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d'hiver dans le nord de l'Ecosse sous le nom de grande vesce de Russie {large russian Vetch). Ce n'est pas l'avis de M. Jamieson, professeur à l'Université d'Aberdeen, qui m'a affirmé, au contraire, n'avoir jamais rencontré la vesce velue dans les cultures du Royaume-Uni. Il est curieux de constater que les auteurs français qui mentionnent cette plante, sans rien dire d'ailleurs de sa valeur agricole, lui donnent également le nom de Vesce de Russie. Admirablement adaptée au climat extrême de ce grand pays, la vesce velue y est-elle cultivée de longue date? L*a-t-on importée d'Allemagne? C'est ce que nous n'avons pu établir. En Allemagne, elle a été étudiée d'abord et propagée par un agriculteur des environs de Magdebourg, M. A. Jordan de Schermcn. C'est d'un champ de seigle où elle poussait à l'état sauvage, qu'il tira les premières semences. Cultivée d'abord comme vesce de printemps, puis comme vesce d'hiver, elle l'emporta régulièrement sur du lupin semé en comparaison. Fort satisfait de ses essais, Jordan en fit part en 1881 à Julius Kûhn, qui recommanda aussitôt la culture de la vesce velue aux agriculteurs allemands. Le moment était favorable pour lancer la nouvelle plante. Ceux qui ont suivi le développement de l'agriculture allemande au cours des cinquante dernières années, savent le rôle considérable qu'a joué le lupin, « la plante d'or des landes », dans la transformation agricole de cet 'immense lai de mer, formé de terres sablonneuses, qui s'étend presque sans interruption depuis la Russie jusqu'à la Hollande. Le lupin y périclite aujourd'hui malgré l'application d'engrais appropriés; on lui reproche en outre de déterminer, chez les animaux qui s'en nourrissent, une terrible maladie connue sous le nom de lupinose. Inconnue avant 1872, elle a décimé depuis les troupeaux de la plupart des fermes à lupin, sans qu'on puisse en prévenir les Ravages.
La nouvelle légumineuse préconisée par Kuhn possède toutes les qualités du lupin sans en avoir les défauts; comme celui-ci, elle emprunte à l'air la plus grande partie de son azote et constitue, par conséquent, un excellent engrais vert; elle s'accommode également des terres les plus pauvres et résiste aux plus fortes sécheresses. Plus productive que le lupin, elle a, en outre, sur celui-ci l'avantage de livrer un fourrage absolument inoffensif et de braver les hivers les plus rigoureux. On s'explique aisément la faveur croissante de la vesce velue
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dans les terres de rÂllemagne du Nord où jusqu'alors le lupin régnait sans partage.
C'est d^Aliemagne que j'ai tiré les semences qui ont servi à ma première expérience de 1890 à 1891. Antérieurement à celte date, le Bulletin de la Société nationale (f agriculture j les principaux journaux agricoles sont muets à l'égard de la vesce velue. Il est vraisemblable d'admettre que, jusqu'à cette époque, elle n'avait pas été cultivée en France.
Avant de passer en revue les observations auxquelles elle a donné lieu, tant à la ferme de l'Institut agronomique à Joinvillele-Pont^ que sur d'autres exploitations réparties un peu sur tous les points de notre territoire, je voudrais relever, parmi les caractères botaniques de la vesce velue, ceux qui présentent un intérêt pratique.
La vesce velue. Vicia villosa (Roth.),ou Cracca villosa (Godr. et Gren.) des botanistes, est une légumineuse annuelle ou bisan-^ nuelle. A Joinville, je suis parvenu à la faire durer trois ans, en prenant le soin de la couper toujours avant la floraison.
Je n'oserais pas conclure de cette expérience à la durée indéfinie de la vesce velue ; en ce moment, je recherche si cette longévité exceptionnelle constitue un caractère spécifique au moins pour quelques individus, ou s'il ne faut pas l'attribuer à la levée tardive de graines « dures »^ c'est-à-dire de graines dont le tégument est plus ou moins imperméable à l'eau.
La racine delà vesce velue possède un long pivot qui, dans les terres légères de Joinville, pénètre à plus d'un mètre de profondeur. En déracinant la plante avec soin, suivant la méthode pratiquée par M. Aimé Girard dans ses intéressantes recherches sur la betterave à sucre, on constate que les racines secondaires sont localisées au voisinage du sol, sur une longueur de 10 centimètres environ à partir du collet; au delà, elles deviennent extrêmement rares. Ces caractères du système radiculaire permettent de préjuger les aptitudes de la vesce velue ; son long pivot, une fois constitué, soutire l'eau des couches profondes et lui permet de résister à la sécheresse. Sa nourriture, elle l'emprunte aux couches les plus superficielles, ce qui fait qu'elle prospère même dans les sols manquant de profondeur.
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Au moment de la floraison, les tiges mesurent, dans les terres fertiles, jusqu'à 2 mètres de longueur, chiffre qui témoigne de la haute productivité de la vesce velue ; elles sont anguleuses, très rameuses, tombantes ; aussi, doit-on associer les légumineuses aune céréale, de préférence au seigle ou au blé qui servent de tuteur.
