DÉSIGNATION DES TERRES
Ckiox }. 1000.
izote p. 1000.
ieide p. 1000.
PoUiie p. 1000.
OBSIRUTIOKS
Terre siliceuse des I^andes du domaine de M. Ciiambrelent
Terre argileuse des Dombes du domaine de M. de Monicault
Analyses de M. Hitier.
Terre argileuse du Gault . • .
Terre granitique du Limousin.
, Analyses de . M.Aubin.
Terre calcaire de Champagne.
U VeSGE YELUB 119
A Texamen. des chiffres du tableau précédent, on voit qu'il s'agit de terres médiocres; seule^ la terre de Champagne fait exception.
On a appliqué par hectare :
Phosphate précipité 450 kilos.
Chlorure de potassiain 200 —
Plâtre 450 -
Semée le 28 juin 1892, la vesce velue a été fauchée le 23 août. Voici les rendements obtenus par hectare :
Terre granitique du limousin 46.150 kilos.
Terre argileuse du Gault 14.500 —
Terre argileuse des Dombes 8.450 —
Terre siliceuse des Landes 6.920 —
Terre calcaire de Champagne 5.800 —
Après la récolte, on a semé, à nouveau, de la vesce velue dans les mêmes terres, mais sans apport d'engrais.
Le 14 avril 1893, on a récollé à l'hectare :
Terre argileuse des Dombes 20.400 kilos.
Terre argileuse du Gault 15.280 —
Terre granitique du Limousin 14.000 —
Terre siliceuse des Landes* 4.400 —
Terre calcaire de Champagne 2.000 —
Dans les trois premières natures de terre, la vesce velue réussit admirablement. Si, en 1892, la récolte fut médiocre en terre des Dombes, c'est qu'au moment des semailles, il fut impossible d'ameublir le sol convenablement. Brûlée par le soleil, la terre retournée formait de grosses mottes presque irréductibles.
La terre des Landes, si pauvre en éléments fertilisants, a produit très peu en 1892 et en 1893. Sans la sécheresse prolongée dont la plante a 'souffert, les résultats obtenus eussent été bien meilleurs. Faut-il rappeler qu'en Allemagne, c'est principalement dans des terres ressemblant à celles des Landes qu'on cultive la vesce velue à laquelle on donne le nom significatif 'de Sandwicke », vesce des sables?
Dans la terre calcaire de Champagne, la sécheresse a également nui à la légumineuse. De plus, le foisonnement du sol provoqué par le froid, a détruit un certain nombre de pieds. Je crois que
HO E. SCHRIBAUX
l'influence de la chaux en excès est surtout défavorable à la vesce velue. Dès la levée, les plantes présentaient une teinte jaun&tre, et cet aspect maladif a persisté jusqu'à la fin de la végétation. Les renseignements, qui m*ont été fournis par les cultivateurs sont complètement d'accord avec ceux que je viens de présenter. Dans des terres de landes du Finistère, terres granitiques très légères, Irès pauvres en chaux et en acide phosphorique, M. C. Belbéoch, à Kervern, a récolté, le 8 avril dernier, 20,000 kilos à rhectare. Le l*"* mai de la même année, M. Fiahaux, à Camelin (Aisne), accuse un rendement de 25,000 kilos en terre siliceuse sèche. M. firedin, à Saint-André-le-Bouchoux (Ain), qui n'a pas ensemencé moins de 100 hectares de terre des Dombes, a obtenu en moyenne 18,000 kilos. En ajoutant par hectare 300 kilos de chlorure de potassium et 1,500 kilos de scories, la production a plus que doublé; elle est montée à 40,000 kilos.
Dans une autre de ses propriétés, à Beaumont (Aube), oh le sol renferme environ 16 p. 100 de chaux, M. Bredin a semé en août 1892, 4 hectares de vesce velue,qui ont produit en tout 56,800 kilos, soit 14,200 kilos à rhectare ; dans les mêmes terres, des vesces d'été,' de la luzerne, du trèfle ont produit respectivement 2,315, 2,400 et 800 kilos. Sur d'autres points, en Vendée, dans la Haute- Marne, la vesce velue n'a pas réussi en terres calcaires ; dans les sols de cette nature, il sera prudent de se livrer à des essais préalables avant de la cultiver sur de grandes surfaces.
