PRIX
de l'hectolitre de froment
en France.
ff.".
De 1871 à 1875, l'hectolitre de blé s'est vendu en moyenne 23 fr. 70; de 1876 à 1880, ce prix s'abaisse déjà à 22 fr. 30; puis il tombe à 19 fr. 40 depuis 1881 jusqu'à 1886, et enfin, à 18 fr.20 durant la dernière période de cinq ans. En vingt ans, le cours du blé a diminué de 5 fr. 50, ou de 23 p. 100, malgré le relèvement des droits de douane destinés à limiter la concurrence étrangère. Telle est la cause véritable de la crise dont le public agricole s'est ému ; tel est le phénomène inattendu qui semble déconcerter ou effrayer tout le monde.
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Comment peut-il se faire que Taccroissement incontesté d'une production aussi importante que celle du blé ne suffise point à satisfaire ceux dont les efforts ont cependant tendu visiblement à l'obtenir? Est-il donc possible d'admettre, contre toute apparence, que l'abondance soit une cause de ruine? Chacun de nous cherche à multiplier les objets de consommation dont il dispose pour accroître en même temps les satisfactions qu'il recherche. Depuis soixante ans, les producteurs de froment ont augmenté leurs récoltes de plus de moitié en substituant cette céréale à celles que portaient leurs champs, ou en élevant progressivement les rendements de leur culture, et pourtant, d'un bout à l'autre de la France, les mêmes plaintes se font entendre. C'est qu'en réalité, la possession ou la production d'une denrée que nous ne consommons pas directement n'a pour nous d'autre importance et d'autre intérêt que sa valeur, c'est-à-dire son pouvoir d'acquisition par rapport à toutes les autres denrées ou à tous les autres services dont nous avons besoin. Si le prix d'un objet, c'est-à-dire l'expression monétaire do sa valeur, vient abaisser brusquement et d'une façon plus sensible que le prix des marchandises contre lesquelles il était jusque-là possible de l'échanger, le producteur de cet objet voit diminuer en même temps ses profits et sa richesse. C/cst là certainement ce qui s'est passé, non pas seulement en France, mais encore en Europe, pour le froment.
L'erreur que nous ne saurions partager consiste à admettre que la baisse du froment est un événement qui peut compromettre non seulement l'avenir de cette culture, mais encore la situation de l'agriculture tout entière. On ne se trompe pas moins quand on croit que la baisse actuelle est un phénomène nouveau dont la cause peut être attribuée exclusivement à une transformation récente de la production dans les « pays neufs », à la réduction considérable des frais de transport, et, en un mot, à la concurrence étrangère.
Examinons successivement ces deux points.