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CONTROLE DES OPÉRATIO»!) DE CULTURÏ PAR LA COMPTABILITE

aucun marcUé, parce qu'on ne les y vend pas et qu'elles ne peuvent pas s'y vendre. Quand on ajoute à toutes ces impossibilités celtes qui résultent de l'attribution des dépenses générales ou indistinctes, loyer, main-d'œuvre et frais généi^ius, au débit des divers comptes qui sont censés en avoir profité, on reconnaît bien vite, avec un grain de bonne foi, que la constitution d'un compte de production agricole est un problème à un nombre infini d'inconnues.

Faute de pouvoir résoudre ces difficultés, on lestrancbe. Mais les comptes ne sont plus alors l'eipression des faits; ils sont simplement lar&ultante des procédés de comptabilité. La balance de ces comptes n'est plus alors qu'une balance folle, qui au lieu d'accuser le gain ou la perte de l'opération, attribue les gains et les pertes que l'on veut, ou tout au moins les gains et les perles qui, au lieu de résulter de la manière dont l'opération a été conduite, proviennent tout simplement de la manière dont le compte a été fait.

C'est encore là, comme on le voit, l'éternelle question de la méthode entre l'objectif et le subjectif, entre te fait et l'hypothèse, entre la science et l'empirisme. Les comptes de crédit sont essentiellement objectifs ; les faits qu'ils expriment n'ont pas besoin d'interprétation ou d'arrangement, et tout le rôle du comptable se borne à les enregistrer sous leur forme naturelle. Lcr comptes de production agricole sont, au contraire, purement subjectifs; au lieu de faits précis et réels, ils ne mettent en œuvre que des opinions, des suppositions et des hypothèses. Cent comptables diiïérenis établiront les comptes de crédit d'une maison de banque ou de commerce de la même manière, sans qu'il y ait un centime de différence, nonseulement dans la balance des débits et des crédits, mais encore dans le solde de chacun des comptes débiteurs ou créanciers. Employez-les à tenir les comptes de production d'une ferme, et vous n'en trouverez pas deux qui étabhssent un seul de ces comptes, le plus simple que vous pourrez trouver, de la même façon, avec des débits et des crédits identiques. Il est même admis que chaque comptable doit avoir sa méthode, sinon pour les éléments à porter au débit ou au crédit de chaque compte, au moins pour en déterminer les quotités et les valeurs. Quels enseignements peut donner une méthode qui, au lieu de dégager les faits, ne fait qu'exprimer les opinions et qui, l'expérience l'a prouvé, peut servir d'appui aux doctrines les plus contradictoires?

On se trompe donc quand on dit que les comptes de production

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agt'icole sont le calque des comptes de crédit de la banque ou du commerce. On a beau représenter les entrées d'un magasin par nn débit et ses sorties par un crédit, en établissant ponr les autres comptes les crédits ot des débits corrélalifs, on ne fera pas que le débit qui entraineuffcrédit et le crédit qui enlraine un débit soient autre chose qu'une pure ficlion. Toute la question est là. En matière de banque on ne se borne pas A opposer des débits aux crédils^ et réciproquement : débits et crédits sont l'expression de faits réels, dettes ou créances, et nn véritable contrôle d'affaires, l'idée de dette étant corrélative de celle de créance, et l'existence d'un créancier impliquant nécessairement celle d'un débiteur. Il n'en est pas de même dans les opérations de production, où le gain ne contrôle pas la perte, puisqu'il n'en dépend pas. C'est au jeu et i la guerre que l'idée de gain est corrélative de celle de perte, et que l'une ne peut pas se supposer sans l'autre. Tous lesjoueuTsde whist quiontone lointe de comptabilité savent combien il est naturel 4e tenir les comptes de jeu en partie double. On dirait que c'est une simple confusion de mots qui a entraîné tout ce gâchi»- de chqses.

Ce qui est plus remarquable et va nous donner l'explication des agissements de l'industrie, qui, avec plus de l^cilité pour faire des comptes d'atelier en partie double que n'en a l'agriculltire pour établir ses comptes de production, s'abstient cependant de demander au double jeu ias débits et des crédits la notion des gains et perles, c'est que cette n<rtion des comptes en bénétice et des comptes en perte est absolument dépour\He de valewr en économie rurale. Quand même toutes les opérations agricoles pourraient se délimiter, quand même tous les élém^ts des comptes qui s'y rapportent seraient objectifs et non subjectifs, il ne servirait absolument de rien au cultivateur de savoir quels sont ceux des comptes qui se soldent en gain et ceux qui se soldent en perte. Rien n'est plus puéril que de s'imaginer que c'est le profit partiel des opérations qui délennine le cultivateur t^ns le choix de ses combinaisons de culture, et qu'il pourra étendre indéfinmient celles qui lui donnent du bénéfice,. en restmgnant de plus c» plus ceiks qui lui font subir des perles.