Dans les Dombes, où l'humidité du sol oblige à cultiver en billons étroits, nous avons vu que la vesce velue pousse admirablement. Chez M. Bredin, 10 hectares sont restés sous la glace pendant plusieurs semaines : on y a récolté 14,000 kilos, soit 4,000 kilos de moins que dans les terres qui n'ont pas été noyées. M. Bredin, qui a essayé un grand nombre d'espèces fourragères, déclare que la vesce velue est la seule qui résiste à l'hiver dans les terres humides des Dombes. « Si les semences coûtaient moins cher, m'écrivait récemment M. Girod, secrétaire du Syndicat de Bourg (Ain), tous nos adhérents en auraient acheté l'automne dernier. »
LA VESGB VELUE 121
La vesce velue produit un fourrage excellent. Voici l'analyse d'un échantillon récolté à Joinville au moment de la floraison, analyse effectuée par M. Coudon, de Tlnslilut agronomique :
Matières azotées 22.78 p. 100.
If atiôres grasses 2.61 —
Extractifs non azotés 39.03 —
Cellulose 23.25 —
On appréciera mieux la haute valeur alimentaire de la vesce velue en rapprochant ces chiffres de ceux que donne Wolff pour nos principales légumineuses fourragères :
Trèfle Teste Trèfle
iietriat. eeuiie. des prM.
Matières azotées 12.2 14.2 12.3
Matières grasses 3 • 2.5 2.2
Extractifs non azotés 32.6 32.8 38.2
Ce rapprochement est surtout intéressant en ce qui concerne le trèfle incarnat et la vesce commune, les deux plantes avec lesquelles la vesce velue se trouvera désormais en concurrence. Plus nutritive que celles-ci, la vesce velue leur est, en outre, supérieure par sa précocité et sa rusticité ; il est à prévoir que la lutte se terminera à son avantage et que nous verrons bientôt le trèfle incarnat et la vesce commune, soit d'hiver, soit de printemps, déchoir du rang qu'ils occupaient jusqu'à présent.
Chez M. Bredin, la vesce velue forme actuellement la base de l'alimentation du bétail. Etant donnée l'étendue considérable qu'il lui consacre, une faible partie seulement est consommée en vert, le reste est entassé en meules établies à l'air libre, de 20 mètres de long, 5 mètres de large et 5 mètres de hauteur *.
Au lieu de recourir à des systèmes de serrage plus ou moins onéreux, M. Bredin comprime simplement le fourrage avec des pierres siliceuses formées de galets roulés dequartzite, très abondants dans cette partie des Bombes. Aux angles, on réalise un supplément de charge au moyen de caisses remplies de cailloux. Sur les bords, des planches clouées à angle droit formant un léger relèvement, empêchent les pierres de tomber.
1. Grandvoinnet. Bulletin du Comice de Bourg^ août et septembre 1893.
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Cet hiver, M. Bredin a engraissé ISO bœufs qui recevaient par tête et par jour environ 20 kilos de vesce ensilée et 15 kilos do pommes de terre. Avec ces deux aliments, Tun très protéiquc, l'autre riche en hydrates de carbone, on réalise une ration qui pousse rapidement à l'engraissement sans qu'il soit nécessaire d'y ajouter des aliments concentrés.
Deux agriculteurs seulement ont, à ma connaissance, utilisé la vesce velue comme engrais vert : M. ûelmotte,à Masnières (Nord), a fait, en 1893, 2 hectares 1/2 de betteraves à sucre sur vesce velue enfouie en avril avec un complément de 25,000 kilos de fumier de ferme et 500 kilos de phosphates ; il a récolté par hectare 38,023 kilos de racines à 7,5 de densité.
M. Bredin, aux expériences duquel il nous faut toujours revenir, sème la vesce à Tautomne, ensile la première coupe et enfouit souvent la seconde. Un mélange de trois variétés de blé (blé bleu, blé de Bordeaux, blé de pays), semé sur vesce velue, a produit Tannée dernière 3,575 kilos de grains à Thectare, alors que les plus belles récoltes du pays ont donné 1,800 kilos. Il ne peut y avoir d'erreur dans ces estimations, car chez M. Bredin, les récoltes sont soigneusement pesées.
M. Dehérain a signalé bien souvent dans les Annales l'intérêt considérable que présentent les cultures intercalaires, en vue de prévenir les pertes d'azote emporté sous forme de nitrates par les eaux de pluie. La vesce velue peut, à cet égard, rendre d'immenses services; on la sème, ai-je dit, à toutes les époques de l'année; elle se plie aux conditions de sol et de climat les plus défavorables tout en fabriquant de grandes quantités de matières organiques riches en azote. Parmi les espèces végétales dont nous disposons, je n'en vois aucune qui réunisse cet ensemble de qualités.
