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rendrait aucun semcu aux commerçants qui n'ont ni débiteurs ni créanciers. Ces commerçants n'en tiennent pas moins des comptes de magasin et de caisse ; mais ils n'inscrivent jamais que sous la foi'me la plus concise et la plus simple, les mouvemenls de marchandises ou d'espèces que détermine le commerce au comptant.
Au contraire, les commerçants qui font des alTaires à terme, soit pour leurs achats, soil pour leurs ventes, et la plupart des commerçants en gros sont dans ce cas, ne négligent presque jamais d'inscrire leurs opérations dans la Torme des parties doubles, parce que, ces opérations impliquant des dettes et des créances, le commerçant ne peut établir avec précision et sûreté sa position de débiteur ou de créancier vis-à-vis de chacun de ses fournisseurs et clients, que par le solde en crédit ou en débit de leurs comptes, et l'étal général de ses affaires, que par la comparaison de ses dettes et de ses créances, ou par la balance de ses débits et de ses crédits. Le contrôle naturel des opérations commerciales à terme, c'est donc encore la comptabilité en partie double.
Les maisons de- commerce qui font des affaires à terme ne demandent à la comptabilité en partie double lien au delà de ce contrôle rigoureux des dettes et des créances. Le commerçant en gros a cependant d'autres notions à demander  ses livres. 11 a besoin, par exemple, de connaître, à un moment donné, la marche de ses affaires, c'est-à-dire le progrès ou le ralentissement de ses ventes, l'état de ses approvisionnements, etc., afin de parer au\ nécessités du moment en activant ou en ralentissant ses achats. Va-t-il s'adresser aux écritures de la partie double pour lui fournir ces renseignements si nécessaires à la direction de son commerce? Il ne songera pas à les lui demander, parce qu'il sait qu'elle n'est pas faite pour les lui fournir. I! aura simplement recours à une autre comptabilité, tenue dans la forme la plus simple, où tous les faits commerciaux proprement dits sont enregistrés el classés, de façon à fournir ces renseignements que ne saurai! donner la comptabilité en partie double.
Que le lecteur prenne la peine de jeter un coup d'œil sur legrandlivre d'une maison de commerce, où tous les comptes de la partie double viennent se classer, il se convaincra aisément qu'il n'y a là que des comptes de débiteurs et de créanciers, et que la seule notion qu'on songe à demander aux écritures de ces comptes, c'est celle des dettes ou des créances. Tous ces comptes en effet, moins
les cinq donl je vais dire un mot, sont des comptes de fournisseurs «u de clients qui ont fait avec le commerçant des aiïaires à l^rme. Les cinq comptes qui font exception sont les comptes généraux de marchandises en magasin, de caisse, d'effets à recevoir, d'effets â [layer, et enfin de profils et pertes. Mais il est clair qu'il n'y a là que de:t subdivisions des comptes personnels du commerçant lui-même, «'est-à-dire des débits et des crédits, qui sont corrélatifs des crédits «t des débits des comptes de clients, classés en cinq grandes divisions. L'objet de ce classement, c'est de grouper par catégories les soldes débiteurs ou créditeurs des comptes, de façon à rendre les recherches plus faciles et la situation plus nette. Mais il est tellement vrai de dire que la seule notion à demander à la comptabilité en partie double est celle des dettes et des créances, qu'on n'ouvre jamais de compte, dans les écritures tenues dans celte forme, aux clients qui ont payé comptant les marchandises achetées. L'opération est alors censée se faire entre les deux comptes généraux de marchandises en magasin et de caisse, comme si te commerçant avait acheié d'une main et vendu de l'autre. Gela revient à dire que passer un article dans la pailre double, ce n'est pas l'inscrire au débit et au crédit d'un même compte; c'est l'inscrire au débit d'un compte et au crédit d'un autre, ou au crédit du premier et au débit du second, le créancier étant coirélatif du débiteur, et toute dette impliquant une créance. Cela revient à dire encore qu'il ne peut y avoir de comptabilité en partie double que là où il y a réellement des débiteurs et des créanciers en présence, c'est-à-dire là où il y a eu des affaires contractées à terme. C'est ainsi que l'entendent la banque et !e commerce. Il est d'ailleurs facile de vérifier ces faits.
Industrie. — Il en est de m^me pour l'industrie. La comptabilité ■en partie double n'y est affectée qu'aux opérations de crédit, c'est-àdire aux achats et aux ventes à terme, et la seule notion qu'on lui demande est celle des dettes et des créances de l'entreprise, ainsi que celle des débits et des crédits des clients ou des fournisseurs.