Les fleurs sont réunies en longues grappes d'une belle nuance violette, les inférieures sont déjà flétries lorsque les supérieures s'ouvrent; de là, inégalité dans la maturité des graines ; celles-ci, de couleur brun foncé, globuleuses, de 3 millimètres environ de diamètre, ressemblent à du plomb de chasse. Ce caractère mérite d'être retenu par les cultivateurs auxquels on livre fréquemment pour de la vescc velue des vesces sauvages qui empoisonnent leurs terres, ou des vesces communes de petit calibre. La plante est tout hérissée de poils étalés auxquels elle est redevable de son nom spécifique*
Déjà, elle s'est modifiée sous l'influence de la culture, les feuilles sont plus étoffées, les gousses sont plus allongées et mieux gar^ nies, les semences germent plus facilement et plus régulière* ment que celles de la vesce sauvage; les poils sont moins abon^ dants; peut-être parviendra-t-on, par sélection, à créer une variété qui en soit plus ou moins dépourvue.
Borbas a recommandé, d'ailleurs sans succès, de substituer à la vesce velue ordinaire une sous-variété dépourvue de poils, désignée par les botanistes sous le nom de Vicia glabrescens. Quoique couverte de poils, la vesce velue est très bien acceptée par les animaux. Si quelques-uns hésitent d'abord avant d'y toucher, il suffit de la leur présenter à l'exclusion de tout aulre fourrage pour vaincre leur résistance et la leur faire accepter ensuite sans difGculte.
Trois circonstances principales rendent la vesce velue particu* lièrement intéressante : 1* sa précocité, 2® une résistance exceptionnelle au froid et à la sécheresse, 3* la faculté de réussir dans les terres les plus médiocres.
1. — Semée à l'automne, la vesce velue commence pardévelop* per son système radiculaire ; à peine produit-elle quelques feuilles qui s'appliquent sur le sol comme pour se soustraire à l'influence du froid, alors que dans les mêmes conditions, la vesce d'hiver
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s*élève à 10 et 20 centimètres de hauteur; l'observation de ce fait ne laisse pas que d'inquiéter les cultivateurs qui font de la vesce velue pour la première fois.
Dès les premiers beaux jours, elle sort de son état de torpeur et dépasse bientôt toutes les autres légumineuses. Sous le climat de Paris, on la coupe dans la première quinzaine d'avril, à peu près en même temps que le seigle, quinze jours environ avant le trèfle incarnat; c'est là un avantage qu'apprécieront les nourrisseurs de tous les points de la France. En prenant le soin de la faucher avant la floraison, elle livre encore une seconde coupe.
Si la vesce doit servir d*engrais vert, on a encore le temps, après ^enfouissement de la première coupe, de faire des betteraves et des pommes de terre.
2. — Grâce à la douceur de son climat, le Midi peut compter sur la réussite des légumineuses fourragères semées à l'automne; déjà, sous le climat de Paris, elles gèlent fréquemment; dans TËst, dans le plateau central, aux altitudes élevées des différentes régions de la France, il faut renoncer à les cultiver, La vesce velue, au contraire, s'est montrée insensible aux froids les plus rigoureux; après l'hiver de 1891-1892, qui a détruit le trèfle incarnat et les vesces jusque dans le Midi, j'ai récolté, à la ferme de Joinville-le-Pont, dans de mauvaises terres siliceuses, 26,500 kilos de vesce velue à l'hectare. En 1892-1893, elle a supporté des froids de 27 degrés chez M. Palluat de Besset, dans la Haute- Loire. Chez M. Genîn, dans l'Isère, le thermomètre s'est main* tenu à — 26 degrés sans lui causer aucun dommage. Enfin, un agriculteur lorrain, M. Porel, à Monlcourt, m'écrivait que dans une terre humide, l'hiver a détruit le seigle et respecté la vesce velue à laquelle il était mélangé. Les rares mécomptes signalés par les nombreux agriculteurs qui m'ont fait part de leurs observations, doivent être attribués à l'emploi de mauvaises semences, ou au développement excessif de la plante avant l'hiver. Dans ce dernier cas, il suffit de la faucher vers le milieu d'octobre pour la préserver des atteintes du froid.
Une fois établie dans le sol, la vesce velue supporte aussi bien la sécheresse que les basses températures. En 1893, dans une mauvaise terre à seigle, j'ai récolté le 7 avril 15,000 kilos de fourrage vert à l'hectare; malgré la sécheresse persistante, la plante a repoussé et produit des graines. Du trèfle incarnat, semé
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en comparaison, atteignit à peine 40 centimètres de hauteur çt sécha sur pied. La môme année, dans une très bonne terre, M. Bichier, agriculteur au Chesnay, près de Versailles, obtenait d'une première coupe, effectuée du 25 mars au 15 avril, 20 à 25,000 kilos de fourrage vert ; le 8 juin,ime seconde coupe livrait 40,000 kilos, soit, en tout, 60 à 65,000 kilos.
On a mené grand bruit, l'année dernière, autour de plantés soidisant résistantes à la sécheresse; parmi ces nouveautés, la vesce velue est la seule qui, jusqu'alors, ait fait honneur à sa réputa* tion.
Sa rusticité permet de la semer à toutes les époques de Tannée ; les semis d'automne, dont la période végétative est la plus longue, sont évidemment ceux qui produisent le plus de fourrage. Semée au printemps, la vesce velue mûrit ses semences à temps pour les semailles d'automne; j'en ai fait en juillet; coupée en octobre, elle a repoussé après l'hiver se comportant exactement comme le seigle de la Saint-Jean. A l'hectare, on répand 80 kilos environ de vesce mélangée à 40 kilos de seigle ou de blé.
3. — Un autre mérite de la vesce velue, c'est de réussir dans les plus mauvaises terres. Au champ d'expériences de la Station d'essais de semences, elle a été cultivée dans des terres rapportées de différentes natures reposant sur un sous-sol perméable; celles-ci se trouvent dans la condition de terres parfaitement drainées.
En voici la nature et la composition :