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LES CAUSES GÉNÉRALES DE LÀ BAISSE DES PRIX

l"* Diminution des frais de transport, — La transformation des moyens de transport, et, en particulier, l'accroissement du tonnage des navires aussi bien que la susbtitution rapide des steamers aux bateaux à voiles, exerça certainement une influence marquée sur le coût de transport des blés venus de l'Amérique ou des autres pays extra-européens.

Un rapport anglais * publié récemment nous fournit à cet égard de curieuses indications. On voit, par exemple, que le fret d'une tonne de blé de San Francisco à Liverpool ou au Havre s'est abaissé de 78 fr. 10 à 46 fr. 85 depuis 1880 jusqu'à 1890. C'est une réduction de 3 fr. 13 par quintal. Calculée de la même façon, la diminution ressort à 1 fr. 85 pour le transport de l'Inde en Angleterte ou en France, et de 0 fr. 26 pour les blés de la mer Noire pris à Odessa.

Il est également très certain que les frais de transport à l'intérieur des grands pays producteurs comme les États-Unis et l'Inde

1. Report to the bo^rd of trade on the relation of T^-ages in certain industries to the cost of production.

se sont notablement abaissés. Cette réduction ne peut pas être calculée d'une façon absolue en francs et centimes par quintal de froment, pour Texcellente raison que la situation des terres cultivées étant variable, les frais de transport le sont également.

Ce qu'il importe le plus de rechercher, c'est l'influence exercée par les modifications des conditions de transport sur les importations des pays d'Europe.

L'abaissement des frets a-t-il eu notamment pour conséquence de faciliter les expéditions des pays favorisés par ces réductions, et de les augmenter? Examinons, à ce point de vue, les importations de froment en Angleterre et suivons en même temps la marche des cours, durant les deux périodes quinquennales 1881 - 1885 et 1886-1 890.

Importations de froment {grains) en Angleterre,

QuantitéMe froment l États-Unis (Pacifique). . . 5.5 5.0

(millions de quin- ) États-Unis (Atlantique) . . 8.0 5.0

taux) venant de. . / Indes 4.5 4.5

Total des importatoins 58.0 55.0

Prix par quintal en francs 22 4 17.2

Les exportations des États-Unis par les ports du Pacifique ont donc diminué, et cette diminution est encore plus sensible pour les ports de l'Atlantique. Quant aux Indes, leurs envois sont absolument stationnaires. Enfin, chose bien remarquable, le total des importations s'est abaissé également. Néanmoins, les prix ont passé de 22 fr. 40 à 17.20 par quintal.

C'est là une diminution absolue de 5 fr. 20 par quintal ou de 23 p. 100! Cette baisse peut être due en partie à la réduction des frets; cela nous parait difficile à contester. La transformation des moyens de transport a eu certainement cette conséquence heureuse, selon nous, d'abaisser d'une façon définitive le cours d'une denrée de première nécessité dont la cherté et les brusques oscillations de prix avaient causé pendant une longue série de siècles les plus cruelles souffrances.

Nous voyons, cependant, que les importations libres dans un pays comme l'Angleterre ne se sont pas développées durant la

décade 1880-1890; en particulier, bien loin de s'accroître, les envois des États-Unis ont diminué d'une façon fort sensible. Ce n'est donc pas la quantité même des blés étrangers amenés sur les marchés anglais qui a déterminé la baisse; celle-ci doit être, en partie, attribuée à la diminution des frets. Nous disons qu'elle ne peut être qu^ en partie attribuée à cette circonstance, parce qu'il existe évidemment un écart entre les cours de 1880 et ceux de 1890, que l'abaissement des prix de transport ne suffit pas à expliquer.

2" La dépréciation de l'argent, — C'est au point de vue de nos relations commerciales avec les pays d'Orient, et avec les Indes anglaises en particulier, qu'il convient d'étudier, tout d'abord, cette question de la dépréciation de l'argent par rapport à l'or.

On assure, de nos jours, que la dépréciation de l'argent dans les pays d'Orient peut avoir pour effet de faciliter les importations de blés étrangers et d'en amener la dépréciation sur les marchés européens.