Cependant les opérations de l'industrie sont déjà passablement compliquées. Elle achète ou elle extrait du sol des matières premières; elle les transforme en produits au moyen d'opérations plus ou moins complexes qui mettent en œuvre des capitaux de toute nature, depuis les espèces monnayées jusqu'à l'outillage et aux im-
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meubles; enfin elle livre ces produits au commerce ou à la consommation. Quelquefois même il y a dans une usine plusieurs industries distinctes, ou si )*on veut plusieurs séries de transformations qui s'exécutent dans des ateliers séparés. Prenons comme exemples une manufacture de lainages de Reims, ou l'usine métallurgique <hi Creuzot. La manufacture de Reims achète des laines en suint et livre des lainages au commerce. Mais voici les opérations successives qui viennent se placer entre les deux termes extrêmes de l'industrie: dégraissage des laines, séchage, cardage, peignage.lilature, tissage. Chacune de ces opérations a son atelier .séparé, son matériel spécial et son personnel distinct. Au Creiizot, les opérations sont encore bien autrement complexes et multipliées. On y achète de la houille et du minerai, mais on en extrait aussi directement de mines qui appartiennent à l'usine. Le minerai et la houille ayant ces deux origines diverses, et associés d'ailleurs dans des proportions variables, sont conduits dans les hauts fourneaux et servent à la production de la fonte. Cette nouvelle matière est soumise, dans des appareils spéciaux, à des réductions diverses, pour être transformée «n lingots d'acier ou de fer qu'on lamine ou qu'on pilonne jusqu'au point de les convertir en raits, en bandes de roues, en locomotives, en canons, en engins mécaniques de toute espèce et de toute puissance. Que d'opérations et de transformations n'a-t-il pas fallu faire subir & ta fonte pour la changer finalemenl en l'une de ces puissantes locomotives qui servent de moteur à nos chemins de fer ! A côté des opérations commerciales qui ont pour objet l'achat des matières premières et la vente des produits sous les formes les plus diverses, il y a donc là, comme dans ta manufacture de Reims, des opérations industrielles irès-nombreuses et très-complexes, c'est-àdire des transformations successives de matières premières en produits, qui se sont accomplies dans des ateliers séparés, avec un outillage spécial et un personnel distinct. Eh bien, quelles sont les opérations que va comprendre dans la manufacture de Reims ou dans l'usine du Creuzot, la comptabilité en partie double? Est-ce que les transformations industrielles auront une place dans ses écritures, à côté des opérations purement commerciales ? Va-t-on demander à cette forme de comptabilité d'autres notions que celle des dettes ou des créances, des débits ou des crédits? Va-t-on, par exemple, assimiler chacune des opérations industrielles, ou mieux chacun des atehers à une sorte de spéculateur qui serait censé traiter à terme
■'ise p. c. 9wm9»w.
avec les ateliers voisins, et va-t-on le faire entrer, après l'avoir doté de ce caractère, dans le jeu de la partie double, en le créditant quand on aura débité d'autres comptes, ou en le débilanl, quand on les aura crédités ?
11 n'en est rien : les comptes d'atelier n'ont pas plus de place dans la comptabilité en partie double de l'industriel que les comptes de rayon ou de marchandises spéciales dans le grand-livre du commerçant : il n'y a pas lu de débiteurs ou de créanciers, et la partie double ne répond qu'à la notion des dettes ou des créances. Il est facile au lecteur de s'assurer que, soit dans la manufacture de Reims, soit dans l'usine duCreuzot, la partie double se borne aux opérations purement commerciales qui se rapportent à l'achat des matières premières et à la vente des produits fabriqués, mais qu'elle laisse de côté toutes les transformations industrielles, qui n'ont rien  voir dans les comptes des clients ou des fournisseurs.
Cela n'empêchera pas les chefs d'atelier et les comptables de contrôler les opérations industrielles, en notant les entrées et les sorties de matières, de façon à savoir aussi exactement que possible ce qu'on peut obtenir de produit avec un poids donné de matière brute, ou le prix de revient approximatif d'une locomobïle. Mais ces comptes de production, ne mettant en jeu ni dettes ni créances, ne sauraient trouver place dans la comptabilité en partie double, où les comptes réels de débiteurs et de créanciers ont seuls accès. C'est en dehors de cette forme spéciale de comptabilité, et à litre de renseignements utiles à consulter, que les faits industriels seront enregistrés et classés. Quelque nom qu'on donne aux registres qui servent à l'inscription de ces écritures, ce n'est jamais là de la comptabilité en partie double, ainsi qu'il est facile, encore une fois, de le vérifier.
11 restera donc bien établi qu'avec des affaires immenses, une or- ^nisation très-complexe et un personnel nombreux et éclairé, l'industrie ne soumet au contrôle de la comptabilité en partie double que les affaires commerciales à terme, parce que si cette forme de comptabilité donne avec une merveilleuse précision la notion des dettes et des créances, elle n'en saurait fournir aucune autre.
