INFLUENCE DES SELS DE CBAUX SUR LES VËGÉTAUX
Quelles sont les matières minérales nécessaires au développement du jeune haricot?
Plusieurs séries d'expériences ont été faites dans les capsules de cuivre argenté. Chaque capsule reçut quinze haricots d'abord gonflés dans l'eau distillée et dépouillés de leurs testas.
Pendant les quatre premiers jours l'eau a été renouvelée deux fois par jour. Les sels employés étaient les azotates, sulfates, phosphates, carbonates de potasse, de soude, de magnésie et de chaux, et les chlorures de ces métaux.
Les sels insolubles (MgO,CO';CaO,CO*;GaO,SO';CaO,PhO')ont été employés en quantités telles que l'eau en était laiteuse, la concentration des autres était de un ou deux pour mille. Pour le chlorure de calcium on avait chaque fois disposé quatre expériences aux titres de 1/10, 1/3, 1 et 2 pour mille. Dans une capsule les haricots n'ont reçu que de l'eau distillée, dans une autre une solution complète, dans une troisième du sable calcaire lave, humecté avec de l'eau distillée.
Voici les résultats de ces expériences :
Les chlorures et les carbonates, sauf le carbonate de chaux, sont nuisibles (1). LIallongement de la tige se ralentit, les racines à peine développées rheurent et les phénomènes pathologiques dus à l'absence des sels minéraux ne sont pas empêchés. Les sulfates et les phosphates de potasse, de soude et de magnésie ont donné des plantes moins bien portantes que l'eau distillée; mais ces différences tiennent peut-être à l'individualité des graines (2).
L'effet utile des sels de chaux est surprenant. Les plantes élevées dans l'azotate de chaux (1/2 pour mille) ou dans le carbonate se distinguaient à peine de celles qui provenaient du sable ou de la solution complète. Dans le phosphate et le sulfate les liges se sont moins allongées, mais c'est peut-être là un accident; les limbes étaient beaucoup plus petits. La raison en est probablement que les plantes en ont pris une plus grande quantité qu'il ne leur fallait. La même anomalie s'est présentée dans une solution d'azotate de chaux à S/A pour mille.
{1) L'influence Tuncste àvi carbonates sur les racines repose sans doute en premièn;
ligne Hir leur alcaiinilc.
(S) H. W. Wolf n'a pu obtenir de haricot tain dans le sulfate de magnésie. Il est po«-
e sel et qu'un produit de cette décomposition agisse
ir la cellule végétale. Landw. Yen.-Slal,, I. VI, p. 318, IBM.
Les plantes venues dans le chlorure de calcium se sont comportées d'une manière particulière; avec la concentration de 1/iO ou ■de 1/3 pour mille, elles ne se distinguaient en rien des plantes soumises au régime de l'eau distillée; mais avec des concentrations plus fortes il y avait évidemment un effet nuisible sur les racines qui mouraient pendant que l'accroissement des tiges était beaucoup retardé; les feuilles primordiales sont restées petites et ont fmi par se faner de même que la sommité.
De nouveaux essais à l'obscurité ont montré que l'action vénéneuse du carbonate de magnésie et du chlorure de calcium est paralysée par l'addition d'une quantité égale de carbonate de chaux. Dans les solutions d'azotate de chaux additionnées de sels de potasse ou de soude, les plantes se sont développéespresqu'aussi bien qu'en l'absence de ces derniers. Les plantes obtenues dans le chlorure de calcium (1/10, 1/3 et même 1 pour mille) elle carbonate de chaux ont développé le limbe des feuilles primordiales beaucoup mieux que dans les sels calcaires seuls; à côté de ces grandes feuilles il y en avait souvent aussi de très-petites.
Parmi les principes minéraux c'est donc la chaux qui faisait défaut ausc plantes que nous avons vues périr dans Veau distillée.
L'importance de la chaux dans le développement des plantes supérieures est connue depuis longtemps; c'est un des trois principes que de Saussure avait déclarés indispensables.
M. Strohmann décrit de la manière suivante ses cultures de mqïs dans des solutions privées de chaux :
c Au bout de six jours déjà on pouvait remarquer un relard des plantes privées de chaux, le vingtième jour ces plantes se sont arrêtées; elles vivaient mais sans avancer, elles avaient tout au plus deux centimètres de haut. Après cinq semaines quand on ne pouvait plus espérer d'augmentation de substance, une plante a été séchée et l'autre a reçu 0,1 gramme de chaux sous forme de nitrate; cinq heures ont suffi pour que quatre nouvelles pousses sortissent de la sommité fanée; la plante s'est si bien couverte de feuilles qu'elle a pu servir de plante d'ornement. >
La plante qui n'avait pas reçu de chaux a pesé sèche 0,300 grammes. Celle qui avait reçu plus tard du nitrate de chaux a pesé sèche S^iSOO grammes.
Dans les expériences de M. Wolf les solutions de plâtre ont exercé une influence notable sur le développement d'une multitude de
INFLUENCE DES SELS DR CaADX SUR LES VÉGÉTAUX. «S
très-longiies racines très-flnes ; il en est de même, mais & un degré moindre du bicarbonate de chaux. D'après cet auteur les sels calcaires paraissent doués d'une action stimulante sur les racines.
