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CONTROLE DES OI'ËRATIONS DE CULTURE PAR LA COMPTABILITE. 59T

ijolidaires et dépendantes, ayant pour objet la production agricole.

Cela explique pourquoi tous ceux qui ont fait usages des comptes de production en pnrlie double ont toujours tourné le dos aux enseignements de leurs livres. J'ai assez cité de laits empruntés aux Annales de Roville ou à celles de Grignon pour qu'il ne soit pas nécessaire d'y revenir. Mais combien d'autres laits m'onl été révélés ou conliés, qui sont bien plus significatifs! Combien de cultivateurs, séduits par l'espoir de trouver dans la comptabilité en partie double le secret de remplir leur caisse, se sont anharnés pendant dix ans, quinze ans même, à bâtir des comptes de culture et de bétail, et, de guerre lasse, après avoir épuisé toutes les combinaisons d'écritures, sans jamais entrevoir l'ombre même de la moindre vérité agricole, ont fmi par jeter leur grand-livre au feu!

Si ces comptes présentaient la moindre utilité, on ne comprendrait pas que les cultivateurs les plus intelligents de tous les pays s'obstinent  n'en pas vouloir. L'at^^iculture est la plus complexe et la plus difficile de toutes les industries; plus que loule autre elle a besoin d'éclairer sa marche par une comptabilité sérieuse. Les commerçants et les industriels ne reculent pas devant la dépense qu'exige une tenue de livres qui leur permet d'établir avec exactitude leur situation générale et Us comptes de leurs clients. Si les cultivateurs dédaignent les comptes de production en partie double, ne serait-ce pas uniquement parce que ces comptes n'ont pas la môme utilité et ne répondent pas aux mêmes besoins que les comptes decrédit, dont ils ne sont que la contrefaçon? Entre les cultivateurs qui ne veulent à aucun prix d'un pareil système, et les auteurs ou amateurs qui prêchent l'usage delà comptabilité en partie double, sous le prétexte d'imiter le commerce et l'industrie, les plus clairvoyants ne sontils pas ceux qui ont le plus d'intérêt à l'être, parce que c'est leur bourse qui paye leurs fautes?

Des notions à demander à la comptabilité pour contrôler l«s opératâonB de coltnra.

Dans les pays où la ferme est doublée d'une usine, le cultivateur l'ail parfois les opérations commerciales les plus étendues. La ferme .n'alimente pas seule la fabrique de sucre ou d'alcool; ilfautdeman-

der des betteraves aux exploitations du voisinage. Dans U)us les cas la reate des produits donne lieu à des livraisons successives. Ces affaires se traitent presque toujours à terme. Il j a donc là des comptes de «redit à tenir, et une place à occuper pour la forme des parties doubles. C'est le seul moyen qu'ait l'agriculture de calquer exactement la comptabitUé du commerce et de l'industrie. J'ajoute même que si une entreprise agricole n'avait qu'un petit nombre de fournisseurs et de clients, je ne dissuaderais pas de recourir k la ÉiM-me des parties doubles, parce qu'il n'en pourrait résulter que des avantages sans un grand inconvénient. Je suis grand admirateur de cette forme de comptes quand on se borne à l'appliquer aux opérations de crédit dont elle est l'expression la plus complète et la plus précise ; je n'ai horreur que des confusions de mots et de dioses qu'on a voulu abriter sous sou nom.

Quant aux comptes de production agricole, ils ne doivent point se glisser au milieu des comptes de crédit. La notion des gains partiels est à la fois une chinwre et une hérésie ; il n'y a pas de gains partiels li où il n'y a pas d'opérations distinctes, .et dans tous les cas, la balance des comptes de crédit n'est point faite pour indiquer les pertes et les gains de la productioa. C'est dans la nature même A& epérations de la culture, ou, si l'on veut, dans les faits de la pro< duction agricole, que Le cullivaleur trouvera le moyeu de contrôler la valeur de ses combinaisons, et d'éclairer sa mai'che pour arriver au profit le plus élevé.

Je vais répéter ici une démonstration que j'ai déjà faite dan£ la Comptabilité de la ferme et dans Les eHtreprises de culture et la eomptabililé. Mais c'est le propre des démonstrations de ce genre qo'il faut les répéter souvent, si l'on veut qu'elles fassent leur chemin. Cela tient à la nature même des études économiques, qui sont peu en honneur, malgré leur extrême importance, soit parce qu'elles sont difiiciles, soit parce qu'elles se heurtent à des opinions toutes faites ou à des préjugés très-invélL-rés dans le public. Il est remarquable que dans un siècle où l'esprit d'investigation a poussé si loin les bornes de la science, où le chimiste décompose dans son creuset tous les corps de la nature pour en recueillir, en peser et en étudier les éléments, parfois invisibles et presque impondérables, la science économique ait escore dit si peu de chose sur l'art de produire des éctts par la culture du sol.

