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DES SUBSTANCES MÉLASSIGÈNES SUR LA CRISTALLISATION

ÉTAT ACTUEL DE LA CUESTION ET DISCUSSION DES DIVERSES MÉTUODES d'analyse COMMERCIALE EN FRANCE, EN BELGIQUE ET EN flOLLANDE.

L'analyse commerciale du sucre dilTère de l'analyse chimique simple, en ce que celle-ci détermine uniquement la composition de J'éclianlillon sur lequel on opère, sans chercher à apprécier les réactions des divers composants les uns sur les autres. L'analyse industrielle tient compte de ces réactions, et déduit de la richesse saccharine absolue du produit une quantité de sucre proportionnelle à la quantité de certains éléments étrangers qui raccompagnent. On suppose, en effet, que dans les opérations du raffinage, les sels et le glucose, maintiendront en dissolution une quantité de sucre proportionnelle à ces matières qui sont dès lors désignées comme mélassigénes, et par suite qu'on ne retirera en sucre raffiné que la quantité absolue du sucre mis en oeuvre, diminuée de celle qui sera retenue en dissolution par les substances mélassigénes. .\insi l'analyse chimique simple donne uniquement la composition du produit analysé; l'analyse industrielle indique le résultat à obtenir lorsqu'on en opère le raffinage. C'est sur ces dernières données que s'établissent la valeur et le rendement du sucre brut.

L'exactitude des coeffîcients à appliquer à l'influence méiassigène des substances' étrangères est d'une grande importance; car nonseulement ils servent de base aux transactions commerciales, mais encore ils joueront un grand rôle dans la perception et le contrôle de l'impôt. Nous nous proposons, après avoir passé en revue les procédés d'analyse et les coefficients généralement adoptés, d'en étudier les bases pour les confirmer ou les modifier. Notre examen nous amènera en même temps à parler du projet de règlement administratif du ministère des finances relatif à l'analyse des sucres, et à montrer que si les bases proposées par l'administration sauve-

DE L ANALYSE COHHERCCALE DES SUCRtS. 4)3

gai'denl les intérêts du trésor, elles font aussi une part assez lar^e à l'industrie et ne l'exposent pas à des perceptions de droits dépassant l'importance des produits obtenus.

Bases de ranalTse commerciale firançaise.

M. Dubrunfaut a le premier proposé de tenir compte de la quantité des sels existant dans le sucre, el ayant constaté que dans les mélasses épuisées, il y avait en moyenne une partie de sels calcinés pour 3,74 parties de sucre, il a indiqué ce chifTie de 3,74 parties comme devant être le coefficient mélassigène des sels, il a donc conclu à une déduction, sur la richesse absolue, de (rois parties, soixante-quatorze centième de sucre par partie de cendres. Les rafTmeiM's de sucre, qui avaient un intérêt très-grand à acheter leur matière première suivant son rendement au raflinage, ont accueilli avec faveur les études de M. Dubrunfaut , et ils ont imposé aux fabricants de sucre la vente à l'analyse; seulement ils ont modifié te coel'ficent SJi et l'ont remplacé par le coefficient 5, le considérant comme plus juste et surtout plus avantageux. Ils ont en outre avancé que le glucose (ou sucre interverti), était aussi une substance mélassigène et lui ont donné un coefTicîent de déduction de 1 lorsque le sucre n'en contenait que des quantités trés-faibles comme le sucre de betteraves; ils ont ensuite déclaré que le coefficient de i était insuffisant et devait progresser presque géométriquement lorsque le glucose était très-abondant, comme dans le sucre de canne. Comme il était impossible de vérifier ces assertions sans une étude spéciale, on a admis que l'analyse ne pouvait s'appliquer au sucre de canne A moins d'établir des coefficients spéciaux ; qu'en tous cas les bases de l'analyse commerciale établies pour le sucre indigène ne convenaient pas au sucre exotique, et ce dernier a continué à être acheté suivant son apparence et sa provenance sans la sanction de l'analyse.

