‹ Annales agronomiques (volume 2)Chapitre 54 sur 253 · REGUERGUES SUR L'ALIMENTATION PAR LE FAUX ACACIA ET LE CYTISE · texte numérisé non relu

REGUERGUES SUR L'ALIMENTATION PAR LE FAUX ACACIA ET LE CYTISE

dehors quand il fait beau, on rentre la récolte sous le hangar ou au grenier. La conservation se fait très facilement si les fagots ont été liés après la rosée, et n'ont pas reçu de pluie. Quelques rares cultivateurs, manquant de locaux, font sécher à Pair libre, puis disposent les fagots en meules dehors.

La ramille de peuplier est donnée aux moutons et aux bétes bovines pendant l'hiver.

Le châtaignier, — Le châtaignier est le principal arbre forestier des Cévennes lozériennes. Comme les prairies naturelles ou artificielles n'occupent que peu de surface dans ces sols schisteux et pauvres, on a recours à la ramée de châtaignier, pour entretenir pendant l'hiver les maigres troupeaux de chèvres ou de moutons qui peuplent ces montagnes arides et tourmentées. Cette feuille que les animaux de beaucoup de pays dédaignent^ est ici bien acceptée par nos races rustiques, habituées à trouver leur vie où d'autres périraient, l'espèce bovine la consomme aussi, plutôt verte que sèche, mais, nous le répétons, elle est surtout réservée pour les espèces ovines et caprines.

L'élagage des arbres se fait tous les trois à quatre ans, et Ton traite les fagots comme s'il s'agissait du chêne. Il convient de noter les points suivants : la feuille de châtaignier passe pour être refusée du bétail quand elle est cueillie au commencement de l'été, ou prise sur de jeunes branches de l'année; autrement dit, c'est toujours la feuille mûre des branches de trois à quatre ans qui est la plus estimée. D'autre part, on attribue généralement à ce fourrage la même valeur que celui de chêne.

Robinier faux acacia. — Le robinier faux acacia ne forme qu'une partie insignifiante des forêts lozériennes; on le rencontre en bosquets isolés dans les vallées, et en plantations plus ou moins régulières sur les talus du chemin de fer.

Cette essence passe pour être mangée avec avidité par tous les animaux, mais à cause de sa rareté relative et des difficultés que présente sa récolte, elle n'est guère exploitée que par les petits ménages, pour l'entretien des lapins, chèvres ou moutons. On la fait consommer en vert ou en sec, ainsi que le montrent les deux exemples suivants :

Sur la ferme du Roussel, commune de Mendo, on a récolté en août dernier environ 3,000 kilos de branchages d'acacia, qui, aussitôt coupés, étaient chaque jour portés dans un coin de champ,

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et dépouillés de leurs feuilles par le troupeau à son retour du p&turage.

Un garde-barrière de la même commune entretient, sans acheter de foin, une demi-douzaine de moutons; il fait pacager son petit troupeau sur la voie ferrée, mais comme c'est là une ressource insuffisante, il donne le soir une ration complémentaire de feuilles. Pendant les mois d'août, septembre et octobre de l'an dernier, il a fait consommer ainsi de la ramille fraîche d'acacia, puis aux approches de l'automne, il a recollé et fait faner 300 fagots de ce feuillage, qu'il donne sec pendant tout l'hiver^ en y ajoutant à peine une poignée de paille ou de mauvais foin, quand les animaux ne peuvent pas^^sortir. Malgré les piquants dont sont recouvertes les brindilles, les feuilles sont consommées sans aucun déchet.

Ces deux exemples montrent que contrairement aux affirmations produites l'été dernier à ce sujet, l'emploi de la ramille d'acacia n'est pas dangereux pour la santé des animaux. Nous reviendrons sur cette importante question dans le chapitre suivant.

Essences diverses. — L'aune est relativement peu abondant ; il n'est pas recherché du bétail à l'état vert, mais une fois bien fané, il constitue un bon fourrage. Le séchage est un peu plus long qu'avec les autres arbres; la moindre pluie fait noircir la feuille et lui enlève beaucoup de sa valeur.

Le cerisier est aussi un fourrage de qualité, mais toujours peu abondant ; nous récoltons de même avec soin le noisetier et le sorbier des oiseleurs.

L'érable champêtre donne des feuilles bonnes en vert, mais qui ^e brise trop par la dessiccation.

La ramille fraîche de saule n'est pas goûtée du bétail, qui la préfère à l'état de foin. On n'attache, en Lozère, qu'une importance secondaire à cet arbre, qui du reste est relativement rare, on trouve que les branches ne sont pas assez garnies de feuilles, et que ces feuilles une fois fanées s'émiettent trop facilement.