C'est bien la questioa des écus qui est en jeu dans to«s les déuùls

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de l'esploiuition, dans toulea les ccHubinaisoBs de la culture. Faire du blé, du vin, du sucre, de la laine et de la viande, n'est pour le cultivateur qu'un moyen : le but véritable, c'est de créer des valeurs sous la forme de deorées, d'en créei' le plus possible et aux moindres frais. A cette condition seulement il pourra élever sa condition, étendre son industrie, et trouver dans ses profits la rémunération légitime de son travail, de ses capitaux et de son habileté.

Si donc la création de valeurs est le but môme de la culture, si c'est là l'objet des efforts du cultivateur, nous devons en conclure que la constatation précise et rigoureuse des valeurs créées est le premier service à demander à toute comptabilité qui aura l'ambition de «ontrôlei' les opérations de la ferme. Quel est le produit en argent -qui s'obtient avec t^lle ou telle combinaison dans un lieu donné V Voilà ce qu'il importe de savoir avant toute chose.

Notion du produit brut. — Cette notion du produit bml (c'est le nom consacré par l'usage) doit i^tre défmie, pour Atre mise à la portée des lecteurs peu familiarisés avec le langage économique. Quand on dit valeuiï créées par un système de cuhure, on entend les valeurs réellement créées, sous quelque forme qu'elles se présentent, mais ces valeurs-là seulement. La valeur ou le prix des produits de vente y figure en première ligne et en constitue la part Jaj^us importante, au moins dans les fermes de quelque étendue. Les produits de la ferme qui sont consommés par le ménage du cultivateur ou par ses aides y ont aussi leur place ; re sont bien là des valeurs créées par la culture. Il n'en est pas de même des consommations du bétail, et, d'une manière générale, de toutes les denrées qui sont l'objet de transformations dans l'exploitation même, puisque ces denrées devant se compter sous la forme de produits, au terme de l'évolution agricole, on ne saurait les compter comme matières premières à chaque transformation qu'elles subissent. M le fumier, ni les fourrages, ni les semences, ni le travail des animaux, ne sont des produits de la culture : ce sont des moyens de production qui se consomment et se renouvellent incessamment dans une exploitation. Le lait, la viande, la laine, le ci-oll des animaux, etc., sont, au contraire, des produits, et la valeur doit en être portée au compte de la production, ainsi que les grains vendus ou A vendre, consommés ou i consommer par le personnel. Ce n'est pas encore tout. Si l'exploitation ne se soutient pas, si elle importe du bétail et des engi'ais, il faut défalquer le prix da ces imporlalioas

pour avoir la notion exacte et précise de toutes les valeurs créées par le système de culture.

Dégager le chiffre qui exprime exactement le produit brut d'une exploitation agricole n'est pas précisément chose très-facile, à cause des formes diverses que peuvent revêtir certaines valeurs créées. Hais c'est là un problème à poser aux comptables, dont la sagacilt^ trouvera matière à s'exercer dans les dispositions de livres ou d'écritures qui sont les plus propres à donner non-seulement avec exactitude, mais encore avec rapidité, la notion du produit brut.

C'est une notion capitale, car elle a pour objet d'exprimer la richesse agricole d'un système de culture. Elle permet dès lors de comparer entre elles toutes les exploitations i en les classant suivant leur degré de richesse. Elle permet aussi de contrôler d'une façon rigoureuse la marche d'une entreprise. Quand le produit monte, la culture est progressive, et le progrès a pour mesure précise l'élévation même du produit. Quand le produit diminue, la culture périclite.

Pour comparer les diverses exploitations et les classer suivant leur degré de richesse, il suffit de diviser le produit brut total par le nombre d'hectares qui ont concouru à la création. On a alors la richesse spécifique de la culture, ou le produit brut ramené à l'hectare. Il suffit de dire, par exemple, que deux exploitations produisent, l'une 150 francs et l'autre 600 francs par hectare, pour avoir l'idée la plus nette et la plus précise en même temps de leur d^ré de richesse. Si l'on se bornait, au contraire, comme on l'a fait jusqu'ici dans la plupart des cas, à décrire les combinaisons de culture des deux fermes, à énumérer les plantes cultivées en indiquant les surfaces et les rendements, ainsi que le nombre et même le poids du bétail nourri, on n'aurait aucune idée juste de la richesse relative des deux exploitations. Faute de mesure commune, toute comparaison deviendrait impossible (1).