M. Ad. Mayer, dans son c Lehrbueh der AgricuUurckemie >, déclare que nos connaissances sur le rôle du calcium ne vont pas audelà de la certitude que ce corps est absolument nécessaire; Facte physiologique dans lequel il intervient nous est inconnu. Certaines observations font présumer que le calcium joue un rdle dans la production de substance organique dans la ceHule & chlorophylle ; on trouve, en eflet, delà chaux dans les feuilles jeunes et vieilles, on remarquera au contraire que certains champignons inférieurs qui ne fabriquent pas de matière organique peuvent être cultivés dans un milieu privé de chaux; d'un autre côté cependant la chaux pourrait s'accumuler dans les vieux oi^anes comme le fait la silice qui est si peu importante pour l'organisme végétal.
Les expériences qui ont été exposées plus haut constituent donc un grand pas de fait vers la solution de l'action physiologique de la chaux qui ne manque à aucune plante élevée. Nous savons maintenant que la chaux est indispensable pour transformer les matériaux déjà assimilés dans la plante, pour transformer par exemple l'amidon. le sucre, etc., en cellulose; la chaux est aussi indispensable aux plantes qu'elle l'est aux animaux pour transformer le cartilage en os. Elle constitue le squelette de la paroi cellulaire. Les feuilles primordiales des haricots élevés dans l'eau distillée possèdent^ peine moins de cendres (10,02 0/0) que celles des plantes venues dans un sol ordinaire (10,29 0/Oj.
Il parait donc certain que la chaux est fort importante dans les plantes calcicoles qui se distinguent toutes par leur système foliaire très-dé veloppé.
Il reste à voir si dans certaines autres plantes la chaux ne peut pas être remplacée en tout ou en partie par quelque autre élément chimique (1).
(1) Qnciquea esuii ont été tentés au laboratoire' de culture du Muséum pour résoudre telte question : on a repiqué des biiii dans un soi privé de ehaiix par un lavage prolongé i Pacide aiotitpie e( on a remplacé le carbonate calcaire par du carbonate de Btronliane et du carbonate de barjte; les plantes ne se sont plus développées et ont Hni par périr; on a recherché la stronliane et la baryte dans les cendres par l'analyse spectrale et malgré l'aide bienveillante de H. le docteur Garrigou qui ■ une grande habitude de cei recherche*, il a élé impoMible de reconnidtre une trace de ce* base*. Il temble donc que dans le cm ivirticulier du buis, la chaux ne peut pas lire remplacée par de la barjle ou de la ttrontiaoe. P.-P,D.
Tous ces faits que nous ont fournis les expériences n'empêchent certes pas que la chaux n'intervienne également dans la formation de l'amidon.
Les feuilles primordiales d'un haricot qui avait été élevé dans une capsule de porcelaine à la lumière faible ont été exposées aux rayons directs du soleil sous une cloche dans de l'air humide contenant 1 p. 100 d'acide carbonique; les extrémités du pétiole commençaient à mourir et toute la chaux disponible avait probablement été employée. Au bout d'un temps très-court les cellules étaient remplies d'amidon.
La chaux ne paraît donc participer ni directemen t ni indirectement à la formation de l'amidon.
Quant A la distribution de l'amidon, les plantes élevées dans des milieux privés de chaux offrent une particularité Irés-romarquable.
Dans les plantes élevées dans les solutions nutritives ou en pots à l'obscurité ou à la demi-obscurité, les cellules de la moelle et de i'écorce se remplissent d'abord d'amidon de sorte que les jeunes ti^es se colorent tout en noir dans l'eau d'iode. Pendant que l'allongement s'opère, l'amidon disparait d'abord de la partie moyenne du premier entre-nœud; pendant que le deuxième entre-nœud arrive presque à son développement complet on ne trouve plus dans la plus grande partie du premier entre-nœud de l'amidon que dans la couche de cellules qui entourent les faisceaux fibro-vasculaires; en même temps les cellules médullaires et corticales du deuxième entre-ntcud se remplissent d'amidon.
On observe des phénomènes tout àfaitcontrairesdans les plantes élevées dans l'eau distillée.
Tandis que la base de la tige est fortement surchargée d'amidon et se colore en noir avec l'iode, on ne trouve l'amidon dans l'autre extrémité que dans l'anneau amylacé et il arrive même que ce corps manque totalement dans la partie fraîche au-dessous des extrémités mortes. Les plantes qui sont arrivées à une longueur de 50 centimètres présentent, même de l'amidon sur presque toutes les coupes du premier entre-nœud, surtout dans les cellules qui se Irouvent en regard des faisceaux foliaires, circonstance qui ne se montre jamais dans les plantes auxque!le!> on a donné de la chaux.
Nous constatons donc là que dans les plantes où la constmction cellulaire s'arrête faute de chaux, les matériaux organiques déposés dans les magasins naturels ne peuvent pas s'écouler vers les