Voici comment on explique cette double influence :

La « roupie » indienne, qui valait, en or, 2 fr. 25 vers 1870, ne vaut plus aujourd'hui que 1 fr. 67. La baisse de cette unité moné* taire d'argent s'élève donc à 0 fr. 58, ou à 25 p. 100 en chiffres ronds.

Si l'on suppose que, dans l'Inde, la roupie a conservé le même pouvoir d'achat à l'égard du blé, c'est-à-dire si l'on admet que le prix du blé indien, évalué en roupies, n'a pas changé, il est clair qu'avec 75 francs nous pouvons acheter une quantité de blé qu'on devait, auparavant, payer 100 francs.

En achetant le blé de l'Inde avec une baisse réelle de prix s'élevant à 25 p. 100, on peut le revendre en France avec une réduction de prix équivalente sans diminuer les profits réalisés. La concurrence faite au blé français par le blé indien est donc très sérieuse, et elle résulte de la dépréciation de la roupie, qui se rattache ellemême à la dépréciation récente de l'argent par rapport à l'or.

Sans nier l'influence qu'a pu, en effet, exercer la baisse de l'argent sur la baisse de la roupie, il convient de remarquer et de signaler deux faits. En premier lieu, il est certain que la dépréciation de la roupie n'est pas égale à celle de l'argent. La baisse de l'unité monétaire indienne ne dépasse pas 25 p. 100, et celle de l'argent métal atteint 47 p. 100. En second lieu, il n'est pas

démontré, croyons-nous, que le pouvoir d'achat de la roupie indienne par rapport au blé soit resté le même.

Or, si Tacheleur doit donner aujourd'hui plus de roupies qu'il n'en donnait autrefois pour acheter la même quantité de froment, il est clair que la dépréciation de Targent n^a plus qu'une influence fort atténuée sur les cours du froment indien évalué en or. Il est très difficile malheureusement d'apprécier les variations du pouvoir d'achat de la roupie indienne, parce que Pinfluence des récoltes bonnes ou niauvaises et l'action aussi puissante des demandes faites par l'Europe déterminent des variations de prix, et masquent, par conséquent, le phénomène particulier qu'il s'agit d'observer. On peut, cependant, noter une tendance très remarquable à la diminution du pouvoir d'achat de la roupie indienne à l'égard du blé. Les documents statistiques publiés par le gouvernement de rinde sont très précis. Voici, par exemple, les quantités de froment qu'on pouvait acheter dans la province de Bombay pour le prix d'une roupie, depuis 1881 jusqu'à 1892. Pour plus de simplicité, nous avons ramené à 100 le premier chiffre, et nous donnons, de la même façon, la valeur en or de la roupie indienne.

VALEUR OUANTITÉ

en or de froment achetée de la roupie. par une roupie.

188o 95 iOO

Il est certain que la diminution de la valeur en or de la roupie est plus rapide que la réduction des quantités de froment achetées par une roupie. Ou voit, cependant, que l'écart constaté entre ces deux réductions simultanées reste assez faible. En 1891^ notamment, cet écart tombe à 3 p. 100! Il y a loin de ce chiffre à cette prime de 40 p. 100 dont on parle volontiers en faisant allusion/ au bénéfice qu'assure à l'exportateur de blé indien la baisse de la roupie.

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D'ailleurs, les exporlatioas totales de froment indien n'oDl pas pris le développement qui pourrait correspondre à ces bénéfiess extraordinaires.

En voici la preuve :

Exportation de froment indien {grains), ANNÉES Milliers de quintaux.

Il est visible que les exportations sont restées stationnaires. Les grandes demandes, faites par TEurope à la suite du déficit de la récolle de 1891, ont seules provoqué une augmentation considérable pendant la dernière année que nous indiquons plus haut (1891-1892).

3° La baisse générale des prix et la crise monétaire universelle, — Nous avons montré, dans le cours de cette étude, qu'il s'était produit à plusieurs reprises, depuis le commencement du xvm* siècle, des baisses générales de prix, ou que l'on pouvait observer de longues stagnations des cours.

Au XIX® siècle, la période 1820-1850 est fort remarquable à ce point de vue. A l'inverse, l'historien peut étudier des périodes de hausse durant lesquelles les cours de ia plupart des marchandises, et ceux des produits agricoles, en particulier, se sont élevés d'une façon soudaine et persistante. A la fin du xvin* siècle, et depuis 1850 jusqu'à 1873, on peut observer ce phénomène si curieux.