(1)0a a pu remarqoer qu'Arexpositioiirécenledet KioncMgèagniphiquM, aucune Ht» nombreuies cartsi eipoajei ne représentait avec exnclitade cl netteté In richeste agricole d'uQ pajra au inéiiie simplement d'un coin de territoire. Les caries basées sur la répartition ilu sol et sur la proportion des cultures ne disaient rien de précis ; tout te moado Mit qu'un hectare de blé n'est pas la mâine chose dans le département du Nord que dan» l'un du déparlements de la Bretagne; que les pacaj^s do rAurei^no ne ressemblent pas aux lierbagm de In Normandie ; e( qn'pnlln pour avoir une idée exacte de la richesse en prairies de la Hollande, il est nécessaire d'indiquer la valeur du produit qu'on en tire. M. DelesBC, abslmclion bile des cliilTres qu'il a mis en œuvre, et à no considérer qun la

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C'est siirtoDl pour le contrôle des changements apportés à la culture, des améliorations exécutées dans une exploitation que la détermination de la richesse spécifique a de l'importance. Il est évident que le premier soin du cultivateur qui a exécuté une amélitM-ation foncière ou qui a substitué une culture à une autre, doit être de rechercher si le produit brut à l'hectare a augmenté et dans quelle mesure.

Des frais d'exploitation. — Immédiatement après la notion du produit, vient celle des frais de culture.

Sous ce titre général, il faut comprendre :

1° La rente, quand le cultivateur est fermier;

2" L'impôt, quand il vient s'ajouter à la rente payée par le fermier;

3° Les salaires, comprenant non-seulement les gages des domestiques et le piix de la main-d'œuvre des journahci's, mais encore les frais de nourriture de ceux des aides de lu culture qui sont nourris à la ferme ;

i" Les dépenses accessoires ou diverses qui concernent l'entretien des bâtimonts et du matériel, les frais de médecin et de vétérinaire, etc.

Il n'y a pas lieu de comprendre dans les frais de culture les frais

iiiélhode qu'il a ciiiploj'ûe, a approché du hut. en prenant pour bise de ses teinta le reveau du iml. Si le rapport de la rente au produil éUU camlanl, rien de mieux nuarémeot : les vari.itions du rovcnu indiqueraient tes variation! de la richeue. Mais il n'en •al rien, ninsi que Ir di^inontrera la publiratiun prochaine du cours d'économie rurale quo je professe à Rrignon. bans le «ysCiniis de culture le moins productir que je connaisse, la culture iniligitne de l'Algérie, la renie est de HO pour 100 du produil; k l'extrémité opposée de l'ixliclle, dans la culture puratchêrc dus environs de Paria, elle n'est plus que de ID pour 100. L'élude de tous les sysliimea dit culture inlerméiliaires ealrn cca deux termes extrêmes de la richesse démontre iiuc le rapport de la rente au produil diminue, au fur et à meture que la dentili île ta ridteêie agricole augmente. Hais la loi générale est moililtée dans quelques cas par certaines circonstaitcet et notamment par la proportion plus ou maint considérable suiiant laquelle tes produit* animaux llgurcnl dans le produit lolal. Uuoi qu'il en «oit, il n'en est pas moins exact de dire que lus varialiunt da revenu ne sont pas proportionnelles aux variations de la riehesso.

Je n'ai pas d'ailleurs l'inlenlion, on faisant robicrvalioa qui précËde, de critiquer les savants qui ont pris part à l'exposition de la Société de géograpliie. Ils out tail comme ils ont pu et n'ont pu qu'ntiliser les [coscigneraenls qu'ils avaient. Je ne veux que ^nalernne lacune bien n^etlabk dans les études d'économie rurale. IleatviaimeairAchcux i[U'aucu[ie des nations qui »onl à la t^te de la civilisation et de la science n'ait encore jiHé les roudemcnls d'une slatistique rationnelle de la richesse agricole pour les diverses parties de son territo:re. {Noie de fautevr.)

de ménage et les dépeases persoonelLes du cultivateur el de sa tamille. Cet article doit former un des élémeals du proûl.