Il y avait donc dès l'abord une division bien tranchée entre les sucres de canne et les sucres de betteraves au point de vue de leur mode d'achat, el celle division ne. laissait pas que d'être fort embarrassante dans tous les cas où la généralisation de procédés uniques eût été utile à l'administation ou au commerce. Il était donc intéressant de se rendre compte de l'inlluence réelle des glucoses sur la cristallisation, el de voir si le coefficient applicable au glucose devait croitre suivant une progression géométrique ou être

4U ■- MKM-

sîmplemenl proportionnel; et de juger enfin si le même procédé d'analyse pouvait s'employer pour les sucres de toutes provenances. Le moyen avoué de faire l'analyse commerciale des sucres consiste à opérer le dosage :

1' De l'eau;

2" Du sucre directement par le saccharimètrc ;

3" Du glucose par la liqueur cuivrique;

4" Des cendres à l'état, de suirule, sous déduction de ^r de leur poids pour l'augmentation présumée due à la convnrsion des sels en sulfates.

Exemple supposé, analyse chimique d'un sucre :

Sucre crislalMsaLln DHIHI J

Cendres itWl ' UNI

Glucose 11*)^

Matière» orpiniquos i> fOy

Son analyse commerciale serait :

Sucre IIK Ul)

Cendres O.H(lx5 — 1.001

Glucose (1.20x1 =i>.i')\ "

Tilre commercial îKIMO

Mais ce procédé n'a pas été longtemps employé : de l'examen des résultats de nombreuses analyses de sucres et de mélasses, on a extrait un procédé empirique supprimant le dosage direct du sucre. Quelques chimistes, soit en vue d'une simplification, soit pour toute autre raison dont nous n'avons pas à parler, ont cru remarquer que les matières organiques étrangères au sucre affectaient une certaine relation avec la quantité de cendres; ils ont conclu, les uns à l'existence de j de ces malièresdu poids des cendres, les autres de f, et ils se sont contentés pour faire l'analyse de doser :

1° L'eau,

2° Les cendres,

3° Les matières oi^niques étrangères, en prenant les \ ou les ; des cendi'es.

A' Le glucose était dosé plus ou moins exactement, mais il était convenu qu'on en trouverait toujoui's un peu.

5° Le sucre était dosé par différence.

Ce procédé, aussi commode que défectueux, s'est rapidement

DE L'ANALIiSE COHHERCULE DES SUCRES 415

acclimaté sans être avoué; il était plus expéditif d'abord et avait en outre l'avantage de diminuer les écarts d'analyse, entre les différents chimistes qui avaient le même produit à essayer. Il est inutile d'insister longuement sur les erreurs qu'entraîne cette analyse par les 4/5 ou les 5/6; nous nous contenterons d'énumérer les plus saillantes.

i° En admettant même que les matières oi^niques existent dans la proportion moyenne des i/5 des cendres, le procédé n'en serait pas plus justifiable; car le chimiste n'est pas chargé de faire une analyse moyenne, mais bien l'analyse du produit qui lui est présenlé.

^ De ce que la proporlion des cendres serait dans le rapport des 4/5 avec les matières oi^niques dans les mélasses ou dans quelques sucres, on ne pourrait conclure que le même rapport doive exister dans le sucre en général. Car, ainsi que nous le montrerons plus loin, les cendres du sucre ne proviennent qu'en minime proportion du sirop qui reste attaché aux grains de sucre, mais elles sont dues surtout à la cristallisation simultanée du sucre et des sels. 11 est dés lors évident que ces sels, cristallisant avec le sucre, ne peuvent avoir aucune proportionnalité avec les matières organiques. S'il existe un rapport quelconque entre les matières organiques et les cendres, il ne peut avoir sa raison d'être que dans les sirops mères qui mouillent plus ou moins les grains de sucre; enlin, quel qu'il soit,ildoitétredi[férenl dans les sirops de 1", t' ou 3' jet. En poussant le raisonnement jusqu'à l'absurde, et la preuve expérimentale en sera donnée dans la suite de ce mémoire, il peut se trouver des sucres ayant cristallisé dans un milieu salin, maisabsolumcnt exempt de matières organiques; ces sucres contiendront jusqu'A 25 pour 100 de sels et pas de traces de matières organiques, et cependant l'analyse

