaction concourt en partie avec d'autres, par exemple avec celle de Raspail sur l'albumine et le sucre, avec celle de la pipérine ; elle a en outre le désavantage d'être peu nette en présence de fortes proportions d'albumine ou dans les tissus 1res délicats.

S'inspirant de la réaction de la digitaline, découverte par M. Lafon, l'auteur emploie non l'acide sulfurique seul, mais un mélange à parties égales d'acide sulfurique et d'alcool. Quelquefois on est obligé de chauffer pour obtenir la succession des trois colorations jaune, rouge et violette, puis on ajoute une solution de perchlorure de fer qui produit un précipité brunâtre ou bleu brunâtre. Plus la drogue est riche en sapotoxines, plus la coloration bleue domine.

On a essayé la méthode avec succès sur dix objets différents: les graines de la Nielle, celles des DianthuSy les fruits des Sapindus Saponaria et esculentuSy les racines de la saponaire, celles de Senega, des PolygcUa major et amardy Vécorce de Quilluja,

Les saponines sont contenues dans les assises cellulaires sous-péridermiques de la racine des Polygala. Quant aux graines d'Agrostemma et de IHanthuSy Vembryon seul renferme ces substances ; lorsqu'on le sépare de Falbumen et qu'on le suspend dans l'eau, il donne un liquide extrêmement mousseux, ce qui n'est point du tout le cas avec l'albumen seul.

Aflrrioultnre.

Bapporto «ar les champs d'essais départemeataax de Mearthe-et- Msaelie ea 1892 ; par M. Bourgeois, professeur départemental d'agriculture. — Le rapport de M. Bourgeois débute par quelques indications statistiques très intéressantes : de 1872 à 1882, le département de Meurthe-et-Moselle a obtenu un rendement moyen de 14 hect. 80 à l'hectare, tandis que ce rendement est monté à 15 hect. 30 de 1882 à 1892, malgré la mauvaise récolte de 1892 pendant laquelle le blé a été gelé.

Pour l'avoine, le rendement moyen à l'hectare a été de 22 hectolitres de 1872 à 1882 et de 24 hect. 20 de 1882 à 1892, cet accroissement de rendement pour ces deux cultures représente plus de 2 millions de francs.

Malgré ces progrès, la situation générale du département n'est que passable ; pendant les six dernières années, la population chevaline a diminué de 4,602 animaux, l'espèce bovine a perdu 6,465 bêtes et l'espèce ovine 40,459 animaux. Il est probable qu'après la terrible sécheresse de 1893, qui a particulièrement sévi en Meurthe-et-Moselle, la diminution se sera beaucoup accentuée.

Parmi les mesures que préconise M. Bourgeois pour accélérer les progrès et combattre la gêne qu'amène la baisse des prix actuels, se place en première ligne la création de chemins de défruitement, la réunion de parcelles par échanges, ou mieux réunions territoriales avec réfection du cadastre et

abornement. Vingt-cinq communes ont déjà fait le remembrement de leurs territoires, et dans un certain nombre on ne voit plus que de belles pièces de terre aboutissant toutes à des chemins ; la dépense est minime, elle s*élève à 15 ou 16 francs par hectare, cadastre et abornement compris, et les avantages sont très grands ; les travaux sont facilités, on peut se livrer à la création des prairies artiûcielles, ce qui est parfois difficile dans les terres enclavées soumises à Tassolement triennal, qui entraîne souvent le parcours des animaux à l'automne.

M. Bourgeois donne ensuite les résultats obtenus dans les essais des champs d'expériences et de démonstrations ; parmi les pommes de terre la Richter's Imperator reste en tête comme productrice de fécule : le géant bleu, qui est également très riche en fécule et à grand rendement, ne mûrit que très tard et ne laisse pas les terres disponibles assez tôt pour que le blé puisse lui succéder. Comme pomme de terre fourragère, les essais conduisent à préférer la Canada blanche; comme pomme de terre culinaire, le Magnum bonum et ÏEarly rose comme variété précoce.

Dans la deuxième partie de son rapport, M. Bourgeois énumère les résultats obtenus par les divers directeurs des champs d'essais ; ces rapports sont au nombre de trente-deux ; et ce chiffre dit assez quel énorme changement s'est produit dans Fesprit des cultivateurs de quelques parties de la France ; voilà trente-deux personnes, propriétaires, fermiers, instituteurs qui ont foi dans l'expérimentation, qui ne se bornent plus à suivre les anciens errements ou les indications vagues des voisins, qui veulent voir par euxmêmes et qui suivent jour par jour TefTel que produisent les engrais, qui constatent les qualités et les défauts de nouvelles variétés, qui par suite développent, fortifient, aiguisent l'esprit d'observation habituellement si éveillé chez les cultivateurs. C'est là ce qui frappe davantage et qui montre Texcellence de cette création des professeurs départementaux d'agriculture, qui sont comme le centre autour duquel viennent se grouper toutes les bonnes volontés ; ce que M. Garola a fait avec grand succès dans Eure-et- Loir, M. Magnien dans la Gôte-d'Or, M. Bourgeois le fait également dans Meurthe-et-Moselle ; l'activité y est stimulée au reste par une excellente publication, le Bon cultivateur ^ et par l'exemple que donne un cultivateur des plus distingués, M. P. Genay, dont les lecteurs des Annales ont pu à diverses reprises apprécier le mérite.

Le Gérant : G. Masson.

Paris. — Imprimerie L. Marbtbeux, 1, rue Cassette.

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