II. — Expérience
Pour élucider cette question, nous avons employé la méthode la plus simple et la plus rationnelle, qui consistait à expérimenter, sur les animaux eux-mêmes, ces deux types de betteraves, suivant du reste de point en point le programme que nous avait tracé au préalable notre maître M. le professeur Sanson.
Deux lots de brebis antenaises dishley-mérinos, choisis de façon à présenter à peu près le même poids et composés chacun de cinq individus, ont été isolés du troupeau de TÉcole et mis séparément dans deux boxes spéciales.
Au début de T expérience, ces deux lots ont été pesés à jeun, et ont marqué les poids suivants :
Pesée au début de Veocpérience (30 octobre 1893). 1« LOT 2« LOT
Numéros.
Poids.
Numéros.
Poids.
Total. . 231 500 Total. . 239 000
Nous avons donné à ces deux lots de brebis une nourriture identique sauf en ce qui concerne la betterave ; le premier reçut en effet de la betterave à sucre, le deuxième de la betterave fourragère en quantité telle, que dans les deux cas, le poids de matière sèche fournie par Tune ou l'autre de ces variétés fût le même.
Si nous consultons les analyses que nous avons citées plus haut et qui indiquent précisément la composition centésimale des variétés de betteraves (Améliorée Vilmorin et Tankard) que nous avons employées pour la nourriture de nos animaux dans cette expérience, nous y constatons une richesse de 14 p. 100 de matière sèche pour la fourragère, et de 19 p. 100 pour la sucrière.
La quantité de betterave fourragère distribuée au 2"* lot ayant été par tôte et par jour de 3 kilos, contenant par conséquent 420 grammes de matière sèche, la même quantité de cet aliment
fut fournie an 1*' lot avec 2 kil. 210 de betterave à sucre par tftle et par jour également.
Le reste de la ration, absolument identique pour les deux lots, fut composé de la manière suivante :
300 grammes de menue paille mélangée avec Tune ou l'autre des deux catégories de betterave, 500 grammes de vesce, 500 grammes de sainfoin, et 500 grammes de paille de blé; dans chaque boxe enfin, les animaux eurent à leur disposition de Teau contenue dans un récipient en fonte et renouvelée chaque jour.
La pesée journalière des aliments ayant été faite avec la plus grande exactitude et leur distribution avec la plus grande régularité, grâce aux bons soins de M. E. Gilbert, premier berger de l'Ecole, qui, pendant toute la durée de Texpérience, s*est montré aussi zélé que ponctuel, ce dont nous le remercions vivement ici, les animaux sont restés soumis à ce régime pendant quinze jours et pesés à la tin de cette période.
Cette deuxième pesée nous a donné les résultats suivants :
Pesée du 13 novembre 1893.
|«r LOT (bBTTERAVB ▲ 8UCRB)
Augmentation totalb .... 9 500
2« LOT (BBTTBRAVB FOURRAOfeRX)
Augmentation totale. . . 8 000
Nous constatons donc, pour le i*' lot, qui reçut de la betterave à sucre, une augmentation de 9 kil. 200 sur la pesée précédente, et pour le 2" lot, nourri avec la betterave fourragère, une augmentation de 8 kilos seulement; cette différence d'augmentation de
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poids de 1 kil. 500 en faveur du !•' lot, si faible qu'elle soit, puisqu'elle n'est que de 20 grammes par lète et par jour, pouvait faire penser au premier abord qu'à quantité de matière sèche égale, la betterave à sucre possédait des qualités nutritives un peu plas grandes que celles de la betterave fourragère. Mais il ne nous était pas permis d'affirmer une pareille opinion devant une expérience si incomplète, car il est un facteur qui, dans toute expérience faite sur l'alimentation, vient jouer un rôle considérable, et dont nous avons jusqu'ici négligé de parler : c'est l'aptitude que possèdent tous les animaux à digérer une proportion plus ou moins forte des principes immédiats composants de leur alimentation, et à laquelle on a donné le nom de coefficient digestif.
Ce coefficient présente des variations parfois très grandes non seulement suivant les genres et les espèces d'animaux, mais encore, dans une même espèce, suivant les individus. Les sujets possédant un coefficient digestif très élevé utiliseront mieux les aliments qui leur sont fournis et augmenteront, par conséquent, plus de poids dans un même temps que d'autres qui, quoique nourris d'une façon identique, n'auront pas une puissance digestive aussi élevée.
Or, dans le choix des brebis que nous avons soumises à Texpérience, il est à peine besoin de dire que nous avons fait abstraction complète du coefficient digestif de ces animaux; le hasard aurait pu donc faire que les sujets de l'un des lots possédassent un coefficient digestif plus grand que ceux de l'autre; aussi pour éliminer l'influence de l'aptitude individuelle avons-nous fait permuter les animaux, en sorte que le 2* lot qui, primitivement, recevait de la betterave fourragère, reçut à son tour de la betterave à sucre et inversement pour le 1" lot.
Ce changement subit de nourriture causa naturellement un certain trouble parmi les animaux composant les deux groupes; ils mangèrent moins bien leurs betteraves et firent les deux premiers jours quelques difficultés pour les accepter; mais le fait s'élant produit dans les deux lots en même temps ne peut avoir eu aucun eiïet fâcheux sur la comparaison des chififres obtenus dans la pesée finale.
Pendant quinze jours encore les animaux restèrent soumis à ce nouveau régime, et, ce temps écoulé, on procéda à la pesée finale, le matin à jeun comme dans les pesées précédentes.
Pesée du 27 novembre 1893.
!•«• LOT (betterave F0URR\6ÈBB)
Numéros.
Poids.
Pesée précédente.
Augmente tion.
AUOMBMATION TOTALE. .
?• LOT (betteraves
A SUCRK)
Numéros.
Poids.
Pesée précédeule.
Augmea- Ution.
IkOOO