GÉNIE RURAL
Sur la enlUire des duneii en ABdalonsIe, par M. De Llaurado. — De Tembouchure du Guadalqaivir à Rota, en touchant les villes de Bonanza, San Lucar et Chipiona, s'étend Je long de la côte, une bande de terre d'une largeur moyenne de 2,500 mètres, formée en grande partie de sables mouyants extrêmement uns, qui sont entraînés par le moindre souffle de vent el qui forment une chaîne de dunes désignées dans le pays sous le nom d'Algaidas ou Meganos.
Ces sables, interrompus sur quelques points par les argiles bleuâtres et le calcaire fossilifère, doivent, pour la plupart, leur origine à des dépôts postpliocènes, charriés par le Guadalquivir. Le plus grand développement de cette région correspond à la zone de 3 kilomètres comprise entre le fort de VEspiritu Santo et le port de Bonanza. G*est dans cet espace que s'est formée autrefois une ligne de dunes qui, poussées par les vents violents de Touest, menaçaient d'ensevelir une partie de la ville el avaient déjà envahi une de ses rues. On ne voyait aucun moyen d'arrêter ce fléau, et toutes les mesures de protection s'étaient montrées insuffisantes, lorsque le hasard fournit un moyen simple de fixer les sables mouvants d'une manière permanente et, en même temps, de convertir ces terrains stériles en fertiles huertaSj qu'on désigne dans le pays sous le nom de navazos. Voici comment s'est opérée cette singulière et rapide tranformation :
En 1742, la misère, produite par une longue et extrême sécheresse, inspira à quelques paysans l'idée de mettre en culture les dunes du bord de la mer. Pour y parvenir, on commença par creuser des fossés dans les monticules de sable, et les surfaces choisies furent déblayées jusqu'à 50 centimètres au-dessus de la nappe d'eau souterraine. Le déblai, retroussé autour de la fouille, forma un rempart autour de la surface à exploiter. Au fond de l'excavation et tout autour du sol à cultiver, on creusa un fossé d'assainissement jusqu'au niveau des eaux souterraines, et, lorsque la surface était assez grande, on y joignit quelques fossés transversaux; ces mesures étaient destinées à assurer l'écoulement des eaux de pluie et de l'excès des eaux d'infiltration remontant par capillarité dans le sol. L'évacuation de ces eaux excédantes se fait dans un puisard maçonné qui, par l'intermédiaire de tuyaux en terre cuite, se déchargent directement dans la mer. Ces tuyaux sont parfois posés, sous le cordon de dunes, à 7 mètres de profondeur. Souvent, on laisse à ciel ouvert les fossés d'assainissement ; d'autres fois, on les remplit de pierres cassées à arêtes vives. Une fois la caisse du navazo ouverte, le premier soin à prendre est de fixer les sables à l'entour, pour éviter le comblement de l'encaissement et des fossés qui l'assainissent. Pour cela, on plante sur la face extérieure du rempart des vignes et des arbres fruitiers, et sur la face interne, par bandes horizontales, des aloès et des roseaux. Après qu'on a achevé ces travaux de défense, on procède à la culture du fond du navazo, en variant les opérations suivant les conditions particulières où Ton se trouve. Les navazos sont répartis en trois catégories distinctes. La première comprend ceux qui subissent l'influence du flux et du reflux de l'Océan; on les désigne sous le nom de navazos à marée. La seconde catégorie comprend les navazos qui, sans être influencés par l'action de la marée, ont cependant un écoulement naturel de leurs eaux d'assainissement vers la
mer. La troisième catégorie comprend les navazos qui ne remplissent aucune de ces conditions.
Les navazos de marée sont les plus estimés. La mer, en s^élevant deux fois par jour, repousse à chaque fois la nappe souterraine, qui fournit aux racines des plantes rhumidité nécessaire, et cette circonstance est surtout favorable à Tépoqae des grandes chaleurs ; elle permet de récolter des produits qui, dans le voisinage, ne peuvent être obtenus pendant Tété.
Pour les navazos de seconde catégorie, le niveau des eaux souterraines éprouve seulement des variations accidentelles suivant les saisons. On règle la profondeur de la surface cultivée d'après ce niveau. On n'admet dans les fossés d'assainissement des navazos de première et de seconde catégorie que 20 centimètres de profondeur d'eau; le surplus est écoulé au dehors, à • la volonté du cultivateur*
Les navazos de troisième catégorie n*ont aucun moyen d'écoulement naturel. Aussi restent-ils généralement inondés après l'hiver, et la culture ne peut y être introduite avant que les eaux n'y aient été entièrement enlevées par l'évaporation.
