MOYEN DE PRÉSERVER LES BOIS DE LA VERMOULURE
pièce de bois de son amidon, elle se trouverait indéfiniment préservée de la vermoulure.
Je venais précisément de constater que l'écorcement sur pied, trois ou quatre mois avant Tabatage, a pour résultat de faire disparaître Tamidon de toute la région décortiquée. J*avais même reconnu qu'une simple annélation de quelques centimètres de largeur suffit. L'amidon est alors résorbé dans toute la région située au-dessous de Vanneau.
J'avais donc un moyen facile de m'assurer si mon hypothèse était exacte. Des rondelles provenant les unes do chênes écorcés sur pied plusieurs mois avant l'exploitation, les autres de chênes non opérés, furent placées dans une salle voisine de la galerie des collections de TÉcole forestière, par conséquent dans un endroit fort exposé à l'attaque des vrillettes. Parmi celles qui devaient servir de témoins, certaines furent dépouillées de leur écorce au début de l'expérience, tandis que d'autres restaient intactes. J'empilai pêle-mêle toutes ces rondelles. En outre, douze troncs de chêne d'une quarantaine d'années, qui avaient été écorcés sur 6 mètres de longueur à la fin de mai 1890 et exploités au mois d'octobre suivant, furent transportés^ peu après Tabatage, dans le mêaie local. Parmi eux j'intercalai douze autres troncs de chêne, sensiblement de même âge et de mêmes dimensions que les premiers, ayant végété dans les mêmes conditions, mais qui n'avaient été écorcés qu'après l'exploitation. Les piles de rondelles et de troncs furent abandonnées à elles-mêmes pendant trois ans, sans être remaniées. Au bout de ce temps, j'examinai les différentes pièces et je constatai les faits suivants :
1"^ L'aubier des rondelles munies de leur écorce avait été très attaqué par les insectes. Le liber se trouvait entièrement corrodé et Técorce se détachait sur presque tous les points ;
2'' Dans celles dont Técorce avait été enlevée après l'abatage, l'aubier était vermoulu, mais moins que dans les précédentes ;
3"^ Les rondelles des sujets écorcés sur pied étaient entièrement intactes ;
4"" L'aubier des troncs de chêne écorcés après abatage était complètement vermoulu ;
5^ Aucune trace de vermoulure ne se remarquait sur les troncs écorcés trois mois avant leur exploitation. Parmi ceux-ci il s'en trouvait deux sur lesquels je n'avais pratiqué qu'une annélation à
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la partie sapérieure. Ils avaient ensuite été écorcés après abatage. Ils furent préservés de la vermoulure comme ceux qui avaient subi une décortication complète ;
6*" Quelques rondelles et troncs de charme et de peuplier tremble provenant de sujets écorcés sur pied n'avaient pas non plus été atteints. II en était du reste de même pour leurs témoins non opérés.
Voilà donc un moyen de prévenir la vermoulure, même dans les essences qui y sont le plus exposées. Il suffit d'écorcer le tronc des arbres dans les mois de mai et de juin, soit totalement, soit seulement sous forme d'anneau, au sommet de la partie qui doit être utilisée comme bois de service, puis de les abattre à partir des mois d'octobre et de novembre suivants. L'aubier ayant perdu son amidon est délaissé par les insectes. On peut dire qu'il est devenu réfractaire à la vermoulure. C'est au moins ce qui a lieu pour des arbres de 1 mètre de tour et au-dessous. Reste à s'assurer si le même résultat peut être obtenu et dans le même temps avec des sujets plus âgés.
Les annélations n'ont pas seulement pour effet de faire disparaître l'amidon de l'aubier; elles le font encore disparaître du liber et de l'écorce dans toute la région infra-annulaire. Il est donc probable que ces tissus se trouveraient également préservés de la vermoulure par cette opération. Toutefois je ne puis l'affirmer, mes expériences ne s'étant pas étendues à des pièces maintenues sous écorce après annélation.
