Ibid., t. XVllI, p. 513 et B62, et t. XIX, p
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C'est ainsi, sous Taiguillon de la nécessité, que parfois le progrès se fait jour; et comme Ta dit récemment dans la Revue des Deux Mondes notre éminent maître, M. Dehérain, Tannée si désastreuse que nous venons de traverser ne sera pas sans enseignement ni sans profit pour Tavenir, si la culture lui doit d'avoir appris à produire davantage de fourrages.
On n'est pas encore fixé sur la manière la plus rationnelle d'utiliser les branchages feuillus. Faut-il les récolter tous les ans à l'état de jeunes pousses, ou seulement tous les trois ou quatre ans par émondage? Doit-on les donner entiers ou découpés? verts, secs ou fermentes? Y a-t-il vraiment lieu de prendre des précautions dans l'emploi do certaines essences pourtant appétées du bétail, telles que le faux acacia et le cytise?
L'expérience d'une pratique plus longue et de nouvelles recherches scientifiques sont nécessaires pour trancher la plupart de ces questions. Aussi n'est-ce qu'à titre de documents que nous donnons dans les pages suivantes quelques renseignements sur la façon dont on tire parti des feuilles en Lozère, et sur des essais d'alimentation par le faux acacia et le cytise.
IL — Mode d'emploi des feuilles d'arbres en Lozère.
Le sol de la Lozère ne permettant pas la culture des plantes racines et des fourrages artificiels qui constituent ailleurs la principale réserve pour l'hiver, nous sommes dans l'obligation de demander aux forêts le supplément de nourriture indispensable à l'entretien de nos troupeaux pendant la mauvaise saison.
Dans toutes les communes où poussent spontanément le frêne, le châtaignier, le peuplier, le chêne et l'orme, on trouve ces essences exploitées régulièrement pour la production de la ramille alimentaire; ailleurs on utilise de la même manière le sorbier, l'aune, le cerisier sauvage, le mûrier, les résineux et enfin la vigne.
Pour donner une idée de l'importance des services que rend ce fourrage, nous dirons qu'une ferme des environs de Mende, possédant un total de vingt-deux têtes de gros bétail, récolte tous les ans six à huit mille fagots de branchages feuillus ; une autre exploitation, d'importance double à peu près, en a emmagasiné
RECHERCHES SUR L^ÂLlMEiNTÂTlON PAR LE FAUX ACACIA ET LE CYTISE i27
celle année plus de quinze mille, sans compler ce qui a été mangé en vert à la fin de Tété.
Récolte et conservation des feuilles. — L'émondage des grands arbres se fait souvent tous les trois, quatre ou cinq ans, tandis que la coupe des arbustes a lieu un peu à tout âge. Les branches récoltées sont mises, le jour même ou le lendemain, en petits fagots de 4 à 5 kilos, puis portées sous un hangar ou sous les combles d'un grenier, où elles se dessèchent peu à peu sans perdre entièrement leur couleur verte. On les conserve ainsi jusqu'en hiver, époque à laquelle on les fait consommer avantageusement aux bêles bovines et surtout aux moutons.
Ce mode de traitement est très recommandable ; il n'occasionne que de faibles dépenses, on peut l'appliquer à des quantités quelconques de branchettes, et il fournit un fourrage toujours bien accepté du bétail. Aurait-on avantage à lui préférer l'ensilage, employé avec succès en pareil cas par M. Cormouls-Houlès? Xous ne le pensons pas, car la ramille se desséchant à l'ombre, les mauvais temps ne sont pas à craindre pour le fanage, et la conservation se fait sans déchet, ce qui n'a pas lieu dans l'ensilage. Ce dernier procédé aura une grande utilité s'il permet de faire accepter par le bétail des feuilles ordinairement délaissées à l'état vert ou après dessiccation, telles que celles du châtaignier, abondantes dans beaucoup de régions de la France, et dont on tire profit; mais son prix de revient élevé et les pertes de matières qu'il occasionne en retarderont, croyons-nous, l'application aux autres essences.
La récolle se fait en août et septembre, alors que les feuilles sont presque complètement mûres. Nosélagueurs sont fort habiles; ils grimpent jusqu'à la cime mince et tremblante des peupliers d'Italie les plus élevés; on peut leur reprocher souvent de trop maltraiter les arbres, de ne laisser parfois aucune branche debout pour attirer la sève, comme si toutes les essences devaient être exploitées en têtards.
On paie, pour émondage et liage, en plus de la nourriture, 1 franc par 100 fagots pour les têtards et 1 fr. 50 pour les formes élevées.
Voici quelques détails sur chacune des espèces forestières qui nous rendent le plus de services.
Frêne. — La ramille de frêne est surtout consommée en vert ; on trouve qu'elle constitue à Tétai frais une ration très nutri'*
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live pour les bœu£s de travail et les vaches laitières. Les feuilles sont cueillies à la main pendant deux ou trois ans après Témondage, quelquefois par des femmes ou des enfants, sur des têtards hauts do 3 à 4 mètres; puis,à la troisième ou quatrième année, on coupe de nouveau les branches, et c'est alors au bas de Tarbre que se fait la séparation des feuilles, qui, à l'état vert au moins, sont données sans mélange avec les brindilles, contrairement à ce qui se pratique avec les autres sortes de ramées. La récolte ainsi obtenue se consomme le jour même ou le lendemain.
Si on a besoin d'en conserver pour l'hiver, les branches sont mises en fagots, après un commencement de séchage de un à deux jours, puis portées à la ferme comme nous l'avons dit plus haut.
Chêne. — La ramille de chêne est presque toujours consommée après fanage; les animaux, dit-on, en sont moins friands à Tétat vert, et n'en tirent pas un aussi bon parti. Il est certain au moins qu'on évite ainsi le mal de brout.
Les chênes à feuilles caduques seuls sont exploités pour cet usage ; on coupe les branches sur les arbres ou dans les taillis tous les trois ou quatre ans.
Cette feuille est une des moins estimées comme valeur alimentaire; on la donne aux moutons et aux bêtes d'élevage.
Orme. — L'orme est très recherché comme fourrage vert ou sec; malheureusement, il est peu abondant chez nous. C'est comme le frêne une bonne nourriture en septembre pour les bœufs do travail et les vaches laitières. On exploite les arbres tous les quatre à cinq ans.
Peuplier. — Le peuplier pyramidal est le plus apprécié à cause de la quantité considérable de branchettes qu'il donne, puis viennent ensuite le peuplier de Virginie et le Grisaille. C'est ce genre forestier, très cultivé sur les bords du Lot, qui, aux environs de Monde, fournit le plus de feuilles ; la qualité assez médiocre, est compensée par Tabondance.
On estime surtout les branchages de trois ans, mais à cause des difficultés que présente l'élagage d'arbres si élevés, l'exploitation ne se fait guère que tous les cinq à six ans.
Il est rare que la consommation ait lieu tout de suite ; c'est un fourragé que l'on réserve pour la mauvaise saison. On met donc en fagots toutes les branches, sauf les plus grosses, qui sont étêtées, puis après deux jours d'un commencement de séchage