25 X 4 par la méthode dite des 4/5 en accuserait -^— ^ — = 20 pour 100.

3° Il est certain qu'un industriel épurant son sirop jusqu'à la deraière limite, le débarrassera d'une quantité de matières organiques bien plus importante que celui qui ne l'épurera pas; les sels cependant seront en égalité dans les deux cas. Par la méthode d'analyse empirique dont nous parlons, une déduction égale sera faite pour les deux sucres, et le fabricant habile sera lésé, et l'autre favorisé.

Il est inutile d'appuyer davantage sur ce point ; si nous en avons lait mention avec quelques détails, c'est que ce mode défectueux,

qui ne mérite pas le nom d'analyse, s'est répandu partout, a fait fortune parmi les chimistes du commerce, et a été généralement employé d'une manière occulte dans les transactions.

Nous avons parlé des divers moyens d'analyse employés; nous indiquerons te seul procédé qui nous paraisse équitable, sans toutefois entrer encore pour le moment dans la discussion des coefficients :

Il faut doser :

1° L'eau;

2° Le sucre cristallisable, directement par le saccharimètre;

3° Le glucose, par la liqueur cuivrique ou par un procédé chimique quelconque, jamais par inversion ;

à' Calculer la déviation à gauche qu'a dû donner au saccharimètre le glucose dosé , et ajouter cette déviation à celle qui a été trouvée à droite dans l'observation optique du sucre cristaUisable ;

5° Les cendres à l'état de sulfate, sous déduction de 1/10 ou 2/10 de leur poids, selon que l'un ou l'autre chiffre sera décide.

0" Les matièi'es oiganiques seront considérées comme formant le complément de 100 et seront dosées par différence.

7° Il sera utile de doser à part les matières insolubles qui pouvaient se trouver accidentellement dans le sucre, telles que silice, etc., etc. Ces matières seraient considérées injustement comme mélassigènes.

L'analyse chimique faite, on en déduit l'analyse commerciale suivant les coellicienls prescrits.

En résumé, et pour bien poser la question, avant de comparer les méthodes françaises avec les méthodes étrangères, nous disons que l'analyse commerciale française comprend Us pertes probables au raffinage rèsullanl de Vimpurelé du sucre, et lorsqu'on dit qu'un sucre titre 90% on entend, non point que l'échantillon contient 90 pour 100 de sucre, mais qu'il rendra !tO pour 100 de s\icre raffiné, sauf les perles matérielles possibles en fabrication.

Gonfêreoce inteniatioiiale de Bruxelles de juillet 1B7&.

En juillet 1875, une conférence s'est tenue à Bruxelles, entre les délégués de la France, de la Grande-Bretagne, de la Belgique et de la Hollande, en vue de renouveler la convention de 1864 arrivée à son terme. On sait que le rendement nu raffinage avait été basé.

J>tL L-ANALTS£ COMMERCIALE DKS SIXIIES. 417

en ISO-i, sur la nuance des sucres, et qu'une entente douanière avait été convenue sur ces bases entre les pays cités ci-dessus. La richesse du sucre ayant été reconnue depuis indépendante de la nuance, et le gouvernement français ayant émis te vœu que l'impôt, au lieu d'être perçu sur le sucre brut, fut appliqué au sucre enti-ant dans la consommation; il devenait nécessaire d'ouvrir de nouvelles négociations el de convenir d'un modus faciendi commun ou analogue dans ses résultats, engageant de nouveau les pays contractants. Dans celte conférence, les mçthodes saccharimctriques furent examinées et les délégués des puissances rendirent compte de leurs opinions particulières à ce sujet.