Le mûrier est cultivé, pour l'élevage des vers à soie dans une quarantaine de communes. La seconde pousse des feuilles est utilisée fraîche ou sèche pour l'entretien des moutons et des chèvres.

Viffne. — Les feuilles de vigne sont enlevées à la main quelques jours après la récolte, et données immédiatement aux vaches ou

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aux moutons. On ne fait jamais, comme dans certaines localités du Midi, traverser les vignes par le troupeau. On ne connaît pas non plus l'ensilage des feuilles pratiqué sur le Mont-Dore.

Arbre résineux. — Sur les montagnes granitiques^ le pin sylvestre, presque seul cultivé, rend parfois de grands services en hiver pour l'alimentation des moutons, qui passent, pendant les neiges, des semaines entières sans recevoir autre chose. Cette nourriture est délaissée les deux ou trois premiers jours, pendant lesquels il faut donner un peu de paille ) mais la faim aidant, les animaux finissent par s'y habituer, et mangent par la suite ces feuilles aussi complètement que celles des autres arbres.

Comme on ne brûle guère dans le pays que du bois vert, ce sont les arbres entiers et les produits des éclaircies récoltés pour le chauffage, que Ton dépouille de leurs branches en vue de l'entre^ tien des troupeaux. Cette ramille porte le nom de ^ar^n^;elle doit être utilisée dans la semaine qui suit Tabattage des arbres, les animaux la délaissant aussitôt qu'elle commence à se dessécher.

L'espèce bovine a une grande répugnance pour les résineux, qui n'entrent jamais, croyons-nous, pour une part notable dans son alimentation.

Essences peu utilisées. — On ne sait pas tirer tout le parti possible des feuilles de ch&taignier, qui d'après les recherches de M. Raoul Bouilhac^ et les nôtres finissent par être acceptées du gros bétail quand il n'a pas autre chose à manger. Nous pensons, ainsi qu'il est dit plus haut, que l'ensilage pourrait peut-être les rendre plus appétissantes.

Parmi les arbustes, les ajoncs et le houx, très appréciés en Bretagne, ne sont ici jamais utilisés. La bruyère^ dont l'usage a été recommandé ces temps derniers, n'est pas non plus récoltée ; elle nous parait constituer un fourrage de bien médiocre qualité, mais dans les pays très pauvres ou dans les années de disette, elle peut n'être pas à dédaigner.

Distribution de la ramille aux animaux. — Le fourrage sec est ordinairement consommé dans les trois mois de décembre, jan* vier et février. Le plus souvent, on coupe les liens, et les fagots sont jetés entiers dans le râtelier. Quelquefois cependant, pour

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les animaux de valeur, on enlève à la main les fines brindilles garnies de feuilles, et on les mélange à du foin.

Les bœufs et les jeunes animaux d'élevage reçoivent de la paille à peu près pure dans le jour, et des fagots le soir. On enlève le lendemain les branches complètement dépouillées de leurs feuilles, et Ton s'en sert comme bois de chauffage.

Les moutons, dans les hivers de disette surtout, n'ont souvent que de la ramée pour toute ration. On estime qu'il faut alors un fagot par tète et par jour.

Le chêne et le peuplier, nous le répétons, constituent à beaucoup près les réserves les plus importantes, puis viennent l'orme, le châtaignier, le frêne, le saule, Taune, et enfin d'autres espèces généralement mélangées.

Gomme qualité nutritive, on place toujours l'orme et le frêne en tête, puis le sorbier, le peuplier, le chêne, la vigne, le châtaignier et enfin les résineux. Cette classification empirique diffère sur quelques points de celle qu'on peut établir en tenant compte de la composition chimique des feuilles ; mais elle n'est pas basée sur des faits assez précis pour que nous la donnions comme rigoureusement établie. Du reste, ces feuilles étant récoltées à peu près complètement mûres, il se peut qu'elles aient plus perdu les unes que les autres, ce qui modifierait l'ordre dans lequel elles se présentent comme valeur alimentaire, vers le milieu de la période végétative.

Telles sont les observations que nous avons pu recueillir sur l'emploi des feuilles en Lozère; nous retiendrons surtout les deux points suivants : 1° récolte de la ramée en automne, à l'époque où elle est le plus abondante, et où son enlèvement nuit aussi peu que possible aux arbres ; 2^ fanage à l'ombre, et conservation des produits pour l'hiver, saison pendant laquelle les autres fourrages font défaut. .

IIL — Rechbbghes sur l'alimentation par le faux acacia

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