La notion des frais d'exploitation n'est pas moins imporlanle que celle du produit. Le cultivateur vise non-seulement à créer beaucoup de valeurs, mais à les créer aux moindres frais possibles. Il doit dès lors fixer ses yeux non-st^ulemeot sur la marche du produit, mais encore sur la marche des frais.

La catégorie de diîpenses sur lesquelles le cultivateur a le plus ■d'action, c'est celle qui comprend les salaires. Il peut agir de deux façons sur cet élément de dépenses : en choisissant les cultures les moins exigeantes sous le rapport de la main-d'œuvre, ou bien en remplaçant de plus en plus le travail des hommes par celui des animaux et des machines. Dans ce dernier cas, la diminulion de maind'œuvre entraîne nécessairement une augmentation de capital.

La rente est fixée pour la durée d'un bail. Oi'^nd '^ b^i' ^1 passé, le cultivateur n'a plus la faculté de restreindre cet élément important des frais de culture; il n'a plus qu'à payer le fermée convenu à son propriétaire. Il est cependant fort important de dégager la rente de la masse des frais pour la rapprocher du produit, ce rapprochement devant permettre de juger si le prix de fermage est plus ou moins fort, et par conséquent si l'entreprise a été bien ou mal conduite sur ce point. En prenant pour base de mes jugements les nombreux faits que j'ai pu recueillir, la rente -qui ne dépasse pas le tiers du produit n'a rien d'exagéré dans les pays à culture moyenne. On peut payer à peu près lOO francs de fermi^e par hectare, dans les pays où la richesse spécilique de la culture est de 300 à 350fr. Mais quand oo arrive à un produit de -500, 600 ou 700 francs par hectare, la rente doit s'abaisser peu à peu au quart, si le fermier ne veut conclure une mauvaise affaii'e. Dans le nord, on ne paie 180 à lâOO D'ânes de rente que quand oa peut avoir de 700 francs à 800 francs de produit. Ce n'est là du reste que l'application de la loi que j'ai formulée plus haut (voir la note de la page 600) sur le rapport de la rente au produit dans les divers systèmes de culture.

Du profil. — Théoriquement; le profit ou le bénéfice de l'entreprise est la différence entre le produit brut et les frais. On peut dire dès lors qu'il suffirait d'avoir les deux premières notions pour en 'déduire la troisième en bloc. Mais le profit prend des formes-diverses

CONTROLE DES OPÊRATIOnS DE OJLTUBI PAR U COMPTABILITÉ. M8

dans une exploitation agricole : il est oèeessaire de faire encore sur ce point des distinctions.

Une part du {wcât est coosaorée aux déposées de ménage et de femilte du cultivateur.

Une autre part est parfois consacrée à l'amélioration de son ma~ tériel et  l'augotentatioD de son. bétail.

Enfin use autre part est anuueUeoieiit réalisée, sous la fonae d'espèces destinées à des ptacemenls plus ou moins înunédiats, on dehors des opérations de culture proprement dites.

Ces deux dernières divisions constituent l'épargne.

Voici La raison de ces distinctions.

Quand on veut apprécier l'habileté du cultivateur comme industriel, c'est-à-dire coaune chef d'une entreprise de cultui-e, il faut comprendre dans le protit ses trais de ménage et ses dépenses de Emilie. Si l'on se bornait à juger la valeur de l'industriel par le chifij'c de ses épargnes, la base du jugement serait vicieuse. Il y a en effet des circonstances de farniHe, indépendantes de la capacité de l'agriculteur, qui l'obligent à tenir un train de maison plus ou moins consi* dérable, et par conséquent à prélever pour les besoins de sa famille une part plus ou moins grande du profit au détriment de l' épargne. Le cultivateur qui aurait de nombreuses chaînes de Emilie serait évidemment mal jugé, s'il était jugé sur le seul chiffre de ses épargnes.

I>'un autre côté, il faut distinguer avec soin les deux directions que prend l'épargne. La réalisation annuelle d'une part importante du profit sous la forme d'espèces, afin de constituer des placements qui consolideront la fortune du cultryaleur, est le dernier terme d'une administrilion rurale intelligente. C'est afin de se cré«v ainsi, en dehors de leur capital industriel, une fortune assise, que les cultivateurs vraiment habiles entreprennent l'exploitation du sol. Hais on conçoit aisément qu'il soit parfois d'une sage administration de consacrer une partie de l'épa^ne à L'amélioration du matériel ou  l'accroissement du bétail en poids et en valeur. Tant que les augmentations du capital engagé dûs Tindustrie servent l'intérêt du Gultivateur en déterminant des accroissements correspondants de production et de profil, l'épargne se transforme très-heureusement en outillage et en bétail. Le cuhiraleur ne s»ait Soadi à donn» à son épargne ta destination d'un placement que si echi capital suflisait aux besoins de son entreprise, en aor%t qu'une augmentation de l'outillage, au lieu de faire monter le niveui da

profit, le fit baisser. Il y a donc encore sur ce point des observations

à faire et, par conséquent, un contrôle à exercer.

