CULTURES TROPICALES
dans l'Inde on emploie couramment à cet effet des tourteaux et sur le littoral, les cadavres des poissons. La vase extraite des étangs et répandue sur le sol, produit de bons effets. L'atmosphère humide, saline du bord de la mer lui convient le mieux.
Lorsque le bananier est convenablement traité, sa croissance est extraordinairement rapide, mais il a beaucoup à souffrir, d'abord des tempêtes qui le couchent par rangées entières, ensuite des animaux herbivores, notamment des singes.
La banane est sans aucun doute un aliment très important, presque indispensable pour les habitants des pays chauds; cependant on en a souvent exagéré la valeur nutritive. D'après les analyses les plus récentes elle contient : eau, 73,9; sucre de canne et glycose, 19,66; matières azotées, 4,82; cellulose, 0,2; corps gras, 0,63; chaux, 0,79*.
En ce qui concerne la teneur en eau, elle se rapproche donc de la pomme de terre, qui en renferme 75 p. 100.
On prépare avec les bananes cueillies avant la maturité une farine nourrissante de couleur blanchâtre avec des taches rouge foncé, qui dégage une odeur d'arrow-root et présente une saveur semblable à celle de la farine de blé la plus fine.
L'Inde n'exporte point de bananes en Europe, les chaleurs sont trop fortes dans l'océan Indien et dans la mer Rouge. En revanche la Jamaïque seule a introduit en Europe, surtout en Angleterre, pendant l'année 1884, ds bananes fraîches pour une valeur de 5 millions de francs; aujourd'hui cette exportation est beaucoup plus forte, de telle sorte que l'acre anglais, c'est-à-dire, deux cinquièmes d'heci are, donne un bénéfice net de 375 francs, ce qui fait 937 francs pour l'hectare. On sait aussi qu'actuellement Cuba exporte aux États-Unis des quantités considérables de bananes.
Le Jardinage exercé par qaelqaes fourmis de TAmérique da Sud,
par M. Alfr. Mœller *. — Les fourmis cultivant des plantes dans le but de s'en nourrirl vraiment on croit rêver, et sans les noms autorisés des auteurs et du rapporteur, lui-même expert en matière tropicale, je n'aurais osé dire un seul mot dans ce recueil sur un sujet aussi stupéfiant.
On sait depuis longtemps que les fourmis, si admirables architectes, sont parfois, comme disait Huber, des peuples pasteurs, et élèvent avec soin dans leurs fourmilières, ou dans le voisinage, des pucerons qui leur fournissent un liquide sucré dont elles sont très friandes. Le puceron est la vache de la fourrai, a dit le grave Linné. Il paraît cependant que le merveilleux tableau de la vie des fourmis n'était pas complet.
Dans un ouvrage devenu célèbre : « le Naturaliste dans le Nicaragua », Th. Belt, àqui la science doit déjà la découverte des plantes myrmécophiles,
1. Voyez : Ann. agi^n., tome 11, p. 429, une étude de B. Corenwinder, sur la coniposilion de la banane.
2. Bot. Mlttheilungen aus den Tropen, VI, in-S», 128 p., 7 pi. et 4 grav. dans le texte, léna, Fischer, 1893. — D'apréa le résumé de M. Schimper, Bot. Centralbl., LV, 92.
a décrit la vie, les mœurs des fourmis coupeuses * bien connues de tous ceux qui ont voyagé en Amérique tropicale, et qui s'en vont par bandes innombrables, chaque individu chargé d'un morceau de feuille, vers les nids où elles disparaissent avec leur butin. Il n'a pu s'assurer « de visu » de l'usage que les intéressantes bestioles font des fragments de feuilles, mais, ayant détruit un certain nombre de nids il crut pouvoir émettre une hypothèse qui n'a pas eu beaucoup de succès dans le monde savant : les fourmis cultiveraient sur les feuilles un champignon dont elles se nourriraient.
M. Mœller, qui habitait le Brésil méridional depuis trois années, s'est proposé de vérifier l'hypothèse de Belt; non seulement il Ta trouvée conforme aux faits observés, mais il a eu le bonheur d'y ajouter une multitude d'observations nouvelles.
L'auteur a observé à Santa Catharina quatre espèces différentes de fourmis coupeuses : les Atta discifera, hyslrix, coronata^ plus une espèce nouvelle, qu'il désigne sous le vocable à' Atta ÎV, Nous n'avons pas le temps de voir ces insectes découper les feuilles et les emporter sur des routes dressées « ad hoc » et entretenues avec le plus grand zèle par des ouvrières chargées de ce service. 11 est intéressant, au point de vue philosophique, de noter que la petite république marche bien, parce que chaque individu fait son devoir sans se préoccuper de son prochain. Les fourmis sont incapables de réunir intelligemment leurs efforts sur une tâche donnée.
Déjà Belt avait montré que les fourmis coupeuses affectionnent certaines espèces de plantes; ce n'est pas tout, elles ravagent tantôt celle-ci, tantôt celle-là, souvent en négligeant celles qui leur seraient le plus facilement accessibles. On dirait qu'elles cherchent à combiner savamment pour leur champignon un substratum déterminé et qui doit varier de temps en temps.
Rarement les nids des Atta sont librement construits sur le sol de la forêt, et alors ils sont couverts d'une épaisse couche de feuilles sèches et de ramilles; on les trouve le plus souvent dans des cavités creusées dans la terre ou dans des troncs d'arbres pourris. Les cellules dont ils sont composés, renferment de petits tas d'une substance grossièrement poreuse, comme spongieuse, au milieu desquels les fourmis séjournent en grand nombre avec leurs œufs, leurs larves et cocons. Ces masses sont « les jardins »; jamais le jardin ne touche ni aux cloisons, ni au plafond des logettes, l'espace d'un travers de doigt les en sépare toujours.
Le jardin consiste, en général, en deux parties distinctes, une, plus récente, de couleur bleu noirâtre, et une, plus âgée, jaune rouge; la première est la plus précieuse, sans doute, car si on détruit le nid, les fourmis s'efforcent de la mettre d'abord en sûreté.
Lorsqu'on l'examine de plus près, on reconnaît que le jardin est composé de petits granules, épais d'un demi-millimètre, d'abord verts, puis plus foncés, presque noirs, enfin orangés. Nous verrons comment ces petites masses ont été préparées avec les feuilles. Tout le jardin est traversé en
1. Je pense du moins que c'est d'elles qu'il s'agit; l'auteur les appelle « fourmis tratneuses ».