Les labours commencent en avril ou en mai, suivant la marche de la saison.. On donne d'abord à la terre un labour profond, avec une fumure copieuse d'environ 20 kilos de fumier de ferme par mètre carré. Le labour doit atteindre aux deux tiers de la profondeur du sol et doit ramener à la surface les couches humides de l'intérieur. Le terrain étant ainsi préparé, on procède à l'ensemencement ou à la plantation des plantes potagères d'après la saison. On fait subir au terrain un nouveau labour, sans nouvelle fumure, sauf lorsqu'on plante des pastèques, des melons, des citrouilles, ce qui exige alors une nouvelle dose d'engrais.
Il est assez ordinaire d'obtenir des navazos deux récoltes, une d'été ou d'automne, une d'hiver ou de printemps, et Ton s'arrange pour que chacune de ces cultures donne trois espèces de produits à débit échelonné. On plante pour cela trois espèces dont l'activité de végétation soit diverse et graduelle, de telle sorte que, quand l'une atteint sa maturité, la suivante ait déjà acquis un développement suffisamment grand. Les plantes choisies de préférence sont le mais, les pommes de terre, la laitue, les petits pois, les oignons, les choux, les citrouilles, melons et pastèques, etc.
La végétation dans les navazos est d'une activité surprenante. La fraîcheur du terrain permet d'y récolter, même en été, des pois qui, sous ce climat, ne réussissent généralement pas au delà du printemps. L'engrais, la chaleur et l'abri y font prospérer les tomates. Tous les produits s'y font remarquer par leur qualité et leur beau développement. Le mais y acquiert une hauteur de 3"^ i/2 entre la racine et le sommet de la fleur. On y a récolté des choux pesant 11 kilos 1/2, des pastèques de 20 kilos, des citrouilles de 45 kilos. Une surface de 25 ares de navazo, cultivée comme il vient d'être dit, fait vivre une famille et donne de l'occupation continue à deux ouvriers.
Les paysans de Ghipiona et de Rota, stimulés par l'exemple de leurs voisins de San Lucar et voulant obtenir les mêmes bénéfices, ont entrepris la culture des navazos avec un succès égal. La production des navazos suffit, non seulement aux besoins des villes voisines, mais à un trafic considérable
PUTSIOLOGIB VÉGÉTALE 105
<piî se failpar le Guadalquivir et par la mer, pour Sévilleetpour tous les ports de la baie de Cadix.
Mais à mesure que la culture des uavazos faisait des progrès, les habitants de San Lucar remarquèrent que le Yoyage des sables avait cessé et que le fléau de Tensevelissement n'était plus à craindre. Le problème était résolu, et l'entreprise prit de jour en jour des proportions de plus en plus considérables. La municipalité de San Lucar et quelques propriétaires se préoccupant des intérêts du pays, imitèrent Texemple des premiers Navaceros (on appelle ainsi les cultivateurs de navazos) et complétèrent Fœuvre de ceux-ci par d'autres moyens. Les vastes terrains de sable compris sur la rive droite du Guadalquivir, de Bonanza à Trebugéna, ont élé plantés en pins pignons» lentisques, alaternes et autres essences, et cette région, autrefois stérile et qui constituait un vrai danger pour le pays, est aujourd'hui transformée d'une manière absolue et définitive.
Physiologie végétale
CoBtribatloBs à Im coBomissaiiee des erlsCmvx de protélae, par M. G.
Stock *. — Si on traite les cristalloldes de protéine par une solution acidulée de pepsine, ils disparaissent rapidement en se dissolvant progressivement de la périphérie vers le centre: il n'y a pas, sous ce rapport, de différence essentielle entre ceux du noyau ou des plastides chromatophores et ceux qui ne sont point inclus dans ces enclaves plasmatiques du protoplasme. La solution de pancréatine additionnée de carbonate de soude les dissout également, alors que la pancréatine seule et le carbonate de soude seul sont sans action ou se bornent à produire un gonflement plus ou moins considérable.
Quels sont maintenant les fonctions physiologiques de ces cristalloldes» qui, d'après l'auteur présentent dès le début la forme cristalline, contrairement à Topinion d'après laquelle ils auraient d'abord une forme sphérique?
L'observation a montré qu'ils disparaissent toujours avant la chute des feuilles, le plus souvent immédiatement avant la mort de ces organes. Il en est de même pour les écailles des bourgeons chez lesOléacées, dont les cellules renferment toujours des cristalloîdes inclus dans le noyau. Il est donc probable que dans ces cas les cristalloîdes de protéine jouent le rôle de matières de réserve.
La lumière ne parait exercer aucune action appréciable sur la formation et la dissolution des cristalloîdes.