Soit que le compte rendu que nous avons eu entre les mains ait inexactement reproduit les propositions de la France, soit que les opinions du gouvernement français n'aient pas encore été alors absolument arrêtées, le mode d'analyse et le taux des coefficients proposés par lui, ne sont pas complètement d'accord avec les décisions qu'il a prises ultérieurement. Aussi il nous paraU inutile de reproduire les iolenlions manifestées par nos délégués à la conférence; il est préférable de prendre comme point de départ des propositions franchises le projet défmitif de l'administration, c'est-àdire :

1" Un eoefflcionl lalin de 4

î" Diïduction peur les cendres lulfalées '/in

3" Coeflleient des glucoses ;

1° Pour les quantités inférieurea à 0.50 0

i' — dc0.50àl.00 1

3' — de 1 et au-dcsMis,..,. 2

L'analyse du sucre crislallisable sera faite au saccharîméire, et on ajoutera à ta déviation à droite due à ce sucre la déviation à gauche représentée par le glucose qu'il contiendra. Il a été en outre reconnu que IGe"", 35 do sucre pur dissous dans l'eau et amenés au volume de 100"^ donnaient une déviation supérieure k cent degrés et que ces cent degrés étaient exactement obtenus par la dissolution de 10*% 19 de sucre dans un volume total de 100".

Le glucose sera dosé directement au moyen de la liqueur de Fehltng.

Ces conclusions résultent des études faites par MM. Pehgot, Aimé Girard, Riche, de Luynes, avec le concours de M. Tresca, Les coefficients ont été établis d'apiès l'opinion de chimistes spéciaux.

Le gouvernement français adoptait donc ces chiffres, soit qu'il

ANNALES AGBONOIIiai'ES. K" 3. — 7. i. — Vi

appliquât la saccharimétrie au contrôle de l'impôt, soit qu'il en fil la base même de l'impôt.

La proposition des déléguiis belges était plus simple; ils élaient d'avis qu'il suffisait de doser le sucre cristallisable seulement, et de déduire du nombre trouvé une quantité égale à la totalité du non-sucre (1), l'eau n'étant pas considérée comme non-sucre et devant être dosée à part et diminuée du poids de l'échantillon. Ils admettaient comme formule réductiice l'équation suivante :

S^2B+ — (lOO + HO,)' S rcprcsenle le lucre ramné à obtenir.

Il le nombre île degrés cle dét iatioimusnccharîm., etc.

G le glacoai?.

HO l'iiumidité de l'HCliantillon.

La formule belge atteignait beaucoup plus sévèrement que la nôtre les intérêts de la raffinerie, car par celte formule le rendement imposé au raffinage est notablement plus élevé qw'avcc les coefficients français.

Méthode néerlandaise. — La proposition néerlandaise exige un examen plus complet, car ses bases sont différentes de celles desdeux autres. Elle ne comporte pas de coefficient; elle présente une méthode d'analyse qui ne préjuge pas des résultats en raffinerie, car dans le rapport adressé au ministre des finances, le docteur J. W. Gutting, cbai^é des études chimiques préliminaires sur la saccliarimétrie comme base d'impôt, n'attribue à. ses résultais qu'une portée théorique et penche vers une entente avec les raffineurs pour arriver à des déductions pratiques.

Nous analyserons le plus sommairement possible le rapport trèsintéressant et très-étudié du docteur Gutting, nous différons toutefois d'opinion sur divers points; mais notre cadre ne nous permettant pas de le suivre pas à pas, nous n'appuierons que sur les points qui intéressent directement la question.

La première idée qui se dégage de ce rapport est : que Timpôt à la consommation après raffinage, est sans conircdit le meilleur, à cause de l'incertitude des coefficients; et que la saccbramétrie ne doit être emplojée qu'à défaut du premier. Ceci posé, le docteur Gutting 'pense qu'on peut arriver à des évaluations théoriques exactes par ia saccharimétrie, et qu'une étude mixte chimique et

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industrielle donnera des coeincicnis satisfalsanls. II trouve le coeflicient salin 5 trop élevé, et pense qu'il ne faut l'admettre que quand la faible proportion des sels diminue l'importance du multiplicateur. Quant au glucose, il constate qu'on manque de données nécessaires, mais il donne un certain nombre d'analyses de mélasses et de sirops de ralTmerie, dont nous tirerons des conclusions utiles lorsque nous discuterons l'inlliience du glucose sur la cristalli> salion.