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La comptabilité en partie double dans l'agrieultrire.
Après le commerce et l'industrie, l'agriculture a voulu avoir aussi sa comptabilité en partie double, ou plutôt, pour parler plus exactement, on s'est efforcé de lui en conseiller l'emploi. Cette idée toutefois n'a commencé à se faire jour que tardivement. Je ne sache . pas qu'il en eilt jamais été question avant le commencement du siècle. Sous le premier empire, la Société centrale d'agriculture de France, qui comptait déjà dans son sein les représentants les plus illustres de la science agricole, avait même couronné, à la suite d'un concours, une méthode de complabihté simple sous la forme de tableaux. 11 faut arriver jusqu'à ta restauration pour trouver dans les écrits de Thaër et dans ceux du baron Cnid les premières tentatives d'application de la comptabiliLé de crédit aux opérations de la culture. Un homme de talent, qui malheureusement n'était pas économiste, Mathieu de Dombasle, prit l'idée sous son patronage, et s'efforça de créer une méthode à l'usage de ses disciples et de ses lecteurs. A son exemple, les agronomes et les comptables, soit en France, soit à l'étranger, se rouèrent à la lâche de résoudre les difficultés du problème, dans l'espoir de doter l'agriculture d'une méthode de contrôle qui lui faisait défaut. Je n'étonnerai personne en disant que tous ces efforts ont été stériles, que toutes ces tentatives ont échoué ; après cinquante ans d'expérimentation, de discussion et de propagande, l'agriculture n'est pas plus avancée sur ce point que du temps de Mathieu de Dombasle. Nous avons, il est vrai, de nombreux systèmes de comptabilité agricole en partie double, qui diffèrent tous les uns des autres. Mais les cultivateurs éclairés de tous les pays font aujourd'hui le même cas de toutes ces méthodes et refusent obstinément d'en suivre aucune.
C'est qu'il y a un abîme entre la comptabilité agricole en partie double et la comptabilité de la banque, du commerce et de l'industrie. On a appliqué le même nom à des choses qui sont entièrement différentes.
Sauf des cas exceptionnels, dont je dirai un mot plus loin, l'agri-
culture ne fait pas des affaires commerciales à lerme. Elle paye en achetant, sur les foires ou dans le magasin, les matières premières de son industrie, son bétail, ses instruments, ses provisions. Quand elle vend ses denrées, elle en fait payer le prix au moment de la livraison. C'est là la règle. 11 y a bien de loin en loin quelques affaires faites à terme, des crédits faits au cultivateur ou accordés par lui. Mais dans l'immense majorité des cas, ces affaires sont trop peu nombreuses pour que le chef de l'entreprise ait besoin de constater ea situation de crédit par la balance de ses comptes. Quand la mémoire ne suftlt pas, de simples notes permettent aisément d'établir une situation qui ne saurait, dans aucun cas, être bien compliquée. La matière propre de la comptabilité en partie double, c'est-à-dire le» affaires de crédit, faisait évidemment défaut dans l'agriculture.
On imagina alors de détourner la comptabilité en partie doubli> de sa destination naturelle en l'appliquant, non à des opérations commerciales à terme qui n'existaient pas, mais aux opérations de la production agricole, et en lui demandant la notion des gains et pertes, au lieu de celle des dettes et des créances. On ouvrit des comptes â tous les dètaib de l'exploitation, à toutes les combinaisons de la culture, à toutes les spéculations de l'entreprise, à tous les déplacements, à toutes les transformations de matières premières, absolument comme ferait un banquier pour ses correspondants, ou un commerçant pour ses clients el pour ses fournisseurs. C'est ainsi qu'on vit figurer dans les écritures de la comptabilité agricole en partie double des comptes de blé, d'avoine, de fourrages, de paille, de fumier, de bêtes à cornes, de vaches laitières, de bœufs d'engrais» sèment, etc. , etc. On supposa des transactions entre tous ces comptes. Quand le fourrage entrait dans la grange, celle-ci était censée l'avoir acheté des prairies ou des cultures; elle était censée la revendre aux diverses spéculations de bétail, quand il était livré à la consommation. Les animaux vendaient leur travail et leur fumier aux comptes de culture; et ces derniers, à leur tour, après avoir revendu leurs pailles aux comptes de bétail, étaient censés vendre encore aux comptes de grenier et de magasin la partie des récoites que le cultivateur se proposait de porter sur le marché. La règle admise pour ces transactions qu'on appelait intérieures, c'est que tout compte devait être débité de la valeur de tout ce qu'il recevait, et crédité de la valeur de tout ce qu'il livrait ou était présumé livrer aux autres comptes. On espérait ainsi que le solde des comptes, ou la