Le plus grand intérêt s'attache aux plantes cultivées dans des solutions nourricières variées. Lorsque tout d'abord on diminue ou supprime totalement Tazote assimilable dans la solution, les cristalloîdes des noyaux et des chromatophores disparaissent peu à peu; il suffit alors d'ajouter à la so-
1. Rapport de M. Pfeffer, dans : Berichte d, K, Sachs Ges, d. Wissensch.f Math,- P%«. CL, 1891, 638.
i06 PUBLICATIONS FRANÇAISES ET ÉTRANGÈRES
lution nourricière de l'azote sous une forme convenable, pour les voir réapparaître.
Si, Tazote étant abondant, on diminue la dose du calcium, on obtient une accumulation considérable de cristalloïdes. En effet l'accroisse ment s'arrête «empiétement dans les solutions privées de chaux, tandis que l'albumine continue à se former.
Il est tout à fait remarquable que chez les plantes cultivées dans une solution sans chaux, les cristalloïdes se présentent même dans des endroits où ils ne se forment jamais chez les plantes normales. Ainsi, le Veronica Chamœdry s f qui ne possède normalement des cristalloïdes que dans les noyaux des cellules, en développe également dans l'intérieur des chromatophores, lorsqu^on le cultive dans un milieu sans chaux. Normalement la Rivina humilis n'a également que des cristalloïdes inclus dans les noyaux; mais cultivé sans chaux, il forme de très grands cristalloïdes fusiformes indépendants et des noyaux et des chromatophores. On obtient d'ailleurs les mêmes corps en faisant flotter pendant longtemps des fragments de feuille sur des solutions fortement azotées.
11 est bien entendu que ces expériences ne réussissent pas avec toutes les p!antes; les matières albuminoïdes n'en augmentent pas moins dans les <;hromatophores lorsqu'on fait vivre des morceaux de feuilles sur une solution très azotée ; la seule différence est qu'ici les albuminoïdes ne cristallisent pas ; l'auteur a observé en effet qu'il y a une grande différence entre Il plante ainsi traitée et le témoin, au point de vue de l'absorption des matières colorantes, par les plastides.
ÉInde sur l'action des rayons nltravloleti anr la formallon des flenrs, par M. R. Hegler ^ — On se rappelle l'intéressante et singulière expérience faite, il y a quelques années, par M. Sachs, sur la floraison d'uK pied de capucine à la lumière ordinaire et à la lumière privée de ses rayons ultraviolets. Derrière un écran formé par une auge en verre remplie d'une solution suffisamment concentrée de sulfate de quinine, la capucine n'a pas fleuri. Le savant professeur de Wûrtzbourg en conclut que les rayons chimiques obscurs sont nécessaires à la formation de la substance florigène. En effet, M. Sachs est arrivé à cette bizarre conception de substances florigènes, radicigèues, etc., qui prendraient naissance dans la plante et provoqueraient respectivement la formation de fleurs, de racines, etc.
M. de CandoUe a répété cette expérience. Il a trouvé également que la capucine ne fleurit pas derrière un écran de sulfate de quinine ; c'est tout au plus si on y voit apparaître quelques minuscules boutons, tandis que la floraison est très riche dans la caisse fermée en avant par une auge de verre pleine d'eau pure. Mais la différence ne se borne pas à la floraison; derrière le sulfate de quinine la plante tout entière est moins robuste et moins riche en matière sèche que le témoin.
Des expériences semblables ont été faites sur le Lobelia Erinus, mais cette fois on avait arrêté les rayons chimiques obscurs par une solution d'Ecouline.
i. CohrCs Beitrage zur Biologie der Pflanzen, VI, 1892;— Bot: Cenlralhl., LUI, 83.
Les différences ont été moins grandes que dans le cas précédent, cependant elles étaient encore très visibles, bien que Técran de la substance fluorescente n'eût pas entièrement empêché le développement de fleurs normales. M. de CandoUe ne pense pas que les rayons ultraviolets favorisent la formation de matières Ûorigènes. Il ne voit dans leur action qu'un effet stimulant sur le développement général de toute la plante.
Becherehes sur l'Influence de la traction snr la solidité et la formation des éléments mécaniques dans la plante, par M. G. de Gandollb^. — On peut augmenter la résistance à la traction en soumettant précisément les plantes à une traction raisonnable ; c'est ainsi que l'axe hypocotylé d'un soleil, se rompant sous la charge de i60 grammes, ayant été soumis à une traction de 150 grammes, a porté au bout de deux jours, sans se rompre, 250 grammes ; chargé ensuite de 250 grammes, il a porté le lendemain 300 grammes et au bout de quelques jours même 400 grammes.
Cet effet est obtenu par le renforcement des parois cellulaires des éléments mécaniques, et parfois de cellules qui ne jouaient auparavant aucun rôle mécanique.
En même temps la traction exercée sur la plante cause un ralentissement dans l'accroissement en longueur, fait déjà connu mais demeuré incompris jusqu'à présent. Lorsqu'on fait durer la traction plus longtemps, l'accroissement, d'abord retardé, reprend peu à peu son intensité normale et peut même la dépasser.