Depuis 1873, nous sommes entrés dans une période de baisse, et celle-ci, contrairement aux préjugés du public, ne s'applique pas seulement aux denrées agricoles. Nous l'avons déjà montré à propos des variations des prix du bétail, mais il n'est pas inutile de reproduire les chiffres si probants qu^a publiés dernièrement M. Sauerbeck dans un article du 5/a/e>/ anglais. Il s'agit des varia-

lions moyennes des prix de 45 marchandises principales représentées à la fois par des produits agricoles et des denrées industrielles. Celle méthode d'appréciation du mouvement des prix est appelée méthode des Index Numbers. Ce n'est qu'un procédé empirique; mais, en général, les résultats obtenus de cette façon ne diffèrent pas sensiblement de ceux que donnerait un mode de calcul plus scientifique et plus précis. Voici ce lableau dans lequel le niveau moyen des prix durant la période 1867-1877 est représenté par 100.

Variations des prix en Angleletre d'après M. Sauerbeck. Années Cokfficients Ann]^.es Coefficients

La baisse si considérable et si rapide que révèlent ces coefficients pouvait être observée ailleurs qu'en Angleterre.

Quelle est la cause principale de ce phénomène inattendu? C'est ce qu'il importe do rechercher. Pour les périodes antérieures à celles que nous traversons, il parait établi que les oscillations des prix étaient dues soit à l'augmcnlalion soit à la diminution du pouvoir d'achat des métaux précieux. Durant la première moitié du xvni® siècle, c'est leur rareté relative qui vient accroître leur valeur. Les prix baissent, en conséquence, puisqu'il faut un moindre poids d'or ou d'argent pour acquérir la même quantité de marchandises.

A partir de 1760, un phénomène inverse se produit. On constate que les métaux précieux deviennent plus abondants. Des mines nouvelles sont découvertes et exploitées qui jettent sur le marché européen une masse plus considérable de lingots bientôt monnayés.

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Production totale de Vor et de V argent dans le mo?ide. PÉRIODES OR ARGENT

kilogr. kilogr.

On voit que la production totale des métaux précieux s'accroît lentement depuis 1701 jusqu'à 1740. Pendant ces quarante années, malgré le développement des échanges et Taccroissement de la population, les métaux monétaires n'augmentent que faiblement. De 1741 à 1760, la production s'élève, et il en est de même durant les périodes suivantes jusqu'à 1800.

Comme trait caractéristique, nous pouvons noter que l'affluencc des métaux précieux précède d'assez longtemps la hausse des prix.

C'est de 1741 à 1760 que nous observons un accroissement de la production des métaux monétaires, et c'est seulement après 1760, c'est-à-dire lorsque les métaux précieux monnayés se sont répandus en Europe, qu'une élévation générale des prix peut être observée. Il en est ainsi pour la baisse des prix correspondant à une diminution de la production à partir de 1800. Durant la période 1801-1820, l'afflux de l'or et de l'argent cesse brusquement, et cependant, grâce aux événements politiques qui interdisent les échanges et limitent la production industrielle ou agricole, grâce à une série de mauvaises récolles qui élèvent le cours du blé, ou n'observe pas encore une baisse des prix. Colle-ci se déclare brusquement à partir de 1820.

Examinons la statistique des métaux monétaires dans les trois premiers quarts du xix' siècle.

Production totale de Vor et de Vargent dam le monde,

PÉIUODES OH ARGENT

kilogr. kilogr.

L'abaissement de la production do 1800 à 1820 était déjà très notable; cette décroissance est encore plus remarquable jusqu'en iSiO.

La période de la baisse des prix correspond à cette longue série d'années.

La décade 4841-1850 est marquée par un relèvement extraordinaire de la production de Tor. C'est là une période intermédiaire. Soudain, vers 4850, Tor de Californie fait son apparition sur les marchés de l'Europe avec une abondance prodigieuse. De 1851 à 4855, on extrait 996,000 kilos d'or valant plus de 3 milliards 400 millions de francs, et il en est ainsi jusqu'en 1875! La pro> duclion de l'argent s'abaisse, il est vrai, à la même époque, mais cette diminution se trouve largement compensée par Tabondance de l'or.