Le docteur Gutting indique comme moyen d'analyse le procédé Payen modifié par lui. Payen, dès 1845 environ, avait publié son procédé d'analyse du sucre, le docteur Scheibler en a fait la conquête et l'a présenté sous son nom en 1874, en le recommandant comme le meilleur moyen d'apprécier exactement la valeur industrielle du sucre. Comme nous décrirons en détail le procédé employé par le docteur Gutting, et que ce procédé est en principe celui de Payen, il est inutile de rappeler ce dernier qui est du reste connu de tou.s les chimistes. Mais le docteur Gutting s'éloigne de Payen et de Scheibler dans les conséquences qu'il tire de son analyse. Là où Payen el Scheibler ont vu une analyse industrielle représentant une opération de raffinage en petit, c'est-à-dire une méthode quantitative pour séparer le sucre existant sous forme de sirop, du sucre cristallisé, le docteur Gutting considère son opération comme une simple séparation du sucre cristallisable du, sucre de sirop, afin de pouvoir ensuite doser le premier directement parle sacdiarimétre. Ainsi, pour bien préciser, Payen et Scheibler atteignent leur résultat par la simple pesée du sucre plus ou moins blanc qui a résisté aux lavages alcooliques; tandis que le docteur Gutting dose nu sacdiarimétre ce même sucre, et ne prend pour résultat final que l'indication du sacchari mètre.

Nous devons avouer que ce procédé nous parait un pou vague, et que nous ne sommes pas d'accord avec son auteur sur le point de départ. Le docteur Gulling veut séparer le sucre cristallisé du sucre de sirop, et il paraît croire que ce qu'il appelle le sucre de sirop, c'est-à-dire le sucre non cristallisé, est une variété particulière de sucre, que ce n'est pas de la saccliarose, bien que ses propriétés optiques el chimiques n'en difTèrent guère, et il croit que ce sucre de sirop ne peut redevenir de la saccharose que sous des influences spéciales assez délicates.

C'est pour nous une erreur capitale qui pèse sur tout le procédé

cl le rend indécis ; le sucre de sirop n'est pas un sucre particulier se rapprochant de la saccharose, mais de la saccharose elle-même en suspension de cristallisation sous les iniluences diverses : de la cessation de sursaturalion de l'eau, des sels et des matières mélassigènes en général. Si on détruit ces causes suspensives, ce prétendu sucre spécial crislallisera et donnera de la saccharose bien définie. Pour s'en convaincre, il sullit de songer aux deux grandes créations de M. Dubrunfaut, l'extraction du sucre des mélasses épuisées, par la baryte et par l'osmose. Dans le premier procédé, le sucre est extrait en formant avec la baryte un composé insoluble de baryte et de sucre; en séparant la baryte, il reste un sucre crislallisable d'une pureté absolue. C'est donc ici une extraction de la saccharose par précipitation chimique. Dans le travail osmotique, la cristallisation n'est plus obtenue par l'enlèvement du sucre au sirop impur qui le retenait, mais au contraire par l'extraction d'une partie des impuretés, et là encore la cristallisation s'opère et donne du sucre cristaUisabie. il a donc suffi, pour l'obtenir, d'annuler par une aclion chimique spéciale l'effet des corps mélassigènes, ou d'enlever une partie de ces corps; dans les deux cas, la constitution chimique du sucre ayant cristallisé n'a pu être changée, et cependant c'est bien de la saccharose qui a été obtenue.

Enfin M. Margueritte, prenant encore des mélasses épuisées ne contenant plus que du sucre de sirop , en éUmine les sels à l'état de sulfates insolubles dans i'alcool, précipite également une partie des matières organiques, et obtient finalement une solution sursaturée de sucre dans l'alcool. Celle-ci, par une désaturation lente ou activée mécaniquement, donne aussi en sucre pur environ 70 pour 100du sucre total renfermé dans la mélasse.

