CONTROLE DES OPERATIONS DE CULTURE PAR LA COMPTARILITE
M. r.-c. BUBasi ,
Pn)li»»™r d'ëcDoimie et de l^tblian lunl» k l'Écota de Grignmi.
On croil généralement que l'Allemand Tliaêr, en essayant d'appliquer la comptabilKé en partie double à l'agriculture, ne faisait que suivi'e les errements du commerce et de l'industrie, et que si cette forme de comptabilité n'a pas donné les mêmes résultats ni rendu les mêmes services en agriculture que dans l'industrie et le commerce, la faute en est aux agriculteurs, qui n'ont pas su ou D'ont pas voulu se servir, pour contrôler leurs opérations, d'uo véritable instrument de précision.
C'est cette opinion, encore très-répandue, que je me propose de discuter. Je crois qu'il me sera facile de justifier les cultivateurs en HtontranL que le seul coupable est l'auteur du système , qui confcMidaDt la forme de la comptabilité avec les méthodes de contrôle appropriées aux diverses industries, a méconnu le caractère de la comptabilité en partie double, et n'a pu qu'en la dénaturant en faire une application détestable aux opérations de la culture. Je recherdierai ensuite dans le coeur mtme du sujet, c'est-à-dire dans la nature des faits de la production agricole, quels sont les renseignements les plus propres h éclairer le cultivateur sur la valeur de son entreprise, en d'autres termes, quelles sont les notions i demander à tonte comptabilité pour contrôler sérieusement et utilement toutes les opérations de la ferme. Cette délermiDation faite, il appartiendra aux comptables de trouver le nombre, la forme et les meilleures dispositions des livres destinés à l'enr^istrement et au groupement rationnel des faits. Nous espérons replacer ainsi la question sur son véritable terrain ; car on ne saurait contester k un
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professeur d'économie rurale le droit de traiter la grande <]uestion du contrôle des opérations de la culture qui est de sa compétence, et j'abandonne volontiers aux comptables de profession le côté technique du débat, c'est-à-dire la tenue des livres, qui est de leur ressort.
La comptabilité en partie double dans la baoque, le et llmdaatrie.
Banque. — On s'accorde à faire remonter à la banque l'origine ^e la comptabilité en partie double. C'est même là un point de fait qui n'a jamais été contesté et qui ne semble pas pouvoir l'être avec succès. La plupart des auteurs, il est vrai, ne vont pas au delà du moyen âge, et se bornent à constater l'usage de cette forme de comptabilité dans les écritures des banquiers de Florence et de Gènes. Mais un savant belléniste, M. G. Perrot, qui analysait récemment le discours prononcé par Démosthënes dans le procè.>t du l)anquicr Phormion, établit que longtemps avant Vhve chrétienne, la banque passait ses écritures ou tenait ses comptes dans la même forme que de nos jours.
On n'en sera point surpris quand j'aurai démontré que la comptabilité en partie double est la forme naturelle et nécessaire des opérations de banque, qui sont exclusivement, comme on le sait, {les opérations de crédit. En matière de ce genre il y a toujours, dans l'affaire la plus simple, un débiteur et un créancier : le débiteur, celui qui a reçu, à la condition de rendre un jour; le créancier, celui qui a donné sur la promesse d'être remboursé plus lard. Il résulte de là que toute opération de banque, impliquant à la fois un créancier et un débiteur, doit naturellement et nécessairement s'inscrire dans deux comptes, dont l'un est irédité, parce qu'ayant fait l'avance, il devra la recouvrer plus lard, et dont l'autre est débile, parce qu'ayant reçu l'avance, il devra la rembourser un jour. Or l'inscription d'une opération dans deux comptes distincts, au débit de l'un et au crédit de l'autre, c'est le principe et le fondement de ta comptabilité en partie double.
Les écritures sont ici la représentation exacte, précise et complète des faits. Comme à tout débit dans un compte correspond
loujoui's un crédit dans un autre, et réciproquement, la plus petite diiïcrence entre la somme rumulée des débits et celle des crédits, dénoie une omission d'écritures ou une erreur et permet d'en rechercher l'origine. Les débits et les crédits se contrôlent d'ailleurs d'une autre manière : les débits des clients sont toujours représentés par les crédits du banquier, et leurs crédits par ses débits. C'est ainsi que celte forme de comptabilité fournir un merveilleux moyen de vérifier tout à la fois la réi^ularité des écritures et la marche des aRaires, en établissant avec la plus grande netteté^ sans la moindre erreur possible, soit la situation de chaque client pai- la différence entre le débit et le crédit de son compte, soit la situation du banquier lui-même, par la balance générale de ses comptes ou la différence entre te montant de ses débits et celui de ses crédits.
H n'échappera pas à nos lecteurs que les soldes de comptes de banque ne peuvent être que des créances ou des dettes résultant d'affaires de crédit engagées entre le banquier d'une part et ses correspondants de l'autre; et que s'il est vrai de dire qu'en matière de banque, tout crédit correspond à un débit et réciproquement, c'est parce que toute dette implique une créance, de même que toute créance implique une dette.
Tel est, en quelques mots, le caractère et le mécanisme d'une forme de comptabilité si bien appropriée aux opérations de banque, qu'on ne conçoit pas que les banquiers aient jamais pu inscrire leurs opérations sous une autre forme.
CoHMKRCE. — De la banque la comptabilité en partie double a passé dans le commerce, mais seulement pour les opérations commerciales qui ont de l'analogie avec les affaires de banque, c'est-àdire pour les opérations i terme.
Les commerçants qui font toutes leurs affaires au comptant n'inscrivent jamais leurs opérations dans la forme des parties doubles. C'est là un fait des plus signilicatifs, et qu'il est loisible à chacun de vérifier. La raison en est simple : c'est que dans les affaires faites au comptant il n'y a jamais ni dette, ni créance, et qu'il ne saurait dès lors y avoir matière à ce double jeu du débit et du crédit qui caractérise la comptabilité en partie double. Celte forme de comptabilité, qui donne avec tant de précision la notion des dettes et des créances, mais qui n'en donne point d'autre, ne