Du capital de culture. — Le capital en|!;agé par le cultivateur dans les opérations de production agricole doit être déterminé avec soin, non-seulement dans son ensemble, mais encore dans ses principales subdivisions. Il ne suffit pas de savoir ce que donne de produit et de profit telle combinaison ou telle modification de culture, il faut encore se rendre compte des changements qu'elle détermine dans la masse et dans la distribution du capilal. ' Les idées propagées dans le public, depuis cinquante ans, sur le l'Ole du capilal en agriculture, sont loin d'être justes. On croit communément qu'il suffit d'avoir beaucoup de capitaux pour réaliser de gros profits, et que la plupart des entreprises qui périclitent ne doivent leur insuccès qu'à ('insuffisance de capital. On attribue ainsi au capital en lui-même, abstraction faite de l'babileté qui préside h son emploi, une puissance qu'il est loin d'avoir. Toutes les catastrophes qui ont eu lieu, en France et .1 l'étranger, dans des entreprises où le capital ne faisait certes pas défaut, au moins à l'origine, prouvent, au contraire, que si le capital est un instrument de production d'une grande puissance, c'est à la condition d'être employé avec sagesse et modération. Les entreprises qui échouent ne sont pas celles qui ont le moins de capitaux, celles qui réussissent ne sont pas celles qui en ont nécessairement le plus. L'excès de capilal n'est même pas un élément de succès, c'est une source de pertes et une cause de ruine. Ayez plus de bétail que l'exploitation n'en peut nourrir, plus d'instruments que n'en comportent les besoins de votre culture, plus d'argent en caisse qu'il n'en faut pour faire mai-cher tous les services de la ferme, et vous verrez alors s'évanouir les bénéfices et même se fondre le capital.

Le capital est un moyen de production et de profit. Le cultivateur ne vise point à employer de gros capitaux quand même , mais à em^ ployer fructueusement ses capitaux. On peut même dire que l'idéal serait d'obtenir le produit le plus considérable et le profil le plus élevé avec le moindre capital possible. Il en résulte que la meilleure manière de contrôler l'emploi du capital en agriculture consiste à comparer le nombre qui l'exprime aux nombres qui expriment le produit brut et le profit. Plus le produit et le profit seront élevés comparativement au capital, plus l'emploi du capital aura été fait d'une façon intelligente.

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Le rapportdu profil obtenu au capilal employé se fait d'une façon très-simple et très-utile sous la forme de dividende, qui n'est pas autre chose que la part du profit qui revient à l'unité de capital, c'està-dire habituellement 100 francs. C'est encore là une sorte de balance qui pèse avec précision le résultat final de la culture, et qui permet d'apprécier la valeur des changements apportés à l'oi^nisation d'une ferme par les modificalions qui en résultent dans le taux -du profit.'

Le capital engagé dans une entreprise prenant des formes diverses dont la destination n'est pas la même et dont l'inQuence n'est pas identique, les modifications apportées dans la distribution du capilal par les changements de culture sont nécessaires à constater, pour apprécier ces changements sous toutes leurs faces et dans tous leurs effets.

On peut classer dans cinq divisions tous les capitaux qui servent à l'exploitation du sol.

La première comprend le mobilier du ménage proprement dit. C'est là un capital qui ne joue aucun rôle utile dans la production, et ne sert qu'au bien-être du cultivateur et de sa famille. Le cultivateur riche, qui n'a pas besoin de tous ses capitaux pour son industrie, pourra sans inconvénient se permettre un certain luxe sur ce point ; mais le cultivateur peu aisé, qui vise, avant tout, à fhire l'emploi le plus fructueux du capital qu'il possède, aura le soin de réduire son mobilier au strict nécessaire.