Dans l'industrie du bois, on est obligé non seulement de supprimer l'aubier des troncs qu'on débite, mais encore, comme cet aubier est loin d'avoir une épaisseur uniforme dans les diverses parties d'une même pièce, on se voit fréquemment dans la nécessité d*entailler une partie plus ou moins grande du cœur. Ce fait se présente surtout dans le chêne. C'est pour éviter un semblable sacrifice que les menuisiers et les charpentiers laissent trop souvent adhérer des lambeaux d'aubier à des pièces qu'ils livrent comme étant uniquement constituées par du bois parfait. Ces lambeaux étant ultérieurement atteints par la vermoulure, les pièces se trouvent détériorées. En appliquant le procédé que je recommande, semblable inconvénient ne sera plus à craindre. On pourra conserver tout ou partie de Taubier, sans toutefois qu'on doive regarder ce tissu comme ayant des propriétés mécaniques
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ég^ales à celles du cœur. Telle pièce de charpente qui était rebutée parce que^ réduite à son duramen, elle présentait un trop faible équarrissage, pourra dorénavant être employée, puisqu'on aura la faculté de lui conserver son aubier de Tinallérabilité duquel on sera assuré. L'industrie trouvera donc dans cette pratique une ressource incontestable. Et même si, comme je suis porté à le croire, le liber des arbres annelés est aussi préservé de la vermoulure, on pourra, quand on le jugera à propos, élever des constructions rustiques en conservant aux bois leur écorce, sans avoir à redouter de les voir hors de service à bref délai, ainsi que cela est, paraît-il, arrivé pour le chalet forestier installé auTrocadéro pendant l'Exposition de 1889. Les collections de bois, si souvent détériorées par les insectes, pourront aussi être garanties de leurs atteintes.
Il me reste à expliquer pourquoi la résorption de l'amidon est la conséquence de l'écorcement. L'amidon produit par les feuilles sous l'influence de la lumière ne peut cheminer verticalement par le bois; cela résulte du fait qu'il disparait de toute la région située au-dessous d'une annélation. Il ne circule dans le bois qu'horizontalement par la voie des rayons. C'est donc par le liber qu'il se rend des branches aux racines et, comme une décortication en hélice produit le même effet qu'une annélation, on est autorisé à penser que c'est par des éléments longitudinaux qu'il se transporte. Or, les tubes grillagés sont les seuls qui, dans le liber, aient à peu près cette forme. Quoi qu'il en soit, par suite de l'annélation, l'amidon provenant des feuilles a sa retraite vers la partie inférieure du tronc interceptée et s'accumule forcément dans la région supra-annulaire, la région opposée étant réduite à vivre sur la provision de matière amylacée qui s'y trouvait au moment de l'opération. Celte provision est résorbée plus ou moins vite suivant les essences, les dimensions de l'arbre et les saisons. C'est on été qu'elle est le plus rapide. Je me suis assuré en effet que des chênes écorcés au commencement de novembre, renfermaient encore passablement d'amidon au mois d'avril suivant, tandis que d'autres opérés à la fin de mai n'en contenaient plus en septembre. Que devient cet amidon? Est-il employé à la combustion respiratoire? émigre-t-il dans la souche ou les racines? enfin, est-il transformé en un autre produit ternaire (sucre, huile ou tanin)? 3Ies recherches m'autorisent à penser que la résorption est sur-
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tout duc à la première cause. Si donc un arbre se trouvait, après TabatagCydans des conditions telles qu'il pût vivre assez longtemps pour brûler sa matière amylacée, il serait à Tabri de la vermoulure, sans qu'il fût nécessaire de le soumettre à Técorcement. C'est ce qui arrive pour les essences à bois léger (tilleul, peuplier, sapin), lesquelles ne renfermant normalement qu'une faible quantité d'amidon, la perdent assez rapidement. C'est ce qui a lieu souvent aussi, même pour certains bois durs, tels que le charme et le hêtre qui, bien qu'étant très amylifères, se dessèchent lentement par suite de leur grande densité, et ont, par conséquent, le temps de consommer leur amidon avant de mourir. Aussi tous ces bois sont-ils rarement atteints de vermoulure.
SUR LA COMPOSITIOiV
QUELQUES ESPÈCES D'ALGUES ET AUTRES PLANTES MABINES DU LITTORAL DE L'ALGÉRIE
M. J.-A. IILLLER
Dans les pays limitrophes de la mer, les algues sont utilisées comme engrais. Après avoir été retirées de la mer, ces algues, étalées sur la plage, sont exposées à la pluie de façon à en extraire la majeure partie des sels solubles, principalement de chlorure de sodium, dont elles sont simplement imprégnées.
Pour les terrains avoisinant la mer, l'on peut utiliser directement les algues fraîches; mais s'il s'agit de les employer dans des cultures situées à 10 ou 12 kilomètres du rivage, il est avantageux de les dessécher préalablement au soleil : les frais de transport se trouvent dans ce cas réduits de 25 à 35 p. 100 environ *.
Au lieu d'employer les varechs en nature, on peut les brûler après le lavage par la pluie et dessiccation au soleil, soit en tas, soit dans des fours, — où ils servent alors de combustible, — et
1. D'après M. Kerjégu, le mètre cube de goémons frais pèse de 400 à 450 kilos et 250 à 300 kilos à Tétat desséché (Les Engrais, par MM. Mûotz et Girard, t. I, p. 503).