Donc Iç sucre de sirop du docteur Gutting n'est que du sucre rristafiisable identique au sucre cristallisé et en simple suspension de cristallisation.

Nous indiquerons brièvement ici la méthode néerlandaise en donnant d'abord la composition des liqueurs d'essai nécessaires à son emploi : elles sont au nombre de quatre et se composent :

1° Alcool nbsclu

î° Alcool i W \

3» jllcoo! à 02" { saturé) denicre.

i" Liqueur d'iîpromc, alcool à 85" ei 5 "ia «ciJe acûlique. J

DE L'ANALYSE COMHhRGIALE DES SUCRES. 431

On dose d'abord l'eau par une opération spéciale.

On pèse la quantité de sucre nécessaire à l'observation saccharimétrique et on l'introduit dans un ballon de 50'*, jaugé au col, à ouverture élargie, on bouche ce ballon avec un bouchon à deux trous ; l'un sert de passage à un tube évasé en entonnoir et garni d'un obturateur en feutre mince, descendant à peu près au fond du ballon, l'autre à un tube s'arrêtanl au col. Par ce dernier tube on verse les liqueurs d'épreuve à l'abri du contact de l'air; le tube garni de feutre communique avec un aspirateur et sert à l'enlèvement des liqueurs lorsque leur action est épuisée.

■ODe H'OFËBER.

On enlève l'eau par un lavage à l'alcool absolu plusieurs fois répété.

Pour ne pas mettre immédiatement la liqueur d'épreuve en contact avec l'alcool absolu, qui pourrait en précipiter du sucre, on enlève cet alcool par un premier lavage à la liqueur alcoolique à 96°, puis par la liqueur à 92°, et on arrive ainsi graduellement au titre alcoolique de la liqueur d'épreuve.

]jè sucre est lavé plusieurs fois avec la liqueur d'épreuve avec agitation du ballon, et lorsque l'épuisement est jugé complet, on enlève cette liqueur par des lavages en sens inverse avec les liqueurs à 93° à 96, et enfm avec l'alcool absolu.

On a alors, selon le docteur Gutting, un sucre complètement purgé de sucre de sirop et de glucose, et ne contenant plus que de la saccharose et quelques produits inactifs à la lumière polarisée, insolubles dans l'alcool à 85\ Ce sucre est dissous dans l'eau dans le flacon même où s'est opéré l'épuisement, et le volume du liquide amené au trait de jauge. L'observation au saccharimèlre donne alors la quantité absolue de saccharose à obtenir théoriquement en raffinerie. Le docteur Gutting pense que dans tout raffinage bien opéré, sauf les pertes matérielles, on doit retrouver cette quantité, et qu'il ne se formera pas de nouveau sucre de sirop. Il ne se prononce pas sur le pouvoir mélassigène des sels ou autres substances, et conseille une entente avec les raffineurs. Son procédé est donc purement théorique, avec l'avantage, dit-il, de ne plus confondre la saccltarose avec le sucre de sirop.

Le procédé du docteur Gutting est certainement consciencieux et suffisant pour une prise en charge (évaluation anticipée du rende-

E. BraiH.

ment ù olilenir au raffinage). Mais nous n'oserions nous en rapporter à lui pour la base de l'impôt ou pour les transactions commerciales. Voyons en effet ce qui a lieu, et rappelons en passant que Payen recommandait de broyer le sucre dans un mortier avec les liqueurs d'épreuve, afm de bien attaquer toutes les parties solubles dans l'alcool. Ce broyage avait pour effet d'empêcher aussi la formation des croûtes superficielles desséchées par l'alcool et empêchant ce dernier de pénétrer dans toutes les parties de la masse.

Il est probable que l'attaque des, sucres humides se fait incomplélemenl dans le procédé néerlandais, et les résultats sont alors différents de ce que désire l'auteur. En effet, il peut se présenter trois cas (nous exagérerons à dessein, non pour critiquer le procédé, mais pour mieux nous faire comprendre),

1° Ou le sucre de sirop ne sera pas desséché et passera dans les liqueurs d'épreuve en les sursaturant, alors le titre trouvé sera inférieur de toute la quantité de ce sucre qui pour nous est de la saccharose.

