‹ Annales agronomiques (volume 2)Chapitre 76 sur 253 · RÉSUMÉ · texte numérisé non relu

RÉSUMÉ

En résumé, au début de cet article, nous avons montré quelles ont élé les fluctuations des prix du blé depuis un peu plus d'un siècle. Il ressort de celte courte revue historique que la baisse actuelle n'est pas un phénomène nouveau.

L'étude des variations simultanées des importations étrangères et des cours nous a prouvé également que les périodes de baisse ne coïncidaient pas avec une augmentation des entrées de blés étrangers. On constate, au contraire, que les périodes de prix élevés peuvent correspondre à un accroissement marqué des importations. L'application des tarifs protecteurs n'a déterminé, en Angleterre comme en France, qu'une hausse relative créant au profit des producteurs nationaux une situation privilégiée, el leur assurant une subvention égale à la perte subie par les acheteurs de froment.

Depuis dix ans, la marche des importations en France ne peut expliquer l'affaissement si rapide des cours ; la même observation s'applique à PAngleterre.

La réduction des frais de transport à l'intérieur des pays producteurs et exportateurs, et la baisse des frets, peuvent expliquer en partie les oscillations des prix du blé, et leur abaissement graduel. Cette cause permanente continuera, sans doute, à exercer son influence. Elle représente une conquête scientifique du plus haut intérêt, analogue à celui qui a été obtenu en industrie par l'application de l'outillage mécanique moderne à la production de certains produits industriels.

Il en est autrement de la dépréciation de l'argent qui constitue un phénomène passager dont l'importance a été exagérée mais qui peut, cependant, exercer une action particulière sur les exportations des blés de l'Inde. On constate toutefois dès aujourd'hui une tendance marquée à la diminution du pouvoir d'achat de la monnaie indienne par rapport au blé, et la dépréciation de l'argent n'a pas sur les cours de cette céréale dans son pays de

production, l'influence qu'on lui attribue. D'ailleurs, les exportations de blés indiens restent stationnaires depuis 10 ans.

La baisse des prix est un phénomène général qui caractérise l'histoire économique du dernier quart de notre siècle. Cette baisse n'affecte pas seulement les produits agricoles et le blé en particulier; elle s'étend à une foule d'autres produits industriels ou à un très grand nombre de matières premières. Ce phénomène a tous les caractères de généralité qui caractérisent la crise actuelle.

La démonétisation de l'argent à partir de 1873, et la suspension de la frappe libre de ce métal en France à partir de 1876, ont probablement provoqué une crise monétaire universelle. C'est l'or qui est devenu la seule monnaie internationale ayant une puissance libératoire illimitée, et il a dû suffire seul aux besoins d'une circulation croissante, alors qu'avant 1873, l'argent pouvait rendre les mêmes services. La masse des métaux monétaires servant à balancer les échanges internationaux a donc diminué, et il est résulté de ce fait une rareté relative de l'or ou une contraction monétaire universelle. Ainsi que cela est toujours arrivé quand les métaux monétaires sont devenus moins abondants par suite d'une moindre production, le niveau général des prix s'est abaissé, et le cours du blé a subi l'influence de cette dépression générale.

L'élévation des droits de douane ne peut suffire à enrayer ce mouvement. Il se produit sous nos yeux avec une irrésistible puissance, et déconcerte tous ceux qui croient pouvoir attribuer uniquement à la concurrence étrangère l'affaissement des cours*

Telle est l'explication de cette anomalie singulière qui a été observée à d'autres époques :

La baisse des prix coïncide précisément avec l'élévation des tarifs de douane qui a pour objet de la prévenir ou de l'arrêter.

SOO Paul GAT

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