La deuxième division comprend le matériel de culture, l'outillage agricole proprement dit. C'est une des formes non-seulement les plus nécessiiires, mais encore le plus utiles du capital d'exploitation. Il ne faudrait pas en conclure cependant qu'il n'y a point d'excès à éviter à cet égard, et que plus le cultivateur achètera d'instruments et de machines, mieux son entreprise sera conduite. L'outillage doit répondre aux besoins sérieux de l'exploitation, c'est-à-dire permettre d'accomplir tous les travaux de la culture, en économisant, autant que possible, l'emploi des forces humaines. Les besoins de la culture satisfaits, ni le luxe, ni le matériel inutile ne doivent absorber une part quelconque du capital d'exploitation. Le cultivateur a trop souvent l'occasion d'employer avec fruit son argent, pour ne pas éviter avec le plus grand soin les dépenses stériles et ruineuses.

La troisième division comprend le bétail de toute destination et de toute nature. Le bétail de trait, uniquement destiné à produire

des forces, est une charge peur Ia culture : il Taut en avoir ce qui est nécessaire, mais rien au delà. Quant an bàtail de renie, c'est-àdire aux animaux producteurs de revenu, l'inl^rèl {lu coUivaleur est d'en avoir le plus possible et de la meilleure qualité. Le bétail exerce une action des pins heureuses sur la production et sur le profit. Plus la part ùità au bétail de rente dans la AiBlribulioB àa capital sera coasidérable, plus le produit et le profit seroot «levés.

La quatrième division comprend les provisions de ména^, les senences, et en génâral tout le fonds de denréra nécessaires à la consoBHBMion du personnel de la ferme et de la Damilte du cuhivateur. A l'entrée ra 'exploitation, on se home à Êiire à cette division du capital de culture h part nécessaire, mais rien au delà, paroe qu'elle n'a d'action direole ai sur la production, ni sur le {Hvût. Durant le cours de l'exploitation, les produits de la culture qui sont destinés à la vente peuwnt grossir o^Bsidérablemeat l'impoitance de celte division. Mais ce n'est là qu'une destination passagère, les produits dont je parle devant bientôt se réaMa«- en espèces et passer dans la 'divisioa qui suit.

Cette dernière division comprend l'argent en caisse destiné à payer le propriétaire, les ouvriers et les fournisseurs. La caisse est alimentée par la vente des récoltes ou des produits animaux. Le cultivateur iatelUgent se menthe toujours la disposilim d'espèces suffisantes non-seolement pour satisiaire aux besoins courants de l'exploitation, mais encore pour parer à l'imprévu «t aux aftaires. Mais il n'est ni indispensable, ni utile de laisser dans sa caisse de grosses sonmies d'ai^ent sans emploi. Des plaoenents temporaires en compte-courant chez -un banquier permettent même d'en tirer un certain parti. Ce qai est essentiel, c'est que la caisse e(h1 alimentée en abondance, afin qu'après avoir pouiTu à toutes les dépenses de la ferme, elle verse encore de beaux dividendes aa cultivateur, à la un de chaque exercice.

'Gontrâle finanoieT de l'eii'bvpnBe de caHnre.

En ramenant tous les termes de la production agricole aux qvatre notions du produit, des fhùs, du profit et du capital, je ne ne suis préoccupé que du ré»iUal fmaacier d'une entreprise de culture, et

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des eoseigneraenls que le cuhivateur doit (rouvet- dans le rapprochoment de ces notions, non-senlement pour établir la valeur de ses opérations , mais encore pour Ips diriger dans la meiHeurevoie. Au-dessous du contrôle financier de la ferme, il doit y c^n avoir un autre, sur l'importance duquel tout le monde est d'accord, et qui porte sur les transTormatioBs et lea rtfplaftmcinn 4i matières premières. Des registres f)e magasin, tenus par entrées et par sorties, doi)BM<ont aisément le moyen de l'établir, de vérifier les entrées d'un compte par les sorties d'un autre, de s'assurer ainsi qu'il n'y a eu ni dilapidation, ni avarie, ou de remonter & la cause des perles, si des manquants viennent à se produire. Quand on voudra calculer ik quel poids de tel ou tel fourrage consommé correspond la production d'un litre de lait ou d'un kilogr. de viande, quel est le poids âe fumier produit par hectare de superficie, «te., quand on voudra, en un mot, chercher la relation de cause k effet entre deux opérations portant sur des transformations de matières q\ii peuvent être pesées ou mesurées, on devra trouver dans les livres de la comptabilité-matières pour tous les éléments nécessaires à ces comparaisons et à ces calculs. Il suflira d'enregistrer tous les faits de cet ordre, sous leur forme naturelle et vraie, pour qu'on pnisse les consulter avec fruit dans certains cas donnés.