"1" Ou bien tout le sirop sera desséché, le sucre de sirop passera à l'état de saccharose pulvérulente dans le ballon même, et le résullat sera celui qu'on aurait obtenu par une simple observation optique ; les traitements à l'alcool auront été à peu près inutiles, ils auront supprimé seulement les corrections nécessitées par le glucose, s'il y en avait.

3° On bien enfin les dissolvants du sucre de sirop auront eu une action complète dans certaines parties de l'échantillon, incomplète dans d'autres, et le résultat sera inexact dans les deux sens-

Il est juste de dire que les écarts ne seront pas bien grands, car en moyenne il n'y a que quelques centièmes de sirop, et les erreurs ne seront que partielles; c'est cette considération qui nous faisait dire que le procédé paraissait suffisant pour une prise en charge, bien qu'incomplet pour une analyse très-importante.

En résumé, nous trouvons le procédé d'analyse proposé par l'administration française supérieur aux deux autres; il respecte davantage les intérêts de la raffinerie, tout en tenant un juste compte des droils du trésor. Nous trouvons cependant qu'il exagère l'influence de certaines matières dites mélassigënes, le [tlucose notamment.

DE L-ANALYSE COMMERCIALE DES SUCRES

DISCUSSION DES COEFFICIENTS PROPOSÉS ET ROLE PROBABLE DES SUBSTANCES HIHËBALES DITES HÉUSSIGË?iES

On appelle mèlassigène un corps soluble qui a la propriété de mainlenir en suspension de cristallisation une quantité de produit cristallisablc supérieure à son point de saturation dans l'eau. Le coefficient mèlassigène d'un corps est le rapport entre la quantité de ce corps et la quantité de sucre qu'il empêche de cristalliser. L'administration a prescrit, dans son exposé, le coefficient quatre pour les sels, c'est-à-dire que la présence d'une partie de sels sera considérée comme empêchant la cristallisation de quatre parties de sucre. Le glucose ne donnera lieu à aucune déduction lorsqu'il n'y en aura pas un demi pour cent, à un coefficient -de un lorsqu'il y aura de un demi à un pour cent de glucose, et â un coefficient de detix lorsqu'il y aura plus de u» jwur cent de glucoge, GoetDci«nts Mlins.

L'analyse saline se fait en pesant trois ou quatre grammes du sucre à analyser, en les dissolvant dans une très-faible quantité d'eau, et en ajoutant à la solution épaisse un excès d'acide suUuriquc moaohydralé. On fait dessécher la masse à la température d'ébullition de l'acide sulfurique.afin de chasser, avant l'incinération, tout l'excès de l'acide sulfurique; ce dernier, réparti dans la masse charbonneuse, attaquerait la capsule de platine chauffée au rouge. Enfin on calcineJusqu'Â ce que les cendres soient complètement blanches et ne présentent plus aucun point en ignition. Cette méthode, due à M. Dubrunfaut, doit être employée, car d'une part les chlorures sont jusqu'à un certain point volatils et ils disparaîtraient en partie pendant l'incinération; en outre ces chlorures enveloppent d'une sorte de vernis les parties charbonneuses et en empêchent la combustion.

Les cendres sulfatées ont un poids supérieur au poids des cendres primitives, on en déduisait u» dixième pour cette différence due à la plus forte équivalence des sulfates : mais les travaux de M. Violette et de M. Champion ont démontré qu'en moyenne, pour les sucres de betteraves, il fallait déduire 2/10 de ce poids, et l'administration a admis leurs résultats. Nous avons nous-mèrae trouvé

AU E. BURIM.

19/100 de (léduclion utile pour les sels de certains sucres exotiques. — On considère donc les cendres sulfatées moins 2/10 comme devant empêcher la cristallisation de quatre fois leur poids de sucre, et le coefficient 4 leur est attribué.

Etude des coefflcdents spéciaux à, différents sels cristallisablet.