La hausse des prix est la conséquence des faits que nous signalons.

A partir de 1873, nous sommes entrés dans une période nouvelle toute différente à certains points de vue des périodes précédentes. L'Allemagne a démonétisé l'argent ; bientôt, la Suède, la Norvège et le Danemark suivent son exemple. En 1876, la frappe de l'argent est interdite en France. D'autre part, l'augmentation de la production de l'argent accélère la dépréciation de ce métal par rapport à l'or. Nous sommes en présence d'une véritable révolution monétaire. Pour la bien comprendre, et pour en bien saisir les conséquences, quelques explications sont nécessaires.

Avant 1873, et surtout avant 1876, alors que la France admettait la frappe libre de l'argent sur le pied du rapport légal de 4 à 15.5, l'or et l'argent servaient réellement^ et universellement, à éteindre des dettes même internationales, et à régler le niveau

des prix. Attachés l'un à l'autre par le rapport — ^-^ l'or et l'argent

formaient une même masse monétaire. Grâce, surtout, au bimétallisme français qui permettait d'échanger toujours de l'argent contre de l'or, ou de se procurer des traites payables en or, le métal blanc n'était pas seulement une marchandise; il avait le caractère de monnaie et de monnaie internationale. Les pays d'Asie, par exemple, qui sont monométallistes-argent avaient un trait d'union avec l'Europe, grâce à l'existence d'une monnaie commune.

AHMALBS A6R0N0MIQUB8. XX. — 13

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Aujourd'hui, la politique monétaire de rAllemague a bouleversé le monde en modifiant cette situation séculaire; Tor est resté seul comme monnaie internationale; l'argent, devenu marchandise, a baissé de valeur par rapport à Tor dans les vieux pays d'Europe comme l'Angleterre, la France, TAllemagne, c'est lui seul qui doit servir à balancer les dettes des nations les unes envers les autres, et à régler dans la plus large mesure le niveau moyen des prix.

Nous devinons sans peine les objections du lecteur. « L'argent, dira-t-il, n'a pas disparu de la circulation ? Ne pouvons-nous payer avec des pièces de 5 francs toutes les dettes contractées en France? N'existe-t-il pas en Angleterre même des pièces d'argent de même qu'il en existe en Allemagne, en Belgique, en Italie, en Suisse et en Espagne ? d Cela est vrai ; il existe à l'intérieur de tous ces pays une circulation monétaire de métal blanc. Mais c'est là une circulation intérieure ; la pièce de 5 francs ne vaut plus en or que 2 fr. 75, et elle ne circule encore, dans les pays de l'Union latine avec sa valeur nominale que par suite d'une entente pleine de périls, et d'une tradition dont le public ignore les conséquences prochaines.

En fait, la pièce de 5 francs n'a de puissance libératoire au point de vue international que si la France comme les autres nations de l'Union latine peuvent régler définitivement en or^ ou au moyen de traites payables en or, leur solde débiteur. Cela est si vrai que la pièce d'argent espagnole ayant même titre et même poids que la pièce française ne vaut plus, dans notre pays même, que 2 fr. 75 centimes.

L'encaisse métallique argent de la Banque de France est, en réalité, dépréciée de 47 p. 100 ! Dans les banques européennes la masse d'argent ainsi frappé d'une baisse de moitié de sa valeur antérieure par rapport à l'or, est de 2 milliards 484 millions ! « L'encaisse utilisable pour les paiements internationaux est diminuée de 29 p. 100, » dit M. Tliéry, dans son intéressant ouvrage sur la Crise des Changes.

Il existe, en outre, dans les Banques d'État : de France, d'Allemagne, etc., etc., des quantités énormes d'or que l'on relient avec un soin jaloux et patriotique. Ce n'est pas là, comme on l'a soutenu, une preuve de son abondance. Cette encaisse montre quelle importance on attache partout à la possession de la seule monnaie internationale qui subsiste désormais ; et, en même temps, on

voit que la circulaliou effeclivc so trouve diminuée dans une notable proportion par suite de ce retrait qui immobilise précisément le seul métal monétaire pouvant servir à balancer les dettes des paj's commerçants dont les affaires comme la population s'accroissent, cependant, chaque année.