On voit que la traction produit deux excitations distinctes, car, malgré la corrélation qui existe entre eux, le ralentissement de l'accroissement et le renforcement des tissus mécaniques ne dépendent nullement l'un de l'autre.
On peut, en effet, d'un côté, arrêter l'accroissement, par exemple à l'aide de bandages plâtrés, sans agir sur les éléments mécaniques, et d'un autre côté^ l'épaississement des éléments mécaniques ne peut être considéré comme la cause directe, mécanique du ralentissement de l'accroissement.
Il est peu probable que les phénomènes de cette nature soient généralement répandus ; il faut, au contraire, s'attendre à ne trouver une telle excitabilité que dans les cas où la modification qui en résulte est utile à l'organisme.
On comprend maintenant pourquoi, ainsi que M. Elfving l'a vu, les éléments mécaniques se renforcent seulement sur le côté convexe lorsqu'on maintient courbé un rameau quelconque; le côté convexe est seul tendu positivement par la courbure violente. On peut obtenir des effets analogues lorsqu'on accélère l'accroissement sur un seul côté d'un organe de manière à mettre l'autre côté en tension positive. On sait, par exemple, que la courbure géotropique est le résultat d'une inégalité de l'accroissement sur les deux côtés de l'organe ; or, si l'on empêche la courbure, sans gêner Taccroissèment longitudinal, l'accroissement le plus rapide produit une tension sur le côté moins favorisé et y entraîne le renforcement des éléments mécaniques.
i. Archivet des Se. phys.et naL, pér. III, t. XXVIIf, 1892, 265.
i08 PlJbLICATlUNS FRANÇAISES ET £TUA.NGÈttES
Si on laissait au contraire la courbure mécanique s'effectuer, aucune tension ne se produirait et il n'y aurait point de renforcement mécanique.
Une fois de plus nous voyons l'influence étrangère produire .dans la plante précisément une modification telle que l'adaptement à l'influence elle-même en est le résultat. C'est ainsi que nous voyons le potiron qui grossit exercer sur son pédoncule une traction bientôt énorme, qui a pour effet d'amener le développement corrélatif et la solidification, la résistance de ce pédoncule lui-même. M. Pfeffer appelle cela l'aulorégulation de l'organisme.
Ces prétendues causes finales s'expliquent par la transmission des tendances ; on conçoit que dans la longue succession des descendants, les tendances non utiles aient été peu à peu éliminées ; il ne reste plus que celles qui, en quelque sorle déclanchées par le milieu, font immédiatement face aux nouvelles exigences de celui-ci, et qui, du coup, adaptent, par conséquent, la planle. Vesque.
Sur les fonctions physlologlqnes des sels de chaos et de ma^ésle dans l'organisme végétal, par M. 0. LoEW *. — Peu de chapitres de la physiologie végétale sont encore aussi obscurs que celui du rêle des aliments minéraux ; tout travail expérimental portant quelque lumière dans les questions de cette nature sera donc le bienvenu.
On sait que le calcium et le magnésium ont été reconnus comme des éléments essentiels, c'est-à-dire que sans eux la végétation n'est pas possible ; on sait également que les fonctions de ces deux métaux dans l'organisme sont fort différents et qu'ils se trouvent même cantonnés ^dans des parties différentes de la plante : tandis que le calcium est employé surtout dans les feuilles, les sels de magnésie suivent les matières albuminoîdes et se rencontrent principalement dans les graines.
En premier lieu, la chaux a pour tâche d'insolubiliser l'acide oxalique dont les propriétés vénéneuses sont bien connues. En outre, et ceci est nouveau, une combinaison protoplasmique du calcium existe dans les grains de chlorophylle. La richesse d'une partie de Ja plante, en calcium s'accroît avec le nombre de ces organites ; c'est pourquoi les feuilles, les parties les plus vertes, en renferment une si grande quantité. On comprend, dès lors, comment le calcium est nécessaire même à celles des plantes qui ne produisent pas d'acide oxalique.
L'auteur cite, comme une preuve de ce qu'il avance, l'action extraordinairement vénéneuse de l'oxalate neutre de potasse sur les plantes vertes, alors que le même sel n'est pas du tout vénéneux pour les champignons. De plus, les solutions de l'oxalate neutre provoquent, dans les chloroplastides, des changements très remarquables et mortels. La solution à 2 p. 100 altère, en les gonflant outre mesure, ceux du Spirogyra majuscula ; il en est de même pour toute une série d'autres algues. Le tartrate et le sulfate de potasse ne produisent rien de semblable.
A ces faits, M. Loew joint le raisonnement suivant : on voit que l'oxalate de potasse agit d'une manière très particulière sur les grains de chloro-