Quant au contrôle industriel de l'entreprise, il ne peut se foire r^idemmenl que par les résultats fmanciers qu'elle donne.

Les résnhats financiers d'une exploitation s'établiront par des comptes rigoureux de produit, de firais, de profit et de capital. Quelle que soit la diversité de lieux, de climats , d'opérations et de procédés; quelle que soit l'espèce et la race d'animaux, la nature on la proportion des cultures; cpidle que soit, en on mot, l'infinie variété des combinaisons à l'aide desquelles on exploite le sol, il y a. toujours quatre termes auxquels toutes les opérations viennent aboutir ; le produit qui repr&ente la richesse créée; le capital qui exprime la masse des ressources financières qui ont été mises en œuvre pour la production; les frais qui comprennent toutes les dépenses annuelles que le produit doit couvrir; enfin, le profit ou la part du produit qui reste aux mains du cultivateur, après prélèvement des frais, pour rémunérer son industrie, son habileté et ses capitaux. Pour apprécier ta valeur d'une entreprise il est indispensable d'établir avec précision ces quatre termes qui résument te jea financier de toutes les exploitations.

Non-seulement ta valeur d'une entreprise de culture se contrôle ou plutôt se définit par ces quatre termes, mais encore chacun de ces termes est un moyen de contrôle pour les autres, il est évident que le produit ne peut laisser du profit au cultivateur, pour rémnnérer ses capitaux, qu'après prélèvement des frais annuels de cultui'e. Si la rémunération est insuPûsanle, c'est uniquement parce que les combinaisons adoptées sont vicieuses : il faut réformer alors son entreprise, en choisissant, parmi les combinaisons qui se présentent, celles qui sont les plus prapres à augmenter le produit sans augmenter d'autant les frais, ou à diminuer les frais sans amener une diminution équivalente dans la production. Il en est demême pour le capital, qui est nécessairement mal adapté à la culture quand l'entreprise n'est pas suftîsamment rémunératrice. C'est une preuve qu'il y a du capital improductif ou mal employé. Le cultivateur devra dès lors, s'il ne peut agir, ni sur la production, pour l'élever, ni sur les frais, pour les faire descendre, dégager de son exploitation les capitaux qui n'y ont pas d'emploi utile. C'est sur le niveau du profit que le cultivateur doK sans cesse attacher les yeux : toute entreprise qui ne réalise pas de proQl est condamnée à la mine, si on ne la réforme au plus vite.

Mais comment se guidera le cultivateur dans le choix des combinaisons à adopter, pour réformer son entreprise, ou même simplement pour l'améliorer? Comment fera-t-il pour savoir s'il a avantage à accroître sa- production animale en étendant sa sole de fourrages, ou s'il a plus de profil à avoir un peu moins de vaches et un peu plus de moutons?

C'est uniquement par les comptes de produit, de frais, de proOt et de capital que le cultivateur pourra résoudre avec précision ce problème. Quelle que soit la modification apportée à la marche d'une exploitation rurale, ses effets ne peuvent être appréciables que par les modifications qu'elle imprime au produit, aux frais, au profit et au capital. Il n'y a donc qu'à observer la marche que suivent ces comptes, au fur et à mesure que la culture évolue dans telle ou telle direction, pour voir dans quelle mesure la modification est utile ou désavantageuse, si elle améliore fentreprise ou si elle la compromet. Les comptes qui résument le jeu financier de l'entreprise et qui embrassent toutes les données du problème de la production agricole sont évidemment les seuls guides précis que puisse invoquer le cultivateur en pareil cas.

rosTROLE DES OPÉRATIONS DE CULTDRE PAR LA COMPTABrUTÉ. COD

L'analyse Hnancicre d'une exploitalion rurale peut el doit se faire aussi rigoiirciiseni'jnt que les analyses chimiques de laboratoh'c. Les questions d'argent sont le fond des opérations de culture et la véritable raison d'èlre de loulcs les entreprises agricoles. On se borne à la supeificie des choses quand on ne va pas au delà de la nature et de la succession des récoltes, de la qualité des façons, du chois des animaux. L'exploitation In mieux dirigée n'est pas celle qui a le plus beau bétail , les plus belles cultures, les bâtiments les plus spdcieux, l'outillage le plus complet et le mieux verni ; c'est celle où le capital est utilisé de telle sorte que l'écart entre le produit et les frais, c'est-ik-dire le prolit, soit le plus considérable pos* sible. C'est surtout en agriculture qu'il importe d'aller au fond des choses et de ne pas confondre les apparences avec la réalité. De belles cultures qui ne laissent pas de beaux profils, ce n'est pas de la saine économie rurale. Dépenser de l'argent dans la culture est à la portée de tous ceux qui en ont : en gagner, voilà l'essentiel. La mesure du succès, la marque de l'habileté, c'est le profit.