On compte encore en France 3 millions et demi d'hectares livrés à la jachère. Pourquoi, lorsqu'on se procurera de la vesce velue à bon marché, n'eu sèmerait-on pas à l'automne dans la plus grande partie de [ces terres? La première coupe consommée eu vert permettrait de nourrir un plus grand nombre d'animaux, la seconde, enfouie en vert, profiterait au blé qui vient en tête d'assolement. M. Bredin, en procédant ainsi, a pu doubler le
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nombre des tètes de bétail de son exploitation des Dombes et augmenter la production en blé à peu près dans la même proportion. Notons de plus que l'engrais vert améliorerait les propriétés physiques du sol tout en Tenrichissant, et quelavosce, grâce à son couvert épais, étoufferait plus de mauvaises herbes que n'en détruisent les labours de jachère pratiqués par les petits cultivateurs; bref, la culture de la vesce velue réaliserait tous les avantages de la jachère sans en avoir les inconvénients.
Jusqu'alors le prix élevé des semences a été un obstacle à l'utilisation de la vesce velue comme engrais vert ; il est certain que les prix actuels ne se maintiendront pas longtemps; Taulomne prochain, la Russie, l'Allemagne et la Hongrie en jetteront de grandes quantités sur le marché sans compter ce qu'on produira en France.
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Tant que les cours ne tomberont pas à 30 francs les 100 kilos, les agriculteurs auront intérêt à produire eux-mêmes les semences qui leur sont nécessaires. On peut les récolter soit sur une culture d'automne, soit sur une culture de printemps. Semée à l'automne, la vesce prend d'ordinaire un tel développement que les tiges tombent sur le sol; dans ces conditions, la floraison et la maturité sont défectueuses, on obtient peu de graines et des graines de mauvaise apparence ; mieux vaut utiliser la première coupe comme fourrage et faire les semences sur la seconde. La première coupe aura lieu d'autant plus tard que la terre sera plus riche, de façon que la repousse, tout en garnissant le sol, ne soit pas exposée à la verse. En procédant ainsi, plusieurs de nos correspondants n'ont pas récolté moins de 1,000 kilos de graines à l'hectare en 1893; je crois que ce chiffre peut être facilement dépassé. Les cultures de printemps mûrissent leurs graines assez tôt pour être employées à l'automne; on répand par hectare 70 kilogrammes de vesce velue et 50 kilogrammes de seigle ou de blé de mars. Les semences ainsi obtenues sont de belle qualité, et la récolte n'est pas inférieure, en quantité, à celle d'une culture d'automne. La vesce ne mûrissant pas régulièrement, il faut la couper avant la maturité complète par un temps couvert ou le matin à la rosée. Quelque précaution qu'on prenne, on perd toujours une certaine quantité de graines. On en provoque la germination en donnant, aussitôt la récolte enlevée, un
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coup d'exlirpaleur suivi d'un roulage. Les graines dures qui germent lentement, peuvent salir les cultures suivantes. C'est là un danger très réel qu'on préviendra en cultivant la vesce velue pour semences sur de mauvaises terres et en la faisant suivre par des cultures nettoyantes. La culture a déjà diminué la proportion des graines qui par la lenteur de leur germination menacent d'infester les récoltes successives; par sélection, peutêtre arriverons-nous à les faire disparaître complèlement.
En terminant, il n'est pas inutile de constater une fois de plus qu'une plante commune, dédaignée hier par les cultivateurs pourchassée même comme une herbe nuisible, s'est élevée subitement au rang de nos meilleures espèces. L'avenir nous réserve certainement d'autres surprises du même ordre. Parmi les plantes spontanées, et notamment parmi celles de la famille des légumineuses, combien n'en trouverait-on pas qui mériteraient également de devenir l'objet d'une culture régulière? Une étude méthodique de ces plantes, étude qui serait si facile et qui pourrait devenir si féconde, intéresse tous les pays; elle intéresse surtout la région du Midi, l'Algérie, la Tunisie où Ton souffre régulièrement du manque de fourrages. L'histoire de la vesce velue est bien faite pour encourager ceux qui seraient tentés de l'entreprendre.