Ce qui fait qu'on se trompe encore sur ce point, c'est qu'on méconnaît la solidarité des opérations de culture et leur dépendance réciproque. Il est facile de voir cependant qu'il y a des rapports étroits, par exemple, entre le bétail et les (Cultures, et que le cultivateur ne voit point M des opérations «Ustinctes M des résututs

CO^TROLE DES OPËRATIOHS W «TLIt'H PAR LA COMPTABILITE. SUS

puliels, mais une seule opération et tin seul résulLit génénl. Les lomrages et les résidus de ceitaioes cultures ne peuvent être utilisés que par le bétail; la culture des terres permet seule de tirer parti des forces du bétail et du résida de ses consommalions souf la forme de fumit^. S'il faut des cultures pour le bélail, il faut doDC Aus^ du bétail pour les cultures. II y a mêaue entre l'étendue relatiye oa jiroportioBnelle des dherses cultures et le poids du bétail nourri un rapport étroit qu'on ne peut méconnaître, un équilibre qu'on ne romprait pas impunément. D'une manière générale, pfais le soi est apte à produire des fourrages, plus le poids du bétail entretenu sera considérable. Mais on ne saurait, sans s'égarer, ai faire plus de fourrages que n'en comporte la proportion utile de bélaii, ni avoir pins de liétail que n'en permet k quantité de fourrages. Dé même qne le poids du b('>tail nautri est déterminé pM* le poids du fourrage dispfmible, de même le fiunier obtenu de la cmtsommation des fourrages par le bétail détermine aussi la mestarc du grain et des autres produits récoltés. H y a mène des circonstances nouvelles, tirées des qualités physiques ■du sol, de la nature des engrais, de la proporlicn de forces doat on dispose, etc. qui font que le cultivateur, 411 lieu de s'adresaer exclusivetneat aux cnltures les plus productives, c'est-i-dine A celles qui doanent le produit en argent le plus considérable, est forcé, daas l'intéirèt g^éral de t'eK^doitation, de Aiire, i c^é de ces cultures, une place à d'autres qui sont moins avantageuses. C'est ainsi qu'à une sui'iace quelconque consacrée au lin et aux betteraves correspond nécessairement une certaine proportion de céréades ; et parmi ces derniùies les cultures de printemps coudoieront les onltures d'hiver ; l'avoine aura sa pl»ce à c6té du blé.

Cela étant, quel intérél y a-t-il de savoir si le bétail gagne plus qne les cnltures de fournies, on les cultures de fourrages plus que le bétail? Que le bétail gagne on perde pendant que l£S fourrages perdent ou gagnent, ou bien que bénéfice et perte soient répartis également, prt^portionnellement on éqoitableu^it, si tant est que l'équité ait quelque diose à voir en cette afEùre, «a £audra-t<il moins produire jsete autant de fourrages qu'il est nécessaire poui* nourrir le bétail qne l'on^ «R avoir ju»te autant de bétail qu'il faut pour consommer utilement les fourrages de la culture? Quand môme la sole de phmtes sarclées serait plas profit^le qae Jt sole de céréales, m serait-^m pasjinàté sur m point par la quantité de fii-

mier dont on dispose, par le nombre d'atlelages que l'on possède, par la main-d'œuvre dont on peut s'assurer l'emploi? Ces cultures laissent des engrais disponibles dans le sol : n'est-f^ pas le cas de les faire suivre d'une culture qui utilisei'a ces engrais en les trans- Tonnant en produits de vente? De même que le bétail commande les fourraf^es et réciproquement, de même le fumier commande les racines, celles-ci les céréales, et ces dernières, à leur tour, le bétail et les fourrages.

Il est facile de comprendre qu'avec un équilibre imposé par des circonstances si diverses, entre toutes les opérations d'une ferme, on ne saurait modifier l'une sans porter atteinte à toutes les autres, sans modifier, par conséquent^ l'exploitation elle-même. Qu'on fasse le moindre changement dans la proportion du bétail, dans l'éteadue consacrée aux racines, aux céréales ou aux fourrages, el l'exploitation ne sera plus la même : ce sera véritablement une exploitation différente, valant mieux peut-être, mais pouvant aussi valoir moins. Le jeu de la machine ne sera plus le même, parce que l'un des appareils aura été modifié.

Quand même le profit d'une opération, calculé avec exactitude, serait considérable, on n'en saurait conclure que l'extension de l'opération sera finalement avantageuse, puisque tout le système serait bouleversé et qu'il pourrait se produire dans les opérations connexes et dans les comptes qui s'y rapportent des perles qui compenseraient, et même au delà, le bénéfice espéré.

S'il en était autrement, est-ce que le cultivateur, au lieu de varier ses spéculations et ses cultures, n'adopterait pas uniquement celles qui, lui donnant le produit en argent le plus considérable, lui permettent d'espérer le bénéfice partîelj le plus élevé? Est-ce qu'il ne sait pas que le lin rend plus que le blé, le blé plus que l'avoine? El s'il dépendait de lui de rompre l'équilibre nécessaire entre ces diverses cultures, est-ce qu'il ne sacrifierait pas l'avoine au blé, If blé lui-même au lin?

Rien n'est donc plus chimérique que la prétention de trouver dans les soldes des comptes de production un contrôle des opérations de culture et un guide pour déterminer le cultivateur dans le choix de ses combinaisons. Le profit d'une entreprise ne se compose pas de gains partiels, parce qu'il ne saurait y avoir de gains p>artiels quand les opérations ne sont ni distinctes, ni indépendantes; c'est le résultat définitif d'une série d'opérations très-complexes, mais

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