Pour montrei' combien il serait utile de faire des romptes rigoureux de produit, de frais, de profit et de capital, il me suffira de prendre nomme exemple le maïs donl on nous recommande en ce moment la culture et l'ensilolage. 11 est probable, à priori, que dans certaines conditions agricoles, c'est-à-dire quand le sol n'est pas propre aux cultures de racines qui permettent d'alimenler le bétail de fourrages frais pendant l'hiver, l'introduction du maïs peut donner de bons résultats. Je dis que c'est probable; mais je me hîUe d'ajouter que nous n'en savons rien au juste, et qu'il en sera ainsi tant qu'on ne nous aura pas fait connaître l'influence exercée . par cette culture sur le produit, sur les frais, sur le profit et sur le capital d'un certain nombre d'exploitations.

Il est bien évident que quand on a fait .4 à 5 hectares de mais dans un domaine où cette culture élait inconnue, on ne change pas seulement le régime des vaches : l'exploitation tout entière est aussi modifiée. Le capital engagé n'est certainement plus le même : car il a fallu du capital pour les silos, pour les instruments de hachage, pour le poids supplémentaire de bétail à nourrir, peutêtre Hiènie pour une augmentation de matériel de transport et d'animaux de trait. Quand même aucune modification dans le capital ne devrait s'ensuivre, il n'en faudrait pas moins constater le fait afin d'éclairer les cultivateurs qui seraient tentes de reculer devant la ANNALES AGRONoaiDi'ES. n< 4. — 9. [. — 30

perspective de nouvelles dépenses à faire. En agriculture on fait comme l'on peut, el s'il faut môme compter avec le capital que l'on possède, à plus forte forte raison faut-il compter avec celui que l'on ne possède pas.

Le produit, les frais et le profit ont été aussi modifiés. Le produit n'est certainement plus le même, puisque c'est pour mieux nourrirle bétail, ou pour nourrir plus de bétail qu'on a inlroduil la culture du maïs-fourrage. Si le produit du bétail ne s'est pas accru, le changement qu'on a fait n'avait pas de raison d'être. Pour savoir si le changement de culture est justifié par les résultats, il faut les constater en étudiant spécialement les modificalions survenues dans le produit. De même pour les frais d'exploitation : la culture et l'ensilolnge du maïs ont exigé un surcroit de main-d'œuvre et peutêtre un achat de sel ou autres matières premières. Si ce supplément de main-d'œuvre a été fourni par le personnel ordinaire de la ferme, c'est-à-dire sans supplément de salaire, c'est au détriment d'auti'es tr-ivaux qui auraient ulihsé ces forces, si elles étaient restées disponibles, et qui auraient ainsi contribué à accroître, d'un autre côté, le produit total de l'exploilation. Par suite des modifications survenues dans le produit et dans les frais, le profit a été m'-cessairement modifié à son tour. Dans quel sens? C'est ce qu'il importe de déterminer par l'expérience. Il est certain que le cultivateur n'a adopté la nouvelle combinaison que dans l'espoir d'obtenir un profit plus élevé. A-t-il atteint son but? L'expérience a-t-elle été avantageuse et dans quelle mesure? Pour le savoir au juste, il aurait fallu faire, avant el après, des comptes de capital, de production, de frais et de profit. Faute do ces renseignements précis, le cullivateur ne sait ni ce qu'il fart, ni où il va.

Ces comptes doivent embrasser l'exploitation entière, et non porter simplement sur les opérations qui se rapportent à la culture du maïs, et à la production animale qui en résullé. La raison en esl que la culture et la consommation du maïs, loin de s'isoler de l'exploitation, se confondent au contraire avec toutes les opérations qu'elles embrassent.

Supposons en effet qu'on veuille faire un compte de maïs-fourrage, en déterminant la part spéciale de capital et de frais qu'exige cette cullure, de produit et de profil qu'elle donne au cultivateur. Aucun de ces éléments du compte ne pourra être élabli autrement que d'une façon arbitraire. Il n'y a pas de capital spécialement et

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