L'eau est une des substances mélassigènes dont on a le moins parlé, quoiqu'elle soit la plus importante; un produit soluble et cristallisa l>le, ne peut cristalliser qu'autant que par vaporisalioo ou par tout autre moyen on ne soit aiTÏvé à en sursaturer l'eau de dissolution. Par refroidissement, la substance dissoute cristallise jusqu'à ce que l'eau en soit simplement saturée à la température ambiante, et ce point de saturation variera avec chaque corps'. Aussi longtemps donc qu'il y aura de l'eau, il y aura des sels ou du sucre qui ne cristalliseront pas, quelle que soit la pureté de la solution. Une substance mèlassigène n'aura donc pour expression de son coefficient que la différence entre la quantité de sucre totale restant en dissolution et celle qui y serait restée par Veffet de sa solubilité propre dans Ceau.

Nous appuierons notre raisonnement par l'élude des coeHicienls mélassigènes propres ù quelques sels qui se trouvent généralement en quantités plus ou moins grandes dans le sucre de betteraves.

t" CnOKUnE tIE SODIUM.

Une solution de sucre et de chlorure de sodium a été composée dans les proportions suivantes :

Sucre 230 gr.

Oilonire de sodium 3fi •

Eau 100 ■

C'est-à-dire une quantité de chlorure de sodium saturant à peu près tes 100 grammes d'eau à la température de 25 à 30° et une quantité de sucre devant aussi saturer cette eau à une température de âO à 35' (à 15° le sucre est soluble dans la moitié de son poids d'eau).

Après quelque temps de repos il n'y pas eu de cristallisation, donc le mélange n'a pas diminué la solubilité propre de chacun de ces corps. Cette solution a été évaporée jusqu'au point d'ébulliiion de 114° de température (point oixlinaire de concentration de la cuite du 3' jet industriel).

Il y a eu cristallisation abondante, mais trës-irrégulière; pendant

DE L'ANALYSE COHHERCIALE DES SUCRES. 415

le refroidissemeot, il s'est disposé au fond du flacon, une couche épaisse de chlorure de sodium pur. Ensuite le sucre el ie sel marin ont cristallisé simultanément en gros cristaux ayant la forme cristalline du sucre, mais plus opaques. La cristallisation terminée, le sirop mère a été analysé, sa composition était :

Sirop mère. Sucre G3^\

Chlorure de sodium Il I! 100

Eau 2538J

Soit solubilité du chlorure de sodium U 75

Solubililé du «icre. 25020

Corollaires. — Le sel marin comme l'a déjà dit Payen est plus soluble dans l'eau sucrée que dans l'eau pure.

2° Il est resté environ 30 p-ammes de sucre en solution en excès

sur sa solubilité dans l'eau pure; le coeflicient mélassigène appa-

rent du chlorure de sodium serait -rr-=^ = 0.70. 43. 7o

DEUXIËIE ANjILISE DE SIROP KtlE :

Sucre .■ '6â 75

Chlorure de sodium 12 50

Eau 33 75

Soit en centièmes par rapport à l'eau :

Eau 100

Sucre 26*

Chlorure d' sodium 5*60

Eicis de sucre rcslË en solution il gr.

Coefltcienl appaienl du thlorure de sodium ,-^-^ = 0 HO

L'écart entre ces deux analyses, peu sensible toutefois, tient aux différences de température de l'échantillon au moment de l'essai. H est utile de remarquer aussi, une fois pour toutes, qu'à cause de la lenteur de la désaturation complète des sirops sucrés, les résultats que nous annoncerons peuvent être un peu' supérieurs à ceux que nous aurions obtenus si nous avions pu laisser cristalliser nos solutions pendant plusieurs mois el à des températures régulièrement décroissantes. Mais comme une plus longue cristallisation aurait pour elTel certain de faire cristalliser plus de sucre et d'abaisser encore le coefficient apparent que nous trouvons, la petite erreur commise, erreur qui ne peut s'élever qu'à un ou deux centièmes, est tout au désavantage de noire raisonnement, et nous ne pourrons ainsi craindre d'exagérer nos conclusions.

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