Il résulte, croyons-nous, de ces faits une rareté relative de Tor, une contraction monétaire universelle qui a pour effets de jeter le trouble dans les relations commerciales, et d^entrainer avec une étrange rapidité aussi bien qu*avec une irrésistible puissance la baisse générale des prix.

La diminution du cours du blé esl une conséquence de ce phénomène dont la portée économique nous parait extrêmement grave.

Sans doute, les causes déjà signalées, c'est-à-dire, la diminution des frais de transport à Textérieur des pays producteurs, et la baisse des frets, expliquent en partie la marche des prix du froment mais, la crise monétaire a eu des effets plus généraux et plus puissants encore. C'est la concurrence étrangère que Ton a accusée comme loujours'en pareilles circonstances. C'est contre la baisse des prix que Ton a voulu lutter par le vole des tarifs douaniers, établis aux frontières de presque tous les pays d'Europe. La résurrection soudaine du protectionnisme comme doctrine économique passant de la théorie à l'application est une conséquence et non la moins périlleuse de la crise monétaire universelle.

L'impuissance aujourd'hui reconnue et avouée des droits de douane appliqués aux blés n'est donc pas extraordinaire. Elle ne saurait nous étonner puisque l'on ne peut supprimer de cette façon la cause générale qui fait fléchir au même moment les cours sur les marchés du monde.

Résulte-t-il de ces faits que le relèvement des tarifs constitue un moyen, empirique, mais, en définitive, nécessaire et avantageux de lutter contre la baisse qui compromet une foule d'intérêts? Il nous importerait peu d'en convenir, si nous pensions que la solution proposée fût, en effet, la meilleure, Mais il nous parait impossible de Tadmettre. Entre les pays qui n'admettent que l'or pour régler les dettes internationales, et qui on même temps possèdent une quantité d'or suffisante la lutte économique reste égale. La crise monétaire ne modifie pas leurs rapports et les

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arguments de fait invoqués en faveur de la liberté des échanges conservent toute leur valeur.

La question est tout autre en ce qui concerne les relations commerciales, existant entre des pays à circulation d*or et des pays où circule soit uniquement de la monnaie d'argent (Inde), soit une monnaie dépréciée et du papier-monnaie.

Ils nous paraît démontré par l'étude impartiale des faits que la hausse des changes et la dépréciation de l'argent ont, en effet, pour conséquence de faciliter temporairement l'exportation des pays à changes surélevés dans les pays au pair de l'or. Ce n'est là, toutefois, à notre avis, qu'une conséquence momentanée. La concurrence des acheteurs tend à relever les cours, c'est-à-dire, à annuler l'effet du change.

En arrêtant les exportations des pays à circulation dépréciée comme l'Espagne, par exemple, les tarifs douaniers aggravent une situation déjà difficile et accélèrent la dépréciation des produits dont ils redoutent la concurrence.

Il ne faut pas oublier non plus que la plupart des pays à circulation dépréciée ont, à cette heure, des intérêts considérables à payer en or aux nations riches, à circulation d'or, comme la France, l'Angleterre, etc., etc. Les tarifs protectionnistes exagèrent et accélèrent la hausse des changes en empêchant les nations débitrices de s'acquitter en nature, c'est-à-dire, de payer avec des produits les intérêts des emprunts contractés. Ils aggravent la situation financière de ces nations débitrices, compromettent leur crédit, et, en résumé, font fléchir le prix des valeurs négociées. La baisse de la rente espagnole, ou des obligations de chemins de fer de ce pays a causé aux porteurs français une perte énorme. La réduction des importations de vins espagnols n'a pourtant pas eu le résultat qu'on en attendait, et la crise de la viticulture méridionale le prouve surabondamment.

En ce qui concerne l'Inde et la concurrence de ses blés, nous avons montré que la dépréciation déjà ancienne de la « roupie » avait été atténuée par la réduction de son pouvoir d'achat. Les exportations indiennes sont, d'ailleurs, restées stationnaires.

Ces conséquences si graves que nous attribuons à la rareté relative de Tor sont niées par ceux qui se bornent à constater que la production du métal jaune n'a pas diminué depuis 1873. Voici, en

effet, quelle a été la statistique de Textraction des métaux précieux depuis 1871, par année moyenne.

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